LETTRE DE M. RAYMOND POINCARÉ IX
faire » ; vous resterez un oisif médiocre et mécontent. Tous les métiers sont sols, fen conviens, quoi qu'en dise le proverbe; mais l'immense majorité des hommes est faite pour cette sottise, et vous êtes dans la majorité.
« Restez avocat et plaidez. Vous apercevrez sans peine que, de toutes les professions, celle-là est, je ne dis pas une des meilleures — puisqu'il n'y en a pas de bonnes, — mais une des moins mauvaises et une des moins déprimantes. Le cerveau du soldat ou du fonctionnaire est plus menacé par la vie de garnison ou par la monotonie du bureau que le nôtre par les exercices de la barre. Votre honnêteté est moins exposée dans le libre choix des procès acceptables que celle de l'homme politique dans le déchaînement inévitable des rivalités et des ambitions. Pourvu que vous vous défendiez contre les tentations de la sophistique et que vous sachiez ne pas devenir rhéteur, vous ferez votre métier sans vous diminuer. Vous vivrez tranquille au milieu de confrères qui, presque tous, sont de braves gens; et lorsque, plus tard, à l'arrivée du train, vous descendrez de votre
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