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TABLEAUX DE CORPORATIONS OUVRIÈRES

délicatesse exquise de ses harmonies dans le jeu de ces jaunes et de ces rouges si variés, avec lesquels des tons bleus ou verdàtres très habilement répartis forment les plus heureux contrastes. La partie droite, notamment, est d'un éclat merveilleux, et l'homme à longue chevelure blanche qui porte une simarre en drap d'or pâle, ainsi que les quatre personnages en pleine lumière qui l'avoisinent, présentent un assortiment de nuances d'une grâce et d'une distinction charmantes. Si, plus maltraitée encore que la Ronde de Nuit, cette Conjuration de Claudius Civilis a été l'objet de mutilations bien autrement regrettables, une autre peinture de cette époque est parvenue jusqu'à nous intacte et dans un état excellent de conservation. Chargé par la gilde des drapiers de peindre, pour le local de la Société, les Syndics de cette corporation, Rembrandt lui livrait, en 1661, le grand tableau qui, après avoir été exposé autrefois dans la Chambre des Contrôleurs et Plombeurs du Drap, au Staalhof, se trouve maintenant au Ryksmuseum. Comme autrefois à Florence, les métiers de la laine tenaient une grande place dans l'industrie hollandaise et ils avaient puissamment contribué au développement de la prospérité publique. A Leyde où ils formaient une société très importante, les Drapiers, nous l'avons vu, avaient fait décorer le siège de leur gilde de peintures d'Isaac van Swanenburch représentant les opérations successives de la fabrication des Draps. Ils ne jouissaient pas d'une moindre considération à Amsterdam, et une œuvre admirable d'Aert Pietersen exécutée en 1599 et qui appartient également au Ryksmuseum nous montre Six Syndics de la Halle aux draps de cette ville. Sur ce panneau dont l'éclat est aussi remarquable que la bonne conservation, ces six figures sont, il est vrai, disposées un peu au hasard et leur arrangement n'a pas dû coûter grande peine à l'auteur; mais les têtes d'une facture très simple sont d'une individualité et d'une énergie singulière, notamment celle du personnage placé au centre, un bonhomme déjà grisonnant, à la physionomie pleine d'intelligence et de décision. L'inscription suivante qui se lit sur ce panneau trace en quelques lignes les devoirs des administrateurs de la gilde : « Conformez-vous à votre serinent pour les choses dont vous êtes certain ; vivez honnêtement; ne rendez pas de jugement par faveur, par haine ou par intérêt personnel ». Ce programme de loyauté et de scrupuleuse justice était

celui même qui avait fait la grandeur du commerce hollandais. A la sûreté des relations, ces trafiquants modèles joignaient à la fois l'esprit d'entreprise qui les poussait à chercher au loin des débouchés pour leurs produits et la ténacité qui assurait le succès des audacieuses expéditions dont ils étaient les promoteurs. Ces qualités acquises dans l'exercice de leur profession, ils les apportaient aussi dans la gestion

des intérêts publics et il n'était point rare que les plus considérés d'entre eux, après avoir montré ce dont ils étaient capables en administrant leurs gildes respectives, fussent également désignés au choix de leurs concitoyens pour remplir les fonctions de conseillers et de bourgmestres, ou pour diriger les établissements hospitaliers fondés en si grand nombre par la charité dans toutes les villes hollandaises. Comme pour les corporations militaires, qui peu à peu d'ailleurs tendaient à s'effacer devant ces corporations bourgeoises, l'usage s'était répandu de décorer des portraits de leurs dignitaires les locaux où se réunissaient les affiliés. Quelle que fût la nature de la Société, le mode de représentation ne différait guère dans ces tableaux. Sauf quelques Leçons d'Anatomie exécutées pour les gildes des médecins ou des chirurgiens, ou quelques épisodes inspirés par des distributions de secours à des vieillards ou à des orphelins, épisodes d'ailleurs assez maladroitement disposés, en général, les peintres se bornaient à ranger autour d'une table les administrateurs de l'association qui leur faisait cette

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