‹ RembrandtChapitre 60 sur 174 · SCÈNE VI LES MÊMES, EGMA EGMA , paraissant derrière la haie · texte numérisé non relu

SCÈNE VI LES MÊMES, EGMA EGMA , paraissant derrière la haie

Je suis le vieil Egma.

Il entre.

ALBERTUS, àGerrit.

Encore un!... Le défilé continue!...

EGMA

Je passe dans ma bonne Frise. Tu t'y maries, Rembrandt : je viens à ton mariage.

ALBERTUS

Aventurier 1

Mouvement d'Egma.

Laisse-moi, Eg-ma, laisse-moi... laisse-moi dire 1... Là-bas, là où le vieux Rhin se perd dans les sables, une ville, une antique ville s'élève, une ville dont le souvenir remplit mon cœur, la ville heureuse de ma jeunesse, la ville natale. Aux heures tristes, je revois ses longs remparts briquetés, ses pierres grises, la dentelle sombre de ses toits, la morne silhouette des hauts ponts, et dans l'intimité silencieuse du brouillard qui la baigne, il me semble que ses larmes se mêlent doucement aux miennes. Et lorsque la joiegonfle mes artères, que tout en moi palpite d'espérance, j'entends tout à coup une voix murmurer à mon

oreille : Leyde! Leyde! et c'est encore elle, ma ville, qui s'évoque dans le miroitement de l'eau de ses canaux, sous la caresse chaude d'un brusque rayon. Eh bien, cette ville, le vieil Egma la représente ici. Le vieil Egma, c'est Leyde. Mais c'est bien plus encore ! Le vieil Egma, c'est ma famille, c'est la maison paternelle, où j'ai vécu entre mon père, ma mère, mes frères, mes sœurs, mes amis d'enfance ; et c'est le moulin^ le moulin des van Ryn, le moulin dont les grandes ailes tournent encore dans le vent, là-bas, pour ceux qui sont restés, pour ceux qui ne sont pas partis. Tu as bien fait de venir, Egma! Tu m'apportes la mélancolie et le sourire de ces choses si lointaines et si touchantes ! Merci 1

A Gerrit.

Gerrit van Loo, moi aussi j'ai une bourgeoisie dont je suis fier, moi aussi j'ai une famille qui est l'honneur de sa province... Ce n'est plus seulement le peintre Rembrandt qui vient vous demander la main de celle qu'il aime : c'est le fils du meunier Harmen van Ryn, en toute loyauté et comme un honnête homme, jurant devant Dieu de la rendre heureuse et gardant dans le cœur l'exemple sacré de ses parents !

SASKIA, allant à lui.

Ah!... je suis à toi !

GERRIT, àAlbertus.

Tu es un misérable ! . . .

A Rembrandt.

Je vous l'accorde.

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