‹ RembrandtChapitre 8 sur 285 · LEYDE, ET P. LASTMAN, A AMSTERDAM. RETOUR A LEYDE · texte numérisé non relu

LEYDE, ET P. LASTMAN, A AMSTERDAM. RETOUR A LEYDE

u sortir des épreuves du double siège qu'elle avait victorieusement soutenu contre les Espagnols (i 573- 1574), Leyde s'était peu à peu relevée. Dès les premières années du xvne siècle, les traces des ruines et des misères accumulées dans cette ville pendant la lutte de l'indépendance avaient presque entièrement disparu. Entourée d'une gracieuse ceinture de villages et groupée autour de son vieux Burg, l'antique cité se développait librement le long des deux bras du Rhin qui s'y réunissent pour aller se perdre, à peu de distance de là, dans les sables de la dune. Avec le développement de son commerce,

elle avait retrouvé quelque chose de sa première splendeur. Depuis

clic a été rejetée par Vosmaer à la suite de la découverte faite par le D1' Scheltema de la mention portée au registre des mariages à Amsterdam, le 10 juillet i634 : « Rembrandt Harmensz, de Leyde, âgé de vingt-six ans », ce qui donnerait 1608 pour date de la naissance. D'autre part, l'épreuve du deuxième état d'une eau-forte appartenant au British

Muséum et représentant le portrait de Rembrandt par lui-même, porte une note que l'on croit écrite de sa main : aet.

24, anno 16 3 1 ; ce qui placerait cette naissance en 1607. Le chiffre 24, il est vrai, a été contesté et Ch. Blanc a cru lire

25. Même en admettant que l'annotation soit de Rembrandt, la question, on le voit, ne laisse pas d'ètreembarrassante.On ne s'étonnera donc pas que M. Bredius, en dépit de l'argumentation deVosmaer,maintienne l'anciennedate i6o6qui, après un examen attentif, nous paraît avoir pour elle des témoignages plus nombreux

et plus probants. D'abord ceux de tous les écrivains qui, du vivant même de Rembrandt ou peu de temps après sa mort, se sont occupés de lui; en première ligne, le bourgmestre Orlers qui dans sa Description de Leyde, publiée en 1641, donne expressément, avec les noms exacts du père et de la mère de Rembrandt, la date du 1 5 juillet 1 60G ; puis Simon van Leeuwen, dans une autre Description de Leyde (1672), et Houbraken, dans sa Vie des Peintres, qui reproduisent également l'indi-

l'orphelinat municipal

et l'église de saint-pancrace a leyde.

(Dessin de Boudier, d'après une photographie.)

cation d'Orlers ( i). Deux documents découverts dans ces derniers temps par M. Bredius, au lieu de résoudre le problème, ne font qu'augmenter encore nos incertitudes. L'un d'eux est l'inscription de Rembrandt, en 1620, comme étudiant à la Faculté des Lettres de Leyde, et en regard l'âge de quartorze ans, ce qui confirmerait la date de 1606. L'autre, au contraire, nous est fourni par le procès-verbal d'une expertise dans laquelle, le 16 septembre i653, Rembrandt, appelé, avec plusieurs de ses confrères, à se prononcer sur l'authenticité d'un tableau de Paul Bril,

L UNIVERSITE DE LEYDE, VUE PRISE DU RAPENBURG. (Dessin de Boudier, d'après une photographie.)

est déclaré âgé « d'environ quarante-six ans » ; ce qui, à prendre à la lettre cette déclaration, reporterait sa naissance en 1607. Dans ces conditions, on le voit, il est bien difficile de trancher avec quelque sûreté un pareil débat. C'est donc sous toutes réserves qu'après en avoir exposé les termes à nos lecteurs, nous avons cru devoir adopter l'ancienne date de 1606, acceptée aujourd'hui par les critiques les plus compétents, MM. W. Bode, Eisenmann et K. Woermann.

(i) Houbraken écrit seulement juin, au lieu de juillet, probablement par suite d'une erreur de lecture : juni-juli.

Rembrandt était le cinquième des six enfants d'un meunier nommé Harmen Gerritsz qui, né en [568 ou i56g, et à peine âgé de vingt ans, avait épousé, le 8 octobre 1589, la fille d'un boulanger de Leyde, originaire de Zuitbroeck, Neeltge Willemsdochter. Tous deux appartenaient à la petite bourgeoisie et jouissaient d'une certaine aisance, car, outre la maison que la famille habitait à Leyde, à peu de distance du point où se réunissait les deux branches du Rhin, Harmen possédait la plus grande partie d'un moulin à vent placé presque en face, sur le quai du Pélican, près de la Porte Blanche (1). Plusieurs autres maisons, des jardins situés hors de la ville, faisaient aussi partie de son avoir et figurent sur son testament avec de l'argenterie, des bijoux, du linge et des marchandises d'une certaine valeur.

Harmen s'était mérité l'estime de ses concitoyens et, en i6o5, il avait été nommé chef de section dans le quartier du Pélican. Il s'était, paraîtil, acquitté avec honneur de ces fonctions, puisqu'en 1G20 il en avait été chargé de nouveau. Il avait d'ailleurs quelque instruction, à en juger par la fermeté de son écriture, ainsi que le prouve la signature du testament que nous venons de mentionner et qu'il déposait le icr mars 1600 chez le notaire W. van Oudevliet. Comme son fils aîné, il signait : van Ryn (du Rhin), et, à leur exemple, Rembrandt devait plus tard, au bas des œuvres de sa jeunesse, faire suivre son monogramme de cette désignation. Enfin, la possession d'une sépulture près de la chaire à prêcher de l'église Saint-Pierre témoigne également de la situation aisée de la famille (2).

