SCÈNE V
REMBRANDT, avec animation à Tulp.
Je veux faire de la vie, docteur, de la vie !
TULP
De la vie ?
Eh oui !... Ce tableau, dont le centre sera occupé par la mort, doit être une apothéose de la vie, et de la vie dans ce qu'elle a de plus haut : le désir impérieux de connaître, d'arracher à la nature son secret...
TULP
Comment exprimerez-vous cela ?
Que faites-vous de Texpression, de l'attitude, delà mobilité des visages, de la flamme des yeux trahissant la fièvre intérieure ? Par ces moyens tirés de la vie, donnons à Tart Tintensité de la vie elle-même. Çe n'est pas un simple groupement de portraits, quelque bien exécutés qu'ils soient, qui pourrait créer une expression d'ensemble et frapper l'âme en même temps que les regards.
TULP
Je doute que la peinture doive s'élever audessus de la représentation des choses visibles.
SIX
Elle empiéterait alors sur le domaine de la poésie, qui, seule, est capable de traduire les sentiments.
A Marguerite.
N'est-ce pas votre avis, Marguerite?
MARGUERITE
De beaux vers comme les vôtres, Jan Six, expriment ce qu'il y a de caché dans le cœur; un beau tableau ne peut figurer que la ressemblance apparente.
TULP, à Rembrandt.
Je ne vous demande, mon ami, que de peindre des portraits exacts et bien groupés.
Et moi, je veux faire autre chose! . .. Le sujet est merveilleux: je le traiterai comme je le sens!