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TETE DE FEMME

Vers i63i (B. 358).

dael, de van Goyen, d'Aert van der Ncer, d'Hobbema, de Jan Steen, de Pieter de Hooch, de Vermeer de Delft, bien d'autres encore figureraient sur ce martyrologe de l'école hollandaise, les uns comme les victimes innocentes de la destinée, les autres comme les propres artisans de leur malheur.

Sachons le reconnaître, Rembrandt est du nombre de ces derniers. La situation où peu à peu il était tombé et qui ne pouvait aboutir qu'à une ruine complète n'est, en réalité, imputable qu'à lui-même. Il avait reçu de ses parents un petit avoir, et avec les héritages dont il s'était grossi, la dot que Saskia lui avait apportée constituait une véritable aisance. De bonne heure très en vue, devenu le portraitiste à la mode, il gagnait beaucoup d'argent. Sans être exagérés, les prix de ses œuvres étaient cités parmi les plus élevés qu'obtenaient alors les artistes. Ses portraits et ses tableaux de dimensions moyennes lui étaient payés 5oo florins; on lui en avait donné i 600 pour la Ronde de nuit, et chacune des toiles de la série de la Passion, commandée par le prince Frédéric-Henri, lui avait valu, d'abord 600 florins, puis le double pour chacune des deux dernières qu'il livrait en 1646. Il touchait également une redevance de ses élèves et ses eaux-fortes très recherchées se vendaient, à en croire ses contemporains, un prix fort respectable. Dans ces conditions, il est permis de compter Rembrandt parmi les peintres les plus favorisés de son époque. Avec un peu de cet esprit d'ordre que Rubens montra pendant toute son existence, il aurait pu, sinon mener le train de grand seigneur de son voisin des Flandres et laisser après lui une grosse fortune, du moins avoir pignon sur rue et tenir avec honneur sa place au premier rang. Sans parler d'un malaise général et momentané qui, de i652à 1 655, se fit sentir dans les affaires, bien des causes, toutes personnelles, devaient réduire Rembrandt à la misère (1). Il n'avait jamais connu le prix de l'argent. Généreux et imprévoyant, il était absolument incapable de gérer son bien. Avait-il quelque argent devant les mains, il le dépensait aussitôt pour obliger ses amis ou ses proches, ou

(1) Quelques-unes des informations relatives à la situation financière de Rembrandt se trouvaient déjà dans la brochure de Scheltema et le livre de Vosmaer; mais elles ont été depuis très largement complétées par les nombreuses découvertes faites par MM. Bredius et de Roever et successivement publiées par eux dans Oud-Holland. C'est à ce recueil que nous avons emprunté les documents qui figurent dans l'exposé chronologique où nous avons fait entrer tous les résultats essentiels de ces découvertes.

pour satisfaire ses caprices. Dès 1 63 1 , nous l'avons vu, il avançait 1000 florins à Hendrick van Uylenborch, et plus tard, avec plusieurs de ses confrères, il lui prêtait encore une somme assez considérable pour laquelle celui-ci avait dû, en 1640, donner une garantie. Vis-à-vis de sa famille, nous savons que Rembrandt n'agissait pas avec moins de libéralité ; il s'était montré fort large dans le règlement de la succession de son père et de. sa mère et nous ne doutons pas qu'il vînt plus d'une fois en aide à ses frères; d'abord à Adriaen dont le commerce n'avait guère prospéré, puis à sa sœur Lisbeth, portée à Leyde sur la liste des contribuables comme « à demi insolvable et fort mal dans ses affaires ». Avec cette bonté « poussée jusqu'à l'extravagance », dont parle Baldinucci, les occasions de secourir les amis ou les confrères qui se trouvaient dans la gêne ne lui avaient pas non plus manqué. Enfin, si pour lui-même, pour sa table et l'entretien de sa maison il était sobre et n'avait aucun besoin, quand il s'agissait d'acquérir les œuvres d'art ou les objets précieux qu'il désirait, il ne regardait pas à la dépense. Rien à son gré n'était assez beau pour parer Saskia, et dans une enquête faite plus tard, vers 1 658 ou 1659, à la requête du curateur des biens de son fils, l'orfèvre Jan van Loo et sa femme, avec lesquels Rembrandt vivait en relations très suivies, certifièrent sous serment, par-devant notaire, qu'à leur connaissance, du vivant de sa femme, le ménage avait eu en sa possession : deux grosses perles en forme de poire, deux rangs de perles précieuses, les plus grosses servant de collier et les autres de bracelets; un gros diamant monté en bague et deux autres diamants en pendants d'oreilles; une paire de bracelets émaillés, la monture d'un livre d'église, divers ouvrages en fer ou en cuivre ciselés, deux grandes pièces de table en argenterie; un plat et une cafetière d'argent, des cuillers et encore d'autres objets. De son côté, à la même époque, Philips de Koninck, l'élève de Rembrandt, déclarait également avoir racheté de son maître, plus de sept ans auparavant, un riche collier de perles précieuses. Par ces détails on peut juger de ce qu'étaient ces collections dont nous avons essayé d'indiquer plus haut les principales richesses. Deux marchands de curiosités : Lodewyck van Ludick et Adriaen de Wees, admis à déposer dans la même enquête, estimaient que de 1640 à i65o ces collections, sans y comprendre les tableaux, avaient une valeur approximative de 1 1 000 florins. Quant aux tableaux, avec sa

manie d'enchérir à outrance sur la mise à prix dans les ventes — sous prétexte de rehausser son art aux yeux du public, — Rembrandt les avait certainement payés beaucoup plus cher que leur valeur normale. Il ne savait pas d'ailleurs, sur ce point, résister à sa passion, et quand

il n'avait pas d'argent pour la satisfaire, il empruntait. Lui rentrait-il quelques fonds, au lieu de les employer à désintéresser ses créanciers, il faisait dé nouvelles emplettes et contractait de nouvelles dettes, se contentant de payer quelque acompte sans s'inquiéter de la façon dont plus tard il se libérerait. Dans ces conditions, il ne pouvait manquer d'être exploité par les préteurs peu scrupuleux auxquels s'offrait, comme une facile proie, cet homme si confiant, si pressé de conclure, qui creusait ainsi de ses propres mains l'abîme où il allait s'effondrer.

L'acquisition de sa maison devait aussi avoir pour Rembrandt les conséquences les plus désastreuses. Quand il l'avait achetée, au commencement de 163g, il était loin d'avoir à sa disposition les 1 3 000 florins qu'elle lui coûtait. Quelque temps après la vente, il en avait payé à peu près la moitié, et des termes avaient été fixés pour le paiement du surplus. Non seulement il avait négligé d'effectuer les versements aux époques prescrites, mais

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