ACTE I
HARMEN
Les sept autres sont là, autour de moi : cinq fils et deux filles. L'aîné, Adriaen, me remplace au moulin, depuis que l'âge et la maladie ne me permettent plus le travail. C'est lui qui me succédera. Il est marié et établi. Le second, Gerrit, est également meunier. Cornélius et Willem sont boulangers, comme leur grand-père maternel. Les filles, Machtelt et Lisbeth, aident leur mère. Quant à Rembrandt...
VAN SWANENBURGH
Il honorera le nom des van Ryn.
HARMEN
Dieu vous entende, Jacob van Sw^anenburch ! Vous m'êtes témoin que je n'ai pas contrarié sa vocation. Je l'avais mis à l'école latine, et à quatorze ans je l'avais fait inscrire à l'Université, afin que, lorsqu'il serait en âge, il pût servir de ses connaissances la ville et la république.
Ils boivent. Lisbeth se lève et sort.
lia mieux aimé être peintre. J'ai alorsfait choix pour lui d'un maître. Qui mieux que vous, Jacob, se trouvait désigné pour lui enseigner les règles de l'art qu'il désirait apprendre? vous, le représentant de la vieille et noble famille leidoise des van Swanenburch, le fils de l'illustre Isaac van Swanenburch, dont les tableaux dans la halle des drapiers ont émerveillé notre génération! En faveur, sans doute, des relations de pareiité qui nous lient, vous avez consenti à
prendre Rembrandt comme élève. II est resté trois ans chez vous. Au bout de ces trois ans, satisfait de ses progrès, vous avez jugé qu'il devait aller se perfectionner auprès d'un maître d^ Amsterdam. Nous Ta vous envoyé chez le célèbre Pieter Lastman, où il est resté six mois. Revenu à Leyde, et son éducation paraissant complète, il s'est mis à travailler pour son propre compte et à produire des ouvrages que Ton considère comme pleins de promesses.
Pendant ce qui suit, Lisbeth rentre, remplace le pot vide par un pot plein de bière qu'elle apporte, et s'en va.
A son tour, et malgré sa jeunesse, on vient lui demander des leçons ; le fils du vitrier Douv^^e Jansz, Gérard Dou, étudie sous sa direction; Jan lievens et van VKet s'exercent avec lui. Et c'est au moment où tout semble lui réussir dans sa ville natale qu'il nourrit le projet de quitter Leyde, de quitter sa patrie, sa famille, pour aller s'établir à Amsterdam ! Ah , Jacob, Dieu me garde de rien vouloir qui soit contre son bien I C'est mon cadet, mon Rembrandt. J'ai fait de grands sacrifices pour lui, je serais disposé à en faire d'autres, si cela était nécessaire. Mais j'espérais qu'il ne se séparerait plus de nous. Me voilà vieux, malade; je n'aurai plus de longs jours à vivre... Mon testament est déposé chez le notaire Willem Woudenvliet. Et près de la chaire à prêcher de l'église Saint-Pierre, la sé-