Remparts d'Arlon et de Tongres
L'illustre de Gaumont (i) a fait ressortir l'utilité de recherches effectuées pour retrouver les dates et autres faits qui pourraient révéler l'époque où les murailles d'enceinte des villes gallo-romaines ont été construites. Le chef-lieu du Luxemboui^ belge nous fournit à cet égard un intéressant sujet, et il y a d'autant plus lieu de se livrer à cette étude, que — on l'a solennellement déclaré (2) — nous ne posséderions aucun document permettant de préciser l'époque de la construction des remparts d'Arlon.
Voyons si nous sommes à cet égard aussi dépourvus qu'on a bien voulu le dire.
Les anciennes fortifications d'Arlon, aujourd'hui cachées par des consiruclions modernes, ont été, en plusieurs endroits qui correspondent à une très-faibie partie de l'enceinte romaine, attaquées par la pioche, en 1563 (s) et dans les années 1671, 1842, iSU (*), 1854, 1856, 1871, etc.
(<) Congre» arohéùlogiqne de France, session de 1B30 (Auxerrc, Ctnny, Clermont-Ferrand), p. 143; CongritiA., XXV* session, 1858 (Périgoeux, Cambra;), p. 533, eu.
(t) Bail. Aead. reg. de Beïg., XXJ, %', p. 611.
(«) I Hansfeld fit bâtir soD palais de Clausen aux portes de Luxembourg, en 1S83; on ^ voyait tes plus beaux monuments de l'antiquité, dont on trouve un trÈs-graod Doœbi-e & Arlon; cette ville ayant été entièrement ruinée par les Français en 1SS8, Uânsfeld y fit fouiller dans les ruines; 11 en retira de rares morceaux et les fit transporter dans son palais. ■ {Hiit. de Hahsfeld, p, S8.)
(4) Add. aux citaUons précédeoinient faites ; Artnala de la Sociéli, etc., d'Arlon, 1, p. 62.
Chaque fois, point très-digne d'attention, on y a trouvé, régnant au bas intérieur des murs, une couche de pierres monumentales de l'époque romaine, soigneusement placées sans mortier les unes à côlé des autres, et celle couche d'autels, de tombeaux, de débris d'architecture et de sculpture, forme nne sorte de base intérieure, au-dessus de laquelle la masse du rempart, très-épaisse, est construite en ciment avec des pierres entassées dans la chaux.
ArloD est donc entouré d'une ceinture de monuments du paganisme.
Voici comment on décrit celle disposition (il est ulile d'en rappeler les termes pour servir de point de comparaison) : En bas, les masses de pierres juxtaposées et parfaitement assises; à l'extérieur, un mur régulier de moyen appareil ; de l'autre côté, un mur plus grossier; au milieu, par dessus les pierres monumentales, un bain de ciment dans lequel les moellons ont été jelés pêle-mêle, le tout ayant acquis la dureté de la roche (i).
On ne comprend ce bain de ciment suspendu en haut des pierres monumentales, dont il est séparé aujourd'hui par un vide, que par la supposition qu'il avait élé établi, dans l'intervalle, des cintrages ou de charpentes, aujourd'hui anéantis, placés primitivement au-dessus des restes antiques pour les protéger.
C'est une particularité remarquable que cette assise régulière de tombeaux et d'autels, avec cette muraille formant voûte au-dessus, et une voûte si solide qu'on peut extraire les monuments antiques sans faire crouler la masse supérieure
(i) Prat, aUloire d'Arlon, I, pp. 167 el 170.
placée comme pour les proléger (i), de telle sorte que, de l'avis d'hommes compétents, il sérail même possible d'aller, par un travail en tunnel, rechercher les inscriptions sous les fondations des maisons baltes sur les remparts, sans ébranler celles-ci (s).
Cette particularilé se retrouverait-elle ailleurs?
Nous savons déjà (s) que bien des villes antiques cachent dans leurs anciens remparts des monuments de même genre. Plus de cinquante villes de la Gaule, dit M. de Caumont (*), ont présenté dans leurs murailles des débris de sculpture et d'architecture païenne.
Recherchons si les pierres y ont de même été disposées soigneusement par couches; choisissons k cet effet des localités de la Gaule assez éloignées les unes des autres, et il n'y a pas lieu certes d'écarter les localités les plus importantes, déjà fortifiées vraisemblablement à l'époque romaine, car il en est aussi parmi celles-là dont l'enceinte a été réduite pour en rendre la défense plus facile et dont les nouveaux murs ont été établis dans des conditions analogues à ceux d'Arlon (s).
(i) Id., ibid.
(t) A Tours, des caves ont Été pratiquées sous les mon des noiparta par l'eDlivement d'iise partie des blocs noa cimentés qui tormeni la partie basse de la constmclion (de Caudont, Coun d'anliquUés tmnumenlale», II, p. 3t9).
(a) Bail, du Comm. roy. d'art et â'arehéol., XI, p. 372.
(i) XSIX' Congrès archéol. de France (Saumur, L^dd, Le Haas, Elbeur, bives), (862, p. 36.
(t) Le point B3l cerlaln pour Cologne, puisqu'on voit cbez Tacite, HUI., IV, 61, 63, les Ubiens 'résister aux provocations de leurs voisins qui voulaient leur faire détruire les murs de la ville, < muros coloniae, munimenla serviiii. ■> En oulre, nous savons par Suétone, Galiia, XIJ, que cet empereur punit de la démolition de leurs murs quelques cités de la Uaule qui s'étaient prononcées
Metz, Sens, Autua, Bordeaux, Auxerre, Tours, etc., nous offrent à propos les points de comparaison désirés.
— Les chroniques messines de Phil. de Vigneulles (i) constatent déjà que les remparts orientaux de Metz reposaient sur des inscriptions antiques. M. Robert (%) rappelle le fait et le signale dans plusieurs autres villes de la même époque. C'est en • nombre prodigieux >, dit-il, que les inscriptions et autres débris antiques existaient dans les remparts de Hetz.
— A Sens, les anciennes murailles de la ville sont composées, t dans la partie inférieure, de grosses pierres prove-
> aant de somptueux édifices, — et dans la partie supé-
> Heure, de pierres de petit appareil avec des chaînes de » briques ; » — on signale même le fait comme s'étant produit aussi au Mans, à Tours, à Beauvais et dans une quantité d'autres villes (s).
— Même constatation pour Autun : • Des fouilles exécu-
> tées sur quelques points de la muraille antique, ont fait
contre lui : i Quod quasdam civitates Gilliae murorum destnictioDe punisse!. •
Il j aiait même àes murs autour des villes gauloises qu'itttaqua César; le conquérant, S. G. , Vil, 23, dépeint ces murs d'une maniire générale, et cile en particulier les murs de Vesoulio (I, 3S), Bibrax (H, 6); l'oppidum Aluatucorum (11, 32), Noïiodunum (VII, 12), Avaricum (VII, 2S à 28) ; Gergoïia (Vll,<6ii 82); iUesia(VII, ((9), etc.
(() Ëdll. Hugueoin, p. 689. Voy. aussi Obtelids et VivuHns, Iliaervriiai, édit. de I58i, p. 49.
(*) Épigraphit de la Moitlle, p. a.
(■) Congre* aréhiol. de France (S«ns, Tours, Angouléme, Limoges), 1847, p. TiS. Cfr. Congre» de 1816 (Hetz, TrèTes, AutuD, Ctiâlous, Lyon), p. 19, pour Luxeuil, etc ; Congrès de 1833 (Dijon et Sens), p. 171; Duno, Bibliolhique hiitorique de l'Yonne, I, p. 36; be CiiniioiiT, Coun d'anliquUit ittonumentalei, 11, pp. 161, 317, 3!S0 i ùSa, pour Jublains, Tours, Le Mans, Orléans, Poitiers, Saintes, Bordeaux, Angers, Auxerre, Lllleboane, Ëvreux, Bayeni, Pérlgueui, Laogfei, Reims, NaAonne, ReauTais, Troyes.
— 4tf8 —
> recoDnailre que cette muraille repose sur un massif de
> monuments antiques jetés dans les fondations. > Encore une fois, on fait remarquer que cette particularité s'est rencontrée en d'autres villes (i).
— Idem à Saintes (s); en démolissant une grosse tour, on trouva qu'elle était remplie de ruines antiques, de colonnes, chapiteaux, entablements et autres pierres d'architecture, sculptées et non sculptées, de statues, bas-reliefs, autels, patères et de beaucoup de pierres à inscriptions.
— Idem à Évreux, où des blocs appartenant à d'anciens monuments ont été extraits des remparts antiques (s).
— Idem à Auxerre («), où des autels et inscriptions latines ont été trouvés dans les murs de la ville, fondés sur les débris de statues des divinités du paganisme que l'on avait fait entrer, dit-on, indifféremment et confusément dans l'ouvrage.
— Idem à Toulouse, où les murs de clôture contenaient aussi des débris de sculptures antiques (s).
— Idem à Besançon; le Vesontio déjà fortifié avant César, dut l'être sous les Romains, parce que les bonnes positions, comme le dit H. de Gerville, sont de tous les peuples et de toutes les époques (g) ; mais à un moment donné, cette ville
(i) Edme Thomas, Histoire de l'antique cité 4'Autun, p. 118.
(i) La Sauvagëse, Recueil île iiaertationt ou reeherehei hiettriqutt et eritiquei, pp. 31 et 2S.
ID., Recueil d'antiquitii de ta Gaule, p. 121.
