PORTRAIT DE JEUNE FILLE
Vers i635 (Musée de Cassel).
(i) Cet amour, cette vieille et aussi l'expression joyeuse de la jeune femme, qui ne s'accorderaient guère avec le texte de la Bible s'il s'agissait de Sara, nous paraissent autant de confirmations du titre de Danaé donné à ce tableau. Nous retrouverons le lit qui y figure dans plusieurs autres compositions de Rembrandt et il faisait sans doute partie de ses collections. Nous relevons, en tout cas, dans son inventaire, la mention d'un « petit lit en bois doré, dessiné par Verhulst ».
22f) REMBR'ANDT.
des rideaux, le bleu également verdâtre du lit et les tons d'or semés çà et là dans ce tableau en forment les seules colorations et accompagnent merveilleusement les carnations exposées à la pleine lumière du soleil. Sans doute on pourrait souhaiter un peu plus d'élégance et même de correction à ces formes un peu ramassées; mais l'éclat de l'aspect, la tiède transparence des ombres, l'exquise délicatesse du modelé, le jeu délicat du clair-obscur, la fraîcheur et la grâce de ce corps juvénile, frémissant de vie et de joie, tout s'accorde pour faire de cette admirable peinture une œuvre unique parmi les créations du maître. Nous retrouvons les traits de Saskia, et même plus franchement reconnaissables, dans deux compositions de cette époque représentant Suzanne au bain et datées toutes deux de 1637. Dans celle qui appartient au prince Youssoupoff, le corps et le type de la jeune femme ne manquent pas d'une certaine élégance. La signature, il est vrai, nous paraît fausse et l'exécution elle-même nous inspirerait quelque soupçon si l'on ne rencontrait çà et là des traces de la peinture primitive, fort compromise par les détériorations de cet ouvrage. Le tableau du Musée de La Haye, qui est, au contraire, d'une excellente conservation, porte, avec la date 1637, la signature Rembrant (sans d) et c'est la dernière fois que nous aurons à la signaler sous cette forme. Nous y retrouvons avec les traits et le type de Saskia une jeune femme presque nue qui, ayant quitté ses vêtements — une robe de pourpre garnie d'or et une chemise blanche aux manches brodées qui sont posées à côté d'elle, — va entrer dans l'eau d'un bassin dominé par de grands arbres et par un palais dont les murailles élevées se détachent en clair sur un ciel sombre. Au moment où elle allait abandonner son dernier voile, un léger bruit s'est fait entendre dans le feuillage ; surprise, elle tourne vers le spectateur son visage rose, et par un geste plein de pudeur elle essaie de cacher sa nudité. Derrière elle, en effet, dans un fouillis de plantes et de feuillages, on entrevoit confusément une tête aux yeux ardents, et une autre, coiffée d'un turban à aigrette, à peine visible. Les tons vigoureux de cette végétation, de l'architecture et du ciel font encore ressortir la blancheur du corps aux formes un peu trapues. Cependant la composition de la scène et le geste même de cette figure avaient plu, paraît-il, à Rembrandt, car, ainsi que nous le verrons plus tard, il devait reprendre cet épisode pour le traiter de nouveau, presque sans le modifier.
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