LA PRÉSENTATION AU TEMPLE
(Musée de La Haye.)
REMBRANDT. il
toiles la gaieté facile, l'espièglerie, la grivoiserie, la farce, Ja fête. Leur humeur était celle des buveurs francs, des lurons échauffés, des coureurs de filles. Ils étaient bons enfants. Si leurs études de mœurs frisaient le péché, encore le côtoyaient-ils en souriant et en chantant.
Ils n'y mettaient aucune outrance. Certes, VIvrognes.se de Steen ne convenait guère à la sévérité d'un appartement bourgeois, mais après tout quel vieil Amsterdamois ne s'était oublié, lui aussi, en se cachant aux yeux de tous, à boire au fond d'une maison borgne ?
Le vice national se reflétait comme en un miroir dans les panneaux des peintres. On les condamnait en public, on les adorait en secret. Leur jolie peinture, aux tons nacrés et fins, au dessin surveillé, au fignolage précieux, charmait. Quelques-uns d'entre eux, tels Pieter de Hooch, Terburg, Vermeer de Delft, furent des artistes merveilleux. Ceux qui les aimaient d'un amour exclusif appuyaient leurs préférences, solidement.
Rembrandt, indépendant et farouche, surgissait" au milieu de ces apprivoisés. Quand il riait, il scandalisait par l'audace de sa folie. Aucune retenue. On pouvait à la rigueur excuser Ganymède, mais Actéon surprenant, Diane et ses nymphes ?
Ceci n'était plus la farce, mais le vice dans son impudeur la plus crue.
D'outre en outre, le peintre traversait les cloisons des conventions et des préjugés. Il froissait, heurtait, et bouleversait. En tout, il allait jusqu'au bout.
Dans YActéon, c'était l'excès du vice; dans Jacob reconnaissant la tunique ensanglantée de Joseph, c'était l'excès du désespoir; dans les Disciples d'Emmaûs, c'était l'excès de l'ineffable. La norme était franchie, constamment. Or,, la norme, ni trop, ni trop peu, c'est l'idéal même de cet être tranquille, modéré, lent, pratique et bourgeois qu'est au fond tout vrai et authentique Hollandais.
Catz, le poète moraliste, le comprit. Comme ces maisons construites juste à la hauteur des digues et que les Ilots ne submergent jamais, son œuvre est au niveau des mœurs et des pratiques de son peuple. Sa sagesse est souriante, ses idées saines, ses proverbes indiscutables. Aujourd'hui encore dans les conseils des maîtres à leurs sujets, dos parents à leurs enfants, des gouvernants à leurs gouvernés, les axiomes trouvés par lui au fond de son bon sens servent à renforcer la monotonie des discours ou des prêches. On ne trouve en ses quatrains et ses dixains aucune idée profonde, aucune brûlure d'éclair ni de génie; mais le ton est bonhomme, la philosophie surveillée, la parole aisée, l'observation solide et courte. Comme les peintres de mœurs et de facéties, Catz est à l'opposé de toute violence, de toute profondeur, de toute sublimité. Il comprend peu, mais ce qu'il découvre est bien à la portée de tous, ici, à fleur de sol et non pas là-haut, du côté des étoiles.
D'ordinaire, on explique par de petites raisons la défaveur qui accabla Rembrandt, après l'achèvement de la Ronde de nuit.