(i) XL!!' Coagrit arehiel. de France (ChtlonB-sur-Harae), p. ilvii.
[i] LEBEcr, Uéioùiree concernant l'hiitaire civUe et ecditiattique d'Auxerre et de ton ancien dio^e, I, p. 3; lit, p. B; Lkblaiic-Datau, Recherche* hiileriquet et uatieiiquei eut Auxerre, tet monumenli et tes entiironi, Auxerre, IBTl.pp.îS, 74, 113.
(b) Duhëce, Hittoire des institutions de Toulouse, l, p. S8.
(() Clbrc, Estai sur rhisloire de ta Franche-CamU, p. S.
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fut anéantie dans la plaine. Elle se releva sur la montagne ; un mur sinueux l'enveloppa ; la muraille de 5 mèlpcs d'épaisseur ne s'assit pas sur le roc, mais sur des remblais. Des débris de sculptures de colonnades, transportés sur la montagne, servirent à bâtir le rempart, car on avait laissé en dehors le forum, les thermes, le Capitole, le palais du ))résident romain. La ville nouvelle, entourée de ce nouveau rempart, fut bâtie sur le roc, et les murailles romaines de l'ancienne ville cessèrent d'être habitées (i).
Qu'on rapproche de la description plus détaillée que voici, celle de ces divers murs avec leurs assises d'inscriptions et de sculptures, il y a quasi identité quant aux parties essentielles.
Voici le mode de construction qui s'est révélé dans la première enceinte murale de Bordeaux (a) : -
« Jusqu'à une hauteur d'environ 4 mèlres au-dessus du sol actuel et une profondeur de 2 à 5 mètres au-dessous et même davantage, le mur était construit, sur une épaisseur d'environ S mètres, en pierres de grand appareil provenant de la démolition violente de monuments anciens, tels que temples, palais, arcs de triomphe, fontaines, tombeaux, etc., etc. Ces pierres étaient placées à sec, sans liaison de morlier, et simplement juxtaposées le plus exactement possible.
> Au-dessus de cette sorte de soubassement se trouvait une continuation du mur, construit en blocage, lié par d'excellent morlier, et parement à l'extérieur de moellons
(0 tn-, ibid.
(i) Société archéologique de Bordeaux, II, pp. 16 et suiv.
DictzedbyGoOglC
à petit appareil, allongé, régulier, orné d'espace en espace par des rangées de briques.
B On peut se faire une idée exacte de cet agencement par le dessin qu'a publié M. Léo Drouyn d'une partie de cette muraille mise à découvert en i860...
n La partie du mur d'enceinte construite eu grand appareil a été, lors des démolitions qui ont eu lieu à diverses époques, une mine de monuments épigraphiques et autres, conservés en grande partie au Musée de Bordeaux ou dans diverses colleelions particulières.
» Feu M. Jouannet avait déjà constaté dans des notices soumises à l'Académie de Bordeaux sur les découvertes faites de son temps, et on a pu remarquer de nos jours, « que les ouvriers bordelais, en employant à la nouvelle B construction d'anciennes pierres monumentales, avaient » presque toujours évité de les mutiler inutilement et les B avaient placées avec un soin presque religieux, s Ils s'étaient bornés, en effet, à retrancher, lorsque c'était indispensable, les parties les plus saillantes qui auraient nui à la solidité delà construction; ils respectaient les inscriptions et autant que possible les sculptures ; ils les garantissaient avec de la terre meuble, s'abstenaient d'employer le mortier pour lier les assises. Les sculptures et les inscriptions étaient toujours placées au-dessous, ou protégées par d'autres pierres; on semblait avoir pris à tâche de conserver ces monuments pour la postérité.
» Mais quelle qu'ait été l'espèce de vénération pour les débris de leurs monuments dont ont fait preuve les constructeurs de l'enceinte murale, il n'en est pas moins certain que ces monuments avaient été détruits par la violence. Les murs
étaient élevés, surtout du côté sud, sur les restes de maisons incendiées; le remblai en arrière de la muraille iietail composé que de débris provenant d'anciens éditices détruits par lo feu; plusieurs pierres de grandapparoil avaient été calcinées ; presque toutes portaient la trace de mutilations brutales ; des parties de colonnes et de chapiteaux n'avaient pas été terminées au moment de la destruction des édifices, de sorte qu'un désastre dont l'histoire n'a pas conservé le souvenir, avait détruit les principaux monuments de Bordeaux avant qu'on songeât à l'entourer de murailles. Cette ville occupait, au 1", au Ji' et même au commencement du m" siècle, un espace beaucoup plus étendu que celui qui fut limité ensuite par les murailles gallo-romaines.
' Lorsqu'on eut enlevé plusieurs rangs de grosses pierres posées comme il a été dit, on trouva vers le milieu de la muraille un cippe (portant une inscription en l'honneur de la trévirienne Domina, épouse de Leo, inscription datée du consulat de Posthume en l'an 2S8), placé sur un autre monument du même genre; la l'ace principale était tournée vers l'extérieur de la ville, de sorte qu'on put lire et même transcrire l'inscription, lorsque le monument occupait encore la place où il avait été mis depuis tant de siècles. L'inscription latérale put de même être lue et transcrite, car elle était distante d'environ 0"'14 de la pierre qui s'en approchait le plus. Les assises de grosses pierres se conlinuaienl sans interruption en haut, derrière, comme à côté du monument, et au-dessiis^deces assises se trouvaient encore des traces du mur à petit appareil qui avait été détruit...
» Les faits rapportés sont de notoriété à Bordeaux ; ils ont été vus de tout le monde pendant plusieurs jours...
» Les fouilles praliquùes en iS26 à Bordeaux (i), derrière le Lycée, avaient enlamé le vieux mur d'enceinte de la ville à une profondeur de i mètres environ sur 7 mètres de long et 2 mètres de large. Ces travaux mirent à nu un blocage sans chaux ni ciment, composé de pierres de plus grand appareil, entremêlées de cippes, de petits tombeaux et de rragments de grands monuments. Les cippes, les inscriptions avaient été respectés à dessein, car le blocage qu'ils contribuaient à former avait été revêtu extérieurement de pierres énormes placées par assises sans ciment. Vinet, dans son Histoire de Bordeaux, décrit, en parlant de l'ancienne enceinte, des fondations composées ainsi de blocs que masquait un revêlement de pierre. »
O'Reilly (i) constate, de son coté, la construction des inui'S de Bordeaux sur des débris de l'époque romaine,
— Même système de construction à Tours. Voici comment Giraudet (s) décrit les murailles de sa ville :
a En examinant la partie basse de celte muraille cyclopéenne, qui mesure i mètres d'épaisseur, on remarque une quantité fort considérable de blocs énormes superposés, sans être reliés par du ciment ou du mortier; au-dessus commence un blocage, revêtu en petites pierres carrées, liées par un ciment de briques pilées, de chaux et de sable. Le ninr est divisé dans sa hauteur en six bandes, par cinq cordons horizontaux de belles briques plates placées à des distances à peu près égales. Sur l'un des blocs, on dislingue
(i) Société arcliéol. de Bardeaiij-, 11, [>. 03. (t) Hitloire complète de Bordeaux, I, p. ^i, (ï) Hiitoire de ta ville de Tour», I,p. 21.
un bas-relief représentant une Oréade ou une Diane chasseresse au repos, reconnaissable à son arc el à son carquois ', à côté d'elle, une biche la sépare d'un personnage frusle.
B Au-dessous de ce groupe, on voyait des fragments d'inscriptions, réunis sans ordre et déjà en ruine au moment où l'ouvrier les employait comme matériaux.... Ces inscriptions, dont l'une a été trouvée dans la démolition d'un pan de mur romain, proviennent évidemment soit du temple de Vénus, soit d'un des cimetières gallo-romains, situés le long des voies publiques conduisant de Caesarodunuro à Poitiers et à Bourges.
• Les assises de ces murailles sont composées principalement de débris de tombeaux, de frises, de corniches et de colonnes, appartenant par leur style aux deux premiers siècles de l'ère chrétienne.
» Les enceintes gallo-romaines de Langres, de Beauvais el de Sens, etc., offrent la même conformation et remontent certainement à la même époque que Tours. ... s
— Idem à Narbonne : La plupart des inscriptions du Musée proviennent des remparts de la ville (i) ; plusieurs ont dû faire partie de stèles dont le fronton triangulaire fut mutilé à l'époque de la construction des remparts, afin que les pierres pussent ainsi faire partie plus facilement du revêtement extérieur (a).
(0 TouRNAL, Catalogue du Musée de Narbonne, p. 33, n" UT «t U8.
(i) lu., md., p. 33, n- 171. Voj. aussi XXXV Congre» archéol. de France, (86S (Carcassonae, Narbonne), p. 23B, qui parlent de fragments sculptés et d'iDScriptiona que l'on aperçoit facilement encore aujourd'hui en faisant le tour des remparts.
Des constructions aussi semblables ont dû être faites à la même époque et sous l'empire d'une même pensée : comroenl, en effet, eût-on songé, à des époques diverses, à observer en tant d'endroits, si dislanls les uns des autres, une règle aussi absolument uniTorme?
Au lieu de recourir comme explication à une simple autorisation du pouvoir supérieur (i), n'y at-il pas nécessité de supposer davantage et d'admettre qu'un mot d'ordre est parti d'en haut?
Telle est l'observation de SI. de Caumoni qui, déjà ea ) 847, se demandait si les murs d'une foule de villes qui sont d'une construction aussi parfaitement identique n'ont pas dû être érigés de par une mesure générale et sous l'administration d'un même prince (a).
