VIEILLARD AVEC GRANDE BARBE
Vers l63o (B. 291).
EPuisle Catalogue Raisonné dressé par Smith, il y a déjà plus de cinquante ans ( 1 836), deux critiques d'art se sont proposé de donner la liste complète des tableaux de Rembrandt en suivant un ordre méthodique.
Vosmaer, le premier, avait cherché à établir ce catalogue, année par année, non seulement pour les peintures, mais pour l'œuvre entier du maître.
Malheureusement Vosmaer' n'avait vu qu'un petit nombre de ces peintures, et pour celles mêmes qu'il connaissait, ses appréciations laissaient parfois à désirer. Reprenant son travail avec plus de suite et de compétence, M. W. Bode a pu le compléter et l'améliorer notablement.
Ses études sur le développement artistique de Rembrandt lui avaient permis de se rendre compte des phases successives qu'offre l'évolution du talent du maître, et c'est à lui qu'on doit
la découverte d'un grand nombre d'oeuvres de sa jeunesse qui, différentes par l'exécution et signées seulement de son monogramme, étaient pour la plupart ignorées jusque-là. De plus, les voyages réitérés de M. Bode à travers l'Europe lui ont fourni l'occasion de voir et de revoir, par conséquent de comparer entre elles toutes les peintures de Rembrandt disséminées dans les collections publiques ou privées. Le catalogue qu'il en a donné dans ses Studicn est donc le plus exact et le plus sûr que nous possédions. Mais depuis sa publication, en 1 883, la vogue toujours croissante du grand artiste et la plusvalue de ses œuvres ne pouvaient manquer d'amener des modifications assez nombreuses dans leur répartition. Aussi M. Bode lui-même, dans un article récemment inséré dans un journal de Munich 1 ), a complété et rectifié sur quelques points son premier travail, en notant plusieurs des changements de possesseurs survenus en ces derniers temps. Quoique cette publication soit encore bien récente, d'autres mutations assez importantes qui se sont produites depuis lors, surtout dans les collections anglaises, attestent la difficulté qu'il y a aujourd'hui à tenir ces catalogues au courant, difficulté telle qu'elle équivaut à une impossibilité à peu près absolue. Ce qui se passe aujourd'hui en Angleterre en est la meilleure preuve. Dans ces dernières années, en effet, non seulement plusieurs collections déjà anciennes, comme celle de Blenheim. ont été dispersées en vente publique; mais, de la main à la main, pour des motifs différents, bien des cessions partielles ou totales ont été faites par des propriétaires, sous la condition expresse du secret, soit que ceux-ci ne voulussent pas ébruiter la gêne qui les obligeait à se défaire de leurs tableaux, soit qu'ils fussent tentés par le prix élevé qu'on leur en offrait. Pour ne citer qu'un détail dont je puisse garantir l'exactitude, c'est ainsi que sur une note qu'a bien voulu me communiquer M. Sedelmeyer, je ne relève pas moins de 42 peintures de Rembrandt qui, depuis une dizaine d'années, ont passé par ses mains, la plupart tirées d'Angleterre, les unes pour demeurer sur le continent, le plus grand nombre pour aller enrichir des musées ou des galeries en voie déformation en Amérique. C'est grâce à l'amabilité de M. Sedelmeyer que j'ai pu non seulement voir chez lui, mais reproduire quelques-uns de ces tableaux, dans le court intervalle de temps qu'ils séjournaient à Paris avant de traverser les mers.