Nous ne possédons aucun document qui nous renseigne sur les premières années de Rembrandt. Mais il est permis de penser que son instruction religieuse fut l'objet de la sollicitude particulière de sa mère et que celle-ci s'appliqua à lui inspirer la foi et les principes de moralité qui étaient la règle de sa vie. Dans les nombreuses images peintes ou gravées que son fils a laissées d'elle, il nous la montre, en effet, tenant le plus souvent en main ou ayant à sa portée la Bible, son livre favori. Ses lectures, les récits qu'elle en faisait à l'enfant produisirent en tout cas sur lui une impression profonde et vivace, car c'est aux

(1) C'est ce moulin, consacré à la mouture de la drèche qu'on employait pour la fabrication de la bière, qui a, sans doute, donné lieu à la légende pendant longtemps accréditée que Rembrandt était né clans un moulin des environs de Leyde.

(2) Oud-Holland, V, p. 1 1 .

livres saints que l'artiste devait plus tard emprunter la plupart des sujets de ses compositions. Avec les éléments de la grammaire, la calligraphie occuptait alors une grande place dans l'instruction. Tenue pour un art, elle compait en Hollande, à cette époque, des maîtres dont la célébrité égalait presque celle des peintres; le succès des nombreuses éditions bien vite épuisées, des œuvres des Boissens, des van de Velde et des Coppenol suffirait à l'attester. Quelques-uns de leurs modèles nous ont été conservés. Les paraphes compliqués, les fioritures, les majuscules ornées d'enjolivements de toute sorte, parmi lesquels les plus habiles se plaisaient à insérer des figures ou des animaux, nous y apparaissent tracés d'une main légère, avec une grande sûreté. En général, les exemples proposés aux enfants traitent des sujets édifiants : ce sont des vers, des quatrains moraux, à la manière de ceux que le sieur de Pibrac avait rendus populaires en France (074) et qui avaient été bientôt traduits dans toutes les langues. On les copiait, on les apprenait par cœur, en même temps que des morceaux choisis d'une littérature où, suivant le goût régnant, un réalisme assez vulgaire s'allie parfois à la préciosité la plus raffinée. Rembrandt avait appris à écrire assez correctement sa langue, et les quelques lettres qui nous ont été conservées de lui en font foi; elles ne contiennent pas plus de fautes d'orthographe que celles de la plupart de ses contemporains les plus distingués. Quant à son écriture, elle est non seulement très lisible, mais elle ne manque pas d'une certaine élégance, et même quelques-unes de ses signatures, par leur netteté irréprochable, font honneur à ces premières leçons de son enfance.

Cependant, afin de pousser plus loin l'instruction de leur fils, le père et la mère de Rembrandt l'avaient fait inscrire dans les classes de lettres latines à l'Université. Mais le jeune garçon n'était, paraît-il, qu'un élève assez médiocre. Il ne devait jamais avoir grand goût pour la lecture, à en juger du moins par le petit nombre des volumes portés plus tard à son inventaire. Ce n'était donc pas un des visiteurs assidus de cette bibliothèque de la Faculté dont une gravure de W. Swanenburch nous montre la bonne installation, avec des livres classés par catégories et fixés prudemment par des tringles de fer aux pupitres sur lesquels on pouvait les consulter. Mais à côté de la bibliothèque, un jardin botanique, créé dès 1 587, offrait peut-être plus d'intérêt pour

Rembrandt (i). Curieux comme il le fut toujours, il pouvait y voir réunis, près des diverses plantes qu'on cultivait en plein air ou dans des serres, quelques animaux alors assez rares, des tortues, des crocodiles ou des poissons, provenant sans doute des possessions hollandaises dans les Indes. Une autre planche de Swanenburch, gravée en 1610, nous donne une image fidèle de cet établissement qui nous offre comme un premier essai de ces jardins zoologiques, aujourd'hui l'ornement des principales villes de la Hollande.

En même temps qu'on s'occupait de l'instruction de cette jeunesse, on ne négligeait pas de la fortifier et de l'assouplir par une série

d'exercices propres à développer la vigueur et l'agilité du corps. Sous la légende : Ludi publia, nous voyons en effet, dans ce même recueil de planchesrelatives à l'Université de Leyde, une sorte de manège où les jeunes gens se livrent à l'équitation, à l'escrime, au maniement des ar-

HORTI PUBLIC! ACADEMIA LUGDUNO-BATAVyC ICUM AREOLE IT PUIVLLL-S VIRA DELINEAT

LE JARDIN BOTANIQUE A L ACADEMIE DE LEYDE. (D'après une gravure de W. Swanenburch.)

mes et a la gymnastique.

C'était là une préparation excellente à la vie civique et à la défense de la liberté nationale si elle était de nouveau menacée. Tous les ans d'ailleurs, le 3 octobre, pour perpétuer le souvenir de son héroïque résistance, des fêtes publiques avaient lieu à Leyde, à l'occasion de l'anniversaire de la levée du siège. Ce jour-là, au bruit des cloches sonnant à toute volée et du carillon installé en 1578 dans le campanile de l'Hôtel de Ville par H. van Nuys de Hasselt et qui, pour la circonstance, jouait ses airs les plus triomphants, les milices bourgeoises prenaient les armes et traversaient la cité en grand costume, étendards au vent. Après une revue solennelle, les membres de la corporation

(1) Descartes, qui en vantait la belle ordonnance, servit d'intermédiaire pour des échanges de graines entre cet établissement et le Jardin du Roi.

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