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MUSÉE DE BERLIN

PORTRAITS D'HOMMES. 2i5

réputation et à garnir son escarcelle. Maintenant son nom était célèbre; la dot de Saskia et ses gains assuraient son indépendance. Jaloux de sa liberté, il n'acceptait plus que rarement de se plier aux exigences du public. Quand il se mettait en face de son miroir, il entendait donner carrière à sa fantaisie et ne chercher que son plaisir ou son instruction. C'est d'ailleurs ce que nous prouvent suffisamment les nombreuses études qu'il a peintes à ce moment d'après lui-même et dont nous nous contenterons de donner ici une brève énumération : celle du Musée de Cassel d'abord (n° 2i5 du catal.), signée et datée de 1G34, où il nous apparaît la tête un peu engoncée dans les épaules, enveloppé d'un manteau rougeâtre, coiffé d'un casque à plumes, en acier poli, de forme compliquée et qui projette sur son visage vermeil une ombre transparente; puis, chez sir Richard Wallace, deux portraits en buste, signés mais non datés, faits de i633à i635, le premier, d'une exécution à la fois large et fine, la tête tournée vers la droite, avec une cape de velours et un collet garni de fourrures; le second vu de face, coiffé d'une toque brune, avec une chaîne d'or passée sur le hausse-col d'acier que nous avons vu si souvent, une peinture un peu expéditive, traitée en manière d'esquisse; le charmant portrait de 1634, au Musée de Berlin, un des plus gracieux que le maître nous ait laissés de sa personne; un autre, également vers 1634, au Musée de La Haye, presque de profil, avec un béret de velours noir à crans découpés, le haut du visage dans l'ombre, la bouche entr'ouverte, le regard assuré, la moustache retroussée et l'air martial; de la même date, ou peut-être de i(535, au palais Pitti, la tête de face avec un large béret noir, un manteau jeté sur les épaules, mais qui laisse voir la chaîne d'or passée sur le hausse-col d'acier; le gracieux et important portrait de 1 635, à la galerie Liechtenstein, dans lequel l'excellente conservation fait encore ressortir la délicatesse du clair-obscur; celui du Louvre, signé et daté 1637, au visage doux et calme, coiffé d'une toque de velours noir avec des perles aux oreilles et un manteau brodé retenu par une agrafe sur la poitrine; enfin celui de la National Gallery, daté de 1640, coiffé d'une large toque à crans découpés, et vêtu d'un pourpoint gris neutre brodé d'or avec col droit et d'une houppelande brune à raies jaunâtres, le visage vermeil, le regard éveillé, assez narquois, œuvre d'une exécution un peu froide et minutieusement détaillée.

2i6 REMBRANDT.

Dans la plupart de ces divers ouvrages où il s'est pris pour modèle, Rembrandt, on le voit, affecte encore les allures militaires que nous avions signalées dans ses premiers portraits. Ce ne sont, en réalité, pour lui que de libres études où il ne vise guère une ressemblance fidèle. Aussi — malgré quelques légères différences que les proportions du tableau, un peu supérieures à la nature, suffiraient peut-être à expliquer — est-ce encore le maître lui-même que nous croyons reconnaître sous le travestissement guerrier du Porte-Drapeau, une peinture claire et transparente, qui appartient à M. Edouard de Rothschild et qui, avec la signature de Rembrandt, porte les trois premiers chiffres, 1 63, d'une date que, d'après le caractère de l'exécution, nous croyons pouvoir fixer à 1 636. Ce soudard aux traits assez vulgaires, au gros nez, à l'épaisse encolure et à la chevelure indomptée nous offre bien, en effet, le type de l'artiste, un peu modifié et amplifié pour les besoins de la cause. Ainsi affublé d'un large béret qui porte sur son visage rubicond une ombre assez forte, le poing sur la hanche, le sabre au côté, un étendard dans sa main gauche, cet honnête bourgeois, en dépit de ses airs vainqueurs, ressemble plus à un habitué des tavernes qu'à un héros, et le drapeau qu'il tient dans sa grosse main, s'il a pu le promener à la parade, il n'a pas eu, fort heureusement pour lui, à le défendre. Nous ne serions pas non plus très disposé à nous porter garant de la nationalité de ce prétendu Sobieski daté de 1637 qui fait partie de la collection de l'Ermitage. D'après l'âge seul de ce personnage, à cette date de i63y, il ne saurait être question de Sobieski et nous trouvons ici un exemple de plus de ces dénominations fantaisistes dont le siècle dernier et le commencement du nôtre se sont montrés si prodigues. C'est ainsi que toutes les vieilles femmes peintes par Rembrandt ou par ses élèves étaient invariablement baptisées : la Mère de Rembrandt, et que d'autres portraits du maître recevaient les titres tout aussi hasardés de Doreur de Rembrandt, de Cuisinier ou Cuisinière de Rembrandt. Le portrait de l'artiste lui-même au palais Pitti est désigné, au bas d'une gravure de Golgano Cipriani, comme celui du comte de Horn ; le portrait du père de Rembrandt a été gravé par R. Savery sous l'appellation imprévue de Mahomet, et une vieille estampe anglaise d'après le Porte-Drapeau a reçu celle plus étrange encore de Guillaume Tell. Quant à ce soi-disant Sobieski, son visage énergique, mais assez commun, n'est pas sans

îomme, dit de <• Sobieski » 'iO ?- .

(musée de l'ermitage).

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