Malgré tous les soins que j'ai pris et les correspondances nombreuses que j'ai entretenues à cet égard, ce n'est donc qu'un état approximatif des tableaux de Rembrandt que je puis donner ici. Ayant d'ailleurs signalé dans l'ordre chronologique les principaux d'entre eux au cours de ce volume, il m'a paru que pour faciliter les recherches il convenait d'en établir la liste suivant leur répartition géographique. A raison de l'espace restreint dont je disposais, j'ai dû me borner aux indications les plus nécessaires ; celles : du titre, des signatures, monogrammes ou dates inscrits sur chaque peinture, de sa provenance, de ses dimensions, et de la matière, bois ou toile, sur laquelle elle esi exécutée , toutes les fois du moins que j'ai pu me procurer tout ou partie de ces indications. Pour les collections publiques ou privées qui possèdent des catalogues, je me suis conformé au numérotage adopté dans les éditions les plus récentes de ces catalogues dont, autant que possible, j'ai donne la date.
Les musées les plus riches en tableaux de Rembrandt sont ceux de l'Er-
(ij Mûnchner neueste Nachrichten du 9 juillet 1890
SES TABLEAUX. 54ÇJ
mitage (35), du Louvre et de Cassel (chacun 20), de Berlin (17), de Dresde (16), delà National Gallery (12) et de Munich (10). Sur un total d'environ 450 peintures du maître, chiffre autour duquel nous croyons, comme M. Bode, qu'oscille le chiffre réel, la Hollande n'en possède guère que 25. Il est vrai que dans ce nombre on compte des ouvrages qui, par leur importance et leur mérite, sont de premier ordre : la Leçon d'Anatomie, la Prise d'armes de la Garde Civique, la Fiancée Juive, le Portrait d'Elisabeth Bas, celui du Bourgmestre Six et les Syndics.
Nous avons parlé du discrédit où vers la fin de la vie du maître ses œuvres étaient tombées et cité à cet égard le propos significatif de Wybrandt de Geest, son petit-neveu. Vers le commencement du xvme siècle, les prix des tableaux de Rembrandt, encore très bas, se relevèrent peu à peu, mais avec des inégalités assez marquées. A 1-a vente d'une des plus importantes collections de cette époque, celle de W. Six, qui eut lieu le 12 mai 1734, à Amsterdam, ces prix varient entre 5o florins, payés pour les deux Philosophes en méditation, aujourd'hui au Louvre, et 2 5 iofl. pour laFemme adultère de la National Gallerv. C'est d'abord en France que les amateurs ont recherché les tableaux de Rembrandt, et parmi les collections les plus célèbres qui en ont possédé, nous no' tons successivement celles de Crozat, du Comte de Vence, de M. de Julienne qui en avait réuni une dizaine, du duc de Choiseul qui en comptait six ou sept, du prince de Conti et du duc d'Orléans dont la vente eut lieu en 1792. Pour le commencement de notre siècle, la vente Erard (7 août i832) et celle du cardinal Fesch (17 mars 1845) doivent surtout être signalées. En Angleterre, où le talent de Rembrandt était aussi de plus en plus apprécié, ses œuvres avaient pris place dans les demeures princières des grands seigneurs, et malgré des ventes récentes assez nombreuses, c'est chez nos voisins que se trouvent les collections particulières les plus importantes : celles de S. M. la Reine, de sir Richard Wallace, du duc de Westminster, de lord Ashburton, de lord Ellesmere, etc. C'est également en Angleterre que l'on peut conserver l'espoir de découvrir encore quelques-unes des peintures du maître que l'on croit disparues ou qui n'ont jamais été signalées.
Depuis le milieu du siècle dernier, les prix des tableaux de Rembrandt ont toujours été en augmentant. Les deux petits tableaux du Louvre, les Philosophes en méditation, dont on peut suivre la trace dans une série de ventes successives, nous donnent une idée des variations de ces prix et nous relevons, à cet égard, les chiffres suivants :
Vente W. Six (1734). — 5o florins.
Vente du comte de Vence (1750). — 3 000 livres.
Vente du duc de Choiseul (1772). — 14 000 livres.
Vente Randon de Boisset (1777). — 10900 livres.
Vente du comte de Vaudreuil (1784). — i3ooo livres. C'est à cette vente qu'ils furent acquis pour le Cabinet de Louis XVI.
