L OPERATION D ABAILARD
Il s’agit d’une femme de trente-trois ans, opérée par le Reynes (de Marseille). Cette femme était atteinte d’un épithélioma suppuré de chaque mamelle (vérifié histologiquement par le professeur Gornil.)
La maladie avait débuté, neuf ans avant, dans le sein gauche, et depuis trois ans, elle avait envahi le sein droit.
L’affection paraissait inopérable, lorsque Fauteur, se souvenant des communications du Beatson, de Glasgow, eut l’idée de pratiquer une ovariotomie double, avec hystérectomie totale.
Très rapidement après l’opération, il se produisit une régression atrophique et cicatrisante. En deux mois, la vaste ulcération du sein gauche se cicatrisa : elle n’existait plus que sous forme d’une tache scléro-cicatricielle.
Les deux tumeurs s’étaient affaissées considérablement : on ne retrouvait plus qu’une sorte de galette plate, de plus en plus mobile et dure.
L’état général s’était rapidement amélioré et était redevenu bon.
Le D'’ Reynes fait seulement cette réserve, que cette méthode n’est applicable qu’aux femmes chez qui la tumeur est bien limitée aux seins ; mieux vaut y renoncer quand l’organe est en pleine activité.
Pour terminer sur une note plus .réjouissante, rappelons qu’il y a cinq ou six ans, un peu plus ou un
susceptible de produire des faits analogues à ceux de la castration (Cf. Centralblatt für Gynæk., n° 24.)
aEMÈDES d’autrefois
peu moins, un certain nombre de demi-mondaines, qui avaient toutes subi la castration, conçurent le projet de fonder le Dîner des Infécondes.
Ce dîner devait être présidé par un de nos plus brillants chirurgiens, qui comptait plusieurs centaines d'opérations de ce genre à son actif.
On en jasa beaucoup, dans les milieux où l’on s’amuse, mais nous ne saurions affirmer que le projet eut des suites.
L’idée, en tout cas, n’était pas banale, et assez excentrique pour avoir germé dans un cerveau féminin (1).
(1) Nous aurions pu traiter avec plus d’ampleur des effets de la castration sur l’organisme, mais c’était un travail considérable, qui serait sorti du cadre que nous nous sommes imposé. Nous signalerons, toutefois, diverses thèses ou brochures à consulter sur ce sujet : lo Mémoires sur les effets de la castration dans le corps humain, par B. Mojon. A Montpellier, An XII (1804); cette thèse est, encore aujourd’hui, utile à consulter; 2» De V influence de la castration sur le développement du squelette, par le Dr Pirsche (thèse de Lyon); 3o Castration criminelle et maniaque, par Richard Milland (thèse de Paris ; Rousset éditeur), à laquelle nous avons fait quelques emprunts. Voir, en outre, les travaux de Gastex sur la voix enuchoïde. Sur la castration chez la femme et ses effets psychiques, il a paru quantité de travaux, dont on trouvera l’indication dans tous les recueils de bibliographie médicale.
Comment Cee anciene vemébiaicnt à fa fd^ibité
On rit des légendes et on a tort ; elles comportent généralement leur bonne part de réalité.
Elles sont l’écho, plus ou moins imagé, à peine déformé, des coutumes, des institutions, et, dans l’ordre d’idées qui nous occupe, des médications qui ont eu cours à l’époque qu’elles nous rappellent.
La légende d’Iphiklos, fils de Phylax, nous donne l’idée de ce que pouvait être la magie médicale, aux temps héroïques.
Iphiklos n’avait pas d’enfants. Mélampous, consulté, •offre un sacrifice, où il convoque les oiseaux. Le vautour lui apprend que Phylax, un jour qu’il châtrait des boucs, avait menacé Iphiklos de son couteau sanglant et que le couteau avait été planté dans un certain arbre.
Le devin fait retirer le couteau, gratter la rouille (?) et ordonne à Iphiklos de boire cette rouille dans du vin, pendant dix jours de suite ; après quoi, il devait retrouver et il retrouva, en effet, sa virilité (1).
L’impuissance sexuelle ne serait donc pas une conséquence, ainsi que d’aucuns l’ont prétendu, du nervosisme qui caractérise notre xx® siècle, puisqu’elle s’est manifestée de toute antiquité ; et nous en avons pour preuve, non pas la légende que nous venons de rapporter, mais les médications préconisées, de tout temps et en tous lieux, contre cette... infirmité.
Le mot de « médication » n’est peut-être pas le terme de choix ; car il est nombre d’aliments dont on a soupçonné de bonne heure les qualités stimulantes, à commencer par les fèves, qui, chez les Romains notamment, ont donné lieu à tant de superstitions ; les fèves, dont Pythagore interdisait l’usage à ses disciples, auxquelles les Flamines ne pouvaient toucher, et dont ils ne devaient pas même prononcer le nom.
Quelle était la raison de cette interdiction (2) ?
(1) Dictionnaire des antiquités grecques, de Daremberg et Saglio, fo 1498.
(2) Quant aux légumineuses, écrit Cadet, plusieurs espèces sont venteuses et distendent ainsi les parties voisines des organes sexuels : de là vient qu’elles sont indirectement aphrodisiaques. C’est peut-être pour cette raison que Pythagore défendait de manger des fèves. 11 est certain que le feuillage do plusieurs légumineuses accroît le lait et l’ardeur des bestiaux, et que l’arachide, la caroube, passent pour augmenter la sécrétion du sperme {Bulletin de Pharmacie, 1813.)
REWÈDES CONTRE LA FRIGIDITE
Théophraste assure qu’elles rendaient les femmes stériles : il l’avait, disait-il, constaté chez les poules !
Les flatuosités qu’elles donnent doivent, à entendre d’autres auteurs, les faire redouter des hystériques et des hypocondriaques, sujets aux vapeurs.
