‹ RéminiscencesChapitre 3 sur 5 · OUEN SU CAC UP · texte numérisé non relu

OUEN SU CAC UP

ge — UN AUTRE SCANDALE

Je ne l'ai pas cherché, Dieu m'en est témoin. Mais puisqu'il me tombe sous la main, je vais l’exploiter.

Les scandales sont faits pour cela.

Au reste, je n'ai plus d'autre spéculation à faire désormais, Pendant quatre ans, j'ai essayé d'exploiter le gouvernement provincial ; c'est comme si j'avais voulu tirer du lait d’une des vaches maigres d'Égypte. Ça a abouti—répétez donc cela pour voir—f ça a abouti” à ma destitution,

Je n'ai seulement pas eu la chance de donner ma résignation. Il valait encore mieux que je la ‘ gardasse ” (6 subjonctif !) pour endurer mon sort.

On n’a pas eu pour moi le plus petit ménagement, On n’a pas eu même les égards que Guillaume IT a eus pour Bismarck, A quoi m'a donc servi d’être le grand Buies, comme dit madame Dandurand ?

Je n'ai plus qu’à errer avec mon désespoir, le dernier fidèle compagnon qui me reste.

Du temps que j'avais un salaire, beaucoup trop modeste, il

est vrai, à mon point de vue, je pouvais au moins me promener

avec mes dettes. Aujourd'hui, mes dettes elles-mêmes m'ont

abandonné, puisque j'ai dû faire banqueroute.

Or, hier soir, rêveur, je me promenais sur le rivage du Saint- Laurent, qui, à l'endroit que j'habite, a dix lieues de largeur, ce qai permet aux steamers portant le choléra de passer suffisamment loin de moi. A l'instar du canadien errant, banni de ses foyers, je discourais avec les flots retentissauts, bien moins retentissants, néanmoins, que les cris qui s'élèvent de tous côtés contre le gouvernement provincial. Je murmurais discrètement à l'oreille de ces flots, qu’on appelle amers parce qu’il sont salés, combien il est douloureux d'être orphelin à cinquante ans et de n'avoir pas trois mille dollars de revenu.

Rothschild, lui, s'il a cinquante ans et s’il « perdu son père, a du moins quelque chose pour le remplacer.. Mais à moi, il ne me reste plus que le spectacle de mes ruines et de quelque

gros ou petit scandale qui, de temps à autre, vient défrayer ma solitude.

Ù : *) . A Comme j'achevais de rêver snr la grève sonore, passa devant

moi le postillon, ami de l’homme, qui me remit une lettre

EE

contenant deux billets d’un dollar, pour essuyer mes larmes, et le dernier numéro du Glaneur, ‘ revue ” qui paraît à Montréal, à l'insu de la Commission d'Hygiène, et qui est un des cas les plus graves de la maladie littéraire infectieuse, devenue endé mique dans ce pays-ci depuis une vingtaine d'années, parce qu’on n’a pas pris les précautions nécessaires pour l'arrêter à temps.

Sur la première page, je vois une photographie en pied de Léon Lorrain, un bon et brave garçon, Alsacien de naissance, venu fort jeune au Canada, noyé il y a un an environ dans la rivière Richelieu, et qui s'était avisé, quelques mois avant sa mort, de faire de la prose rimée, par simple diversion à tant d’autres qui font de la prose sans bonsens.

Il s'était dit sans doute : ‘ Puisqu’il y a, dans la province de Québec, tant de Patagons qui se mêlent d'écrire en prose, pourquoi, moi qui n’en suis pas un, ne ferais-je pas des vers ? Et partant de là, cet excellent Lorrain avait pondu un volume

fort bien imprimé, bien broché et sur très-beau papier.

Disons, entre parenthèse, que le Glaneur se proclame l'organe des “ Jeunes ” de la province. Sans doute il est l’organe d’un petit nombre d’entre eux, qui ont éprouvé, dès'leur entrée dans la vie, le besoin irrésistible de l'admiration mutuelle, afin de protéger leur individuelle faiblesse, En cela ils sont plus

avancés que “ nos plus fines plumes” de Québec, qui pratiquent bien l'admiration mutuelle à la quintuple essence, mais qui n’ont pas encore d’organe spécial pour la manifester.

