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PORTRAITS DE FAMILLE

avons point vus, deux grands portraits se faisant aussi pendants (1), ceux d'un ménage, appartenant à la famille Beeresteyn et que M. Bode a signalés en ces derniers temps (2) comme acquis également par un Américain pour être offerts ensuite au Musée de New- York. Un autre couple peint vers cette même année 1642, à en juger du moins par l'exécution (3), nous offre, au Musée du Belvédère, une intention encore plus marquée dans l'arrangement des deux portraits. Bien que séparés, non seulement ils se font pendants, mais ils paraissent ne former qu'une même composition. Le mari, un homme aux traits fins et distingués, tourné de trois quarts vers le spectateur, semble parler et attirer par un geste l'attention de sa femme qui, assise près d'une table, le regarde avec amour et donne à ses paroles un muet acquiescement. Ni l'un ni l'autre des époux ne brille par la beauté; mais la vivacité et l'intelligence qui animent le visage du mari, l'expression de bonté et de confiance affectueuse qui illumine les yeux noirs de sa compagne, l'attention avec laquelle elle l'écoute, loin de nuire à la ressemblance individuelle des deux personnages, achèvent de les caractériser. On sent que le jeune maître, au lieu de se borner à la tranquille exploitation du talent qu'il a acquis, s'applique à faire une œuvre à la fois vivante et expressive. Sans rompre avec les traditions, il cherche à les rajeunir. Quelle que soit sa facilité, de quelques dons que la nature l'ait comblé, il n'épargne pas sa peine, et Houbraken nous apprend qu'avant d'aborder son travail définitif, il multipliait les esquisses, les croquis, attachant une importance extrême à bien savoir, avant tout, ce qu'il ferait, à arrêter son dessein non seulement dans l'ensemble, mais jusque dans les moindres détails. Grâce à cet effort initial auquel il mettait tout son être, il se trouvait comme d'emblée au cœur même de cette œuvre. L'accord de cette imagination toujours active et de cette volonté très arrêtée restera un des traits distinctifs de son tempérament. Nous le retrouverons énergique et vivace, en dépit des épreuves et des années, à

(1) La signature et la date de ces deux portraits ayant été découvertes lors d'une vente faite le 24 octobre 1884, au château de Maurik, près de Vecht, par la famille Beeresteyn, les enchères s'élevèrent rapidement jusqu'à 70000 florins, prix auquel les vendeurs instruits de cette découverte restèrent propriétaires des deux toiles.

(2) Mùnckener neueste Nachricliten, 9 juillet 1890.

(3) La date i63o proposée par M. Engerth dans le catalogue du Belvédère (nos 1 1 39 et 1 140), et qui lui semble motivée par la tonalité un peu froide des ombres, ne nous paraît pas admissible. Rembrandt, à cette date, était incapable de peindre de pareilles œuvres qui n'ont aucune analogie avec ses tableaux exécutés à Leyde.

tous les moments de sa carrière. On comprend que de tels soins, de tels scrupules joints à une pareille facilité, une si entière sincérité dans l'expression de la vie unie à une conscience si vigilante devaient gagner à la fois les suffrages du public et ceux des artistes. Aussi sa réputation et la faveur dont il jouissait allaient toujours croissant. Désormais très en vue, il trouvait bientôt, avec la Leçon d'anatomie, l'occasion qu'il attendait de donner plus pleinement encore la mesure de son talent et de sa supériorité sur ses rivaux.

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Vers i63j (B. 344).

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DESSIN A LA PLUME LAVE DE SEPIA. (Collection du duc de Devonshire.)

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