Saint Jérôme — il n*y a que les saints pour traiter, sans se troubler, de ces sujets profanes — saint Jérôme était persuadé que les fèves... mais citons son propre texte : in partihus geniialibus titillationem producunt — et voilà pourquoi il les interdit aux religieuses !
Les pois passaient également pour aphrodisiaques : n’est-ce pas Galien qui dit qu’on en donnait aux étalons, pour favoriser la saillie ?
Les Romains employaient fréquemment, comme assaisonnement, différentes espèces de menthes (1).
Ils en parfumaient leurs salles de festins (2) ; ils s’en couronnaient dans les repas champêtres. Mais, en temps de guerre, il était interdit d’en semer et d’en manger. Cette interdiction était fondée sur l’effet qu’elles étaient censées produire sur les fonctions génératrices.
Le terme générique de bulbe s’applique, chez les auteurs anciens, à plusieurs sortes de plantes à
(1) Quoique les labiées soient fort aromatiques, plusieurs passent pour contraires à la faculté génératrice, comme la menthe et les autres espèces qui contiennent du camphre, dont la vertu réfrigérante paraît bien constatée. La sauge, selon Aétius [Tetrabibl., lib. I, serm.i) et la marjolaine, d’après Lobel, poussent, au contraire, à l’amour.
(2) Les Juifs, au rapport de Nicétas, jonchaient de ces Heurs la couche des nouveaux époux et les oignaient d’huiles odoriférantes (Cf. Bulletin de Pharmacie, t. V, 1813.)
REMÈDES d’autrefois
oignon (ail, poireau, colchique, scille, etc. (1). Archestrate, le poète de la cuisine au temps de Périclès,. ainsi que le qualifie notre regretté confrère Delpeuch (2), rejette les bulbes avec dégoût.
Mais Archestrate, direz-vous, est un poète ?
Vous ne récuserez pas, au moins, les médecins qui partagent son opinion.
Or, Dioclès déclare les bulbes indigestes et nuisi-^ blés aux yeux ; et Héraclide, de Tarente, nous dit,, dans son Banquet, pourquoi ils portent à Tamour.
Le bulbe, le limaçon, les œufs (3) et autres choses semblables (c’est-à-dire visqueuses, comme Héraclide le dit ailleurs), passent pour fournir beaucoup de fluide spermatique, non parce qu’ils sont fort nourrissants, mais parce qu’ils ont leurs éléments de même apparence et de môme nature que la semence.
C’est de Topothérapie avant la lettre !
Athénée affirme également que les bulbes royaux — les meilleurs de tous — ont des propriétés aphrodisiaques. C’est aussi l’opinion de Galien, qui leur reconnaît, en outre, une action stimulante sur les voies digestives, en raison de leur amertume, quand ils sont crus, et vante leurs qualités alimentaires, quand ils sont bouillis.
Martial a célébré l’action élective des oignons sur
(1) Union médicale (feuilleton), 4 août 1859.
(2) Goutte et rhumatisme, par Armand Delpeuch.
(3) « Un œuf frais, à la coque, suffît quelquefois pour réparer les forces épuisées par une longue marche ou par de fréquentes jouissances. Un jaune d’œuf, délayé et parfaitement incorporé dans une tasse de chocolat bien sucré, fournit un breuvage dont je ne puis trop louer la saveur agréable et la vertu analeptique. » Dict. des Sc. méd., t. II, p. 227.
REMÈDES CONTRTî: LA FRIGIDITÉ
l’appareil de la reproduction : « Si la femme est vieille, si les membres sont morts, tu ne peux rien trouver de mieux que les bulbes (1). »
On les préparait de diverses façons : cuits à l’eau ; apprêtés au vinaigre, à l’huile et au garum ; à des sauces variées ; en friture à la poêle, ou en grillade sur la braise.
Aux aphrodisiaques que nous venons de nommer, il convient d’ajouter le satyrion (2) qui, d’après Pline, était un fort stimulant pour l’appétit charnel.
Les Grecs prétendaient qu’il suffisait de tenir cette racine dans la main pour ressentir des désirs amoureux ; l’effet était plus fort et plus constant, si on en prenait une infusion dans du vin : c’est pour cela
(O Médecine et jnœurs de l’ancienne Rome, par le D" Dupoüy.
(2) C’est la même plante qu’Apulée, le médecin, nomme priaspicon ou testiculum leporis, et qui est aujourd’hui connue sous le nom de satyrium hircinum, plante de la famille des Orchidées, qui croît dans les endroits humides et qui exhale une forte odeur de bouc (D'' Dupouy). Selon une autre tradition, la mandragore, la pomme épineuse, le chanvre sauvage, probablement le haschich, les aristoloches, les résines âcres, les graines des plantes labiées, des insectes, des poissons, étaient tour à tour appelés à entrer dans la composition du mélange qu’on désignait sous le nom significatif de satyrion (Cf. Phil- LippE, Hist. des Apothicaires, p. 59-60). Pour la mandragore, V. le Dict. des Trévoux. Certains ont vu, dans la mandragore, le fameux Dudaim, de la Bible, grâce auquel Rachel, femme du patriarche Jacob, aurait vu cesser sa stérilité. [Des médicaments aphrodisiaques en général et en particulier sur le Dudaim de la Bible, par M. J. -J. Yirey. Br. in-8°, à Paris, chez Colas, 1813.)
qu'on en faisait boire aux béliers et aux boucs trop long à saillir.
Les Grecs donnaient le nom de satyrion (1) à toute espèce de boisson propre à exalter ou à ranimer les désirs. On éteignait les ardeurs produites par le satyrion, en buvant de l’eau de miel et une infusion de laitue (2).
Une diète prolongée, l'abus des liqueurs spiritueuses produisaient le même effet. On connaît l’adage latin Sine Cerere et Baccho friget Venus ; ce qui n’empêche point les alcooliques de procréer, et nous savons tous quel triste produit il en résulte !