Quelle est cette époque? Cette question est d'une solution difficile. Cependant les applications de la règle, étant multiples, permettront peut-être une conclusion qui pourra être généralisée, puisque tous les faits appartiennent au même ordre, et que ce qui sera vrai pour les uns le sera nécessairement pour les autres.
On a bien songé à considérer la construction des murs de Bordeaux, de Luxeuil et d'Arlon, comme datant de
(() M. DE r-AOBONT posait ainsi la qufslion au XXV Congrès i'archiol. de France, p. SS3.
Dans son Cours, II, p. 3670, gêné par Ip3 monnaies de Grutien, dont parle La SjIuvagëre et dont il sera question plus loin, il penchait, au contraire, dans le sens de la construction successive des différents remparts des villes.
(t) Congrès archéol. de 1847 (Sens, etc.), p. ia.
l'époque féodalç et à en reporter l'honneur soit aux ducs de Guyenne, soit aux comtes de Luxembourg, soit à l'empereur Henri Vil. Mats, indépendamment de la difficulté d'expliquer l'idenlité du système de construction suivi par des princes dont les domaines étaient aussi éloignés les uns des autres, comment le moyen âge n'aurait-il mêlé aucun débris chrétien à ces masses dont tous les éléments proviennent de monuments païens, renversés longtemps auparavant (i). Les vieilles chroniques, les vieux polygraphes ne disent pas un mot de travaux semblables qni auraient clé effeclués du x" siècle au \iv', époque où il est constant que les remparts contenant les pierres monumentales en question, existaient tant à Bordeaux et à Luxeuil qu'à Arlon (a).
Autre observation due au judicieux M. Jouannel : Quand on remarque l'appareil de la construction et l'état des monuments que recèlent les murailles de Bordeaux, on ne saurait y reconnaître un ouvrage du x' siècle. En effet, est-il possible d'admettre que tant de petits monuments funéraires, enlevés de leur place primitive seulement au moment où on voulut les utiliser, aient traversé les siècles en plein air, exposés à tous les genres de destruction, dans des temps de barbarie, sans être plus dégradés qu'ils ne l'étaient lorsqu'ils ont été retrouvés. Le temps seul eût suffi pour effacer jusqu'au souvenir de ces frêles monuments, laissés ainsi,
(i) On trouve ctUe exprcssiiiii dans les Bull. Acad. roy. de Belg., \Xl, â°, p. 677.
l») Société archéol. de Bordeaux, II, p. 93; Congrès arehioi. Je Franoe de 1816 (Meli, etc.), p. 197 ; Pbat, Bhl. d'Arlm, I, p. 163 el siilv.
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par hypothèse, à l'abandon depuis plus de six siècles (i).
— Mais faul-il, avec M. de Caumont (a) et avec M. Jouannet (s), reporter en arrière jusqu'au V siècle seulement la construction de ces diverses enceintes?
M. Jouannet songea l'intervalle qui sépare le sac de Bordeaux par les Vandales et l'invasion des Goths. La population était encore toute romaine, et si le christianisme dominait déjà, si le paganisme s'éteignait, du moins le respect de l'ancien culte subsistait encore.
D'après lui, ni la loi chrétienne, ni les lois anciennes ne s'opposaient à ce- qu'une population romaine, échappée à d'horribles désastres, menacée d'invasions nouvelles, sans cesse renaissantes, fit servir à sa défense les tombeaux de ses ancêtres.
— Mais de quel événement historique s'agil-il? Certes pas
(i) M. Jouannet, Dissertaiioa iur len inscriptions funéraires découvertes en 18ÎQ dans les murs de Femeinte antique de Bordeaux, Tait même remarquer que plusieurs iiiscriptions canserveal eneore en partie tettc couleur de minium dont, suivHnt Pline, on peîpait quelquefois Ic:, letlrej pour les rendre plu» apparentes.
(i) XXV' Congrès, etc., p. 53i. On verra plus loin qu'ju Congres de 18S0, U. DE Cadhont |)ar1e non du y' siècle, mais du m*.
An surplus, l'illustre savant a constamment, dans cette question Tort difUcilc, procédé par t&tonnemcnts , r« qui elait inéMtable tant que des jalons précis n'étaient pas posés.
(3) Soeiélé archéûl, de Bordeaux, II, p 9i.
C'était également l'opinion de d'Anville, Éclaireissemetils geograpluques sur l'ancienne Gaule, p. S63, où 11 fait remarquer que si les murailles d'Auxcrre sont faites, en partie, de débris de quelques leuiplcs aussi bien que de sépulcres et de maisons des Ido'itres, il en résulte pour lui que les murailles ont été construites dans l'état oii on les voit présentement depuis la destrucLion du paganisme. Il conclut de Ik qu'il e>:islail une grande ville sur remplai-ement d'Auxcrre dès le commencenieni de l'époque d'Auguste.
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des fortifications élevées parValenlinien en l'an 424 ; Ammien Marcellin ne parle que des rives du Rhin (i).
Il faut donc remonter encore vers les temps plus anciens.
Le fait a-t-il au moins une relation avec certaine loi chrétienne ordonnant la destruction des monuments païens? Cette loi est invoquée par Wiltheira; d'où comme conséquence naturelle, d'après lui, le remploi de ces monuments dans les murs élevés par les Romains contre les invasions des Rarbares (2).
I,a loi de arù invoquée par Wiltheim existe en effet; elle est de l'an 408. Alors que leurs prédécesseurs avaient sauvegardé les temples (3), Honorius et Théodose-Ie Jeune rendirent une loi (*) ordonnant le renversement des autels des faux dieux ; une autre loi, antérieure de douze ans, décrétait
(4} XXVni, i : f Rhenum amnem a Raeliarum eicordio, adusqne frelalem Oceanum, magnis molibus communiebat, casira extolleos et caslella, turresqiie assiduas, per habile» locos et opportunes, qua Galliarum eitenditur longiludo. i
(1) Luxemb. roman., p. 368 : < Substralis fundamenli loco sepulchrorum LDiDiiaiiibus; îllis tôt saiis, sacrosanclis quidem olim, nec nisi sine ingenti crimine vielandis, sed (une irrellgtosis, imo prufanis et plane detestaadis, lege de arts (quales inter ea saxa pturimae), subruendis lab, coDsulatu Philippi el Basai, quo eodem consulatu Rhenum commuDivlt. >
(t) L, 3, Code Théodosien, XVI, % : i Quamquam omnis superstilio penitus eruenda sit, volumus ut aedes templorum quac extra muros sunt positae, intaclae incorruplaeque consistant • (ann. 316, de Constance et Constant).
(•) L. le, ibid., XVI, x, g 1 ' < Simulacra, si qua etiam nune in lemplis fanisque coosistunt... suis sedibus avellantur, cum hoc repetita sciamus saepiua sanctioae decretum. >
S 3. < AediBcia ipsa templorum quae in civiiatibus vel oppidis, vel extra oppida sunt, ad usum publicuoi vindicentur, arae locia omnibus destruantur, omniaque templa in possession! bus nostris ad usus accommodos Iransferantur, domiiii dcslruere cnganlur. >
S 3 g Non lîceat omnino in bonorem sacrilegi ritus Cuneslioribus locis exercere eonvivia vel quicquam solemnitatis agere. i
L. là, ibid. : < Si qua in agris lempla sunt, sine Iiirba nec luiDuItu diruanlnr (ann. 399). >
même que les débris des moDuments du paganisme Tussent employés à la restauration des ouvrages publics, comme ponts, chaussées, murs des villes (i). Ces lois étaient, du reste, la conséquence des lois de l'an 591 et392, par lesquelles le paganisme fut formellement interdit (a) el le christianisme proclamé religion officielle par Théodose I (3).
Certes, pareilles lois purent être éludées sur tel ou tel point du territoire, où on les aurait exécutées à regret, avec des tempfiraments. Exemple curieux, s'écriait-on ici même (*), d'une loi observée de manière pourtant à respecter et à sauver relativement les monuments dont le législateur a prescrit la destruction...
Mais si l'on n'a pas affaire à un fait isolé; si, partout dans la vaste étendue des Gaules, à Bordeaux, à Tours, à Sens, à Auserre, au Mans, etc., comme à Arlon, le même fait se reproduit, il ne s'agit plus, il ne peut plus s'agir d'une exception ; il y a lieu de chercher le principe générateur de ces applications multiples d'une même pensée, dans un acte du pouvoir central, acte qui seul pouvait être suivi partout d'une exécution aussi uniforme.
Les lois citées ne résolvent pas la question.
(1) I,. 36, ibiit., XV, 1 : ( Quoniam vias, pont«s, murot atque aquaeductus, quin eiiani juvaii provisis sumpiibus oporLere signasii, cuDctam mateiium quae ordinala dicilur ex de mol il i on e templorum, aiemoratis necessitatibus depuiare censemus (ano. 397). »
(■) ItEncNOT, Hisiaire de la ieslruclioit du paganisme eti Oeeident, I, p. 358.
(i) L. 3, CoiIe Tliéod., XVI, xi : i Edktiim per diversas provincias tolumus, ul omuibus innolescal, Dei omnipolentis unam el veraia fldein calholicam, qiiam recta creduliUs conSietur, esse retineiidain (aiin. 405) t Voy. aussi L. 3, ibid. (ann 410).
(*) Bull, det Comm. roy. d'art et d'archéol., XV, p. 115.
