LOTH ET SES FILLES
GRAVURE DE J. VAN VLIET (l63l).
(D'après un tableau de Rembrandt.)
(1) Ce personnage est aussi affublé du hausse-col en fer forgé que nous avons déjà plusieurs fois signalé.
«BAPTEME DE L'EUNUQUE»,
disposition et l'inexpérience qu'ils nous révèlent confirment cette hypothèse. Loth et ses filles est assurément celui dont la perte est le moins regrettable. Bien que le sujet fût alors très en vogue, dans les Flandres comme en Hollande, il ne laisse pas d'être un peu répugnant. Il ne convenait guère, en tout cas, au talent de l'artiste, qui ne s'est que bien rarement aventuré à de pareilles données, et, même en ses meilleurs jours, s'en est assez mal tiré. Ce n'est pas qu'il ait mis trop complaisamment en lumière les côtés scabreux d'un épisode aussi peu édifiant.
Le moment choisi par Rembrandt est celui où les filles de Loth, deux donzelles assez débraillées,enivrentle vieillard, qui, tenant dans sa main la cruche qu'il vient de vider, chante à tue-tête, la bouche grande ouverte, les yeux demi-clos et l'air fort animé. Par l'ouverture de la grotte où les trois fugitifs se sont retirés, emportant avec eux quelques objets précieux, on aperçoit au loin la ville de Sodome en flammes et la silhouette de la femme de Loth changée en statue de sel. Tout cela n'est pas, il faut en convenir, très agréable à voir, et l'interprétation de van Vliet (B. i) a sans doute ajouté encore à la vulgarité et à la grossièreté de la scène dont un dessin de Rembrandt, très habilement exécuté à la sanguine et qui appartient au British Muséum, nous donne une meilleure idée.
Le Baptême de l'Eunuque était aussi, en ce temps, un sujet fort goûté des peintres. Sans parler de bien d'autres, Lastman l'avait déjà traité deux fois (Musée de Berlin, ^677; et Musée de Mannheim,n° 1 13).
(Collection de M. Habich à Cassel.)
5o REMBRANDT.
Il fournissait aux italianisants d'alors une occasion naturelle de donner carrière à leur imagination et d'accumuler à ce propos, sous prétexte de couleur locale, toutes les splendeurs d'un Orient de convention, tel qu'ils aimaient à se le représenter. Rembrandt n'y a pas manqué; il a môme emprunté à ses prédécesseurs plus d'un détail de son tableau. Le char couvert de tapis précieux, le parasol qui le surmonte, les serviteurs portant de riches draperies, les costumes du néophyte et de ses gardes, ainsi que la plantureuse végétation de courges et de chardons qui garnissent le premier plan, témoignent du soin laborieux qu'il a pris à cet égard dans cette composition, l'une des plus bizarres que nous connaissions de lui. La figure du Maure agenouillé devant la mare, celle de l'apôtre qui lui verse l'eau sur la tête, et celle du cavalier qui les domine y sont superposées en ligne droite d'une manière tout à lait malencontreuse. Avec ses jambes épaisses, son énorme encolure et sa tête étrange, la monture de ce cavalier et l'attitude même de celui-ci ne sont pas moins grotesques. Seules l'expression de gravité de saint Philippe et la piété respectueuse de l'eunuque répondent au caractère de la scène. Plusieurs copies anciennes de ce tableau, l'une chez M. Graham à Londres, une autre au Musée de Schwerin (n° 856 du catal.), nous fournissent des indications sur la couleur et l'exécution de l'original, que M. Bode croit d'ailleurs reconnaître dans une autre réplique qui se trouve au Musée d'Oldenbourg (n° 179 du catal.). Celle-ci, il est vrai, à l'inverse des deux autres, est peinte à contresens de la gravure de Vliet (B. 12), ce qui impliquerait déjà une présomption en faveur de son authenticité, cet artiste ne s'étant jamais donné la peine de retourner les copies faites par lui des œuvres qu'il se chargeait de reproduire. Mais les différences qui existent entre les tableaux d'Oldenbourg et de Schwerin et celles qu'ils présentent eux-mêmes avec la gravure sont assez notables. L'insuffisance de l'exécution de l'exemplaire d'Oldenbourg, la dureté de son coloris, le bariolage des tons bleus, verts, jaunes et rouges qui s'y trouvent réunis, sans grande préoccupation d'harmonie, nous empêchent d'accepter comme certaine l'attribution à Rembrandt d'un ouvrage qui, en tout cas, ne lui ferait pas grand honneur (1). Ajoutons qu'en traitant de nouveau cet épisode
(]) Une autre répétition du Baptême de l'Eunuque, provenant de la galerie Mocenigo à Venise, et qui tait aujourd'hui partie de la collection de M. le comte Tolstoï à Odessa, a aussi
Etude pour le « Saint-Jérôme » .
Dessin à la sanguine et au crayon noir (i63t).