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LES MŒURS

même dans les pamphlets de ses the'ologiens ou de ses politiques, que cette race vigoureuse et jusque-là un peu inculte aurait pu apprendre la retenue et les belles manières. Aussi les divertissements publics ou privés n'allaient pas chez elle sans quelque grossièreté. Bien que

LE CHRIST ET LA FILLE DE JA1RE. (Dessin à la plume, collection de M. Seymour-Haden.)

les allures de ce peuple fussent le plus souvent lentes et calmes, et qu'au milieu même de son activité il ne semblait pas qu'il se pressât, on aurait dit qu'à certains moments il sortait de lui-même pour se livrer à de véritables débauches de mouvement et d'agitation. Qui n'a pas assisté aux fêtes, assez récemment abolies, de la kermesse d'Amsterdam, ne pourrait comprendre quelle frénésie s'emparait alors de ces gens posés-, leurs cris sauvages, leurs folles sarabandes par lesquelles

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des spectateurs inoffensifs étaient entraînés, malgré eux, quand ils se trouvaient sur le passage de ces troupes débridées. Le personnel qui fréquentait les théâtres n'était guère plus réservé. Sa composition et sa tenue, surtout quand on y jouait des farces de Brederoo, étaient de nature à en éloigner la bonne compagnie. Le parterre y offrait le fouillis le plus étranges d'enfants, d'adultes, d'hommes et de femmes de tout acabit. On s'y donnait des rendez-vous, on y buvait, on y fumait, on y criait à qui mieux mieux et les spectateurs échangeaient entre eux les projectiles les plus variés. Dans les réunions de famille, des gens habituellement sobres et tempérants devenaient à l'occasion des buveurs et des mangeurs d'une capacité pantagruélique. Aux jours de noces, ce qu'on vide de bouteilles et ce que consomme de viande est effrayant. Hooft trouve ces excès dignes des animaux les plus immondes et il compare à ce propos Amsterdam « à l'île de Circé où les hommes sont changés en pourceaux ». Dans les premiers temps, les repas donnés à propos de la fête annuelle des corporations militaires ou artistiques étaient d'une frugalité extrême : quelques harengs, quelques pots de bière circulant de main en main en faisaient tous les frais. Par la suite, ces humbles galas étaient devenus de véritables ripailles qui se prolongeaient outre mesure. Les grandes toiles de van der Helst nous édifient sur les dimensions des cornes à boire que vident les membres de la garde civique, et sur la contenance des tonneaux qui sont défoncés pour eux. Aussi, après de telles rasades, les yeux de ces braves gens sont-ils singulièrement allumés, leurs carnations luisantes et rubicondes. C'est vers la fin d'une fête pareille, alors que les têtes s'étaient échauffées, que le vieux Vondel, craignant le tumulte et les bagarres inévitables, pouvait dire à l'oreille de Flinck, son voisin : « Govert, moi je n'aime pas les rixes, les disputes, les libations; veux-tu rester? Moi je m'éclipse (i).

Mais ce n'étaient là, encore une fois, que des écarts passagers, et les peintres, avec leur indiscutable sincérité, nous ont laissé des témoignages moins compromettants sur la vie de leurs contemporains. Sans doute, eux aussi, et en particulier ceux qu'on a nommés les peintres de société, nous montrent les passe-temps plus ou moins distingués, plus

i i Vosmaer, Rembrandt, p. '52g.

MOUVEMENT DES ARTS. ,,i

ou moins décents de leurs compatriotes, depuis les rustiques ébats et les saouleries des paysans, jusqu'aux débauches élégantes des fils de famille. A la suite d'Es. van de Velde, de Dirck Hais, de Pieter Potter, d'Antoni Palamedes et de Pieter Codde nous risquons également de pénétrer dans des intérieurs plus ou moins suspects. Si curieux que soient leurs tableaux et ceux de leurs successeurs, ils ne tiennent pourtant qu'une place assez restreinte en regard de l'énorme quantité d'informations plus favorables et tout aussi sûres que nous devons à leurs confrères.

C'est par ses peintres, en tous cas, plus que par ses littérateurs, que la Hollande est devenue célèbre dans l'histoire, et entre tous les noms que nous offrent ses annales, il n'en est pas d'aussi glorieux que celui de Rembrandt. Quant aux autres arts, à vrai dire, ils comptent à peine chez elle. Tout au plus faudrait-il citer à Amsterdam : parmi les musiciens, les trois générations des Sweelinck; parmi les sculpteurs, Jansz Vinckenbrinck qui, à part la chaire à prêcher de la Nieuwekerk (1648), n'a guère fait que de petits ouvrages, et Hendrick de Keyser, l'auteur du tombeau de Guillaume le Taciturne à Delft (1621) et de Y Erasme de Rotterdam (1622), mais plus connu, en somme, comme architecte que comme sculpteur, bien que les églises et les autres édifices construits par lui n'aient pas grand caractère. Seule la peinture, à ce moment, arrivait à sa pleine efflorescence, et jamais, en aucun lieu du monde, on n'a vu, dans un intervalle aussi restreint de temps et d'espace, une si riche éclosion de talents. Bien que la composition de sa Gilde de Saint- Luc demeurât assez bigarrée et qu'elle n'ait eu ni l'importance, ni la cohésion de celles d'Utrecht, de la Haye, de Delft ou de Harlem, Amsterdam cependant, ainsi qu'elle l'avait fait pour son commerce, devait recueillir le bénéfice d'efforts antérieurs tentés sur d'autres points. Avec le temps, Y Athènes du Nord, ainsi que l'appelaient ses lettrés, attiraient successivement à elle la plupart des maîtres éminents qui s'étaient formés dans d'autres centres. Il n'en est guère, en effet, qui n'y aient séjourné plus ou moins longtemps et qui n'y aient cherché la consécration de leur renommée. C'est là que la population était maintenant la plus nombreuse et la plus riche; c'est là aussi qu'en travaillant pour les diverses corporations ou pour les amateurs, on pouvait espérer un placement plus facile et plus avantageux de ses productions. Aujour-

d'hui encore, malgré tant d'œuvres importantes qui lui ont été enlevées pour être dispersées dans toute l'Europe, à Amsterdam, mieux qu'ailleurs, on comprend que la peinture a été l'art national de la Hollande, celui qui a le mieux traduit ses aspirations et sa vie sous tous ses aspects. Par le nombre, comme par le mérite de leurs ouvrages, les portraitistes tiennent la tête de l'école. Toutes les classes, toutes les professions

figurent dans cette vaste iconographie qu'ils nous ont transmise, en notant avec un soin scrupuleux tout ce qui pouvait caractériser les goûts et les occupations de leurs modèles. Le plus souvent ces portraits ne sont pas isolés ; ceux des femmes font pendant à ceux de leurs maris; ou bien les deux époux sont réunis sur la même toile, comme pour attester la bonne harmonie du ménage. Parfois même toute la famille est groupée autour des parents, les enfants mariés avec leurs compagnes, d'autres dessinant ou faisant de la musique, les plus jeunes avec leurs jouets. A l'occasion, et afin de compléter la ressemblance, les serviteurs prennent place à côté des maîtres, dans le salon qu'ils occupent ou en vue du domaine qui leur appartient. Avec plus ou moins de goût dans l'ordonnance, l'image du moins est toujours d'une conscience et d'une véracité absolues.

A côté de ces portraits destinés à parer le foyer domestique, les toiles importantes exécutées pour les salles de réunion des nombreuses corporations d'Amsterdam forment en quelque sorte une suite ininterrompue

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