‹ RembrandtChapitre 20 sur 285 · COLLECTION DU LOUVRE · texte numérisé non relu

COLLECTION DU LOUVRE

LE « SAINT JEROME EN PRIERES». 5i

en 1641, dans une de ses eaux-fortes (B. 98). Rembrandt a repris quelques-uns des détails de sa première composition. Sans en bannir complètement les bizarreries, il l'a remaniée fort heureusement, en lui donnant une ordonnance plus libre et plus pittoresque, tout en conservant les qualités d'expression qui distinguent les figures de l'eunuque et de l'apôtre.

Autant qu'il est permis d'en juger d'après les gravures de van Vliet, le Baptême de V Eunuque ainsi que Loth et ses filles doivent être reportés au début de la carrière de Rembrandt, vers 1628-1629, car l'un et l'autre offrent de nombreuses analogies avec Samson et Dalila, daté de 1628. Le Saint Jérôme en prières était sans doute postérieur; l'exécution en paraît plus fine et plus souple, et Rembrandt, avant de peindre ce tableau, avait pris soin d'étudier la figure du saint dans un charmant dessin à la sanguine qui appartient à la collection du Louvre (1). Frappé par une vive lumière et à genoux devant un crucifix, le pieux ermite semble profondément absorbé dans sa prière. Des livres, un sablier, une natte, une gourde et un chapeau de cardinal sont placés à côté de lui. De l'autre côté, un animal à tête bizarre, plus semblable à un gros chat qu'à un lion, est accroupi à ses pieds, et des chardons, du milieu desquels s'élance une vigne chargée de grappes, garnissent le réduit construit en briques où se passe la scène. L'eau-forte de van Vliet, la meilleure de son œuvre (B. i3), atteste le fini minutieux de cet ouvrage, notamment dans les nombreux accessoires qu'il renferme. On reconnaît bien là le maître de Gérard Dou, et cette filiation d'ailleurs s'accuse de la façon la plus formelle dans un Ermite de la Galerie de Dresde (n° 171 du catal.), où l'élève a reproduit presque indentiquement le tableau du Saint Jérôme, en se contentant de modifier la pose et le type du personnage. Raffinant encore sur les leçons qu'il a reçues de Rembrandt, Gérard Dou a poussé jusqu'à l'extrême limite cette préoccupation du fini. Dans le tableau de Dresde, la natte est rendue brin à brin, les feuillages bleuâtres des chardons, sur lesquels un escargot promène sa bave luisante, laissent apercevoir leurs nervures les plus menues, et un

passé pendant quelque temps pour l'original. Une bienveillante communication de M. Somoff, directeur de l'Ermitage, m'apprend que cette prétendue répétition est également une copie. (1) Cette fois encore, ainsi que le prouve ce dessin, la gravure de van Vliet est à contresens du tableau. Une ancienne copie du Saint Jérôme, qui avait été achetée avec la collection Sucrmondt pour le Musée de Berlin, a été depuis cédée au Musée d'Aix-la-Chapelle.

papillon microscopique, égaré au fond de cette grotte, déploie ses ailes diaprées. Une couleur froide et criarde ajoute encore a la sécheresse de cette exécution impitoyable et fait ressortir la pauvreté de tous ces détails, sur lesquels Dou insisteaveccomplaisance, comme pour signaler à notre attention sa patiente et puérile calligraphie. Ce qui chez le maître n'était que l'occasion d'une étude plus consciencieuse de la nature est devenu l'essentiel et le but principal pour le disciple.

Nous pouvons nous faire une idée de ce qu'était le Saint Jérôme de Rembrandt d'après un excellent tableau admirablement conservé, qui

appartient au comte S. StroganofF à Saint-Pétersbourg et qui porte, avec le monogramme de l'artiste, la date de i63o. Le sujet en est assez énigmatique. Nous y retrouvons le vieillard à barbe blanche que nous avons déjà signalé dans de nombreuses eaux-fortes et dans le Loth et ses ji lies du jeune maître. La scène, d'ailleurs, se passe également dans une grotte, et à l'horizon apparaît encore une ville incendiée, avec des monuments, un grand escalier, la silhouette d'un temple surmonté d'une coupole, et sur un plan plus rapproché des maisons dont les habitants s'enfuient à toutes jambes. Mais cette fois, au lieu du compère jovial et aviné que nous offrait le tableau de Loth, nous sommes en présence d'un vieillard vénérable, assis solitairement dans une attitude méditative. A côté de lui sont entassés des objets précieux, un tapis de velours pourpre brodé d'or, un bocal et une cruche d'or très richement travaillés, qu'il a voulu sans doute dérober à un pillage imminent. Sa fuite a été précipitée, car il a les pieds nus. La tête appuyée sur sa main droite, il semble absorbé dans ses réflexions, incertain du parti qu'il doit prendre. Son autre main repose sur un gros in-folio, et Rembrandt a eu soin de nous avertir par le titre qu'il y a inscrit que ce livre est une Bible. L'épisode est donc emprunté aux livres saints; mais cet épi-

LE PÈRE DE REMURANDT

Saint Jérôme.

Fac-similé de la gravure de Joris van Vliet (i63i d'après le tableau de Rembrandt.

pi Itî

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