A la vente du duc d'Orléans, en 1792, la composition connue sous le nom du Berceau, aujourd'hui chez M. Boughton-Knight à Downton-Castle, fut poussée jusqu'à 2Ô25o francs ; et le Moulin à vent, l'admirable paysage appartenant au marquis de Lansdowne, fut payé 12 120 francs. La Sainte Famille (le Ménage du Menuisier, du Louvre), qui faisait partie de la collection du duc de Choiseul, bien que vendue en pleine Terreur, le 16 février 1793, atteignit 17 120. De notre temps les prix des tableaux de Rembrandt ont encore
suivi une progression ascendante. C'est maintenant un des peintres les plus recherchés des amateurs, et de tous les maîtres anciens celui qui est le plus goûté en Amérique.
La vogue dont il jouit a eu pour effet naturel d'accentuer encore ce mouvement de hausse sur le marché européen. Le portrait d'homme connu sous le nom du Doreur, signé et daté de 1640, acheté 5 000 lianes a Paris en 1802, fut mis en vente au prix de 1 5 000 francs en i8'3t">; il atteignit successivement 25ooo francs à la vente de M""' Gentil de Chavagnac en 1854, puis 1 55 000 a celle du duc de Morny en 1 865 . Acquis en 1884 pour 225 000 francs, par M. Schaus de New- York, il a été revendu par lui en 1 888 au prix de 400000 fr., dit-on, à M. H. Havemeyer qui l'a prêté au Metropolitan Muséum de New-York, pour v être exposé. Un autre portrait, dit d'un Amiral, qui figurait à la vente de la collection Crabbe (12 juin 1890), y fut payé io65oo lianes par M. W. Schaus de New-York. Les deux beaux portraits en pied de Marten Daey et de sa femme, acquis au mois d'août 1877 avec la galerie Van Loon par la famille de Rothschild, ont été repris tous deux par M. le baron Gustave de Rothschild sur une estimation de plus d'un million de francs. Deux autres portraits, celui de Rembrandt lui-même et celui d'une jeune femme, qui faisaient partie de la collection du marquis de Lansdowne, ont été achetés par lord Iveagh plus de 400000 francs. En 1 883, Joseph et Putiphar, de la collection de sir John Neeld,a été acquis pour 200000 francs par le Musée de Berlin ; enfin, en 1 89 1 , le Pèlerin en prières, 1 00000 francs par M. le consul de Weber de Hambourg; la Vieille Femme tenant une bible, t5oooo francs par M. J. Porges à Paris, et le Comptable 140000 francs par M. Hanford à Chicago.
La largeur de L'effet et les contrastes qu'offrent les peintures de Rembrandt étaient bien faits pour tenter les graveurs; aussi ont-elles été souvent reproduites, au siècle dernier par Schmidt et de Frey, et de notre temps par les plus habiles aquafortistes : MM. Massalof, Unger, Courtry, Koeping, Waltner et Rajon. Il n'est que juste de mentionner également ici la belle lithographie de la Prise d'Armes de la Garde Civique, exécutée par Mouilleron. Enfin les photographies de MM. Braun de Dornach, Hanfstaengl de Munich et Baei de Rotterdam ont puissamment contribué à répandre la connaissance des tableaux du maître.
Dans la liste suivante, les divers pays ont été classés par ordre alphabétique. en indiquant, à la suite des œuvres contenues dans les musées de chaque ville, celles qui font partie des collections particulières de cette ville. Pour ceux des tableaux que je n'ai point vus ou sur lesquels je n'ai pu me procurer de renseignements spéciaux, je me suis, en général, conformé aux indications données dans les catalogues de M. Bode. Quant aux signatures, je n'ai signalé que celles dont la forme ou l'orthographe présentent quelque différence avec la signature habituellement usitée par le maître. Les chiffres placés à la suite des abréviations B ou T (Bois ou Toile) indiquent les dimensions données en prenant le mètre pour unité et en commençant toujours par la hauteur.
CATALOGUE DES TABLEAUX