£d premier lieu, elles portent elles-mêmes la preuve qu'on n'y obéissait pas, puisqu'elles se grcffenl les unes sur les autres et puisqu'elles font appel aux prohibitions antérieures : < Gum hoc repelila sciamus saepius sanctione decrelum ■
Ensuite le fait est là. Beugnot (i) nous le déclare : malgré les affirmations contraires de S. Prosper, de S. Augustin et autres, les lois prohibitives de Théodose I et de ses successeurs ne furent pas complètement exécutées en Occident; les divinités de l'Olympe étaient encore honorées à Rome même, où l'on a trouvé, en effet, des autels païens établis plusieurs années après la loi qui ordonne d'appliquer les débris des temples à la restauration des murs des villes (s). En outre, il semble qu'il existait encore des païens, puisque l'autorité chrétienne cherchait à se persuader elle-même qu'il n'y en avait plus (3).
D'un autre côté, le christianisme, qui était devenu la religion de i'Ëtat et qui avait, sans doute, anticipé sur les lois de Théodose II et d'Honorius, en démolissant, de ci de là, quelques temples, aurait certes empêché d'opérer partout à la fois te placement des monuments païens dans les remparts nouveaux de toutes les villes de la Gaule (t).
(0 L. cil., I, p. 39i. En sens contraire, Gibboh, cbap. xsviii.
(9) HuRATORi, 309, 3; Corpus Inieript. laiin,, V], n° 513. En voir un certain nombre d'aulres, chez Bedcnot, II, pp. 19 ii 16, sans compter, Jusque vers 430, une grande quantité d'inscriptions eu l'iiouneur des empereurs par des • duvotl Riunini majesUliqne eorum » [Corpus eîté, n" 1180, 1189, H90, 1193, 1703, elc.
(i) L. 33 el 33, Code Théod., XVI, x : i Faf;ani, si qui supersunt, quaniquant Jam nullos esse credanius (ann. 433). >
(*) Voï. notamment le concile d'Arles en 514, celui d'Afrique en 398 (oii l'on demande i l'Empereur l'abolition de tous les restes de l'idolAirie), le sjuode de CotuRne de 3i0 ou 546, etc. Bedumot, t. cit., I, p. 306; II, pp. ITSel 179, etc.
DictizedbyGoOJ^Ic
Nous devons donc renoncer à considérer le fait comme une fraude pieuse etTaccepler comme le résullal d'ordres supérieurs et formels.
Par conséquenl , le fail même, puisqu'il a la nuance d'un acte empreint de respect religieux, a sa racine, non dans te christianisme à ses débuts, mais dans le paganisme à son déclin.
On ne s'arrêtera pas, du reste, à la considération tirée de l'architecture des remparts, ou, comme l'on a vu plus haut, il y avait des cordons de briques : il semble téméraire d'affirmer que ce genre de construction avec des lignes horizontales de briques, pour couper l'iiniformilé des murs en moellons et en régulariser les assises, date seulement du règne de Gallien ou même de Constantin (i). On le trouve dans des édifices plus anciens (2),
Remarquons, en outre, que si parfois la construction des nouveaux remparts (s) a suivi des faits de destruction et de ravages, elle doit avoir été accomplie daiK une période de calme et de tranquillité.
C'est, en effet, une erreur de croire, comme le fait M. Robert (4), que l'édilication des remparts sur des couches
(1) Bl'hot de Kersers, dans le BiiUelin momimenlal, V série, I (1875, tomeXXXlX).
(i) De Cadhomt, Coun, II, p. 46S,
(x) Voy. ci-dessns, p.JS6.
(t) Épigraphie de la Moselle, p. S9.
\oy. cependant dans le même sens Phat, Hitl. d'Arlon, I, p. ni; Edtue Thomas, Hisloin de Vanlique ville iTAiilm, p. H8, eir. Clebc, (, cit.. p. 5S; DE Cauhont, Court, II, p, 3S3.
Les matériaux i coiirusément et indifféremment > jetés dans les fondations des remparts d'Auxerre (vo;. ci-ilessus, p. 155) paraissent élre un produit de l'imagination des descripteurs, tout aussi bien que la ■ précipitation occasionnée par ros jours de périls et d'aiarmes, 1 oii les remparts susdits ontétéeonstrails.
d'inscriptions et de sculpture, s'explique par la « précipitation avec laquelle on releva, à l'arrivée des Barbares, des murailles qu'une longue sécurité avait rendues inutiles. » D'abord il n'est pas question de murailles relevées, ni de réparations nécessaires faites à ces murailles, comme le pense M. Jouannet (i), ce qui supposerai! l'insertion faite après coup de monuments dans chaque partie réparée; mais il s'agit de fortifications construites pour la première fois, d'une fois et partout à la fois. Ensuite, comment aurait-on pu élever ces assises si régulières de pierres monumentales, dont on avait même soin d'amortir les parties trop saillantes, si l'édification avait été une entreprise entourée de craintes et de dangers?
Les pierres monumentales en question ne sont pas d'ailleurs des matériaux à se procurer en n'ayant qu'à y mettre la main; tes villes avaient été restreintes pour être rendues plus aisées à défendre (a); elles occupaient avant cela un espace beaucoup.ptus étendu que celui que limitèrent les murailles nouvelles ; or, comme les cimetières étaient en dehors des villes (3), il a même fallu aller chercher à dessein
(1) Soeiélé archéol. de Bordeaux, II, p. 94.
(1) Congrèi archéol. de France (Auxerre, ClUDj, ClermoDi-Ferrand), 1830, p. âOj DE Caotomt, Cours, 11, p. 363.
(>) < In urhe ne sepelUo. i (Loi des xii Tables).
( Divas Hadrianus rescriplo pncnam statult XL aureonim in eos qui in «vitale scpeliunl, et locum [lUblienri jussit et corpus Iransferri. 1 (Fr. 3, % 4, Dig., de sepulcro vioialo, XLVII, su)
Il eii vrai que la lui prévoit le cas de décisions mutilcipates qui seraient rendues en sens inverse, et que la répétition des lois sur le même sujet prouve que la volonté du législateur n'était pas trop bien ùbscnée en cetie matière ; mais génëratemenl les cimelières étaient en deliors des centres liabiiés.
voy. Mémoires et documents inédits pom- servir à l'histoire de la Franche- Comlé. Il, p. 284.
C1CËH0N, De legibus, II, ^4, dit que les bi'icliers devaient être placés au moins
el laborieusement les tombeaux au delà de l'ancien périmètre pour les placer au dedans des murs nouveaux (i).
La preuve que tes villes ont été restreintes, résulte du fait qu'à Lillebonne la muraille militaire nouvelle traverse les anciens bains placés près du théâtre et les divise en deux parties, dont l'extérieure aura été rasée pour éviter qu'elle ne servit de retraite ou de protection aux ennemis (a).
A Besançon, à Auxerre, où l'on fortifia seulement le mamelon rocheux qui est au centre, en laissant en dehors la partie basse, on transporta au sommet, où les pierres abondent pourtant, des monuments pondéreux, comme des pierres tombales, des débris de sculptures et de colonnades, etc. (3); à Angers, on alla jusqu'à creuser un fossé
i 60 pieds des babilationg, ce qui contredit quelque peu certaine hypothèse qui ïoit dans les caves avec leurs niches des villas bel ^o -romaines, des coluinbaria. Ibid., Il, 23, C1CÉR0N déclare que les grands hommes faisaient exception et ftaleot parfois enterrés dans les villes ; mais les eiceptioDs étaient dcveuues assez nombreuses pour arracher ù Pbodekce (contra SïWiiCH, lib. I, v. 190) la boutade que voici :
Ce qui induit plusieurs auteurs !i dire que les temples de Rome étaient autant de tombeaux (liiRCHHAMi. De funeribas. 11, 16], et â faire remarquer que d'ailleurs plusieurs tombeaux de personnages émineots, et, en outre, des vierges vestales, étaient réellement en ville. On abjecte cependant la leciure in orbe pour Jn urbe et, en outre, on s'appuie sur certain passage d'EniROPE, disant que, seul de tous les empereurs, Trajan eut ses restes inhumés dans la ville (sous la colonne qui porte sou nom, en une urne d'or ; cellen:! y existerait encore d'après Highe, ad PncDEHTiuH, Pair. UU., L\, p. 13^, qui préftre auss^i la lecture in orbt).
Le christianisme abolit en tout cas la prohibition, Nûvdl., f>3, de Léon ■ Ut culque, tam intra civilates quam extra, mortuos sepelire liceat. i
(1) ScHAVES, La Belgique el tes Pays-Bas, etc., Il, p. iSS, convient que les monuments romains des remparts d'Arlon proviennent de l'extérieur de l'enceinte ; mais II les fait provenir des villas des environs, placées le long des
(1) De Caduont, Cours, II, p. 364, (1) Clerc, I.df., p. KG.
large el profond, où une quanlitô de débris fut placée à sec (t), ce qui n'a pu être fait après coup.
D'où la conclusion que tuiites ces inscriptions et luus ces restes d'antitpies monuments ont clé placés là même où on les a retrouvés, et ce dans rintention évidente de les conserver.
— Mais poussons plus loin la démonstration et prouvons que le fait réfuté, déjà reconnu invraisemblable par ce qui vient d'être dit, n'est pas même possible : ce n'est pas à la suite des lois de l'an ô!)7 et de l'un 408 , que les temples et tombeaux ont été détruits, et que leurs débris ont été cacbés dans les remparts des villes construits après lenr renversement.
