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LE JEU DU KOLF

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leurs œuvres; non content de les regarder dans ses cartons, il dessinait celles qui lui semblaient les plus remarquables. C'est tantôt la gravure bien connue de Mantegna, la Calomnie d'Apelle, qu'il reproduit très finement à la plume; tantôt c'est le ferme profil d'André Doria, « duc de Gênes », qu'il encadre dans un médaillon; ou bien c'est la Vierge à la chaise et le Portrait de Castiglione d'après Raphaël. Mais parmi ces compositions des artistes de la Renaissance italienne, il en est une surtout qui l'a frappé; il est vrai que c'est le chef-d'œuvre de Léonard, la Cène. Par deux fois il l'a copiée : dans un dessin à la plume daté de i635 (cabinet de Berlin) et dans un autre, à la sanguine, qui appartient au prince Georges de Saxe. Ce dernier est particulièrement intéressant. Après en avoir tracé soigneusement une esquisse légère, Rembrandt revient à grands coups de crayon sur son travail, avec une intention très marquée. Par des surcharges énergiques, il accuse nettement les moyens ingénieux par lesquels Léonard a su relier entre eux les divers personnages de sa composition et les subordonner tous à la figure principale, celle du Christ placé au centre, dévoilant ainsi cette géométrie cachée que, mieux qu'aucun autre, le grand maître italien, avec son esprit si profondément philosophique, savait enfermer dans ses œuvres et dont, à son exemple et en l'étudiant, Rembrandt voulait s'assurer le bénéfice. En quête d'enseignements, il avait également à cœur de connaître tout ce que, de son temps, on savait de l'antiquité. Aussi avec les médailles, les sculptures et les moulages qu'il a réunis, il possède dans ses nombreux portefeuilles une grande quantité de dessins ou de gravures d'après des statues ou des monuments anciens. Il n'est pas moins curieux des pays lointains, et comme il apprend l'histoire du passé non dans les livres, mais dans les œuvres de ses devanciers, c'est aussi avec ses confrères qu'il fait ses voyages. Nous l'avons vu fréquenter les italianisants; il collectionne aussi des vues d'Italie de différents maîtres et des vues du Tyrol par Roelant Savery. Pour l'Orient, il se renseigne avec les Scènes de la vie turque de Pierre Coucke d'Alost et les Edifices turcs de Melchior Lorch et d'Hendrick van Aelst. Poussant encore plus loin, en dehors même des pays visités jusque-là par des artistes européens, son insatiable curiosité soupçonne des horizons nouveaux et des régions inexplorées. Il regarde du côté de l'Inde et de toutes ces contrées mystérieuses où les hardis navigateurs de la Hollande viennent d'aborder.

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Outre les innombrables objets rapportés de ces lointains pays, il a pu se procurer des miniatures persanes ou hindoues et leur étrangeté le séduit. Il étudie à diverses reprises cet art à la fois primitif et raffiné, et au Louvre, au British Muséum, chez MM. Bonnat, Heseltine et Salting, on peut voir parmi les copies qu'il a faites de ces miniatures : un rajah coiffé d'un casque et assis sur son trône entouré de ses courtisans; un jeune prince à cheval, partant pour la chasse le faucon au poing, etc. C'étaient là des révélations alors tout à fait inédites, mais bien faites pour plaire à Rembrandt. Nul doute qu'il eût été plus ravi encore, s'il avait pu voir quelques-uns de ces dessins japonais dont il semble avoir eu le pressentiment, car dans ses croquis de paysages et dans plusieurs de ses eaux-fortes il montre lui-mêmece sens exquis des silhouettes, cette ingénieuse répartition des masses et cette manière spirituelle et imprévue de comprendre la nature qui ont tant ému les artistes de notre temps. Rembrandt, dans cette voie encore, peut être compté parmi les précurseurs et il a été, à son insu, le premier des japonisants.

Enfin, après les œuvres des autres, il faut bien mentionner ici les siennes propres ou celles de ses élèves qu'il avait conservées chez lui. Ce sont, pour la plupart, des études d'après nature, des paysages, des Vanitas retouchées par lui, des animaux, des têtes ou des académies d'hommes ou de femmes assez nombreuses, deux études de nègre et « un Soldat en cuirasse », peut-être celui du Musée de Cassel; enfin quelques tableaux ou esquisses : la Concorde du pays, un Ecce Homo en grisaille (celui de lady Eastlake), une autre grisaille, aujourd'hui perdue : la Consécration du temple de Salomon, une Vierge, une Tète de Christ, un Combat de lions, une. Courtisane séparant. Plusieurs autres, une Flagellation, une Résurrection, une Descente de croix, existent en double ou même en triple, soit des répliques, soit des copies ou des préparations d'élèves retouchées par le maître, comme un Bon Samaritain, par exemple ; quelques autres encore, grands et petits, sans désignation, et dans la décharge de l'atelier, soustraite aux regards du public, une Diane ou Danaë, probablement la Saskia nue de l'Ermitage.

Quant aux gravures, nous relevons dans l'inventaire plusieurs portefeuilles avec l'œuvre complet de Rembrandt, des eaux-fortes de son ami Lievens ou de son élève F. Bol et dans une armoire des reproductions de ses tableaux par J. van Vliet. Enfin ses dessins ne remplissaient pas

moins de 25 albums ou cartons et ils avaient été soigneusement classés par lui, suivant diverses catégories. Figures nues, études d'animaux, paysages, études d'après des statues antiques, simples croquis décompositions ou esquisses plus poussées, tous étaient ainsi répartis dans un ordre méthodique et il est assez curieux de voir cet homme si insouciant de ses intérêts et de tout ce qui touchait aux détails de la vie matérielle, ne rien négliger quand il s'agit de ce qui tient à la pratique de son art.

Telle était cette demeure remplie de tant d'objets précieux, un vrai musée, amassé peu à peu par le grand artiste, non pour se procurer des satisfactions de vanité, mais pour jouir et tirer son profit de toutes ces belles choses dont il aimait à être entouré. On comprend que de l'humeur qu'il était, il ne sortît plus guère d'une maison où le retenaient à la fois ses affections et ses goûts. Mais le jour était proche où il lui faudrait bientôt la quitter et renoncer ainsi à tout ce qui faisait le bonheur de sa vie.

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