DESSIN LAVÉ A L'ENCRE DE CHINE
(British Muséum.)
le nom de Rombertus, dans la Oude-Kerk, le i5 décembre i(>35. Le beau-frère de Saskia, François Copal, avait été choisi pour parrain ; mais, empêché, probablement par la mauvaise saison, de faire le voyage, il n'avait pu assister à la cérémonie et les Sylvius l'avaient remplacé. Avec la venue de cet enfant, l'âme aimante de Rembrandt allait s'ouvrir à des sentiments nouveaux. En même temps c'était pour lui l'occasion d'observer sur le vif le premier éveil de la vie chez ce petit être et ses mouvements déjà si expressifs dans leur gaucherie. Il ne manqua donc pas de tirer profit du jeune modèle qu'il avait sous la main, et à chaque instant il essayait de dessiner ses attitudes et ses gestes. De nombreux croquis faits d'après nature qui nous paraissent se rapporter à cette époque nous montrent l'enfant dans toutes les menues occupations de sa vie familière : tantôt serré contre le sein de la nourrice et se gorgeant avec un appétit glouton ; ou bien repu et raide dans le maillot qui l'emprisonne; ou encore se trémoussant tout joyeux devant un feu qui flambe; enfin endormi du plus profond sommeil (i).
C'était encore là pour l'artiste une raison de plus de mener la vie renfermée qui lui plaisait et de sortir de moins en moins de son intérieur. Le soir, sa femme à ses côtés, réunis autour de la lumière, ils savaient bien l'un et l'autre occuper leur temps, elle à quelque ouvrage d'aiguille, lui dessinant ou gravant. Dans une charmante eau-forte datée de 1 636 (B. 19), l'artiste a voulu retracer le souvenir d'un de ces bons moments d'intime et profonde félicité. Il ne se lassait pas d'ailleurs de reproduire les traits de sa chère Saskia, et trois autres planches, la première datée également de i636 (B. 3(55), la seconde probablement de la même année (B. 367), et la dernière (B. 3(38) de l'année suivante, sont couvertes de croquis faits d'après elle en variant à chaque fois la pose, la coiffure ou l'éclairage de ce gracieux modèle, mais sans toujours s'astreindre à en chercher la fidèle ressemblance. C'est aussi Saskia qui, l'année même de leur mariage, lui avait inspiré une eau-forte plus importante connue sous le nom de la Grande Mariée juive (B. 340), et qui représente une jeune femme assise, les cheveux épars et tenant dans
(1) C'est à la gracieuse obligeance de M. G. Upmark, directeur du Musée de Stockholm, que nous devons de pouvoir reproduire ici quelques-uns de ces dessins appartenant à cet établissement, et qui, ainsi que nous le verrons plus tard, proviennent probablement de la collection formée par le peintre de marines J. van de Cappelle, acquise ensuite par Crozat, et finalement par le comte de Tessin, ambassadeur de Suède à Paris.