Écartons d'abord l'opinion de M. Ghampoiseau (i), qui attribue à la rébellion des Gaulois en 411 l'érection des remparts de Tours.
• Il serait difiicile de croirC; dit-il, que ces murailles aient été bâties avant le commencement du v' siècle, puisque rien ne nécessitait alors un semblable travail, et l'on ne peut pas penser qu'elles soient postérieures à celle époque, puisqu'on 428 la ville de Tours fut assiégée par les Visigolhs et (ju'elle put résister à leurs attaques. »
Cette opinion que rien jusqu'au v' siècle ne motiva l'édificalion de remparts, est fondée sur une erreur historique : dès Tan 254, la Gaule avait été infestée par les Barbares (s),
(() De CAi-yosT, Couru, II, p. 382.
(») Tableaux chronologiques de l'histoire dg la Toiiratiie, ap. Gir.vudet, p. 32. (i) ZosiME, ap. dom BovfiUET, Recaeil det hitlorien» de la France, I, pp. ex XXVII et hlli.
e( en l'an 277 Probus repHl soixante villes dont les Germain» s'élaienl cinpart)s (i).
Il y avait donc depuis longtemps avant le commencement du V* siècle, nécessité de fortifier les villes de la Gaule; on peut bien affirmer a priori que les Romains y ont songé au moins depuis le troisième siècle, el que dès celte époque Ils ont dû appliquer leur attention à empêcher le renouvellement des incursions si désastreuses des Barbares.
M. Prat, à qui on a erronément prêté ci-dessus (s) l'opinion contraire, n'accepte pas du tout celte date de 408 comme celle de la transformation du vicus Orolaunum en forteresse.
a L'cnvaliisscment de l'empire romain par les hommes de l'Est et dn Nord commença, dit-il {5), en l'an 40G el fut complété en 411. Comment les Romains auraient-ils pu songer à fortifier Arlon en 408 seulement? En auraient-ils eu le temps? Étaient-ils ii cette époque encore en possession assez paisible du Luxembourg? La date de 408 nous semble donc erronée... Il était bien lard en 408 pour convertir Arlon en forteresse, afin de se défendre contre le passage des Barbares, qui avait commencé deux ans auparavant... Je fais remarquer égalementque, avant l'irruption définitive des
(1) Vopisc[i$, in Probo, xiii : > A barbaris se\aginta per Gallias nobilissiia: rwepil ci V Liâtes. >
Le même rail eut encore lieu 6 1 q t q II j I
(\mnt déli'uiles par les Batbarcs d m B pp t 72b
BoGïi DE Bellimil'et, Etluiogé g t {Pre phj I g q ) | \ pense aussi que depuis l'an 2TT, Pb M mratL t e-hret suceessi veinent occupés i repeupl 1 G 1 PP 1 t mém I B b
y conlrlbuer.
(») Bull, de» Comm. i-oy. iVart et d'archéol., XV, p. 1 12.
(3) Hût. d-M-hn, \, pp. 17) et 173.
Barbares en 406, les frontières du Nord el du Nord-Esl de l'empire romain avaient été souvent insullées par les Franks el les Germains; les empereurs devaient donc prévoir qu'il viendrait un temps où ces barrières devaient être franchies ; leurs soins se portèrent naturellement à garnir notre pays de camps, de forteresses, ce qui a dû avoir Heu dans le courant du IV' siècle. »
Ce n'est donc pas sous Honorius et sous Théodose-le Jeune seulement que les remparts de toutes les villes placées dans les mêmes conditions qu'Arlon ont pu être construits ; c'est en plein paganisme, alors que la lutte contre tes Barbares avait commencé : l'esprit religieux qui, d'après certains auteurs (i). aurait présidé à la destruction des monuments du paganisme, élait non celui des chrétiens renversant pour détruire, mais de païens cachant pour conserver. Ainsi se trouverait justifiée, si elle était exacte, l'allégalion de certains auteurs (2), que les démolisseurs n'ont emporté ni les pièces de monnaies, ni les ustensiles en métaux précieux déposés dans les temples ou dans les tombeaux et qu'on retrouve aujourd'hui sous les décombres de ces monuments. Mais le fait n'est pas réel ou ne peut l'élre que dans une proportion très-faible, car les remparts sont remplis de trop de monuments pourque ceux-ci soient encore aujourd'hui à la place même où ils avaient été érigés : ils ont, pour la plupart, été apportés là de l'extérieur.
— Serrons la question d'un peu plus près encore.
(i) Lebladc-Davau, t. cit., p. HS.
(1) iD., im.
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Quelques raonographes (i) consentent à remonter jusque dans le paganisme, mais c'est seulement jusqa'an règne de Gratien (375 à 583) qu'ils reportent la construction des remparts, par exemple d'Autun et de Tours, établis pour résister aux incursions toujours croissantes des Barbares.
Cette opinion, autant qu'il a été permis de le vérifier, repose uniquement sur ce fait archéologique que rapporte la Sauvagère (s) : on aurait trouvé dans les murs de Tours, parmi des débris analogues à ceux des murs d'Arlon et de tant d'autres villes, des monnaies de l'empereur Gratien.
Le fait allégué par la Sauvagère joue le plus grand rôle dans la discussion : tous les auteurs qui en ont connaissance hésitent à faire remonter la construction des remparts avant le règne de Gratien; au moins cherchent-ils à prouver que ce qui, à leurs yeux, est vrai pour Tours, ne l'est pas pour d'autres villes, dont les remparts ont dû être construits bien auparavant (s).
Mais il y a lieu de faire remarquer que ce fait archéologique étant complètement isolé, est suspect, et qu'il y a lieu de le contrôler de près.
Or, la Sauvagère n'affirme pas avoir vu de ses propres
(<) Edme Trouas, l. cil., p. H»; Girujoet, Hisloire de la ville de Tmn, I,
p. S3 ; elc.
Il n'y a pas de relation, du reste, entre la eonstruetion des remparts de Tours et la rectiflcatisn des divisions territoriales de la Gaule, qui fit de Tours la mélropole de la ill* Lyonnaise. Ces deux faits appariieuoent il des ordres disllDcts; ce qui a Été fait tu point de vue administratif est saus portée sur les coustructioas élevées dans un but stratégique, et GinjtuiiET a tort d'en argumenter.
(i) Recueil d'antiquilii, p. U7; Recueil de diiiertatiam, p. 39.
(i) Tel est le cas natammenl pour de Caumont, Coan, |[, p. 365.
yeux la trouvaille des monnaies de Gralieii daus les remparts de Tours; il a reçu daus son cabinet deux monnaies dont il fut dépositaire et auxquelles on assignait cette source. Dès lors cet auteur a pu être induiL en erreur et prendre pour des monnaies provenant des. .remparts, ce qui a été trouva dans la ville même, ou ailleurs. Voici ce qui démontre qu'il a réellement été trompé.; , Les murs de Tours sont construits absolument de la même manière que ceux dtts autres villes déjà cil^ps..
C'est la Sauvagère lui-même qui parle : «.Xtans les fouilles des remparts de Tours, dit-il, on a trouvé un tas considérable de gros blocs de pierres de taille où sont des morceaux de colonnes... Ce vieux mur de ville que l'on vjent de démolir était établi sur des matériaux arrangés et entassas les uns au-dessus des autres..; Parmi ces gros blocs de pierres, sontquelques autels antiques; on y voit quelques inscriptions gravées. »
Ailleurs : « Les pierres étaient entassées pêle-méle les unes sur les autres, en quantité si constd<érable ;que le nouveau pajais arcbiépiscopal en a été enlièrement bâti. Cette confusion souterraine de tous ces vieux blocs de pierre annonce certainement le renversement d'un édilice considérable. >
Voici qui complète, au surplus, l'analogie; comme on l'a vu plus iiaut (t), les murs de Tours, tout comme ceux des autres villes citées, contenaient des pierres monumentales; or, ces pierres « appartenaient par lûiir style aux rteuco premiers siècks de l'ère chrélienne. »
(i) Voy. ci-dossiis, |>. 480.
Qu'on explique celle absence île pierres monumentales de la décadence, époque à laquelle appartenait Gralien...
On, peut donc considérer la découverte prétendue, des i»omiajes de ce prince «onime uii fait archéologique mal observé et il y a lien de l'éliminer du dobal.
■ G^ qui vieflt d'élrevdil autorise une conclusion qu'on irouveiîa peulêlre: hardie, mais qui est commandée par la logique : un déli est porté aux dccouverles archéologiques de^I'avenir;- auc«ne d'elles ne renconlrera jamais dans tes remparts des villes en question aucune médaille bu aucune inscripiLioB du iv' eièclei et l'on consent Jci à déclarer d'avance qup, si le contraire se manifeste, toutes les déductions du présent article sont erronées, c'est la Sauvagère seul qui a l'aison, et Arlon, comme Tours, comme toules les autres vHleô à remparU analogues, datent seulement du iv" siècle.
. .— Ge n'est pas seiilemenl au règne de Gratien que d'atjtres auteurs (i) fe'arïêteht ; ils remonlenli un tant soit peu plus haut; lesuns parlent des années 53S à 360; les autres, de la période qui s'écoula de l'an 300 à l'an 359 de notre ère. Or, pendant celle période, nous voyons pjiécifiément que les murs de qiiaranle-cinq villes des Gaitles ont été déiruils par les Barbares (a) ; il est donc évideJit que ces murs existaient antérieurement, et les seuls' travaux dont ils aient pu être
(0 Clebc,/.c(7.,p,&S: THiûiLETet(VEriCNiAUD?)-llui(ACNES['(.ïA'AT'(:onsrfo archfyL de Fraoco (Carcassnnne , Bourges, Narbonue, ferJgueux, Béliers), ises, p. 39.
