‹ RembrandtChapitre 40 sur 174 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

Croyez-vous que le peintre ne soit pas, à l'égal du poète, maître de faire jaillir du monde des faits le monde idéal? Imprimer à la réalité le cachet de ce qui est éternel, voilà Toeuvre de l'artiste.

SIX, à Tulp.

Docteur, laissez-le libre. Je m'intéresse vivement à ce qu'il fait.

Vous allez voir ! . . .

Appelant.

Holà ! Quelqu^un I . . . Stoppertge ! . . .

TULP

C'est cela, exposez-moi l'ordonnance du tableau.

STOPPERTGE, apparaissant et se tournant du côté des loges.

Hé ! ... le maître est là !

Il descend.

REMBRANDT, à Stoppertge.

Tu vas faire le cadavre.

STOPPERTGE

Le cadavre?

Pose ta pipe.

STOPPERTGE

Poser ma...

S'inclinant devant Marguerite.

Mademoiselle, votre gracieuse présence, fortifiée de ma galanterie naturelle^ est seule capable d'opérer ce miracle.

Il pose sa pipe.

SIX, à Marguerite.

Ces mœurs d'atelier sont très curieuses.

REMBRANDT, montrant à Stoppertge le banc qui est contre la verrière.

Ce banc !

Stoppertge apporte le banc à l'endroit indiqué par Rembrandt. Il s'étend dessus. Rembrandt le couvre d'une draperie blanche. A ïulp.

Vous, docteur, ici, à droite. Vous avez une pince à la main.

Tulp s'assied à droite, derrière Stoppertge ; Manasseh ben Israël, Vondel,Coppenol,Hendrick,Egma etDou sortent peu à peu des loges et viennent, ainsi que Six, se disposer autour de Stoppertge dans un mouvement naturel et comme pour assister à l'explication de Rembrandt.

TULP

Le ventre sera ouvert, comme dans le tableau de Mierevelt?

Jamais!... Le bras seul. Il me faut la blancheur du cadavre éclatant comme une nappe de lumière au milieu des ombres de la salle et dans le cadre sévère des robes noires... La mort est plus saisissante dans cette nudité lumineuse que dans Fhorreur d'un dépouillement qui en altérerait la beauté. Il semble même que ce soit elle qui éclaire les figures avides des vivants courbés sur elle. Voyez-les, ces chercheurs, dont la passion n'est cependant pas exempte d'un frisson d'épouvante ! Voyez les fronts se contracter sous la pensée, les yeux se creuser, les regards se tendre ! Ils scrutent la mort; ils écoutent ce que

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