‹ RembrandtChapitre 88 sur 285 · CROQUIS A LA PLUME · texte numérisé non relu

CROQUIS A LA PLUME

(Cabinet de Stockholm.)

et ses cheveux roussàtres flottant autour de son visage, le type n'a pas grande beauté par lui-même; mais l'expression un peu triste de la physionomie et je ne sais quel étonnement dans le regard lui donnent une de ces acceptions de vie très particulières que Rembrandt excellait à caractériser.

Les portraits d'hommes de cette période sont pour la plupart ceux d'amis de la famille de l'artiste, comme le pasteur Henri Swalm delà collection de lord Dudley, que le maître peignait en 1637, un personnage grave, à figure sévère (probablement quelque connaissance des Sylvius), représenté au moment où il vient d'interrompre sa lecture et regarde le spectateur; ou encore, à Bridgewater House, chez lord Ellesmere, également de 1637, un autre ministre, un beau vieillard aux traits fins, assis devant une table et vêtu d'une houppelande verte garnie de fourrures. Bien que M. Bode ait cru reconnaître le type de Rembrandt dans le portrait d'homme en pied et de grandeur naturelle, daté de 1639, qui appartient au Musée de Cassel (n° 217 du catal.), et qui a longtemps passé pour être celui de Jan Six, nous ne pensons pas qu'il s'agisse ici du maître. Si le type ne rappelle en rien celui du célèbre bourgmestre avec lequel Rembrandt devait bientôt se trouver en relations, ce ne sont pas non plus les traits de l'artiste, ni la coupe de son visage, ni ses cheveux, ni surtout son regard que nous montre ce tableau. Adossé à une muraille dans laquelle est engagée une gaine surmontée d'un buste antique, ce personnage, coiffé d'un chapeau noir et correctement vêtu d'un costume de velours noir orné de rubans, nous paraît plutôt quelque riche bourgeois, aimant les arts, bien posé et assez content de lui. La tête un peu vulgaire, les yeux insignifiants, la sévérité du costume, son exécution très minutieuse et très soignée — les intonations des noirs y sont admirables de variété et de puissance, — tout s'accorde à démontrer que nous sommes cette fois en présence d'un des rares portraits de commande exécutés par Rembrandt à cette époque. Jamais, a notre connaissance, le maître ne s'est représenté ainsi, en pied, bourgeoisement vêtu, sans aucune des recherches de clair-obscur ou de costume qu'il se proposait quand il se prenait pour modèle. Moins que jamais, ce semble, il n'aurait à ce moment entrepris une pareille tâche, Il était trop heureux de s'être affranchi des contraintes qu'il avait dû subir à son arrivée à Amsterdam, alors qu'il avait à la fois a établir sa

Portrait de Rembrandt (1634).

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