^} « Numenis appidoiiim quorunt eranl diruia omtiiia ad quinque et quadruginla pervenerat, bui^is et ca^ellis tninoribus omis&is. i Trad. du grec rie JduiKi bp^ dom floieuiiT, Reeueit de* hisiûrieiu de la Gaule et de la France, F, p. 725.
l'objet sont des travaux de restauration, comme Ammien Marcellin le dit de ceux de Sens (i).
Aulun est une des villes dont les remparts auraient été établis au iv" siècle seulement. Or on peut invoquer pour cette ville un argument tout à fait topique :
Ammien Marcellin, qui vivait au iv* siècle, parle de l'état de vétusté où se trouvaient de son temps les murs de cette ville (î), étal tout à fait incompatible avec l'opinion qui ferait remonter au iv* siècle seulement la construction des remparts de cette ville.
Si le passage d' Ammien Marcellin s'applique à une enceinte exlérieure (s), il existe des textes d'Eumène (*) qui parlent formellement de la restauration d'Autun faite par Constance Chlore, après la destruction de cette ville par les Bagaudes, sous le règne de Claude (268-270). Ce collègue de Dioolétien, chargé de l'administration des Gaules, lit venir de nombreux ouvriers du fond de l'ile de Bretagne
(i) Voy. plus loJD, p. 480.
(■) XV, 11 : t Et moentum Augustudini magnitudo vetusia. > XVI, 3 : I Augustoduni, civitatis antlquae, niuros, spatiosi quidem ambitus, sed carie letuslalis invalides. >
(t) Vatabitua tpalwiiit don! il est question dans ce passage, semble en effet s'appliquer k autre chose qu'à la nouvelle enceinte, qui a élé sans doute restreinte i Autun, comiae en tant d'aulres villes. Ainsi pourrait avoir raison d'Anville, qui, dans ses ÉclaiTcmemeals géographiques sur l'ancienne Gaule, p. S9(i, s'appuyant sur les mots carie vetmtaiis, dit qu'il s'agit de murailles trèsanciennes rEmonlanl au moins au siècle d'Auguste. Il s'agirait donc peut-être des débris de l'enceinte extérieure d'Autun.
(*) Panegyr. do Conslance-Clilore, xii i « Civilas Aeduorura es Britannieae faculiale vietoriae, plurimos accepit arlilices, et nuuc, exsti'ucllone veterum domorum et rerecEione operum pubiicorum et lemplorum instauratione resurgit. ■ Ib., Oralio pro retlaurandii scholû, iv : ■ Qui clvitatem istam, tuncdeinum gravissima clade perculsam, cum latrocimo Bagaudicae rebellionis obsessa, ... non templis modo ac iueis publieis reSciundis, sed etiau prlvalis. >
pour restaurer tous les ouvrages publics de la ville d'Autun.
Or les remparts d'Autan, analogues pa» leur construction avec ceux d'Arlon, etc., contiennent précisément des inscriptions dont aucune ne descend en deçà du m' siècle.
Nous voilà donc ramenés rorcément à la seconde moitié du m' siècle, celte époque que nous ont déjà indiquée les exploits de Probus. Comment admettre, en effet, que les Romains, témoins de la prise de tant de villes des Gaules par les Barbares, n'aient pas songé, après leur reprise par Probus, à les garantir contre de nouveaux coups de main?
— Mais avant de rechercher avec plus de précision la date où les Romains, encore païens, — car c'est bien déiinitivement d'eux qu'il s'agit, — ont ordonné l'insertion des monuments de leur religion dans les remparts nouveaux des villes, examinons si cette prescription est bien compatible avec cette religion, alors dominante.
M. Jouannet se charge de l'expUcalion, et bien qu'il l'ait proposée dans un tout autre ordre d'idées, on peut s'en prévaloir ici.
Les remparts et les murs des villes étaient choses de droit divin, res sanctae (i) ; d'un autre côté, quand l'ennemi s'était emparé d'une localité, — et on a vu que tel avait été le sort d'un grand nombre de villes de la Gaule, — les lieux religieux cessaient de l'être; Il était permis d'enlever les pierres
I ■ Sanclae res, veluti mûri el portae, diviai juris sunt, et ideo nullius ii i sunt, ideo autem miirot sanctos didmus, quia pocaa capitis constitula si is qui aliqu'd in mnroii ddiquerint. t (Instil. de Justfnfen, I[, i, $ ]0).
des monuments et de les convenir à tous usages quelconques (i). •
Mais au lieu de dénaturer complètement ces monumenis pieux, n'étailril pas préférable d'en protéger les débris? En se repliant dans les villes 'arrachées aux Barbares et qu'ils fortifiaient contre eux; en cotieentratit ces villes dans leurs remparts restfcints; en construisant, tout avitour, des murs, res sanctite, pour cnceindre ces villes où ils étaienl décidés à se renfermer désormais, les Romains, encore païens, ne penSèrenl-ils pas à soustraire à de nouvelles dévastalions et à enlever eux-mêmes, extra tnuros, les autels et les tombeaux de leurs ancêtres, qu'ils d'evaientrenoiacer à protéger; ne sauvèrent-ils pas ces choses qui, si elles avaient ceSsé d'élre des res teligiosae, n'en étaient pas moins restées des souvenirs précieux,'et, à cet effet, ne les placèrent-ils pas laH sein même des remparts qu'ils se disposaient à défendre au prix de leur sang? A Bordeaux, à Autun, dans toutes les villes déjà ravagées, dans ctelles que l'invasion avait menacées ou que l'on constrdisait contre celle-ci, les pierres fu-néraires étalent peut-être tout ce qui restait de tombeaux profaiiés par hs
(0 1 CiiiD loca ab hastibus capU snnt, dcsinuni omnia religiosa «sse..... ideoque lapides [nde suhluios in quemlibel usum coDvâriere passumus. ■ Telle est la rormule qu'on croirait fuite pour le csi soumis, et que proposent GuTaEnius, De jure manium, HT, 3, Gotrofredos el antres, sur les déni lois : fr. 38, D<g. de Retig., XI, \ii : ' Cum Iota tapla suiit ah hoslibns, oiAnia ileslnunt rdlgJosa vel sacra es e; > et fr. 4, Dig. de sepnkro vloîato, XLVll, xii : < Sepulei'a hostium religiosa nobis non sunt, ideoque lapides inde sublalos, in quemlibet usum convertere possumus. ■ (Voir de CAUHOin', Court tt'aniiquiléi menumenlales, II, p. 360.)
La lorninle susdite est bien peut-Atre un peu absolue, puisqu'elle renverse les rAles et que d'ailleurs elle ne lient pas roraple du jux poitliminii qui s'opËre en cas de reprise siir l'cnneui, et qui elTace la proranaliot) pas^sagËre infligée par Ich possesseurs momentanés. [Dig. XI, vu, /, cit.)
Barbares, et c'étaient ces débris que les païens avaient à cœarde soustraire à des outrages ullérieurs, en les plaçant à l'intérieur des murs.
C'est là peut-être le seul moyen d'expliquer les faits, dès qu'on est obligé dé les dater du paganisme et de ne plus les considérer comme de simples exceptions.
— L'histoire générale nous a ramenés à la fin du in" siècle, pour préciser l'époque de la construction des murs en question. Recherchons maintenant, dans les écrits de l'époque, les constatations de l'existence de ces murs à des dates déterminées, en répélant ce qui a déjà élé dit et en y insistant ; tous ces remparts sont de la même époque ; ce qui est Trai pour les uns, l'est nécessairement pour tous tes autres.
Le poêle Ausone, qui vivait an iv° siècle (309-594), a décrit sa ville natale (i) : or ii est certain que de son temps Bordeaux était déjà entouré de ces murs dans lesquels on retrouve aujourd'hui des monumcnis antiques. Il décrit également les murs de Toulouse (s) et de Trêves (s).
Un contemporain d'Ausone ou de Sidoine Apollinaire (i), Tetradius, sans doute l'un de ceux à qui ils adressèrent des
Aidtii, ut leriu iBlrenl f>sl>gi> Dqbes.
On t, en effet, constaté que tes aneienaes rortiHutitioiis <1e Bordeaux, celles précisément oii l'on irouve la rouche de monunienls antiques, formeni sinon un carré, du mnins im vériuble quadrilatère rectangle.
(î) im. iTolosaj.XH, V. 3:
(Mime réQenJOD poiirtanl que pour Autun, quant ï famMIm ingeai.) (î) JWd.'lTrevirae), IV, T. 2:
(j) MiGNE, Palrùl. latinae, \n, p. 9i4;- ltiii, p. SOÎ.
lettres, écrivait (i) : ■ Gur me propinqaum Santonuro moenibus déclinas? » Preuve évidente que Saintes était déjà fortifiée au IV' (ou v*) siècle, et l'on peut invoquer comme argument à l'appui de cette déduction cet autre fait que S. Eutrope, qui vint à Saintes pour convertir au catholicisme les Santones encore idolâtres, trouva la ville complètement fortifiée : les remparts de Saintes, bourres de monuments païens, ont donc été élevés avant les lois citées des années 390 et 408(î).