Martial disait des truffes qu’après les champignons (3), elles sont les premiers des fruits de la terre ; on s'explique maintenant pourquoi.
(1) L’électuaire de satyrion, ou plus exactement diasatyrion était connu dès la plus haute antiquité (V. un curieux article, à son sujet, de M. G. Vieillard, article paru dans le Bulletin des sciences pharmacologiques, de février 1904).
(2) Rhasès se plaignait (lib. III, aph. I), que la laitue le refroidissait ; ce que les anciens avaient également remarqué (Athénée, Deipnosoph., lib. TI, c. xxxii). Cf. Brantôme, OEuvres, t. IX, pp. 687 et suiv.
(3) Les plantes cryptogames ont une renommée que plusieurs d’entre elles justifient à certains égards. La truffe parfumée, l’excellente morille, la délicieuse oronge, et diverses autres espèces d’agaric, de bolet, de phallus, produisent réellement des titillations voluptueuses et rallument quelquefois des feux amortis. Les Romains connaissaient parfaitement cette vertu des champignons et Martial l’a célébrée dans ses épigrammes {Dict. des Sc. médicales, de Panckouke, t. II, p. 225). Dans le règne végétal, plusieurs champignons passent pour très aphrodisiaques, comme les truffes et les morilles, surtout si l’on y joint des aromates, et l’expérience semble le confirmer^ car cette nourriture, peu facile à digérer, échauffe beaucoup. Dans le Nord et en Sibérie, Yagaricus muscarius, Linn., qui est un poison, excite également à l’amour par sa qualité très diurétique et enivrante [Bulletin de Pharmacie, loc. cit )
REMÈDES CONTRE LA FRIGIDITE
Ovide préconisait l’échalote des jardins (Allium ascalonicum) qui, d’après lui, était fortement apbrodisiac{ue, herha salax.
Avant de quitter les Romains, n’oublions pas de dire que, dans une de ses odes à Lesbie, Catulle a fait allusion au fameux sylphium, cjui croît dans les champs parfumés de Cyrène. En raison de son odeur agréable, on a présumé qu’il pouvait s’agir du benjoin (1).
Rappelons encore que les anciens mangeaient le sel avec du pain, comme un aliment (2). Or, le sel était interdit aux prêtres égyptiens, comme peu favorable à la chasteté. On le mélangeait, pour ce motif, au fourrage des étalons. Ne serait-ce pas pour la
(1) Di’ Düpoüy, loc. cit.
(2) Horace, lib. 2, sat. 2. Le sel marin et le borax, employés
par quelques médecins, même pour les bestiaux, raniment la tonicité générale et disposent à la fécondité. C’est probablement par un effet semblable que l’usage des salaisons de poissons et de viandes stimule l’appétit vénérien, et rend salaces les peuples maritimes ichthyopbages de Pharmacie, 1813,
p. 200). C’est une remarque constante que la nourriture journalière de poisson produit non seulement une irritation de la peau, mais surtout des organes génitaux : les anciens Romains la considéraient comme la nourriture des voluptueux. Les poissons cartilagineux, tels que les raies et les squales, passent pour les plus stimulants, soit qu’on doive l’attribuer, en général, à la salure et aux assaisonnements, soit par une qualité particulière de leur chair, ou par l’abondante nourriture que la mer fournit aux nations ichthyophages. Il est certain, comme l’ont observé Montesquieu, Paw et d’autres auteurs, que ces nations sont très prolifiques. Ne serait-ce point parce que les poissons contiennent du phosphore à l’état de combinaison, qu’ils excitent à l’amour? On sait que Fourcroy et Vauquelin ont trouvé le phosphore combiné dans la laitance de ces animaux ; et cette substance inflammable, prise à l’intérieur, est un stimulant violent et même dangereux ; il excite le priapisme, comme l’a remarqué le professeur Alphonse Leroy, et depuis, bon nombre d’autres observateurs.
même raison que les poètes ont fait naître Vénus de l’onde amère, du liquide salé de la mer?
La croyance populaire qui attribue aux escargots des vertus spéciales, pour exciter les appétits sem suels, remonte à une époque fort ancienne (1).
Dans Vllisloire naturelle de Pline, on en trouve déjà la mention. Cette tradition se perpétua à travers les âges, car un savant de la fin du xvi® siècle, Aldrovandus, dans son traité intitulé : De reliquis animalibus exsanguihus, termine ainsi l’article qu’il consacre à l’escargot : Venerem exstimulat.
Des grillons (2), des araignées macérées dans du vin, des œufs de seiche, de tortue, l’ambre gris (3)
(1) Cf. Œuvres de Marot, t. III, édit. Guiffrey, p. 253.
(2) Des grillons avalés par mégarde ont excité le priapisme. Les femmes Kamtchadales se disposent à la fécondité en avalant des araignées, et divers auteurs assurent que les morsures de la tarentule et des phalangium ont déterminé du priapisme, comme les autres araignées et les fourmis {Bulletin de Pharmacie^ loc. cit.).
(3) On sait combien le musc, l’ambre, le castoreum, la civette, les humeurs de la vulve (hippomane) ou d’autres mammifères en chaleur ont d’influence sur les organes sexuels de la cavale {Dict. des Sciences mèd., XVIII.) Weickard dit avoir réveillé, avec le musc, le tempérament d’un homme presque octogénaire [Dict. des Sc. méd., II, p. 227.) De même, les mollusques et les testacés ont toujours passé pour des aliments aphrodisiaques. Les anciens vantaient le poulpe, et surtout la sèche, (]ui est musquée, et dont les becs se trouvent dans l’ambre gris. Les pétoncles, les huîtres et autres bivalves jouissent, à quelques égards, des mêmes qualités, déjà reconnues par les Grecs et les Romains, ainsi qu’en témoigne Juvénal, satire VI, vers 302. Les crustacés, tels que les homards, les écrevisses, ne sont point sans action sur les organes urinaires, comme l’expérience le prouve.
