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PRÉTENDU SÉJOUR EN ANGLETERRE

l'effet obtenu par des intonations très mesurées, la savante liberté avec laquelle la pâte est maniée, l'éclat de la lumière concentrée sur la tête et les mains, par-dessus tout l'expression très pénétrante de la vie, recommandent à notre admiration cette belle peinture.

A côté de ces divers portraits d'indifférents ou de proches, le maître, comme d'habitude, n'a pas manqué de se prendre pour sujet d'étude et nous avons pour cette époque deux de ces auto-portraits par lesquels il a, presque sans interruption, marqué les étapes de sa laborieuse carrière. Dans l'un d'eux, celui qui fait partie de la collection de sir John Neeld, à Grittleton-House, une peinture aux ombres un peu noires et d'une expression assez insignifiante, il s'est représenté en buste, vêtu d'un costume brun et coiffé d'une petite barrette violet clair, à bandes rougeâtres. L'autre, celui du comte de Kinnaird, à Rossie-Priory, plus lumineux et plus intéressant, nous offre ce mélange de tons bruns, unis à ces jaunes et ces rouges que Rembrandt affectionne et par lesquels il s'entend si bien à rehausser l'éclat des carnations. Comme dans le portrait du Louvre, il a la tête enveloppée d'un bonnet blanc et jaunâtre; mais cette fois, au lieu de peindre, il tient dans ses mains un livre, et, interrompant sa lecture, il lève les yeux pour regarder le spectateur. Son expression est calme; après tant de secousses, et quoique sa situation soit toujours bien précaire, il semble plus rassuré, plus confiant dans l'avenir.

En dépit de tant de témoignages de l'activité féconde de Rembrandt pendant cette année 1661, l'opinion que le maître fit à cette date même un voyage et un séjour en Angleterre a repris récemment quelque créance par suite de la découverte d'un document qui m'est signalé par M. Bredius. Dans un manuscrit de Vertue daté de 171 3 et qui appartient au British Muséum (1), on lit, en effet, la note suivante : « Rembrandt van Rhine vécut en Angleterre, à Hull, dans le Yorkshire, pendant seize ou dix-huit mois et il y peignit plusieurs portraits de gentlemen et de marins. L'une de ces peintures est en possession de M. Dahl, capitaine de marine, avec le nom du gentleman et la signature : Rembrandt à York, en 1661. Ceci me fut rapporté par le vieux Laroon

(1) Vertue's Mss. 23o68. f. 10. (171 3). Vertue, qui était un graveur distingué, a aussi écrit sur les arts; c'est à lui que sont dues la plupart des informations contenues dans les Anecdotes of painting d'Horace Walpole (1771).

qui dans sa jeunesse a connu Rembrandt à York. » Il est permis de se demander comment le peintre Laroon (Marc), qui naquit en 1 653 à la Haye, aurait connu Rembrandt a Hull en 1661. Si jeune que fût Laroon lorsqu'il arriva en Angleterre, il n'avait encore que huit ans en 1661. D'autre part, la présence de Rembrandt à Amsterdam en 1661 nous est signalée par des œuvres nombreuses et des documents formels. C'est l'année où il s'installe sur le Rozengracht; Hendrickje fait en sa faveur un testament le 7 août et elle dépose comme « son épouse légitime » dans l'enquête du 27 octobre dont nous avons parlé. Enfin, outre le dessin d'album fait pour J. Heyblock, l'année 1661 est marquée par l'exécution d'œuvres capitales, telles que le Saint Mathieu et V Ange du Louvre, le Pèlerin de M. le consul Weber, le chef-d'œuvre des Syndics, l'immense toile du Repas de Claudius Civilis et plusieurs portraits. Dans ces conditions, il n'est guère possible de trouver place pour un séjour du maître en Angleterre, et jusqu'à présent on n'a découvert aucun de ces portraits qu'il aurait peints à Hull. A moins de révélations nouvelles, ce séjour à cette date nous paraît donc tout à fait invraisemblable.

CROQUIS DE PAYSAGE A LA PLUME

(Collection du duc de Devonshirc.)

CROQUIS DE PAYSAGE, REHAUSSE DE SEPIA. (Collection du duc de Devonshire.)

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