Ammien Marcellin dit formellement, de son côté, que dès le milieu du iv* siècle, Seus était entouré de murs que l'empereur Julien fit seulement réparer (5) : en 355, ce prince, qui avait alors le commandement des Gaules, ayant été assailli par les Barbares sur le territoire de Sens, où il avait pris ses quartiers d'hiver, se renferma dans la ville avec ses troupes, la fit clôturer, fortifia la partie faible des murs, selon les propres expressions d'Ammien Marcellin, et soutint un siège de trente jours contre une multitude d'ennemis.
Les murs de Sens, comme on l'a fait observer avec beaucoup de justesse (t), ont donc été construits, ainsi que leur
(1) L'éditiM) d'AcaoNE, in uiam Delphini, p. 474, en note, dit de Tetradids : • De hoc Tetradio nihil alihi. • Le personnage ne figure pas. en effet, dans les tables de l'ouvrage de Higne, parmi les auteurs de lettres. On ne sait donc sur quelles données La Sauvacëre, Hecueil d'antiquité*, p. 13, cile de lui une Ep. XV, d'où CB passage est eitrait. V. aussi Hitt. lin., \, 3», pp. 4t8 et 419.
(t) 1 Cum urhein quae Xanctona dicilur Jnlraret, eamque vtderet undique
mûris aotiquls optlme seplam.^encelsis lurribus decvratim \cta SS. Aprilii
III, p. 735.
(i) XVI, 4 et S: t Jullanus apud Senonas oppidum tuncopportunumabscesslt. Hostilis aggredilur multitudo, oppiili caplundi spe in majus accensa. Clausa ergo nrbe, murorumque inlata parle firmaia, ipse cum armalis die noctuque Inler propugnacula visebatur. Post tricesinium denfquc diem ahiere barbart... »
(t) Congrès archéol. de France (Sens, Tours, Angouléme, Poitiers), 1847, p. 45; (Auxerre, Cluny, Clermonl-Ferrand), 1830, p. 142.
contenu, avant l'époque où Julien les fit renforcer, c'est-àdire avant le milieu du iv* siècle.
On a déjà reucontré plus haut un autre passage d'Ammien Marceilin sur les anciens murs d'Âiitun.
Les actes de S. Pèlerin (i) fournissent, de leur côté, un texte précieux comme élément pour résoudre la question chronologique. Quand le saint personnage arriva à Auxerre, vers 260, la ville n'était pas encore entourée de murs : « Aulrici (lire Autessioduri), loco qui tune temporis necdum murorum munitione cingebalur , a persecutoribus interemptus marlyrium consummavit(a"). »
Cette arrivée de S. Pèlerin a Auxerre eut lieu sous le pontificat de Sixte II, Gallien et Valérien étant empereurs, Aemilius et Bassus consuls, c'est-à-dire en l'an 239 de l'ère chrétienne.
Le premier rédacteur de la vie de S. Pèlerin vivait sans doute au iv° siècle, époque où, d'après ce passage, les murs existaient; il en résulte que les remparts d' Auxerre, où, comme on l'a vu, des monuments antiques servaient de base aux murs de l'enceinte, ont été élevés à la fin du m' siècle. Toujours la même date 1
Chose remarquable : à l'époque même où s'opérait ainsi le placement des anciens monuments sous les remparts des villes de la Gaule, à Rome aussi on construisait de la même manière certain mur fouillé en 1875 (a) et qui a révélé plus
(i) Ces actes, par leur antiquité, ■ méritent une certaine considérât ion, ■ dit l'Histoire litliraire de la France, II', p. 43. Voy. aussi Lebeuf, Mémoires cités, 111, pp. 3 et 4, où 11 dérend les actes de S. Pèlerin contre les critiques de D'Anyille.
(s) Acta SS. Maii, III, p. S60; Congrès archéol. de France, IBSO, p. SO.
(t) Corput intcriptionum latinarum, VI, pp. 639 et 720,
de ceni- inscriptions des XII cohortes préloriehnes. Ces inscriptions, comme celles' de nos villes gallo-romaiBes, s'arrêtent dans la seconde moitié dii'ïn* siècle : lés plus récentes sont de l'an 2ÔÎJ!..! i ■:' i: - . ■
Il y 'a d^iis l'ensemble de ées dhservaiions utie confcordaiite'^Ufe', "qu'il ésf Irtipossible- de lé'méiJi'nnaitre', la constrijclion de' tous ces reïfi parts st identiques d6i( rertibriter à une ibi' de la fin du in'sîéble.'
Or si l'on remarque que précisément à celte époque les Barbares dé la Germanie; déjà signalés par César comme une menace constante conti'e l'empire romain (i), avaient repi^s' dé plu^ eii pluS la roiite des invasions; que ProBus avait i-econquis soixante villes sur les Barbares;' que CoVislance-Chlore, péndaiil les quatorze arihécS de son gouvernement (292 à 306), s'appliqua à rétablir certaines cités détruites él à repeupler \\d grand nombre de contrées que ces premières grandes invasions avaient ravagées, il est aisé de se rendre compte de là nécessité, reconnue par les Romains, de protéger par des fortifications lés villes qui étaient restées jusque-là ouvertes el sans défense!
Il parait constant, disait le regretté M. deCaumont (2),que les villes n'étaient pà's fortifiées aVant le m' siècle. Ce fut à
(<)'B' G., I, s I I Paulalim Germanos cansueticera Rhenum transite et in Galliam venire, populo romano pcriculosiim videbat. • Voy. aussi ibid., I, 9S, 3<,elc.
(*) Cangrèa areliéot. de 18S0, /. cU.; an XXV Coagm (1838), p. 53, M. de Cauuont indique ie v' siècle au lieu du m" : on a déjlt Tait remarquer ces lâlonnements d'un esprit excellent.
Le III* siècle est également adopté par O'Reilly, t. cil., I, p. 63, qui eroil que la premiËre enceinte de Bordeaux date du ur siècle, mais T|ui fait état de certaines réparations effectuées au jl' siècle dans la partie supérieure.
cette époque que l'on employa les fragments les plus précieax pour créer des fortîfïcalions destinées à résister au torrent dévastateur dès Barbares.
Qaî pliisèst, on le répèle, car l'bbservatîon a son importance, -tous tes monuments lapidaires découverts dans leé remparts en question apparlienilent aux bonnes époques; ancun ne dépasse le m* siècle 0)1 ' , -
Cette conclusion s'apjîlique parfaitement à Arlôn, comme aux autres villes dé la Gaule; aucune des inscriptions trouvées dans les réhiparts, ni par la forme des caractères, ni par ses mentions, "riî par un iiidice quelque peu sérieux (ï) de christianisme, ne va au delà du règne de Maximîn (âSS'à 238), ce qui- concorde d'une manière générale avec les données qui précèdent:'
Il en est de même des inscriptions de Sens; en tant qu'^ellès permettent d'apprécier leur date, elles ne descendent que jusque l'ao 250 (ï) ; la plus . récente de celles de Bordeaux est de l'année 2S8 (i), etc.
(i) De CÀrMâMT; Cours, II, p. ZSi, partant spécialement des remparts de Bordeaux, dit qu'aucun des Jébris n'est postérieur au itr sièele, et, en général, Wid. et p. t&Sj il dit que lôiis les débris Éemblahles appirlienneni aux beaux siècles de l'art (u'esl-i-dire il l'époque des Antonins), et < qu<i tas débris dé «cutplureg' jetés (tans les fondations de toutes ces villes paraissent être du 1*', du ji* ou du commencement du m' sièeîe. »
(t) On ne pbumfit alléguer comme tels tes mols'ftfc guiesqiài (lire quieséit) de rinScrIption n* li {Bull. iSet Cûmia. reg: d'art et d'archiet , Vil, p. SU), ou ceilain personnage étendant tes tiras en croix, mais non crucifié, d'iin des monumenls sépulcraux d'Arton, personniige qu'on considÈre, du reste, uimme parraitement païen, puisqu'on rappelle génie nuptial (Phat, Bist. d'Arhu,!, p. 63, pi. 27b). ceta ne résisterait pas il un examen sérieux.
(s) Congrfs archéol. de 1850, p. 20,
(i) On ne périt invoquer comme un signe du christianisme 1» dédicace' HIC lACET d'une inscription des remparts de Bordeaux. M. FIdni.
Avant la constrnction des remparts, Arlon n'était, du reste, pas fortifié : Alex, de Wilthcim (t) répète en plusieurs endroits que les murs d'Arlon ne recèlent pas de monuments militaires. On a vu, en effet, que c'est par une erreur manifeste qu'on a attribué à Arlon une pierre d'un soldat de la VIII' légion, et quant à rinscriplion n" 74, il est à remarquer qu'elle concerne non un militaire en activité, mats un vétéran congédié, qui, par conséquent, n'était plus au service à l'époque où il est allé mourir à Arlon, qui était sans doute son pays natal : Arlon était donc encore à l'état de vicus, sans garnison militaire, avant que les remparts ne fussent construits (î).
Quant à l'expression vicus qui vient d'être rappelée, on en a, il est vrai, tiré argument poursoutenirque. se trouvant
Leblant ne considère p^s ces expressions comme des indices certains de chrisliaiiisnie.
Il en est de même du corpts cxanihe de la même inscriplion, expression qu'on retrouve précisément avec celle de iacet sur le tombeau parfailemcnl païen d'un luperque (Orglli-Henzgn, n° 7418).
Voici d'ailleurs l'inscription tout récemment découverte à Bordeaui, curieuse à plus d'un titre, et concernant de plus une Temme trévire :
HIC UCET [| BXANI(i1E)n II COBPy , s DO II HITIAEC'V || TREVERAE || DEF, VKFEBR || POSTVMO II COS.
