‹ RembrandtChapitre 40 sur 285 · LA LITTÉRATURE · texte numérisé non relu

LA LITTÉRATURE

fortune, et après bien des épreuves il était comme eux destiné à finir dans la misère. Plus encore que l'écrivain, l'homme apparaît dans les œuvres dramatiques de Vondel; qu'elles soient empruntées à la Bible ou à l'histoire de la Hollande, ces œuvres sont bien l'expression de ses convictions. Sans s'inquiéter des inimitiés qu'elles soulèvent, il veut, avec une entière indépendance, servir ce qu'il croit la vérité et la justice. Aussi est-il poursuivi par les rancunes des fanatiques de tous les partis. Dans son Palamedes ou le Meurtre de l'Innocent, joué à la fin de 1625, il flétrit avec une courageuse indignation les persécutions qu'engendrent les haines religieuses. Sous les noms des personnages qui y figurent, ce sont en réalité ses contemporains, le prince Maurice, ses ministres et les meurtriers de Barneveld qu'il met en scène; les allusions sont si nombreuses et si transparentes (1), que Vondel, mis en demeure d'aller se justifier à la Haye, est obligé de se réfugier déguisé chez des parents et des amis et ne doit qu'à l'intervention du Magistrat de voir sa condamnation limitée à 3oo florins d'amende. Cependant quand il s'agit, quelques années après, d'inaugurer le nouveau théâtre d'Amsterdam, sa popularité le désignera pour cet honneur, et son Gysbrecht van Amstel est choisi pour la première représentation (3 janvier i638). Plus que Hooft, Vondel possédait le sens lyrique, la vie, la couleur, un patriotisme chaleureux, des convictions religieuses vives et profondes. Son libre esprit s'exhalait avec une verve inépuisable dans des satires dont les traits caustiques frappaient fort et juste; mais il devait, dans sa vieillesse, expier cruellement son humeur indépendante.

Quoique fort inférieur à Vondel, un de ses contemporains était appelé à une fortune bien différente. Avec le réalisme minutieux de ses observations, qui portent surtout sur la vie familière, Jacob Cats avait à la fois les qualités et les défauts faits pour plaire aux masses, et vers i63o il était à l'apogée de sa réputation. Dans chaque famille, à côté de la Bible, on pouvait voir les œuvres du « Père Cats ». Son Poème du mariage {Formulier van den houiveljcken Staet), publié en 1620, allait être suivi en i632 du Miroir des temps anciens et modernes [Spiegel van der ouden en nieuiven tj'd), dans lequel il cherche à démontrer que la réunion des proverbes populaires constitue le vrai répertoire de la phi-

(1) Le nombre et la précision de ces allusions ont été relevés tout récemment dans une intéressante étude de M. J. -H. -W. Unger; Oud-Holland, 18S8, p. 5i.

losophie pratique. Ce sont des leçons de prudence, d'ordre et d'économie qui procèdent d'une morale un peu terre à terre. Dans son Anneau nuptial [Trouivring), qu'il publiera bientôt après (1637), il conte avec une simplicité un peu cynique des anecdotes conjugales d'une convenance plus que douteuse et il est curieux de voir cet homme, qui occupe déjà une des charges les plus importantes de l'État, se complaire en des inventions dignes de Jan Steen. C'est pour le peuple, au surplus, que

Cats a écrit et il ne peut guère être compris que dans son pays. Mais la popularité de ses œuvres, à laquelle contribuèrent sans doute les illustrations d'Adriaen van de Venne, y fut telle, que dans une seule année un éditeur d'Amsterdam en vendit 55 000 exemplaires. Cependant, en Hollande même, dans ces derniers temps, une réaction s'est élevée contre un genre de poésie qui manque par trop d'élévation, et ce n'est pas sans raison qu'on lui conteste aujourd'hui la place qui pendant longtemps lui avait été accordée dans le triumvirat littéraire, à côté de Hooft et de Vondel.

Les gros succès, on le voit, étaient réservés surtout aux écrivains qui, associés de plus près au courant de la vie familière, en présentaient dans leurs œuvres les images les plus fidèles. Même chez la meilleure société, une certaine rudesse se mêlait parfois aux habitudes d'une vie ordinairement morale et réglée. Si de pareilles anomalies étaient fréquentes alors chez toutes les nations d'Europe, elles étaient plus excusables encore en Hollande, au lendemain des agitations qui avaient si profondément remué ce pays. Ce n'est ni dans les camps, ni sur mer, ni

MENASSEH BEN ISRAËL.

Page 1