ACTE IV
ALBERTUS
Pourquoi la vente s'interrompt-elle?... Allons ^ crieurl...
LE GRIEUR
Neuf florins.
Neuf florins, pour huit tableaux et un portefeuille d'eaux-fortes de Rembrandt van Ryn... Personne ne met au-dessus de neuf florins ?
HAARING, inquiet, à Albertus.
Attendez. . . Ne voyez-vous pas ?. . .
ALBERTUS, plus fortement.
Personne ne met au-dessus de neuf florins? HAARING, à Albertus.
Prenez garde ! . . .
ALBERTUS
Eh ! que nous fait la présence de cet homme ?. . . De quel droit vient-il troubler les enchères?... Qu'il s'en aille ou qu'il reste, peu importe ! . . . Ce n'est qu'un insolvable dont on vend les marchandises 1
REMBRANDT, s'arrêtant et se retournanl^ avec un cri de rage.
Ah!... Ce n'était donc pas assez de l'infamie de l'encan!... C'est l'insulte, maintenant, l'insulte !... Dieu m'est témoin que je contenais les flots de colère qui grondaient en moi... Mais une bête rampante a dressé sa tête ; son venin vient de brûler ma joue..,
Chassez-le ! . . .
Qu'on me dépouille, c'est bien ! Qu'on me haïsse, c'est bien ! ... mais qu'on me sahsse et qu'on m'outrag*e. . .
VOIX de divers côtés
Chassez-le ! . . . Chassez-le ! . . .
Oui, vos voix après la sienne !... L'injure jaillit de toutes parts ! . . .
D'AUTRES VOIX, effrayées.
Chassez-le!...
REMBRANDT, avançant et dominant le tumulte. Ah! race de vers affamés et malfaisants!... vous voici à l'œuvre! La proie est de taille et les pourvoyeurs vous ont bien servis aujourd'hui!... Soit! Vous avez le droit pour vous et la loi pour complice. Allons, mangez ! Votre rôle est de détruire, détruisez! Conduite par votre incurable sottise, votre pleutrerie devient monstrueuse... Vous ne savez rien, vous ne voyez rien, vous ne vous doutez de rien ; vous accomplissez sinistrement votre sinistre fonction!... Ah! l'argent! l'argent! voilà pourquoi vous vivez, voilà l'instrument de votre folie, l'arme honteuse dont vous frappez l'élite!... Il vous semble juste de payer de quelques misérables florins le fruit du plus pur travail qui soit, du travail qui rapproche de Dieu ! Il vous paraît naturel de n'avoir pour ce