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RELATIONS DU MAITRE A CETTE EPOQUE

de bonheur dans le modeste inte'rieur du Rozengracht. Peut-être même y avait-il retrouvé quelques-unes de ses jouissances de collectionneur, en réunissant des dessins de maîtres soit pour lui-même, soit pour l'association formée entre Titus et Hendrickje. Dans une lettre inédite, écrite en i663 par Constantin Huygens à son frère Christian, il le prie d'étudier des dessins de Carrache qui sont en possession de Jabach, « pour scavoir un peu au vrai si celui qu'a Rembrandt à Amsterdam et où il y a des gens qui nagent, n'est pas une copie; ce qu'il ne croit pas pourtant, à cause de la hardiesse de la plume (1) ».

Bien qu'il vécût à l'écart, Rembrandt d'ailleurs n'était pas absolument isolé et quelques amis venaient encore le chercher dans sa retraite. Un précieux album, qui appartient aujourd'hui àMmeVe Kneppelhout, nous a conservé leur souvenir (2). Il avait été formé alors par un certain Jacob Heyblocq, écrivain et professeur assez connu, qui, après avoir enseigné le latin à Leyde, s'était fixé à Amsterdam où il était en relations suivies avec la plupart de ses compatriotes les plus distingués : Vossius, Heinsius, Vondel, Voetius, Cats, Huygens, etc. A côté de leurs noms nous relevons, dans les pages de cet album, ceux de ces amis éprouvés qui n'avaient pas abandonné le maître dans son malheur. Ce sont d'abord ses élèves G. Flinck et G. van den Eeckhout, ce dernier représenté par une assez médiocre composition de Mercure et Argus ; puis J. van de Cappelle, son fervent admirateur, avec un joli dessin de Joueurs de Kolf, daté de 1654 ; J. Decker qui jusqu'au bout sera l'un des assidus de l'artiste, enfin le brave Coppenol qui, à la date de 1 658, copiait de sa meilleure plume deux pièces de vers en l'honneur de la calligraphie. Quant à Rembrandt, en si bonne compagnie, il tient dignement sa place à côté de ses fidèles, avec un croquis légèrement rehaussé de bistre et de blanc, un Saint Siméon daté de 1661, dans lequel il a exprimé très délicatement l'émotion du vieillard prenant entre ses bras l'enfant Jésus que Joseph et Marie contemplent, comme lui, avec une tendresse respectueuse.

Cette année 1661 compte parmi les plus actives de la vie de Rembrandt, et en même temps que les compositions dont nous avons parlé et que le grand tableau des Syndics, l'œuvre capitale qui les domine

(1) Communiqué par M. A. Bredius.

(2) Vosmaer, p. 362.

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toutes, il peignit aussi des études et des portraits qui, soit par leur date formelle, soit par le caractère de leur exécution, se rapportent à cette époque. Citons entête le Pèlerin en prières, signé et daté 1661, récemment acquis en Angleterre par M. Sedelmeyer (1) et aujourd'hui dans la collection de M. le consul général Weber, à Hambourg, une œuvre de premier ordre, d'une facture très large, très nerveuse et d'une expression superbe. Le pieux voyageur vu de profil, en buste et de grandeur naturelle, est vêtu d'un manteau gris jaunâtre auquel est attachée la coquille traditionnelle; son chapeau et son bâton sont à côté de lui. Debout, les mains jointes, il prie avec ferveur. La lumière frappe vivement sesmains osseuses et son visage pâle, aux traits un peu anguleux, terminé par une barbe en pointe et couronné par une longue chevelure.

On est saisi au premier aspect par l'harmonie très simple du tableau, par la puissance de l'effet et surtout par la beauté de cette tête ardente, par le feu de son regard, par l'accord de la physionomie et de l'attitude de cette figure plongée dans une muette extase. Mentionnons ensuite le portrait qui, après avoir fait partie de la collection du marquis de Lansdowne, a été racheté en 1889 par M. Guiness de Dublin (2) : c'est celui d'un homme jeune encore, vêtu de noir et coiffé d'un chapeau à haute forme, peinture d'un aspect assez sombre et d'un modelé un peu indécis, malgré l'intensité de ses ombres; puis, chez lord Wimborne, à Canford Manor, le portrait d'un homme d'une quarantaine d'années, assis devant une table couverte d'un tapis rou-

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