REMÈDES CONTRE LA FRIGIDITE 49 t
étaient employés jadis pour ranimer les ardeurs des sens.
Le plus célèbre, et en même temps le plus redoutable des philtres aphrodisiaques composés par les sagæ, était VUippomane^ sur les éléments duquel les écrivains de l’antiquité sont partagés.
Juvénal, Lucain, Pline et Ovide pensent que ce breuvage se faisait avec une proéminence de chair qui surmonte quelquefois le front du jeune poulain (1) au moment de sa naissance et que la jument arrache avec ses dents et dévore. Les paysans se hâtaient de la retrancher, pour aller la vendre aux sagæ^ c[ui lui faisaient subir une horrible préparation, dont parle Juvénal en citant la « saga » Cæsonia.
Le féroce Galigula devint fou et mourut pour avoir goûté de ce mélange (2). Lucullus, le roi des voluptueux de Rome et le poète Lucrèce (3) passèrent de la démence au trépas, pour avoir fait abus de cette drogue infernale.
(1) Parmi les animaux, la vipère, employée dès avant le 1er siècle, avait de nombreuses qualités : sa chair était regardée comme nutritive, excitante, aphrodisiaque, sudorifique, dépurative, alexipharmaque ou antivénéneuse [V Orviétan, par le 0“^ Le Paulmier, p. 2.) 11 en est de même de plusieurs reptiles. Le seine, espèce de lézard [seineus offieinalis), se nourrit d’insectes comme ses congénères, les conserve dans son estomac, de sorte que la poudre de cet animal, séché et pulvérisé en entier, doit posséder des qualités âcres et stimulantes, qui agissent sur les organes urinaires et sexuels. C’est vraisemblablement ainsi que la tortue produit des effets analogues sur ceux qui mangent de sa chair [Bulletin de Pharmaeie, loc. cit.)
(2) P. Dufour, Histoire de la prostitution.
(3) La mort prématurée de Lucrèce est atiribuée, par les biographes de ce poète célèbre, à un philtre amoureux qu’il reçut de sa maîtresse Lucilia.
REMÈDES d’autrefois
La précocité de l’impuissance chez certains peuples polygames, comme les Arabes, les force à recourir à mille moyens aphrodisiaques (1) ; par exemple, à mettre beaucoup de poivre (2) et de piment dans les aliments.
A Oran, ils y ajoutent des cantharides ; à Alger, des semences de cardamome.
Le docteur Bertherand (3) a énuméré un grand nombre d’autres recettes : manger des graines d’arachide ou des fleurs de dattier, soit seules, soit imprégnées de suc de citron ; ou bien, le matin à jeun, de la noix verte pilée avec du denkour (?) ; boire chaque matin, avant le repas, de l’eau dans laquelle on aura conservé, pendant trois jours, un fer rougi à blanc ; manger à jeun de l’artichaut, cuit avec du beurre de vache ; se frotter le pénis avec de la graisse d'ourane (lézard) ; avec de l’eau de fenouil ; avec un mélange d’huile et de suc de céleri ; avec du beurre frais broyé dans du lait aigre de brebis, de l’écrevisse (certane) et des ronces (allaïq) ; avec un mélange de miel et de bile d’une poule noire ; avec un œuf bien séché et réduit en poudre très fine ; avec un mélange de blanc d’œuf et de feuilles de chou (kroumht) ;
(1) Pour les préparations aphrodisiaques employées par les Arabes, lire l’ouvrage de Duchesne, De la prostitution à Alger, p. 96.
(2) Le poivre serait un stimulant énergique ; Tourtelle et Peyrille assurent qu’il dispose aux plaisirs vénériens : Sebis et Mcnuret attribuent la même propriété à l’artichaut.
(3) Médecine et Hygiène des Arabes.
REMÈDES CONTRE LA FRIGIDITE 493
avec un mélange de beurre et de cendres de bois de figuier [keurma], etc.
Il ne suffit point à l’Arabe (1) de rechercher tous les moyens de combattre une impuissance regardée comme honteuse dans l’opinion publique, il faut qu’il pousse le raffinement du salacisme jusqu’aux limites les plus dégoûtantes. Ainsi, il s’enduit le pénis, plusieurs jours de suite, avec de la bile de bouc et boit, trois matins consécutifs, de l’eau dans laquelle on a pilé du quir (goudron) ; ou bien il se met, sous la plante des pieds, des noix broyées avec de Vouazani (?) ; ou il graisse les parties génitales avec un mélange de miel et de bile de corbeau.
Celui qui cherche un renforcement de vigueur copulatrice, doit manger, deux fois par jour, un composé de miel, de quemmoune (cumin), de poivre et de heldar (?) Son énergie sera telle qu’il pourra satisfaire quarante femmes dans la même nuit, fussent-elle vierges !
Les Arabes prétendent encore que la jusquiame (2) a l’avantage d’exciter les désirs vénériens.
(1) L’Arabe possède des recettes pour refroidir ou exciter à volonté l’ardeur d’une maîtresse ou d’une épouse ; arroser une femme avec du sang de khettaifa (hirondelle) passe pour un moyen certain de s’assurer non seulement sa fidélité, mais encore son assiduité dans les rapprochements sexuels. Si le mari désire frustrer sa compagne de tout plaisir dans l’acte vénérien et lui enlever ainsi tout goût de le rechercher, il suffit de lui faire ablutionner les parties génitales avec de l’eau de graines de (laitue.) L’influence de cette plante est telle que, si la femme a seulement reposé quelques instants sur une de ses moindres parcelles, elle fuit à tout jamais les caresses conjugales (D’^ Bertherand.)
