VUE DE LA ZUYDERKERK
(Fac-similé d'une gravure du temps.)
le Poids public et dans les trois tours dont elle était flanquée, la Gilde des peintres, celle des tailleurs de pierre et celle des chirurgiens trouvaient des locaux pour leurs lieux de réunion. Tout en conservant ainsi ces souvenirs du passé, les magistrats épargnaient la dépense de constructions nouvelles. Le même sens pratique avait présidé à la transformation des églises catholiques et des cloîtres devenus inutiles à la suite de la Réforme et qui étaient maintenant affectés au culte protestant. Des temples spécialement affectés à ce culte s'étaient aussi élevés dans plusieurs quartiers; c'étaient, en général, de simples halles rectangulaires, dominées par un clocher et peu différentes les unes des autres. Telle était, au sud-est, la Zuyderkerk, construite de 1607 à 16 14; la Noorderkerk, dont l'intérieur figurait une croix grecque avec
une chaire à prêcher au centre, et qui, commencée en 1G20, était terminée trois ans après ; enfin la Westerkerk, en forme de basilique à trois nefs avec un transept, et dont les travaux avaient duré de 1620 à i638.
Avec ces divers édifices, un grand nombre d'habitations particulières des styles les plus variés avaient peu à peu modifié l'ancien aspect d'Amsterdam. Si c'est là qu'aboutissaient les trésors du monde, c'est là aussi qu'ils étaient dépensés. Les grands commerçants, après s'être enrichis, avaient à cœur, comme autrefois les marchands de Venise ou de Florence, de se distinguer par l'élévation de leurs goûts. Plusieurs étaient à la tête du mouvement intellectuel ; ils encourageaient les arts ou cultivaient eux-mêmes les lettres. L'intelligence et l'honnêteté qu'ils apportaient dans la conduite de leurs affaires, ils les montraient également dans la gestion des intérêts publics. Un même sentiment de solidarité unissait entre elles les diverses classes de citoyens pour travailler au bien général. Aussi les fonctions municipales n'étaient pas un apanage réservé par la naissance aux familles patriciennes; tous ceux que leur mérite propre désignait aux suffrages de leurs concitoyens y avaient accès.
La sagesse et l'esprit de conduite de cette population, nous les retrouverons dans toutes les manifestations de son activité. L'exercice de la raison y est maintenu par un sens moral très élevé qui dérive de la façon dont elle comprend la religion. Ce sont des gens rassis, posés, soucieux avant tout de savoir où ils sont. Sans doute nous rencontrerions aussi parmi eux des théologiens ardents ; et entre les sectes innombrables que l'on compte dans cette ville, les disputes ont parfois dégénéré en émeutes, en pillages, en sanglantes persécutions. Mais en i63o les idées de tolérance venaient de prévaloir et une élite d'esprits éminents s'était formée qui, bien que professant des croyances différentes, restaient unis par une tendre affection et apprenaient mieux encore, en frayant entre eux, qu'avec des convictions très opposées on peut avoir des vies tout aussi exemplaires.
Ce n'est pas que l'enseignement dogmatique de la religion fût alors délaissé ; mais même en ces matières délicates, les Hollandais montraient les besoins de clarté et de netteté qu'ils apportent en toutes choses. Ils s'efforçaient de trouver un terrain solide, acceptable pour tous, et ne négligeaient rien pour l'établir. Comme les livres sacrés constituent le