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CONJURATION DE CLAUDIUS GIVILIS

il y a lieu de croire que, ceux-ci ayant fait à Rembrandt quelques critiques dont il n'avait pas tenu compte, son œuvre n'avait point été acceptée. Que faire, dès lors, de cette immense toile, de beaucoup la

CONJURATION DE CLAUDIUS CIVILIS. (Etude pour la composition de l'oeuvre primitive. Fac-similé d'un dessin du Cabinet de Munich.)

plus grande que le peintre eût jamais couverte, puisqu'elle mesurait plus de 20 mètres carrés? On ne pouvait évidemment songer à la vendre en cet état à des particuliers. Suivant toute vraisemblance, c'est afin d'en tirer parti qu'elle fut alors rognée sur tous ses côtés, pour n'en

conserver que la partie centrale, qui après diverses vicissitudes est venue échouer au Musée de Stockholm (i).

Ainsi qu'il ressort des comptes de la trésorerie d'Amsterdam, c'est Flinck qui originairement avait été chargé de la décoration totale de cette galerie du Palais du Dam, en vertu d'un contrat passé à la date du 28 novembre i65g (2). Le choix de la Conjuration de Claudius Civilis pour l'un des épisodes qu'il devait traiter s'expliquait assez d'ailleurs par le rôle qu'avait joué ce personnage dans la révolte des Bataves et par les analogies que les poètes du temps, Vondel entre autres, n'avaient pas manqué de relever entre la lutte engagée autrefois contre les Romains et celle que la maison d'Orange venait de soutenir victorieusement contre les Espagnols. Mais la mort de Flinck (22 février 1660) l'ayant empêché de s'acquitter du travail qui lui avait été confié, Rembrandt reçut la commande du tableau de Civilis, et l'intervention d'un de ses plus anciens patrons, le Dr Tulp, qui en 1 658 et 1659 exerçait les fonctions de trésorier de la ville, ne fut peut-être pas étrangère à cette faveur.

Le titre autrefois admis de Conjuration de Jean Ziska était donc, on le voit, un peu justifié par la figure principale de ce tableau, Ziska étant borgne, tout comme Claudius Civilis qui, au dire de Tacite, tirait même quelque vanité de cette ressemblance avec Annibal, un autre ennemi des Romains. Telle que Rembrandt l'a conçue, la scène est bien conforme avec le texte de l'historien, et la composition totale, dont le dessin de Munich nous offre l'image, nous montre en effet la table du repas de nuit exhaussée de quelques marches et servie aux conjurés au milieu d'un portique à travers lequel on aperçoit vaguement des arbres et les créneaux d'un château ; autour de cette table, les principaux chefs et les nobles de la contrée qui ont répondu à l'appel de Civilis s'engagent avec lui par serment à secouer le joug de leurs dominateurs. Quant au tableau de Stockholm, son exécution large, mais suffisamment soignée dans les parties en pleine lumière, répond au caractère mystérieux du sujet, et l'effet très puissant y est obtenu par des moyens d'une extrême simplicité. Nous retrouvons le maître avec la

(1) On sait seulement que ce fragment avait été légué en 1798 à l'Académie des Beaux-Arts de cette ville par une dame Peill, née Grill, dont le mari était, comme elle, d'origine hollandaise, et qu'il fut ensuite transporté au musée en 1864.

(2) Cette décoration ne comprenait pas moins de 12 tableaux, qui devaient être exécutés en 6 années, à raison de 1000 florins chacun. Voir Amstels Oudhcid ; II, p. 143.

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