(2) Frank de Frankeneau rapporte que les femmes de Goa, pour assouvir leur lascivité, font prendre à leur maris le fruit
REMÈDES d'aUTHEFOIS
La médecine du Prophète recommande, en outre, la chair du pigeon, celle du coq, comme aphrodisiaques.
Suivant le célèbre traditionniste Abou-Horeïrah , le Prophète se plaignait un jour à l’Ange Gabriel de ne plus avoir la vigueur d’antan : « Que ne mangestu du hériçah, lui répondit l’ange ; il y a dans le hériçah la vigueur de quarante hommes. »
Le hériçah, nous apprend Paul de Régla (1), est un mets, ou plutôt une sorte de pâtée, de bouillie épaisse, composée de blé et de viande de mouton.
On fait cuire d’abord, séparément, la viande et le blé; on sale et on épice avec du poivre rouge, puis on les hache et on les pile ensemble. Dans certains cas, on ajoute au mouton un jeune coq avec ses testicules et des truffes coupées en menues tranches.
Mahomet — ou plutôt son interprétateur moderne — vante le poisson de mer, les lentilles, le mouton cuit avec du fenouil, du cumin et de Tanis ; les graines <ie pin (2), les carottes, les asperges sauvages, les pistaches et les noisettes cuites au four.
du datura, qui les jette dans le délire et dans un état de stupeur, d’où elles les tirent ensuite par de fortes frictions. Le frottement apaise la douleur, surtout celle qui dépend de l’excitation nerveuse ; il fait cesser le spasme, suspend ou guérit les convulsions {Dict. des Sciences médicales, 1816, t. XVII, p. 10.) D’après Cadet, on doute si les solanées peuvent quelquefois agir dans ce but, et si la mandragore, le capsicum, Vhyoscyamus physaloïdes L., l’alkékenge, le datura, etc., combinés à des aromates, excitent les organes sexuels. Elles ont été, en tout cas, employées dans la composition des philtres,
(1) El Ktab des lois secrètes de V amour, trad. de P. de Régla. Paris, G. Carré, 1893.
(2) La famille des arbres conifères donne des résines et des "huiles volatiles âcres et stimulantes, dont l’usage interne déter-
KEMÈÜKS CONTRE LA FRIGIDITÉ
Les testicules de taureaux, de coqs et de hérissons, sont également recommandables. Bien avant Brown- Séquard on a fait de l’opothérapie. Il y a des siècles qu’on a reconnu les vertus aphrodisiaques de la moelle épinière du porc, des parties sexuelles de l’hyène, mangées dans du miel.
Les testicules de lièvre, broyés dans du vin, seraient utiles contre l’incontinence d’urine. Les testicules d’ours et de sanglier, pris dans de l'eau ou du lait de jument ; ceux de porc, d’âne, salés, seraient souverains contre l’épilepsie. Ceux du cheval, de l’âne, ou les membres virils de ces animaux, auraient des propriétés analogues ; de même, l’humeur séminale que laisse échapper la jument après la monte (1).
Les Hindous recommandaient, contre l’anaphrodisie, du lait sucré, dans lequel on a fait bouillir des testicules de bouc et de bélier. Mais ils faisaient usage d’une préparation parfois autrement complexe : dans du lait sucré, ils mettaient beaucoup de poivre Chaba, puis ils y ajoutaient une décoction de diverses racines, édulcorée avec un mélange de miel, de sucre ou d’esprit (alcool probablement), que l’on fouettait avec des œufs de moineaux (2) : le moineau est particulièrement réputé pour son appétit amoureux.
Un remède composé de testicules de crocodiles, de rats, de grenouilles, de moineaux, avait la réputation de donner à l’homme le pouvoir d’exercer le
mine une action vive sur les organes urinaires : telles sont les essences de térébenthine, de genièvre et de sabine, qu’il faut employer avec réserve.
(1) Le Transformisme médical, par le II. Grasset.
(2) Le Kama Soutra, traduit par E. Lamairesse, pp. 109 et suiv. Paris, G. Carré, 1891.
49G REMÈDES d’autrefois
coït indéfiniment, pourvu qu’il ne touchât pas le sol !
Les Chinois, dont la thérapeutique n’a guère varié depuis les temps les plus reculés, sont de grands partisans de la médecine animale. Contre l’impuissance, ils emploient le pénis, desséché ou torréfié, de quelques mammifères, du bouc, par exemple. Ils se servent aussi des holothuries (1),
Si le gin-seng jouissait de toutes les vertus qu’on lui attribue en Chine, l’un des rêves des alchimistes serait réalisé, et on devrait à la libéralité delà nature une véritable panacée.
Le nom de gin-seng signifie « la première des plantes, » la « merveille de l’univers. »
Il fallait, pour cueillir cette précieuse racine, qui croît en Tartarie et en Corée, parcourir des contrées inabordables, descendre dans d’affreux précipices et s’exposer à mille dangers.
Les livres chinois la vantent comme un cordial souverain, un remède héroïque contre les vomissements, les hémorragies, les maladies inflammatoires et les épuisements de toute nature.
On l’emploie en décoction, coupée en menus morceaux, à la dose de 5 à 15 grammes. Pour conserver à la plante ses vertus et son arôme, il est essentiel de la faire bouillir en vase clos et au bain-marie.
On la prend à jeun, pendant quatre jours de suite, huit au plus, avec la seule précaution de s’abstenir de thé pendant au moins un mois.
(1) D'' H. Grasset, loc. cit. Cf. Bulletin de Pharmacie, t. V (1813), p. 204, note 3.
REMÈDES CONTRE LA FRIGIDITE
Le gin-seng se vend au poids de Tor ; aussi son usage n’est-il abordable que pour les hautes classes de la société.
C’est une panacée, disent les médecins de la Chine ; mais la vertu la plus précieuse que lui attribuent les voluptueux blasés, c’est d’être un puissant aphrodisiaque (1).
