‹ RembrandtChapitre 157 sur 285 · VIEILLARD A GRANDE BARBE · texte numérisé non relu

VIEILLARD A GRANDE BARBE

Vers l63l (B. 3l2).

avait-elle pris chez lui un ascendant que justifiait assez d'ailleurs son dévouement à l'enfant qui lui était confié. Saskia, quand elle avait eu cet enfant, était déjà bien affaiblie par la maladie qui devait l'emporter, moins d'un an après sa naissance. La complexion de Titus était donc assez délicate et nécessitait une surveillance assidue. On constate cette apparence un peu maladive dans deux portraits que son père nous a laissés de lui vers cette époque. Ainsi que Claussin et après lui MM. Ch. Blanc et Middleton l'ont supposé, c'est bien Titus que Rembrandt a représenté dans une petite eau-forte (B. 1 1) qui, d'après le caractère de son exécution, a dû être gravée vers i652. L'âge du jeune modèle s'accorde, en tous cas, avec cette date. Nous reconnaissons également ses traits fins, son regard ingénu et les longs cheveux qui encadrent son visage, dans un autre portrait signé et daté de 1 655 qui appartient à M. R. Kann et nous le montre trois ans après, âgé par conséquent de quatorze ans. Ainsi qu'il en usait d'ordinaire avec ses proches, le maître l'a vêtu d'un costume de fantaisie : béret de velours noir à plume blanche, des perles aux oreilles, justaucorps brun rougeâtre ouvert sur une chemisette froncée et, par-dessus, un manteau verdàtre bordé de fourrure. Ainsi accoutré, il a l'air d'un jeune prince du Nord, une manière d'Hamlet doux et rêveur. Le portrait, surtout la tête, est peint avec amour et met en pleine lumière l'expression charmante de ce jeune visage, et la bonté de son regard, qui rappelle un peu celui de Saskia, indique une nature tendre et aimante. En effet, dans tous ses rapports avec son père, bien que plus d'une fois celui-ci se fût placé vis-à-vis de lui dans une situation assez délicate, la déférence et la piété filiale de Titus ne se démentirent jamais un seul instant. Son tempérament assez débile avait sans doute paralysé son activité, car il ne paraît pas qu'il ait jamais eu une occupation bien régulière. En i655, il avait déjà essayé de peindre quand Rembrandt fit d'après lui ce portrait, et sur l'inventaire daté de l'année suivante nous voyons figurer trois études de son fils : « une tête de Marie, un Livre et Trois Petits Chiens faits d'après nature ». Mais sa vocation n'était probablement pas très marquée, puisque les documents que nous possédons sur son compte n'indiquent pas qu'il ait persévéré. Si, avec la faiblesse de sa constitution, l'enfance de Titus avait exigé beaucoup de soins, il avait du moins rencontré chez sa nourrice toute l'affection que pouvait

Portrait de Titus van Ryn (i655).

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