Remarquons aussi que les anglicismes, contre lesquels on crie si fort, afin peut-être de faire oublier le reste, constituent les petits péchés, les fautes vénielles de nos publications, à quelques rares exceptions près ; les choses incompréhensibles constituent les péchés ordinaires, et les bêtises sont la monnaie courante.

Je prends mes exemples aujourd’hui dans ce qui vient de paraître tout récemment. Je pourrais fouiller à loisir dans environ cinq mille échantillons ‘ d’énormités,” que j'ai découpées indifféremment dans des publications diverses, mais j'aime mieux ce qui est tout récent, parve que cela a le piquant de la nouveauté, j'allais dire de la fraîcheur.

Je remarque tout d’abord sur ia couverture du Glaneur cette mention :

‘ Aucun travail ne sera admis, s’il n’est excellent pour le sond comme pour la forme ”....

Cela donne à supposer que la direction du Glaneur se décrète d'elle-même juge de ces choses-là.

Nous allons voir.

La livraison du 10 septembre débute par un article sur Léon Lorrain, estimable jeure homme que beaucoup d’entre nous ont connu. Je me rappelle aussitôt que l’auteur de cet article s'était mis en frais de raconter, il y a deux ou trois ans, comme quoi des gens de l’Ile Verte s'étaient trouvés pris sur les glaces et avaient failli périr. Le “jeune” du Glaneur avait essayé de décrire les angoisses de cette situation. Je ne crois pas avoir lu de ma vis rien de plus algonquin que cette description-là. Grâce à des efforts de style ridicules, une situation des plus émouvantes et des plus tragiques tournait en une vérit:ble

bouffonnerie de cirque.

Mais entamons l’article “ Léon Lorrain ”, pour voir si le

“ jeune ” a réussi à apprendre quelque chose depuis trois ans.

# Avec les roses qui parfument les alentours ; (les alentours de quoi?) avec le chant des oiseaux multiples (des oiseaux multiples !)....

“Je ne suis pas de ceux que laissent indifférents le flot toujours montant d’une mortalité désolante, qui enserre les

plus méritants et les moins doués.”

Comment voulez-vous échapper à un gaillard comme celui-là ?

‘“ Je ne suis pas de ceux que la fosse éloigne, que le tombeau fait fuir, que la mort épeurre.

“ Je crains Dieu, cher Abner, et n'ai pas d'autre crainte,” avait dit Joad.

Comparée au saisissant laconisme du Glaneur, la réponse des Gaulois : “ Nous ne craignons que la chute du ciel sur nos têtes,” n’est qu’une platitude.

Le “ Jeune ” enfonce enfin le nommé Bayard, “ chevalier sans peur-et sans reproche.”

Mais à quel propos dit-il tout cela ? Ah ! c’est pour que tout le monde sache bien que |

“Je suis du nombre des âmes timides, mais anxieuses de savoir le pourquoi des choses et des événements ; et devant la tombe d’une mère chérie ou en face de l’ouverture béante où vient de descendre le corps d’un frère, d’un ami, je m’incline et

je songe...

Prenez garde de tomber, jeune homme. Voulez-vous me faire voir un peu quelle corrélation il peut y avoir entre ces attitudes si imposantes d'abord, puis ces timidités avouées, et la mort de Lorrain ?

Ils ne se doutent de rien, ces “ Jeunes,” de même qu'ils n’ont peur de rien.

C’est là ce qu'on appelle prendre des poses pour attirer surtout sur soi-même les regards, sous le prétexte de parler

d’un ami.

Maintenant, je vais aller au plus court et signaler rapidement quelques passages cueillis Ça et là dans le cours de cet ‘ écrit, ”

destiné évidemment à émerveiller les aborigènes.

‘ C'était aussi un croyant, non pas à la façon de ces vision-

naires à double pourpoint ....”?

Hein ! Vovus dites ?....

Plus loin, l’auteur parle d'Ernest Tremblay, énigme vivante et caressant des rêves de hautes sphères... . Quelle sphère était-il )

en train de caresser, lui, le “ jeune

Léon !

, quand il écrivait son

“Je m’'attachai sincèrement à ce gros et jovial alsacien blona, à l’âme un peu assombrie par cette pensée désolante qu’on retrouve un peu. partout chez ceux que l'exil empoigna jeunes encore ; être incompris, se savoir persécuté et sentir en soi une mer de poésie et d’idéal heurtant ses vagues sans cesse agitées:

aux récifs multiplés des exigences de la wie de chaque jour.” Dieu du ciel ! qué que c’est qu’ça ?

