PREMIERS TEMPS DU MARIAGE
pas d'autre volonté que celle de son mari. Absorbée par son amour pour lui, elle ne cherchera jamais à diriger sa vie, et sans croire qu'elle lui fait un sacrifice, elle ne se réservera jamais rien de la sienne propre.
LA FIANCEE JUIVE.
(1634) Musée de l'Ermitage.
Les goûts, les plaisirs de Rembrandt seront les siens. Quant à lui, il ne sait pas rester inactif; heureux de pouvoir concilier ensemble les deux passions qui remplissent son cœur, il va se remettre au travail,
en profitant incessamment du gracieux modèle qui maintenant ne le quittera plus. Un charmant croquis à la pointe d'argent, appartenant au cabinet de Berlin et signalé pour la première fois par Vosmaer nous montre l'agréable visage de Saskia dessiné par l'artiste d'un trait élégant et sûr. La jeune femme est coiffée d'un chapeau à larges bords, et, la tête appuyée sur sa main gauche, elle tient une fleur dans son autre main. Sa physionomie est calme et pleine de douceur. Une inscription placée au-dessous du dessin par Rembrandt et que nous reproduisons également nous donne l'indication suivante : « Ceci est le portrait de ma femme, fait lorsqu'elle avait vingt et un ans, le troisième jour que nous étions mariés; le 8 juin 1 633. » L'inexactitude de cette dernière date avait pendant quelque temps rendu douteuse l'authenticité de ce dessin qui, aujourd'hui, est généralement admise. Avec Vosmaer, nous pensons que l'inscription qui l'accompagne a été ajoutée après coup par Rembrandt qui, en retrouvant cette feuille dans ses cartons, a voulu y noter le souvenir qu'elle lui rappelait. Mais, on le sait, en matière de chronologie comme de comptabilité, sa mémoire était assez infidèle. Les chiffres n'ont jamais été son fort, et, après avoir été toute sa vie brouillé avec eux, il finira par devenir la victime de son infirmité à cet égard. Nous nous rangeons donc complètement à l'opinion de M. Bode, qui croit, comme Vosmaer, que ce dessin est bien de Rembrandt et justifie cette attribution par des arguments qui nous semblent décisifs (i) et que confirment d'ailleurs le caractère de l'exécution et les analogies qu'elle offre avec celle de plusieurs eaux-fortes gravées par lui vers cette époque, soit d'après lui-même, soit d'après Saskia. Nous rencontrons, en effet, dans son œuvre, daté de i63q, un charmant petit portrait de cette dernière (B. 347), vue cette fois encore de profil, très élégant d'aspect et tracé d'une main ferme et habile. Nous en rapprocherions volontiers, comme lui faisant pendant, le petit portrait du maître lui-même : Rembrandt aux trois moustaches (B. 2) qui, bien qu'il ne porte ni date ni signature, nous paraît, à raison des ressemblances formelles du faire, être de la même année. Entre les nombreuses images que l'artiste nous a laissées de lui-même, celle-ci est certainement une des plus séduisantes par son air de jeunesse, sa bonne tournure et sa mâle assurance.
(1) Sindien, p. 42.'!.
Portrait de Saskia (i633)
Dessin à la mine de plomb.