TOLERANCE RELIGIEUSE
fond même sur lequel sont édifiées leurs croyances, il importe d'en fixer avec soin un texte qui fasse foi. Dans ces questions d'exégèse ils sont aidés par les membres de la colonie israélite, qui partout avaient été libéralement accueillis en Hollande. Mais c'est surtout à Amsterdam qu'ils avaient reçu asile, et avant le milieu du xvne siècle on n'y comptait pas moins de 400 familles juives, venues pour la plupart du Portugal. Elles s'étaient groupées dans un quartier à part, sans cependant y être cantonnées comme dans un Ghetto, ainsi qu'à Rome et à Francfort. Bientôt même, en 1657, ces émigrés arrivaient à une émancipation complète. De leur « nouvelle Jérusalem » ils ne cessent pas d'établir des relations avec les communautés issues de la leur, en Angleterre, en Danemark et à Hambourg. Quelques-uns d'entre eux se distinguent par leur instruction et leur caractère. Plusieurs se sont adonnés à l'étude de la médecine, comme cet Ephraïm Bonus dont Rembrandt et son ami Lievens ont tous deux fait le portrait. D'autres s'occupent de commerce et vont sur des vaisseaux hollandais établir des comptoirs jusqu'à Surinam et au Brésil. Enfin, parmi leurs rabbins, on compte des hébraïsants tels que Menasseh ben Israël, un autre ami de Rembrandt, lié avec les hommes les plus distingués de son époque.
La manière dont la bienfaisance est pratiquée à Amsterdam témoigne également de cet esprit de charité qui s'y exerce sous toutes ses formes et unit entre eux tous les habitants. Fondés ou soutenus par des particuliers ou. par la municipalité, les hôpitaux, les maisons de lépreux, les hospices de vieillards et les orphelinats sont administrés avec une telle sagesse que leurs règlements fonctionnent encore aujourd'hui. Les notables de la cité et les patriciennes les plus considérées tiennent à honneur de faire partie de leurs comités, vérifient scrupuleusement les dépenses et couvrent, à l'occasion, les déficits par les dons les plus généreux. A côté des Régents ou des Régentes auxquels est réservée la haute surveillance, la directrice de ces établissements reçoit le nom de Mère. Partout régnent l'ordre et la propreté la plus minutieuse. Dans la salle de réunion du conseil figurent les portraits des administrateurs ou des personnes qui sont venues en aide à la fondation. Ce sont comme autant de petits musées, dont quelques-uns se sont conservés jusqu'à nos jours et possèdent des œuvres remarquables. A l'Orphelinat municipal" de la Kalverstraat on peut encore voir des toiles de premier
ordre de Jacob Backer, de Juriaen Oven, d'Abraham de Vries, etc. ; et dans la salle de la Communauté des Remontrants, un beau portrait par Th. Keyser et un autre de Jan Uytenbogaerd par J. Backer. Qu'il ne se mêlât pas quelque vanité à ces représentations et que l'amour-propre n'y trouvât pas son compte, nous ne le nierons pas; mais sans trop chercher les mobiles qui déterminaient les donateurs, leur générosité du moins
tournait au profit des indigents, dont le budget bénéficiait d'autant.
Ainsi qu'il était naturel de le penser, l'esprit de liberté devait aussi faire sentir dans le domaine de la science et des lettres son heureuse action. Si Amsterdam n'avait pas, comme Leyde, le privilège d'une Université, elle comptait bientôt des savants qui pouvaient rivaliser avec ceux des villes voisines. De bonne heure elle avait été le centre des esprits cultivés de la Hollande, et lorsqu'en i632, sur le modèle de YÉcole illustre créée en i63o à Deventer, elle fondait elle-même un établissement analogue, elle y attirait bientôt, par les avantages de toute sorte qu'elle leur offrait, quelques-uns des hommes les plus distingués de cette époque. Depuis longtemps d'ailleurs ses Chambres de Rhétorique avaient pris la tête du mouvement littéraire et c'est sous leur patronage que s'était formé le seul théâtre permanent qui subsistait dans le pays. Peu à peu, aux mystères et aux allégories préparés en l'honneur des hôtes princiers qui visitaient la cité, avaient succédé des représentations régulières inspirées par des sujets plus vivants et qui répondaient mieux aux aspirations du moment. Déjà les Gueux avaient eu leurs poètes, et
VUE DE LA WESTERKERK.' (Dessin de Boudier, d'après une photographie.)