Il est vrai qu'après le flot qui enserre, on pouvait s'attendre à voir l'exil qui empoigne ; mais c’est égal, c'est trop à la fois. On a bien raison de dire que les Canayens sont toujours maganés.

Voilà bien cependant ce que les gens, qui n’ont jamais été critiqués, s’imaginent être du style ! Comment voulez-vous ? La critique n'existe pas dans ce pays-ci; il n’y à pas non plus

de professeurs de style, et les ‘ jeunes ” sont convaincus qu'ils

peuvent écrire sans avoir eu de maîtres, sans avoir été cent fois corrigés et recorrigés. Ils sont convaincus qu’il leur suffit pour savoir écrire d’avoir traîné sept ou huit ans sur les bancs d’un collége quelconque de la province, où les professeurs compétents

sont aussi rares que les justes dans Sodome.

Voilà pourquoi les insanités pleuvent dans une foule de choses imprimées. Je connais des individus qui ont obtenu toutes les distinctions pseudo-littéraires, des individus dont les noms paraissent dans toutes les circonstances qui se présentent ou qu'ils font naître, et qui écrivent à peu près dans le genre du jeune Glaneur.

“ Le soir venu....nous allions au hasard, un peu bohémiens (il veut dire bohêmes), cherchant. .admirant. {a rade et som

tation aux allures génées.” (Misère ! Mais arrêtez-vous donc jeune homme.)

‘ Et il parlait toujours, il parlait sans cesse, ayant un sourire à tous et #né bonne parole au besoin.” (C’est bien le moins que lorsqu'on parle sans cesse on ait une bonne parole ‘au besoin.)

“ Parfois, sous l’iufluence de ce je ne sais quel vent sombre montant du fossé (oh ! là, là, là, là !) il s’attristait et devenait

rêveur. En bon ami, je respectais son silence, .. .”

Comment, sacrebleu ! Vous venez de dire qu’il parlait toujours,

qu’il parlait sans cesse, et vous respectez son silence !, . Un jour, il faisait nuit, le tonnerre en silence.

Par des éclairs obscurs annonçait sa présence. ,

Plus loin : “ Les inconoclastes dans notre pays ne sont pas rares, et notre pauvre ami Lorrain en avait une peur atroce,

qui l'attristait.

‘“ La mort hideuse le guettait, un soir d'hiver, au bord de cette rivière qu'il aimait tant (on n’a jamais pu savoir au juste pourquoi ; dans tous les cas elle ne l’a pas payé de retour.) On pense tout naturellement à Napoléon qui voulait être enterré sur les bords de la Seine, au milieu de ce peuple français qu’il

avait tant aimé |

‘“ Affolé, épeurré, croyant voir partout des êtres invisibles

qui en voulaient à ses jours, 4{ surtit et voulut aller au hasard...”

Ah ! par exemple, finissez, cette fois. Quoi! Voilà un homme entraîné sous les glaces épaisses, et qui sort et veut aller au hasard !... Qu'on l’arrête, qu’on l’arrête, il va se

tuer !..,

C'est qu'il ne se contente pas de cela, le jeune que rien n'épeure. Il veut se citer lui-même, et il rappelle un “ portrait”? qu’il a fait de Léon Lorrain, le 28 novembre 1890 — la date est scrupuleusement indiquée pour qu'on n'ait aucune raison d'ignorer ce monument — dans l’Union libérale de Québec, ce qui a été-probablement la cause déterminante de la chute de

ce journal. En voici un extrait.

“ Notre poète est blond, d'un blond d'Allemand ; un peu

grassouillet, à {a Fréchette ; teint animé, yeux bleus, démarche d'abbé, manières aimables et polies, tout chez lui s’harmonise

parfaitement. On n’y rencontre pas de ces heurts de nature qui blessent l'œil et font, de prime abord, un effet désagréable. ”

Un blond d'allemand ! Est-ce que c’est une couleur particulière, ça, le blond d’allemand? En quoi diffère-t-il du blond ordinaire? Notre jeune homme, qui n’a jamais vu d’Allemands dans sa vie, j'en suis presque sûr, a lu quelque part: Les blonds Allemands par ici, les blonds Allemands par là, et il est si convaincu qu’un véritable Allemand doit être blond avant tout, que, s’il en voyait un brun, il le prendrait immédiatement pour un Turc.