On ne s’étonnera pas que le prix excessif de cette plante ait encouragé les falsificateurs.
Les fds du Ciel font abus non seulement de ginsengmaisde cantharides, et de bien d’autres drogues plus ou moins composites. L’empereur Tsien-Fong employait, pour réveiller sa virilité, une poudre dans laquelle entraient : deux petites cornes de cerf, de la moelle de l’épine dorsale d’un chien, les reins de ce même animal, et les testicules d’un poulet. Le tout était réduit en poudre. Une partie était introduite dans la narine gauche ; l’autre, roulée dans du miel, servait à faire des pilules (2).
Mais il est une pratique qui vaut mieux que tous les aphrodisiaques de la pharmacopée et de la cuisine, aux yeux des Chinois, c’est l’attouchement des organes avec le pied de la femme. Ce simple attouchement provoque, chez le mâle, selon l’expression du D" Matignon (3), des frissons d’une volupté indescriptible.
Je doute que les Européens enressentent lesmêmes
(1) Les Japonais emploient dans le mémo but le « ninsi » [Sium ninsi 3 L.)
(2) La Pratique médicale chinoise, par E. Jeanselme. (Extrait de la Presse médicale^ 26 juin 1901.)
(3) Superstition, crime et misère en Chine, par le D*’ J.-J- Matignon.
REMÈDES D*AUTHEFOIS
effets. Ils ont, il est vrai, un arsenal des mieux pourvus sous ce rapport, et déjà assez considérable au XVI® siècle, pour que Brantôme ait pu dresser le catalogue des mets et remèdes propres à ce genre de réconfort.
Dans ses Dames Galantes^ qu'a lues, à celte fin, notre collaborateur et ami Nass, Brantôme examine quels sont les temps les plus propices à l’amour ; il reconnaît que le sexe féminin s’accommode de n’importe quelle saison ; les hommes cependant doivent se méfier des périodes caniculaires. Le malicieux conteur laisse entendre que plus d’un eut à se repentir de n’avoir pas suivi cette sage recommandation. Parmi les mets dits excitants, en usage au temps de Brantôme, nous relevons les asperges, les artichauts (1), les morilles, les truffes, les mousserons, les potirons, et enfin les pâtés de coq!
La cantharide (2) ne fut guère en honneur qu’au
(1) A qui n’aura les couillons chaux Des cantharides (ou) artichaux Et la mignonnette d’entrée,
écrit Marot. Les artichaux étaient, en effet, classés parmi les aphrodisiaques, à cause des propriétés diurétiques qui leur sont attribuées. La mignonnette n’est autre chose que du poivre concassé ; or le poivre a toujours passé pour un stimulant.
(2) Voici, au sujet des cantharides, les remarques que nous fournit un vieux livre de médecine. L’auteur, dans un chapitre intitulé : De vi aphî'odisiaca, arrivant aux propriété thérapeutiques que l’on attribue à cet insecte, s’exprime ainsi : « Plurimi auctores cantharides commendant ad venerem augendam..., nonnulli sunt qui philtra ex illis parant. » Joh Danielis Geyeri, Tractatus physiologicus medicus de cantharidibus, p. 40. Cf.
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siècle suivant, et le procès de « Taffaire des poisons » nous révèle l’usage immodéré qu’on en faisait. Dans toutes les maisons où le lieutenant de police La Reynie fît perquisitionner, on trouva ces mouches bleuâtres^ qui entraient dans la composition de la plupart des philtres amoureux.
La cantharide était sévèrement proscrite des officines d’apothicaires ; aussi les matrones avorteuses et empoisonneuses en recélaient toutes; et la réputation dont jouit ce produit pendant si longtemps, vient probablement de ce qu’il était formellement prohibé ; il n’en fallait pas d’avantage pour attribuer au fruit défendu des vertus extraordinaires.
Ambroise Paré raconte qu’une courtisane, ayant saupoudré de cantharides les mets qu’elle offrait à l’un de ses amants, cet infortuné fut attaqué d’un priapisme violent et d’une perte de sang par l’anus, dont il mourut. Le même auteur cite l’exemple d’un abbé qui, pour se montrer preux chevalier de Vénus, avala une dose de cantharides c^ui lui causa une hématurie mortelle.
La cantharide devait faire bien d’autres victimes; entre cent personnages notoires, nous ne relèverons que deux ou trois noms.
Né le 10 avril 1664, le prince de Conti mourut le 22 février 1689, emporté prématurément, si l’on en
Stenzel (C.-G.), De caniharidihus et similibus quæaphrodisiaca vocantur medicamentis veneri inimicis amicisque ; diss. inaug. resp.Chr.Fr, Horn. In-4, Vitebergœ, 1747, et Guillemin (Nicolas)^ De aphrodisiacis \ diss. resp. Cf. Biaise, in-4 ; Nanceii, 1782.
croit Madame, par les aphrodisiaques dévorants à l’aide desquels il ranimait, pour de nouveaux excès, les forces épuisées de sa constitution.
En 1768, un médecin, qui porte un nom illustre dans la profession succombait également, pour avoir voulu ranimer une virilité expirante. Voici en quels termes la gazette scandaleuse du temps relatait l’évènement :
25 mars 1768.
M. Boyer, chevalier de l’ordre du Roi, et médecin ordinaire de la Faculté de Paris, se meurt pour avoir voulu faire le jeune homme.
A soixante-huit ans, il est devenu éperdument amoureux de M""® la comtesse d’Est... Les affaires de cette dame étant fort délabrées et le sieur Boyer lui paraissant dans l’opulence, elle n’a pas cru devoir le rebuter ; elle s’est même portée à des agaceries qui lui ont fait soutirer en différents temps cinquante mille écus de ce vieillard.
