ISOLEMENT OU VIT LE MAITRE
sur un vêtement blanc, avec une coiffure formée de bandes dorées, des perles aux oreilles, un bracelet de perles et un anneau d'or suspendu par un ruban noir sur la poitrine. Mais l'abandon un peu familier de la pose et le décolletage de la chemise qui laisse à découvert la naissance de la gorge suffiraient à prouver que c'était là une personne vivant dans la proche intimité du maître. Quant à la touche très libre, très franche,
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LE BON SERVITEUR RENDANT SES COMPTES. Dessin à la plume. (Collection de M. L. Bonnat.)
elle ne nous permet pas cependant de fixer d'une manière bien précise la date de cette peinture. Tantôt farouche et désordonnée, d'autres fois soigneuse encore et contenue, cette exécution varie trop, en effet, d'un ouvrage à l'autre pour que d'après son caractère seul il soit possible de tirer autre chose que des indications approximatives relativement à cette date.
Si délaissé que fût alors Rembrandt, il avait encore des amis qui ne le laissaient pas tout à fait oublier. Nous en trouverions au besoin la
preuve dans la commande de deux œuvres très importantes qu'il reçut
à cette époque. L'une d'elles, malheureusement mutilée aujourd'hui, appartient au Musée de Stockholm et le sujet qu'elle représente, après avoir pendant longtemps exercé la sagacité des critiques, n'a pu être déterminé d'une manière certaine que grâce à la récente découverte d'un document qui la concerne. La donnée du tableau du Musée de Stockholm, du moins dans son état actuel, ne laisse pas, en effet, d'être assez obscure, ainsi que nos lecteurs pourront en juger eux-mêmes par la reproduction que nous mettons sous leurs yeux. Groupés autour d'une table, éclairés par la lumière d'un flambleau, dix personnages peints de grandeur naturelle tendent vers leur chef, placé à la gauche de la composition, leurs épées ou leurs coupes, comme pour lui jurer obéissance. Celui-ci, coiffé d'une espèce de tiare de forme élevée et tenant lui-même un glaive à la main, reçoit leurs serments. Sa taille est imposante et ses traits empreints de gravité semblent impassibles; un de ses yeux seulement est ouvert. Son costume et les vêtements de ses compagnons montrent une grande richesse, mais sans rien qui nous renseigne sur le caractère de la scène, ni sur le lieu où elle se passe.
Que font ces gens et quel dessein mystérieux les a rassemblés? On comprend qu'on ait longtemps cherché à déchiffrer cette énigme, et les diverses explications qui en ont été successivement proposées n'offraient pas, il faut bien le reconnaître, un caractère suffisant de certitude. Frappés par cette particularité que le personnage principal paraît borgne, certains auteurs avaient cru reconnaître en lui Jean Ziska. Mais Rembrandt, on le sait, ne demandait pas d'habitude ses inspirations à l'histoire moderne et l'on concevrait difficilement comment il aurait pu être amené au choix d'un sujet si bizarre, si en dehors de ses propres préoccupations et de celles cfe ses compatriotes. Cette désignation ayant été abandonnée, on s'était mis à chercher du côté de la Bible, la lecture favorite du maître, celle qui le plus souvent a provoqué ses inspirations. D'après une opinion qui par la suite avait prévalu, c'est au Livre des Macchabées qu'auraient été empruntés les éléments d'une composition dans laquelle l'artiste avait représenté, suivant les uns, Mathathias et ses fils jurant de défendre l'intégrité de leur foi contre les persécutions, et suivant d'autres, Judas Macchabée et ses frères réunis avant de combattre les troupes d'Antiochus. Enfin, plus récemment encore, M. le professeur K. Madsen avait émis l'idée qu'il fallait