Et puis, avouons que ce n’est pas très aimable de dire d’un Alsacien qu’il est d’un blond d’Allemand. Ses mânes doivent en frémir, comme on dit en phrase étonnamment neuve.

Il en est ainsi du ‘“ grassouillet à la F réchette et de la démarche d’abbé ”. Il est étonnant, comme lorsqu'on est une fois parti à dire des machines comme celles-là, on ne peut plus s’urrêter !

Il paraît que tout cela, mêlé ensemble, s’harmonise parfaitement et que les heurts de nature ne sauraient troubler en aucune façou cette harmonie savante qui résulte d’un homme blond d’Allemand, grassouillet à la Fréchette, au teint animé, aux ycux bleus (il a oublié de dire bleu “de Prusse ”) et à la

démarche d’abbé.

O lecteurs ! Pardonnez-moi, pardonnez-moi.

Maintenant, qu'est-ce que cela me fait, à moi, que ce soit le jeune Calixte Radiguet ou monsieur Chrysostôme Pâturot qui ait écrit les choses inquiétantes que je viens de signaler? Je ne connais pas leur auteur, je ne l'ai jamais vu de ma vie, je ne sais pas s’il est d’un blond d’Allemand ou d’un blond de Cosaque. Le saurais-je que cela ne ferait absolument rien. Il n’y à pas ici de question personnelle, mais une question extrêmement sérieuse pour nous. 11 s’agit de mettre un frein à ce débordement soi-disant littéraire qui achève de nous faire passer pour des êtres réellement inférieurs, et qui révèle aux yeux de l'étranger notre véritable condition intellectuelle, la

plus déplorable qu’il y ait au monde.

Avec notre baragouin littéraire, qu’on a proposé dernièrement d’exhiber à Chicago comme on exhiberait les ustensiles d'un troglodyte, nous mettons le sceau à notre misérable éducation et nous donnons aux autres peuples toutes les raisons possibles de ne pas savoir où nous classer dans la famille humaine. Si, comme le CANADA-REVUE et la Patrie l'ont fait remsrquer, à propos de la présence des marins français dans le port de Montréal, nous sommes les véritables enfants de la civilisation, qu'est-ce donc en matière de littérature ? On ne saurait croire tout ce qu’il y a d’enfantillages et de niaiseries, sans compter les énormes fautes de langue et de style, dans la plupart des ouvrages qu'on aurait le malheur de choisir pour aller faire rire de nous à quatre cents lieues de ce qu’on appelle l’Athènes du Canada, une Athènes où il n’y pas la plus petite biblio-

enorme ect mt

thèque publique et où la lecture du Courrier des Etats-Unis est interdite !

Et comment voulez-vous qu’il en soit autrement daus un pays où l’on étouffe dans le germe toute indépendance de l'esprit, tout essor intellectuel librement tenté? Nous sommes le peuple le plus arriérédu monde, comparativement à ceque nous devrions être, formés que nous sommes des deux races qui marchent à ls tête de la civilisation. Nous donnons ce spectacle unique, parmi les peuples éclairés, d’un peuple qui ne renferme pas de “classe” instruite. Il y a chez nous des “individus ” instruits, voilà tout ; et encore ne le sont-ils que relativement au reste des Canadiens. Tout homme qui a réussi, dans notre petite province, à acquérir une valeur réelle et un fonds intellectuel sérieux, ne le doit qu’à ses propres et pénibles efforts, sans aucune aide, voire même en dépit de tout et à travers tous les obstacles entassés sur sa route.

Et l'on prétendra que c’est dans un milieu pareil qu’il peut exister une littérature nationale ! Eh bien ! Cette littérature, non seulement n'existe pas, mais encore est radicalement impossible, et elle ne cessera de l'être que lorsque ceux qui se mêlent d'écrire auront pu se former dès leur jeunesse dans des colléges où du moins on le leur aura appris, en même temps

me mt

qu'une foule d'autres choses qu’on n’y enseigne prs davantage aujourd’hui. Et en tête de ces choses on peut compter l’histoire, la géographie, la critique, l'analyse qui développent et affer. missent le jugement, enfin surtout la dignité humaine qui forme les caractères et permet à un ieune homme d'affronter virilement les difficultés de la vie, de compter avant tout sur lui-même, au lieu de se faire dès le début un méprisable charlatan, un diffamateur gagé et l’esclave de tous les pouvoirs, afin de gagner un

pain trempé dans toutes les hontes.