Celui-ci, de son côté, n’a pas voulu être dupe, et a prétendu avoir du plaisir au moins pour son argent ; mais la nature ne secondant pas ses intentions, il a bu du sang de bouquetin et mangé des cantharides. Ces effets extraordinaires, soutenus de la force de son tempérament et d’une nourriture succulente, ont duré quelques années ; mais il succombe enfin ; il est dans le plus grand épuisement, et toutes les parties pécheresses sont dans un état déplorable : il a d’ailleurs soixante-quatorze ans (1).
Le célèbre acteur du Théâtre-Français, Molé (2),
(1) Mémoires secrets de Bachaumont.
(2) Voici en quels termes les contemporains annonçaient l’évènement ; « Le Théâtre-Français vient de faire une grande perte. On assure que Molé ne jouera plus. Cet acteur, après la représentation donnée à son profit et qui rapporta 30.000 livres,, se rendit à la campagne, pour se distraire avec deux jeunes beautés. A son âge de soixante-huit ans, il avait besoin de quelques excitants, pour pouvoir profiter de ce genre de distraction, Il en usa et en abusa si bien, qu’il est tombé, dit-on, dans un
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trouva, lui aussi, la mort, au lieu de la jouissance qu’il cherchait, dans un breuvage à base de cantharides. Bien qu’un peu moins âgé que le confrère Boyer, il n’était plus de la première jeunesse. Ils avaient, tous les deux, oublié le sage conseil du fabuliste :
Ne forçons pas notre talent.
Nous ne ferions rien avec grâce.
La liste serait longue de tous les spécifiques inventés, par le caprice de la mode ou l’imagination des blasés, pour rendre une vigueur passagère aux tempéraments épuisés. A ce sujet, qu’il nous soit permis de rappeler certaines indiscrétions fort pi- -quantes (1), sur les moyens employés par de Pompadour, pour être toujours à la hauteur de sa tâche auprès de son royal amant ? C’est à sa femme de chambre et confidente que nous les devons.
Mme Hausset avait remarqué que la favorite se faisait servir à son déjeuner du chocolat à triple vanille et ambré; qu’elle mangeait des truffes et des potages au céleri. Les dames d’honneur hasardèrent •quelques observations sur un régime qui pouvait
^tat de faiblesse et d’imbécillité voisin de l’enfance. Ses amis prétendent qu’il se remettra et que nous pourrons admirer encore son talent. Mais son médecin dit le contraire, et cette autorité est malheureusement prépondérante dans ce cas. Quelle fin pour un acteur comique, qui a joué pendant cinquante ans le ridicule par lequel il périt! Turpe senilis amor. » Relations secrètes des agents de Louis XVIII ^ par le comte Remacle, p. 46.
(1) V. notre Cabinet secret de V Histoire, t. IV, pour les détails.
REMÈDKS d’autrefois
compromettre sa santé. de Pompadour, s’adressant alors à de Brancas, qui était plus avant que les autres dans la confidence de ses secrets : « Ma chère amie, lui dit-elle, je suis troublée de la crainte de perdre le cœur du roi, en cessant de lui être agréable. Les hommes mettent, comme vous pouvez le savoir, beaucoup de prix à certaines choses, et j’ai le malheur d’être d’un tempérament très froid. J’ai imaginé de prendre un régime un peu échauffant, pour corriger ce défaut (1). »
En dépit de tous ses efforts, la favorite ne réussit pas à réveiller fappétitdu plus blasé des monarques.
Ce fut pareillement à l’intention de Louis XV que le maréchal de Richelieu, un des compagnons habituels de débauche du roi, imagina la composition des fameuses pastilles connues sous son nom.
Ces pastilles (2), qui étaient des dragées de toutes couleurs, avaient été préparées par un apothicaire de l’époque, pour le maréchal duc de Richelieu, qui en faisait un fréquent usage, non pour lui, mais pour les femmes qu’il voulait avoir à sa merci, et dont la résistance se prolongeait trop au gré de ses désirs.
Ce sont des pastilles de ce genre, ou plutôt des bonbons cantharidés, que le marquis de Sade distribua dans un bal, à Marseille. Toutes les femmes, brûlées d’un fureur utérine, et les hommes devenus autant d’Hercules, convertirent cette fête en Luper-
(1) Journal de Barbier, t. VII, p. 271, n.
(2) Cadet de Gassicourt, dans son formulaire, donne la com-
position des pastilles de gin-seng, qui jouissaient d’une certaine réputation comme aphrodisiaques, et que l’on prenait, au nombre de quatre à cinq, à une heure de distance. Ces pastilles étaient-elles les véritables Pastilles de Richelieu n’avons
aucun indice qui nous permette de l’affirmer.
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cales (1). Le « divin marquis » eut même, à cette occasion, quelques démêlés avec la justice (2).
Relatons, en terminant, quelques autres médications singulières, qui ont joui d’une faveur plus ou moins éphémère.
De fortes démangeaisons à la peau, chez les lépreux, les galeux, les dartreux, stimulent le prurit vénérien (Arétée, Diulurn, morb., lib. II, c. xii) : ainsi s’expliquerait, comme nous Lavons dit plus haut, l’efficacité de la flagellation et de l’iirlication.
De même, l’irritation causée soit par un calcul à la vessie (Galien, De loc, affect., lib. I, c. i) ; soit par des coliques (La Mettrie, Prat. médicale, p. 77); soit par des purgatifs âcres, tels que l’aloès ; soit par des hémorroïdes ; l’opération de masser ou de pétrir les diverses parties du corps, si usitée en Asie (Legentil, Voyag. Ind., t. I, p. 129) ; diverses ligatures (Paul CEgin., De re medic., lib. III, c. lx ; Gloxin, De ischuria, p. 27), produisent des effets analogues.
En 1776, le docteur Graham, médecin à Londres, avait fondé, dans cette cité, un établissement de lits électriques, destinés à provoquer les sensations tardives et à réveiller les organes assoupis (3).
