‹ RembrandtChapitre 178 sur 285 · CROQUIS A LA PLUME AVEC LAVIS · texte numérisé non relu

CROQUIS A LA PLUME AVEC LAVIS

(British Muséum).

dans les gîtes de hasard dont il était obligé de se contenter. Non seulement il avait perdu ces gravures, ces étoffes, ces bijoux et tous ces objets précieux que jusque-là il avait considérés comme nécessaires à l'exercice de son art, mais au moment môme où, avec l'âge, sa vue commençait à baisser, il devait, lui, si exigeant sur ce point, changer ses habitudes de vision et s'accommoder des conditions de lumière et d'éclairage que pouvaient lui offrir des ateliers improvisés. Il n'était pas d'ailleurs au bout de ses ennuis d'affaires. Si sa propre situation était sans issue, c'était son devoir de prêter la main aux revendications que l'avoué de Titus entendait exercer au bénéfice de ce dernier sur l'argent provenant des ventes effectuées. Afin de n'avoir pas à y revenir, nous exposerons brièvement ici les péripéties successives qu'amena le règlement de ces comptes.

Dès le 3o janvier 1 658, les commissaires de la faillite avaient autorisé le secrétaire de la ville à payer à C. Witsen les 4 180 florins montant de sa créance, et malgré l'opposition formée le 10 mai suivant par Louis Crayers, qui avait remplacé Jan Verbout dans la charge de tuteur de Titus, l'autre principal créancier, Isaac van Hertsbeek, avait été également remboursé des 4 200 florins qui lui revenaient. Plusieurs autres créanciers étaient aussi désintéressés sur la masse, notamment l'héritier de Christofsel Thysz, l'ancien propriétaire de la maison de la Breestraat, qui était rentré dans le montant de l'hypothèque constituée à son profit pour la somme encore due sur le prix de cette maison. Mais L. Crayers, plus versé que son prédécesseur dans la pratique des affaires, avait mené vigoureusement la campagne pour défendre la cause de son pupille. Suivant lui, bien qu'au lendemain de la mort de Saskia, Rembrandt n'eût rien fait pour consacrer les droits de Titus, ces droits étaient réservés par une hypothèque tacite, résultant pour celui-ci de sa qualité de mineur. Aussi Crayers cherchait-il à établir nettement que le chiffre de 40 750 florins donné par Rembrandt comme celui de l'avoir de la communauté au moment de la mort de Saskia n'était pas exagéré et que par conséquent la part de Titus était bien, en réalité, de 20 3y5 florins, moitié de cette somme. Tous les efforts des créanciers tendant à prouver que Rembrandt avait grossi le chiffre de l'actif et qu'il devait être réduit, Crayers, de son côté, s'attachait à démontrer qu'il n'était pas excessif. De là une enquête longue et minutieuse dans laquelle, comme

nous l'avons vu au chapitre précédent, l'orfèvre van Loo et sa femme, puis Philips de Koninck ainsi que plusieurs marchands de curiosités étaient venus déposer. D'autres témoins étaient également cités à la requête de Crayers et de Rembrandt pour confirmer les déclarations de ce dernier. Jan Pietersz, drapier, et Nicolas vanCruysbergen, prévôt de la municipalité, figurant tous deux dans la Ronde de nuit, fournissent au sujet du prix de ce tableau les renseignements que nous avons donnés plus haut. Un amateur, Adriaen Banck, a payé en 1647 à Rembrandt 5oo florins pour une Suzanne au bain. Hendrick van Uylenborch, le cousin de Saskia et l'ami de Rembrandt, affirme qu'il a servi d'arbitre entre ce dernier et Andries de Graeff pour le paiement d'un portrait réglé à 5oo florins. Abraham Wilmerdonx, directeur de la Compagnie des Indes orientales, pour son portrait et celui de sa femme, a versé, vers 1642, 5oo florins à Rembrandt, plus 60 florins pour la toile et le cadre. Enfin l'un des deux marchands de curiosités appelés à estimer la valeur des collections du maître lui a vendu, vers 1644, moyennant 5 3o florins, un tableau de Rubens, Héro et Léandre, qu'il a gardé pendant quatre ou cinq ans. De toutes ces déclarations portant soit sur les gains faits par Rembrandt, soit sur les objets d'art qu'il a possédés, L. Craj^ers concluait que le chiffre indiqué par lui à l'inventaire de 1647 n'était ni excessif, ni mensonger et que Titus devait, par suite, avoir la priorité sur les créanciers jusqu'à concurrence des 20 375 florins qui constituaient sa part. De là des instances longues et compliquées qui avec des fortunes diverses s'étaient poursuivies devant les différents degrés de juridiction. Tandis que Witsen — qui s'était mieux mis en règle ou qui, peut-être aussi, faisait agir les influences que lui valait sa situation de conseiller — conservait la somme qu'il avait touchée, van Hertsbeek se voyait condamné, par un jugement daté du 5 mai 1660, à rapporter les 4200 florins montant de sa dette et à les verser entre les mains de Crayers, au bénéfice de Titus. Sur des appels interjetés devant la cour provinciale, puis au grand Conseil, ces deux tribunaux avaient maintenu l'arrêt, qui devenait exécutoire le 20 juin 1 665. Tous comptes faits et les frais naturellement très considérables de ces procédures étant déduits, Titus ne recevait, à la date du 5 novembre 1 665, qu'une somme de 6 g52 florins, comme règlement de sa part.

Ce n'était pas là, on le comprend, de quoi mener une vie bien large,

et d'ailleurs jusqu'à la délivrance de cette somme, la gêne avait dû être grande dans l'entourage du' maître. On avait, sans doute, tiré parti de la vente de quelques eaux-fortes sauvées du naufrage, afin d'ajouter aux gains que pouvait faire le peintre. Mais le moment n'était guère favorable pour vendre des tableaux, ceux de Rembrandt surtout. Le goût des arts s'était, il est vrai, développé à Amsterdam, et en même temps

SAINT PIERRE DELIVRE DE SA PRISON. Dessin à la plume rehaussé de lavis (Collection de l'Albertine)

que les amateurs, les artistes y étaient devenus plus nombreux. A la suite d'une fête célébrée le 20 octobre 1 653 au Doelen de Saint-Georges, en l'honneur de leur patron, ces derniers, qui jusque-là avaient été obligés d'admettre dans leur corporation des tapissiers, des vitriers et des gens d'autres professions, résolurent de reconstituer sur de nouvelles bases la Gilde de Saint-Luc, qui, recrutée uniquement de peintres, de statuaires ou d'amateurs, fut inaugurée un an après, le 21 oc-

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