‹ Réminiscences de voyage [microforme]Chapitre 1 sur 26 · CHEZ LE CURE KNEIPP · texte numérisé non relu

CHEZ LE CURE KNEIPP

Wærikhofen n'était, jusqu'à ces dernières années, qu'un hu:ble village, une petite bourgade souabe sans importance, perdue au milieu des plaines de la Bavière, ignorée même sur les cartes de l'Europe.

Quelques constructions, aux vastes proportions, et qui témoignent de l'ancienneté de lenr existence, frappent surtout les regards :

Au centre d’un groupe d’une centaine d’habitations rapprochées, se dresse, surmontée d’une tour quadrangulaire, l’église, construction en pierre recouverte d’un

épais laimbris en ciment pour la protéger. Bâtie, toute au milieu du cimetière paroïissial, elle semble indiquer aux fidèles, que pour arriver au salut, il faut traverser les croix et se heurter aux tombeaux. A côté, à Moins de cent pas, uné autre bâtisse aux dehors anstères et Hnposants: C'est le monastère occupé par les Dames Douiinieaines . * der kloster À gomme on l'appelle,

Tous les villages de Bavière, comme d'ailleurs, presque partout ea Europe, offrent ectte disposition caractéristique. La distance entre les différents boures ne varie guère plus de quatre à cinq milles. Autour s'étendent les terrains en culture. [l n'existe aucune clôture de s‘paration, aucune borne apparente ; cependant chaque habitant du faubourg y a sa part déterminée, distincte, qui ne dépasse guère généralement une

couple d'arpents en superticie, sans jamais songer À empiéter sur les droits de son voisin.

Depuis quelques années, l'aspeet de Waérishofen ( Prononcez Veurisofen) à changé, L'humble village à subi üne transformation complète. Ce n'est plus la bourgade inconnue presque, dédaignée:

Sa population a doublé ; des édilices imposants ont surgt ; Wærishofen est maintenant sur toutes les cartes, sur toutes les lèvres :

c'est le point de mire, d'attraction de l'Europe, et même de PUnivers entier. On y accourt de tous les pays durant la saison d'été : Fran:

çais, Anglais, Russes, Allemande.

Espagnols, Polonais, Américains, italiens, Hongrois, Turcs, Perses, Australiens s’y condoient et fraternisent dans ce phalanstère d’un nouveau genre. Bref, c’est le rendez-vous de toutes les souffrances.

On peut dire, en effet, avec véri-

té que Wærishofen est l'arche des maladies. Nulle pari ailleurs, on a le spectacle d’une agglomération aussi disparate de maladies de toutes sortes.

Audelà de 12000 étrangers s’y rendent annuellement. A voir ce défilé interminable de malades, on croirait assister à un de ces pélérinages fameux de Lourdes ou de Ste.-Anne d’Auray, où la foi catholique attire des foules innombrables de fidèles. Ici, protestants de toutes dénominations,aussi bien que catholiques, affluent à Weærishofen. La réputation universelle de Vichy, de Cauterets, de Carlsbad, si renommés pourtant par l’action bienfaisante de leurs eaux, est désormais éclipsée,

Comment s’est donc operé ce changement? D'où vient cet engouement inouï,qui, chaque année, amène à ce village, dépourvu de tout attrait mondain, des

D ne te on

milliers de personnes de toute croyance, de toute nationalité et de toutes conditions ?

Un pauvre euré de campagne, sans prétention, sans diplomatie, à Pabord presque rustre, attire seul toute cette foule. Saisi d’étonnement et d'admiration, lunivers entier redit, bien que sous des appellations diverses, le nom à Jamais immortel de ect astre brillant, nouvellement découvert au Zénith de la science : Kneipp, Kneïpp, Pillustre médecin, lhygiéniste sans égal, Kneïpp, l’un des plus grands bienfaiteurs de Phumanité, Kneipp, honoré par la Cour de Rome, du titre de Prélat de la Maison Pontificale et, tout récemment encore fait Commandeur du Saint-Sépulere par le Patriarche de Jérusalem.

Le curé Kneïpp, comme on l’appelle habituellement, est âgé de 78 ans, et il les porte allègrement.

l’est le type parfait de nos bons Vieux curés de campagne, à la démarch: lente, au commerce familier et affable.

Rien. de prime-abord, ne révèle chez lui quelque chose d’extraordinaire; mais bientôt, anrbs quelques instants d'examen, on est frappé de‘la puissance de son œil voilé sous des soureils très épais.

Lorsque son regard scrutateur s’abaisse sur vous, vous vous sentez étreint, empoigné comme dans des serres ; il vous semble qu'il pénètre jusque dans les replis les plus cachés de votre être, et qu'il lit ce qui s’y passe. Si extraordinaires sont la puissance et la sureté de son diagnostic, à la simple vue d'un malade, qu'il faut reconnaître qu’elles sont l'apanage du génie.

Nous aurons d’ailleurs occasion, au cours de cette notice biographique, de citer quelques faits

qui démontrent, hors de toute con.

teste, son incroyable perspicacité. —

Le portrait qui accompagne cette étude donne une idée assez exacte de lPapparence extérieure de Mgr. Kneïipp, mais il manque à cette photographie un détail que le talent de l'artiste à été impuissant à reproduire : l’expression particulière et l’étonnante pénétration de son regard,

Le lecteur aimera peut-être à trouver ici,retracée dans ses grandes Tigres, la vie de ce grand homme :

Sébastien Kneïpp était fils de parents bavarois qui n'avaient guère de richesse, maïs ils insistèrent cependant, pour qu'il recnt une instruction qui lui per.

mit de gâgner sa vie honorablement. Pour comble de malheur, survint un incendie désastreux qui

ruina la maison paternelle, con-

Page 1