De nos jours, on est revenu à une thérapeutique plus scientifique. On a obtenu quelques résultats
(1) Les Maisons closes au XVII!^ siècle, par G. Gapon.
(2) Le Cabinet secret de V Histoire, loc. cit.
(o) Cf. le Journal de médecine de Paris, 17 juillet 1904.
avec le phosphore (0,0005 à 0,001), pris deux fois par jour, sous forme de pilules ou dans de l’huile de foie de morue ; la strychnine, administrée sous forme d’injections sous-cutanées, à la dose de 0,001 à 0,003 ou prise à dose égale avec de l’acide phosphorique ; la cocaïne, qu’il est mieux d’éviter, à cause du danger que courent les individus de devenir cocaïnomanes ; la spermine, etc.
Dernièrement, le docteur Spiegel a fait connaître un produit, le yohimbin, qui, d’après les expériences physiologiques du docteur Obervs^arth, semble très propre à être employée contre Timpuissance (1). Ce produit est préparé avec de l’écorce de yohimhehe, que les indigènes de Cameroun emploient contre l’impotence des hommes (2).
M. Ph. Tissié, dans un travail sur VHérédité, note le fait suivant, qui mérite d’être signalé à l’attention de la Ligue pour la repopulation.
Un jeune négociant en vanille, père de huit enfants, attribue au principe excitant de ce parfum la cause des nombreuses familles qu’ont la généralité
[1] Le docteur Bouchacourt a vanté les propriétés aphrodisiaques de la partie extra-embryonnaire de Toeuf. « Quant au pouvoir aphrodisiaque de l’arrière-faix, écrit notre confrère, il nous paraît incontestable, tout au moins chez la lapine et la cobaye. Ayant eu, en effet, l’occasion d’assister un certain nombre de fois, depuis plusieurs années, au part de ces femelles, en présence des mâles, nous avons toujours constaté qu’un coït suivait de très près cette mise bas, quand on ne s’opposait pas à l’ingestion du délivre, tandis qu’il n’avait pas lieu dans le cas contraire. Est-ce. là une simple coïncidence? (^omrne le mâle prenait généralement sa part du repas placentaire, il nous a semblé que cette action s’exerçait peut-être dans les deux sexes.»
(2) Pour la yohimbine, v. Therap. der Gegenwart, juillet 1901 ; cf. Annales de la Policlinique de Bruxelles, avril 1901 et Reichs med. Anzeigei\ 7 juin de la môme année.
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de ses collègues. Les douaniers eux-mêmes, spécialement chargés de la vérification des vanilles, n’échapperaient pas à cette influence proliférative. On sait depuis longtemps, du reste, que les orchidées (1) — la vanille appartient à cette famille — jouissent de propriétés aphrodisiaques.
Linné avait déjà observé que les racines de l’or~ chis bifoliée rendaient les taureaux de la Dalécarlie plus ardents et plus portés à la copulation. Le même naturaliste exalte bien davantage encore la vanille. Cette plante parasite associée au sucre, communique au chocolat ses propriétés analeptiques et aphrodisiaques. Le cacao, qui forme la base de cette excellente composition, mérite le beau nom quhl a reçu (theohroma, mets des Dieux).
A ceux qui voudraient savoir ce qu’il faut penser de ces expédients auxquels on attache une efficacité le plus souvent imaginaire, la science moderne se charge de répondre de manière à dissiper toute illusion :
« Tous ces moyens si prônés ne sont que des agents factices, de faux prêtres de Vénus, et il sera toujours vrai que la jeunesse, la santé et un régime
(1) Le nom de la famille de ces plantes annonce assez à quoi se comparent les doubles bulbes de leurs racines; et l’odeur de sperme qu’elles exhalent contribue à l’opinion que, depuis longtemps, les Orientaux ont de leur vertu spécifique. Plusieurs des belles fleurs de ces plantes éclosent en mai, et répandent de suaves odeurs, comme les orchis bifolia, odoratissima^ suaveolens, Lin. ; les ophrys spiralis, œstivalis, Lin., etc. Une des espèces les plus communes en Palestine est Vorchis sancta. Lin., et le satyrium maculatum, Desfont. D’autres ont des odeurs puantes de bouc, de punaise, etc., mais presque toutes agissent sur les organes sexuels.
REMÈDES d’autrefois
sobre de vivre sont les seuls et vrais aphrodisiaques (1). «
(1) Dictionnaire de médecine, de Jaccoud, article Aphrodisiaques. On prétend cependant que le traitement électrique aurait donné, dans l’anaphrodisie, quelques résultats [Progrès médical, 20 mai 1902). Mais n’agirait-il pas contre l’inhibition génitale plutôt que contre l’impuissance réelle ? En ce cas, la suggestion opérerait le même miracle.
fCaôfe bee
Préface de la première édition I
Remèdes tirés de l’homme . 5
La salive dans la médecine populaire. — Une
coutume des nourrices. — Peut-on changer de sang comme de chemise ? — La recette pour se faire aimer. — Gomment Louis XI pensait se guérir de la lèpre. — Le tribut du fiel au Cambodge. — Mangeuses de placentas. — La graisse humaine et la corde de pendu. — Profits qu’en tirait le bourreau.
— Le talisman de François P’’. — Les vertus de la poudre de momies. 67
Remèdes fournis par les animaux. — I. Le chien et
ses vertus médicatrices
Le chien savouré comme mets, avant d’être utilisé comme drogue. — D’où vient la coutume de manger du chien ? — La recette du rata de chien,
— Maladies que le chien prend à son compte. — L’emploi des chiens vivants contre le rhumatisme.
— L’huile de petits chiens bonne pour les entorses.
— Les gants en peau de chien. — M“® de Montpensier conservait son chien pour en faire du bouillon.