La

Je le répète : il y a ici : :e question de la plus haute gravité. pour nous. Puisque nous sommes en train de nous dégourdir,, d'ouvrir les yeux, puisque nous avons retrouvé la parole enfin, et que nous n'avons plus peur de crier nos maux, voici, entre mille autres, une réforme à opérer, et cette réforme est essentielle. Il faut établir une quarantaine rigoureuse autour de la ‘ jeune ” littérature comme celle que je signale dans le présent article, la littérature de “nos plus fines plumes”, qu'on peut appeler ‘la vieille, ” nous ayant fait à elle seule suffisamment. de mal pour que nous ayons le droit de prendre toutes les.

mesures préventives contre un nouveau fléau.

Au reste, tout est à refaire dans ce pays-ci, ou plutôt tout. est à faire sur de nouvelles bases, depuis la plus petite école de.

village jusqu’à ces grands corps qui portent le titre pompeux d’Universités. Novs n'avons aucune institution spéciale pour former la jeunesse, à qui toutes les carrières modernes sont fermées, si ce n'est l'Ecole Polytechnique de Montréal ; et eneore celle-ci estelle insuflisante, puisque les jeunes gens qui en sortent sont obligés d'aller compléter leurs études en Europe, s'ils veulent aborder l’exécution des grandes entreprises, soit

industrielles, soit scientifiques.

Il y à infiniment à dire sur une er comme celle-ci, développée et envisagée sous toutes ses fa

Les productions littéraires, comme nous en voyons tant, sont le fruit de l'ignorance générale. Ki l’oisiveté est la mère de tous les vices, l'ignorance est la mère de toutes les sottes prétentions. On veut planer avec les aigles quand on a à peine l’envergured’une chauve-souris, et l’on signe ‘Alexis Radiguet”,

avec la conviction que l’on signe “Gérard de Nerval.”

Pour ma part, je serais porté à toutes les indulgences possibles à l'égard des ‘“ Jeunes,” s'ils ne nous fendaient pas la figure avec leurs prétentions outrecuidantes, s'ils voulaient être modestes un seul jour, comme il convient à des gens qui savent assez peu” pour avoir tout à apprendre ; s'ils voulaient enfin se mettre dans la tête qu'ils sont très malades, et que s'ils continuent de

braver les lois de l’higiène morale, ils courent le risque de devenir un objet particulier de sollicitude pour les municipalités dont ils relèvent. N'est-ce pas, par exemple, un symptôme extrêmement pénible de cette maladie que de voir le même “ Jeune,” dont il est ici question, crier à tue-tête dans un des numéros du Monde Illustré de 1890 : ‘ Place aux Jeunes.”

C'est-à-dire: ‘ Vous, hommes mûrs, qui, depuis vingt à trente ans, avez passé votre temps à l'étude, qui vous êtes formés, qui avez acquis une valeur sérieuse et un fonds de connaissances considérable, qui, seuls, pouvez éclairer la jeunesse, la critiquer avec fruit et lui montrer les innombrables écueils de la pensée et du style, faites place à de jeunes lévites qui n’ont jamais manié que l’encensoir, et qui, lorsqu'ils se trompent et prennent la plume en main, font des pâtés à chaque ligne ou passent à travers le papier à chaque mot.

On en verrait de belles !

Un journal de Québec demandait récemment, avec beaucoup de bonsens, qu’on se procurât dans les colléges de vrais Anglais pour enseigner aux élèves la langue anglaise, devenue absolument indispensable. ;

De grâce, commencez par nous donner au moins des profes-

saurs de français, qui soient des Français et non pas des

Canadiens ayant à peine fini leurs ‘ études, ” et que l’on institue, dès le lendemain de leur cours, professeurs de toute espèce de choses dont ils n’ont pas la moindre idée.

Maintenant, je concours dans l'opinion du lecteur, qui trouve

que j'en ai dit assez pour aujourd’hui.

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