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VIEILLARD A TETE CHAUVE

Vers l632 (B. 296).

considérable. Pendant longtemps méconnue, cette influence, qu'on pouvait déjà soupçonner après l'établissement du Musée municipal de Harlem où sont exposées les œuvres de Frans Hais, éclate maintenant aux yeux de tous depuis que la récente installation du Ryksmuseum d'Amsterdam a permis d'y réunir les grandes toiles autrefois dispersées dans les hospices ou les locaux des diverses associations de cette ville. On peut désormais y suivre parallèlement l'histoire de l'art et l'histoire de la nation elle-même.

Après le triomphe définitif de la Réforme dans les Pays-Bas, la peinture religieuse, celle du moins qui avait pour objet la décoration des églises, n'existait plus. En même temps que le clergé catholique disparaissait, la cour cessait de patronner les artistes; mais les corporations, en prenant la place ainsi laissée vacante, allaient ouvrir des voies nouvelles à l'activité des peintres hollandais. Comme il était naturel de le penser, les chefs de ces associations se firent représenter revêtus des insignes de leur dignité, et leurs portraits placés dans les salles de réunion étaient pour les affiliés autant d'exhortations à continuer les exemples de dévouement, de patriotisme ou de charité que leur avaient donnés ces devanciers dont ils avaient sous les yeux les images. Dans toutes les grandes villes, un certain nombre de petits musées s'étaient ainsi formés peu à peu, accrus successivement par la reconnaissance des associés ou l'amour-propre des dignitaires. De bonne heure même, les uns et les autres avaient eu l'idée de se faire peindre ensemble, leur vanité à tous y trouvant son compte : les chefs parce que, ainsi entourés, l'honneur qui leur avait été fait apparaissait mieux aux yeux de tous, et les simples membres parce qu'ils n'avaient pas d'autre chance de figurer dans ces tableaux. Les peintres, on le comprend, ne restaient pas indifférents à des dispositions qui, en leur permettant d'aborder des tâches plus intéressantes, leur assuraient aussi des travaux mieux rétribués. Le plus souvent, c'est par des cotisations volontaires qu'était réglé le payement de ces commandes, suivant un tarif proportionné à l'importance des personnages qui devaient y figurer. De cette façon, avec un déboursé relativement peu considérable pour chacun, l'œuvre pouvait encore être rémunératrice pour le peintre, et tout le monde ainsi était satisfait.

Le problème, il est vrai, ne laissait pas de présenter quelque diffi-

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culte, puisqu'il s'agissait de grouper tous ces personnages dans une action commune qui servît à caractériser nettement l'objet spécial de l'association à laquelle ils appartenaient. Pour les Gildes militaires, de beaucoup les plus importantes, la chose semblait plus aisée; nous verrons cependant combien les tâtonnements des artistes furent longs et leurs progrès péniblement obtenus. Quant aux associations littéraires ou scientifiques, elles offraient, au point de vue d'une représentation pittoresque, des ressources bien inégales. Comment, pour les premières, spécifier d'une manière un peu précise la nature de leurs études? Comment marquer des différences entre l'enseignement du droit et celui de l'histoire ou de la littérature? Avec les sciences, les peintres étaient moins embarrassés, chacune d'elles pouvant être figurée plus explicitement au moyen d'épisodes ou d'attributs propres à la caractériser. Parmi celles qui se prêtaient le mieux à une représentation, les études médicales étaient en première ligne. De tout temps en Hollande elles avaient été en honneur, et avec la longue période de guerre qu'on venait de traverser, elles avaient pris encore plus d'extension. L'extrême diversité des plaies causées par les armes à feu était pour la chirurgie l'occasion de recherches et de progrès incessants; mais une connaissance plus approfondie du corps humain pouvait seule fournir une base solide à ses explorations. En dépit de l'essor donné aux sciences par la Réforme, cette étude du corps humain devait être longtemps entravée. Ce n'est qu'en 1 555 que Philippe II se décidait à accorder l'autorisation de disséquer des cadavres ; encore ce droit était-il limité à ceux des condamnés à mort. Il rencontrait d'ailleurs dans la nation elle-même des oppositions violentes, inspirées le plus souvent par des scrupules religieux fondés sur le dogme de la résurrection. Quelques-uns des hommes les plus intelligents se faisaient l'écho de ces protestations. Hugo de Groot remarquait à ce propos que l'antiquité, qui avait pourtant compté de si habiles médecins, ne connaissait pas « ces chambres de tortures des morts ». S'élevant avec indignation contre « des cruautés inutiles exercées par les vivants contre les morts », il les traitait de « profanations sacrilèges ».

Peu à peu cependant, les intérêts supérieurs de l'humanité qui étaient ici en jeu avaient triomphé de ces résistances, et les dissections étaient devenues plus fréquentes. Un de ceux qui contribuèrent le plus à ce

résultat était le célèbre docteur Pieter Paauw qui, né en 1 564 à Amsterdam, avait rapporté de ses voyages le désir de propager dans sa patrie des pratiques qu'il avait vues florissantes en Italie. Nommé en 1589 professeur de botanique et d'anatomie à Leyde, il avait pris à cœur ses fonctions, et trois ou quatre fois par an, il dirigeait lui-même des excursions botaniques vers les prés, les dunes ou les marais des environs. Mais son initiative et son zèle devaient surtout profiter à l'enseignement anatomique. Malgré tout, pendant les vingt-deux ans que durait son professorat, il n'avait pu se procurer qu'un total de soixante cadavres destinés à être disséqués. Longtemps encore les universités n'eurent pour s'approvisionner que les corps des criminels que la justice leur abandonnait. C'est seulement en 1720 qu'eut lieu la première dissection d'un cadavre de femme par le professeur Frédéric Ruysch, le père de Rachel Ruysch. la célèbre artiste peintre de fleurs.

Dès les premières autorisations accordées, les médecins et les chirurgiens avaient compris la valeur des ressources mises ainsi à leur disposition, et les préparations anatomiques de toute sorte dont ils se servaient pour leur enseignement étaient devenues la décoration naturelle des salles où ils faisaient leurs cours. Ces salles étaient garnies de gradins concentriques, laissant au milieu un espace libre pour le professeur, avec les pièces nécessaires à ses démonstrations posées sur une table tournante. Cet arrangement, qui rappelait celui des théâtres antiques, avait, pour ce motif, fait donner à ces salles le nom de Théâtres anatomiques. Le premier rang de la série des bancs était réservé aux confrères du professeur' et aux personnages de distinction, le second aux chirurgiens et aux étudiants, les autres au public. Ce fut bientôt une émulation entre les Universités ou les Gildes des différentes villes, à Leyde, à Delft, à Amsterdam, pour garnir ces locaux de bustes, de minéraux, de préparations et de curiosités naturelles de toute espèce. Rembrandt avait pu voir à Leyde même une de ces salles, la plus renommée de celles qui existaient alors et dont Pieter Paauw, le promoteur de son établissement, avait dirigé et surveillé la construction. L'aspect nous en a été conservé par une des planches du recueil dont nous avons déjà parlé, et cette gravure, exécutée en 1610 par W. Swanenburch (1),

(1) Sous le titre : Vera Anatomia Lugduni Eatavœ cum sceletis et reliquis quœ ibi ex tant delineatis.

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