‹ RembrandtChapitre 190 sur 285 · CONJURATION DE CLAUDIUS CIVILIS · texte numérisé non relu

CONJURATION DE CLAUDIUS CIVILIS

voir dans la scène en question le Dieu Odin, fondateur du royaume de Suède (1). La divergence même de ces hypothèses atteste assez qu'aucune d'elles n'e'tait concluante. En face de l'œuvre elle-même, sans trouver pour elle une appellation qui me satisfît, j'avais pu du moins, d'après les coupures malencontreuses de cette toile, me convaincre qu'elle avait dû autrefois, ainsi qu'on l'a constaté pour la Ronde de Nuit, subir des mutilations dont j'étais fort éloigné d'ailleurs de soupçonner l'importance. En réalité, on le sait aujourd'hui, le tableau de Stockholm, si grand qu'il soit — il ne mesure pas moins de 3m,oo, de large sur im,o,6 de haut, — n'est qu'un fragment correspondant à peine, comme surface, au quart de l'œuvre dans laquelle il a été découpé et dont le fac-similé d'un dessin du Cabinet de Munich que nous plaçons ici en regard permettra d'apprécier complètement l'ensemble et les dimensions primitives. Ce dessin, déjà signalé dans le catalogue du Musée de Stockholm, tout en nous donnant intégralement la composition, n'avait pas cependant permis d'en déterminer le sujet. Il appartenait à M. de Roever de trouver ]ja solution si longtemps différée de ce problème, ainsi qu'il l'a fait dans une des dernières livraisons du recueil si justement estimé dont il est un des directeurs (2).

Le savant archiviste d'Amsterdam avait été frappé de la mention contenue dans une Description d'Amsterdam, publiée en 1662, par Melchior Fokkens, d'un tableau placé dans un des angles de la grande galerie du Palais du Dam, tableau représentant Claudius Civilis dans le repas nocturne où il décide les Bataves à secouer le joug des Romains, et ce sujet, ajoute Fokkens, « traité dans ce tableau a été peint par Rembrandt ». D'autre part, un document déjà mentionné nous apprend qu'à l'occasion de la créance contractée envers Jan Six et cédée par celui-ci à Geerbrandt Ornia, Lodewyk van Ludick, qui s'était porté caution pour Rembrandt, avait reçu de ce dernier, au mois d'août 1662, comme garantie de la somme de 1082 florins, montant de cette créance, la moitié des gains que l'artiste pourrait faire jusqu'au Ier janvier 1 663, jusqu'à concurrence du paiement total de cette somme. Il était aussi

(1) Studier fra Sveng, par M. K. Madsen. 1 vol. in-8. Copenhague, 1892.

(2) Eên Rembrandt op't Stadhuis; dans Oud-Holland ; IX, p. 296. Voir également l'article du Nederlandsche Spectator (avril 1892) où M. Cornelis Hofstede de Groot a résumé avec autant de conscience que de perspicacité l'état de la question.

stipulé qu'en vue de cette libération, van Ludick devait également toucher le quart de ce qui reviendrait à Rembrandt « sur le prix d'un tableau exécuté par celui-ci pour l'Hôtel de Ville ». Grâce au rapprochement fait par M. de Roever de ces deux documents et du dessin du Cabinet de Munich, il devenait à la fois possible de reconstituer l'œuvre originale et d'en établir enfin d'une manière certaine la détermination. On voit encore, il est vrai, à la place indiquée par Fokkens dans la grande galerie du Palais, une immense peinture exposée très

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