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LE PORTE-DRAPEAU

Vers 1662-.664. (Collection du comte Warwick.)

et mis à nu la trame sur bien des points, cette toile, inférieure pourtant

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Rembrandt, mats pour les raisons que je viens d'indiquer et aux-

(1) Catalogue raisonné, VII, p. 249.

quelles il serait facile d'en ajouter bien d'autres encore, ma conviction est qu'elle n'est point du maître.

En même temps qu'il trouvait un élève aussi docile à ses enseignements, Rembrandt avait eu la satisfaction de nouer plus étroitement encore les relations affectueuses qu'il entretenait déjà avec un poète de l'école de Vondel, Jérémias de Decker, dont il faisait en 1666 le portrait qui appartient aujourd'hui à la collection de l'Ermitage. Decker était grand admirateur de l'artiste, et dans un sonnet sur le tableau de la Madeleine aux pieds du Christ (1) il avait célébré le talent de son ami, « son respect pour les textes sacrés. Le pinceau, ajoutait-il, a-t-il jamais serré de si près la plume? Les couleurs ont-elles jamais tant approché de la vie?» Et parlant de cette charmante figure de Madeleine dont Rembrandt a si bien rendu la poésie, il appréciait délicatement son attitude et son expression : « Elle croit, mais elle doute encore; elle hésite entre l'espoir et la crainte. Les rochers du sépulcre, hauts et pleins d'ombre, donnent un air de majesté à la scène. Ami Rembrandt, j'ai vu ta main magistrale créer ce tableau, et ma plume a dû rendre hommage à tes pinceaux, mon encre à tes couleurs. » Le mérite de l'œuvre de l'Ermitage atteste le plaisir évident que prit l'artiste à peindre le portrait de son ami. Il nous le montre vu presque de face, coiffé d'un chapeau noir à larges bords qui projette sur son front une ombre vigoureuse et ne laisse arriver la lumière que sur le nez et la joue gauche. Decker est vêtu de noir et porte un petit col blanc rabattu. Ses traits un peu gros respirent la force, et son regard très pénétrant est plein de franchise et d'honnêteté. Aucune virtuosité d'ailleurs, mais cette ampleur naturelle et cette simplicité grandiose auxquelles se fait reconnaître entre tous l'auteur des Syndics. Ainsi traité, le poète eut à cœur d'exprimer sa gratitude, et dans une nouvelle pièce de vers écrite aussitôt après — car il mourut l'année même où .Rembrandt avait peint son portrait, — il exalte le désintéressement de cet Apelle qui a travaillé pour lui « non pas en vue d'un gain, mais par amitié et par amour pour les Muses ». Il voudrait « d'une main aussi magistrale

(1) Il existe deux tableaux de Rembrandt représentant ce sujet, l'un daté de i638 à Buckingham Palace; l'autre, de i65i, au Musée de Brunswick. Nous ne saurions dire auquel se rapporte la poésie de Decker; il est cependant plus probable que c'est au dernier des deux, la première édition des œuvres du poète ayant paru à Amsterdam en i65G, peu de temps après l'exécution de la peinture de Brunswick.

reproduire sur le papier, non ses traits, mais son esprit cultivé et son art ingénieux, pour les manifester à tous les yeux, en dépit de l'envie, cette bête infâme ». Mais que pourraient ses vers pour un talent qui « a porté la gloire du peintre aussi loin que voguent les vaisseaux de la libre Hollande? Si sa plume ne saurait rien ajouter à la renommée de van Ryn, il prie du moins l'artiste d'accueillir ces quelques vers comme un faible hommage de celui qui se sentira éternellement son obligé. »

Rembrandt n'était plus habitué à se voir apprécié avec une si délicate sympathie. Ses amis se faisaient rares et plus que jamais il avait besoin de se réfugier dans le travail. La plupart des tableaux qu'il peignit alors sont des portraits ou plutôt des études, car les personnes représentées, à en juger par leur pose ou leur costume, devaient appartenir à son proche entourage. De ce nombre, sans doute, est le Portrait d'une jeune Femme, signé et daté de 1666, à la National Gallery. Vêtue de noir et vue presque de face, elle porte des perles aux oreilles et des bagues aux doigts. Ses mains sont croisées sur sa poitrine, et dans la droite elle tient un mouchoir. Ce n'est point par la distinction que brillent ses traits, mais le doux regard de ses yeux et le sourire qui entr'ouvre sa bouche dénotent une nature bienveillante, et Rembrandt a su rendre l'expression très particulière de sa physionomie avec cette sincérité absolue qui double encore le prix du savoir consommé qu'il possédait alors. Bien qu'il ait un peu perdu de sa fraîcheur primitive, le Portrait de jeune Fille qui appartient à mistress Morrison est plus charmant encore et doit aussi avoir été peint vers cette époque, mais seuls les trois premiers chiffres delà date 166, sont restés apparents. Ainsi que le remarque M. Bode(i), la dénomination de la Fille de Rembrandt sous laquelle il est connu n'est d'ailleurs aucunement justifiée, Cornelia n'ayant guère à ce moment que onze à douze ans, tandis que la jeune fille en question paraît en avoir de dix-huit à vingt. Assise dans un fauteuil sur le bras duquel sa main droite est appuyée, cette gracieuse personne est enveloppée dans une fourrure blanche qui, tout en cachant un peu l'insuffisance de sa toilette, laisse à découvert sa chemise et une partie de sa poitrine. Le rouge pourpre du tapis de la table placée

(1) Bode, Studien, p. 55 1.

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devant elle et le rouge brique du rideau qui sert de fond avivent l'éclat de ses carnations, en même temps que la vérité de la pose et le charme du clair obscur mettent en pleine lumière la grâce de ses formes juvéniles.

A côté de ces jeunes modèles, Rembrandt a trouvé encore autour de lui quelques-uns de ces vieillards qu'il aimait à peindre parce qu'ils se prêtaient docilement à ses caprices et qu'il les posait et les accoutrait à sa guise. C'est d'abord le Porte-Drapeau qui fait partie de la collection du comte Warwick, à Warwick Castle, un homme déjà âgé,

vu de face et debout, coiffé d'un chapeau à larges bords surmonté d'une plume blanche et vêtu d'un costume brun sur lequel sont passés une écharpe vert foncé et un

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