‹ RembrandtChapitre 86 sur 285 · EAUX-FORTES D'APRES SASKIA · texte numérisé non relu

EAUX-FORTES D'APRES SASKIA

sa main gauche un rouleau de papier. Le type, cependant, offre avec celui de Saskia des différences assez marquées : la bouche est grande, les lèvres serrées, le visage plus anguleux. Mais c'est certainement la composition de cette eau-forte que Rembrandt avait cherchée dans un croquis du Musée de Stockholm qui la reproduit exactement en contrepartie, avec la même pose, le rouleau de papier à la main, le pilastre et le fragment de voûte qu'on aperçoit au fond, et même l'ample peignoir dans lequel la jeune femme est enveloppée; seulement, par-dessus ce peignoir, dans la gravure, l'artiste a jeté une houppelande garnie de fourrures, en exagérant aussi un peu l'aspect sauvage de cette étrange créature et la forêt de cheveux qui couvre ses épaules (1). Deux ans après, en 1 638, c'est encore Saskia avec sa figure mignonne et ses traits affinés que nous montre l'eau-forte désignée sous le titre : la Petite Mariée juive (B. 342).

Rembrandt, on le voit, agit avec Saskia comme il faisait avec luimême en la prenant à chaque instant pour sujet d'étude. C'est elle qui pendant cette période tient la plus grande place dans son œuvre, car de 1 636 à 1642 nous ne rencontrons plus que trois fois à peine son propre portrait, et encore très librement interprété, dans deux de ses gravures. Il continue, du reste, à se donner les allures martiales qu'il affecte si souvent dans ses portraits de fantaisie et c'est avec un travestissement militaire qu'il nous apparaît dans le Rembrandt à la toque ornée d'une plume, de 1 638 (B. 20), aussi bien que dans le Rembrandt au bonnet plat, probablement de la même année (B. 26). N'était l'expression si personnelle de sa physionomie, nous aurions quelque peine à le reconnaître sous ces accoutrements guerriers. En revanche, c'est bien son image et l'une des plus caractéristiques qu'il nous ait laissées, que nous offre le Rembrandt appuyé (B. 21), daté de l'année suivante. Quoique de pure fantaisie, le costume ici est des plus simples : un manteau de velours à collet droit et une toque fièrement campée de côté. La tête aussi, vue presque de face, ne montre aucun de ces airs de

(i)La reproduction non signée de cette eau-forte, qui figure au catalogue de Barts.hh sous le titre : Etude pour la Grande Mariée juive (n° 341), nous paraît, comme à M. Middleton, un travail d'atelier exécuté par un élève de Rembrandt. L'eau-forte originale elle-même est d'ailleurs considérée comme douteuse par M. Kohler, auteur du catalogue des œuvres de Rembrandt qui figuraient à une exposition organisée à Boston en 1887 ; le croquis de Stockholm en confirme entièrement, à notre avis, l'authenticité.

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commande que plus d'une fois nous lui avons vu prendre vis-à-vis de son miroir : encadrée par son abondante chevelure, elle respire la force, l'intelligence et la pleine possession de soi-même. Ce n'est plus le soudard, c'est l'artiste, l'observateur pénétrant, qui, de son regard scrutateur, vous interroge et vous fascine. S'il n'a pas encore connu l'épreuve, Rembrandt sait ce qu'est la vie; la concentration de la volonté autant que les habitudes de la vision ont creusé plus profondément encore sur son front ce pli vertical que nous y avons déjà remarqué et qui avec l'âge s'accentuera de plus en plus. L'œuvre est exquise, et dans ce travail peu chargé, magistral, à la fois très sobre et très fin, auquel on chercherait en vain ce qu'on pourrait ajouter ou retrancher, on sent la pleine maturité de l'homme et de l'artiste. Aussi, entre toutes les images où le maître s'est représenté, celle-ci est-elle devenue la plus populaire; c'est elle que, sans trop s'égarer, le jugement public a pu adopter comme répondant le mieux à l'idée qu'il convient de garder de son talent et de sa tournure.

Les portraits peints par Rembrandt à cette époque sont aussi presque exclusivement ceux de personnes faisant partie de son entourage intime. A peine relevons-nous parmi eux ceux de deux dames âgées. Le premier, daté de 1 635 (en 1889 il se trouvait chez un marchand de Londres, M. Lesser), est celui d'une vieille dame de soixante-dix ans, assise et vue de face jusqu'aux genoux, en grandeur naturelle. Elle est vêtue d'une robe de damas noir à épaulettes de velours, avec une cornette à petites ailettes, une fraise et des manchettes blanches. Les traits manquent de distinction, mais la physionomie est franche, le teint très éclatant, lumineux dans les clairs, avec des ombres reflétées et transparentes. L'autre portrait, celui d'une bonne vieille à coiffe blanche, également vêtue de noir, appartient à M. Alphonse de Rothschild et il a été exécuté, vers 1 635-1 636, avec un soin minutieux; quoique ridé, son visage vénérable a conservé ce charme d'amabilité qui est la grâce de la vieillesse. Viennent ensuite deux autres portraits de jeunes femmes: l'un de 1634 ou i635, chez lord Ellesmere, une blonde au teint un peu décoloré, vêtue d'une robe foncée avec une guipure à deux rangs superposés; la physionomie est intelligente et fine, malheureusement la conservation de la peinture laisse fort à désirer et les ombres un peu fortes ont probablement noirci. L'autre

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