3* face Il ET NEHOR I DOHITIllE |{ CIVISIHE || VER. DFTN || XX. L. EOCOH l
C'est la seconde Inscription d'une eivis Trevera (Bail, ci-dessus, \V, p. HS). On tirera ailleurs les conclusions de ce Tait.
(i) Butt. de» Comm. rey. d'art et d'ûrchéol., XV, p. 0-4. On peut ajouter cet autre passage du Luxemb. roman., p. 2âH : i Per tôt Orolaunl effossa saxa, nullum rcrc milllls repertum. > I! est à remarquer que le fere de ^^ iltheim n>^ se rapporte pas b des inscriptions militaires, mais b de simples épisëmes semblant Taire allusion i la vie des camps.
(i) L'Inscription eu dieu Mars Camuliis {Bult., XV, p, 118) peut avoir une origine semblable; elle ne mentionne pas, du reste, de eonilition milMaire chez le dédicant, qui a pu élever l'autel pour apprler la protection de Mars sur un des
dans rilinéraire d'Anlooin, elle indique nécessairement qu'à l'époque où ce document a été confectionné, Arlon n'était pas encore fortifié (i). Mais l'objection ne vaut guère la peine qu'on s'y arrête : les noms usuels persistent, malgré les changements d'importance des localités; Orotaunum viens a pu continuer à être appelé de ce nom, malgré ses fortifications ; il a pu notamment figurer ainsi dans l'ilinéraire d'Antonin, qu'on aura omis de tenir au courant, en ne supprimant pas une dénomination usuelle. Or si, malgré les controverses qui existent à ce sujet, il est admis que cet Itinéraire a été dressé vers le milieu du iv' siècle (a), on comprend parfaitement qu'on n'y ait pas tenu compte de fortifications construites peu d'années auparavant (cinquante ans tout au plus), et que le nom de viens n'ait pas été effacé. Ce nom de viens est d'ailleurs resté attaché à un certain nombre de localités qui, par les monuments découverts, révèlent une importance plus grande que leur nom de vicus ne semble l'indiquer, comme les stations de l'importante voie de Trêves à Cologne, qui toules portent ce nom de vicus : Beda vicus, Ausava vicus, Egorigium vicus, Marcomagus vicus. Belgica vicus, Tolbiacnm vicus.
Faut-il même démontrer que tel ou tel vicus a bel et bien été une station militaire et, par conséquent, un poste fortifié? Il s'agit uniquement do se rappeler que Wyck (vicus) était évidemment une lète de poni pour défendre la rive droite de la Meuse, à Maeslrichl, ou de jeter les yeux sur Heddernheim, le Vicus novus des anciens, où apparaissent de
(i) BM. ÀMd. rcy. de Belg., \\l, 2>, p. 677, (i) Ibid.
nombreuses ii)scriplioiis rrjjlitaii'es de la t'oli XXXI! volun' iariorum eldeslegg. VJIt AnloniinanaelXXll P. P., qui y.oiit({iimpé?;(i), Ce WcMswoWosélait foctifié (3). , Il ep csi-de la déi^oini nation dç viçtis comm^ de qelie de by,rgus oa burgttm, qui, appliquée d'3bQr<ii à en et'oire Orose, Isidore de Sijviile ot Luitprand (5), .à la simple réuniouide; quelques habiiaiioDS, y est- restée; a-ttactiée quand les habitaliou^ se sont agglomérées et ont formé de trèsgrandes villes,
Toulee ees observations ne seraient pas applicables, qu'emajre:^n6 devrait-on pas absolument rajeunir ces remparts d'Arlop : il faudrait voir, au contraire, si ce ne serait pas un motif de; vieillir. l'Itinéraire et de le dalfir .d'une époque ultérieure au, temps où Arlon a été fortifié, c'est-à-dire à la fio d" m* sièole>(4).
Il faut bien placer ici la réfutation d'une opiniçu 3SS;ee
étrapge': nn auteur puise dans le fait de ta, construction
(1) Steineb, Codex inmipt. Hlieni et Danubii, n" 037, fiSB, 642. 049, etc.
(i) Iliii., I, p. 504 : ( ... Ein grosses Tci'i-ain aur welclien dcr zor rom. C't(uï4( Tannenn'ut» gelitinge Ort, infchriPtJict) yimt imvm genannl, lag. Han fand-bier Fwndamente croiser Vmfangfinaaern dièses cinst bereslliten Ortes... i
(?) En n^servant, bien entendu, l'inducUon ik tirer de Vëgèce, IV, 10 : I fiurffct est castpltuiQ parvulum ■ (laquelle en faut cas implique quelque chose d'eïigu) et les iiombreiw burgi d'i-rigiue militaire incontestable.
{4) l'our M. Max. Deloche (Études sur la géographie de la Gaitlt, etc., cqui^nnées par r Institut,. ittGI, p. bO), t'UlDéralred'&nlaniu daterait seulement du Goiiimeneenieul du iv siècle, et tnfiue du dernier liers du m*, «e qui implique la possibilité de la confection D l'époque où Constance-Chlore n'aurait pas' encore fortifié Arlon.
C'est précisémenl ^ Gonstance>Ch!oi'e que l'on attribue tfi construction da la route de Reims à TrËves (Annahj.de la Société d'ArJon, III, p. 73) ; celle voie n'est pas mentionnée sur la carte de PïCTifiCEH.
^le;.inur^iPl3hlis de (a fa^tjn. ^(l'on vient de dire, ia iireuve de la lliôsc que les murs, dlAuxerre dalcnt des premiers temps de lepoqup des, Rom;jii)^. . ,. ,
Lebianc-Davau (i) a pour point de départ une idée à laquellfi^op adlièrp. icj^pa^, réserve : .n ,La giie.rre étant a.lors un (j|a^. normal, c'est uqc erreur grave de donner à la cons^F.ijjC|(i,on, première, des rcnaparts gallo-ronaains des. villes de la (îa/ile et polamment d'A^ixejrç, un.e date postérievrfï à la destruction , des nioniinnents de l'idpjâi^ie. J!,
Mais.eçtto idée, M. Leblane-Davau l'étQpd beaucoup trop. .. llcoutoiiSf le d'abord dans $a description des murs antiques d'A)Jxerre, oiji il constate ,(2) que les tombefiux, etc., -étaient placés d^s les reinparts, en deux ou trois coucbes superposçe5(ce,q(ii fait disparaître l'assertion de l'abbé Lebeuf, que les, débris aiitiqiteS|gisa,ient 9 indifféremment et conftisémet^t » dan6.1esJ"ondations de ces mômes remparts).
». pn a démoli, dit-il (3), les pierres de taille qui partaient des figures et des inscriptions religieuses. On a retrouve les faces taillées ou sculptées dans l'épaisseur de la maçonnerie, et ces monuments ont disparu complètement. Ce travail a été fait sans matériaux nouveaux, sans taille nouvelle et en génial sans mortier. De sorte que les pierres démo)ie& ne foBt pUis corps avec la ma^onperie de l'enceinte. Elles en sont séparées par un vide qui démontre c|ue cette enceinte est antérieu^'e.à leur démolition et à la destruction des monuments de l'idolâtrie romaine. Le tassement de l'une et de
(1) i. cil., p. a.
l'autre maçonnerie ne s'étant pas fait en même temps, on y remarque une solution de continuité, i
Juste comme à Arlon, sauf, bien entendu, le prétendu tassement.
Ailleurs (i) : « La maçonnerie des murs et des tours est une maçonnerie de béton, faite avec des pierres carrées de la grosseur du poing, posées el battues dans un bain de mortier, de ciment et d'un parement en petits moellons, On y remarque aussi quelques assises en grosses pierres de taille, posées irrégulièrement dans les fondations, dans les portes el dans les places destinées à des monuments. Les uns forment un socle d'une assise; les autres composent un soubassement de plusieurs assises. Ces grosses pierres de taille que César appelle grandta saœa, sont tirées des carrières de Mailly-la-Ville, situées à 40 kilomètres environ d'Aoxerre. Elles étaient inutiles pour la construction des murs de béton, qui sont presque indestructibles. Elles proviennent évidemment d'une enceinte fortifiée antérieure à l'enceinte galloromaine, qui était à la même place.
« On a mutilé el renversé tous les monuments de l'idolâtrie romaine qui se trouvaient sur cette enceinte, et pour qu'il n'en restât aucune trace apparente, on a retonrné dans l'épaisseur de la muraille antique les faces des pierres qui portaient des figures ou des inscriptions. Mais on n'a pas démoli et retourné les dates consulaires, les inscriptions politiques; elles n'ont pas cessé de faire partie de la maçonnerie de béton.
s L'autel el la stalue de la déesse Icauna (s) étaient dans
(i) Ibid., pp. ti et 42.
(t) id., p. 1 16.
les mui's d'Anxci'i'e, en une espèce de grotle ou de niche. On a brisé la statue et on a relourné dans l'épaisseur de la muraille la face de l'autel qui portait l'inscription, puis on a rempli la grotte ou la niche avec les débris de la statue, des colonnes et des pilastres. Dans une lettre du 10 mars 1722, l'abbé Lebeuf annonce qu'il a découvert celte inscription avec les doigts, en passant la main dans le vide existant entre l'autel et la maçonnerie du mur. Il est bien évident que ce bloc énorme, de l^SO en tous sens, n'a pas été apporté dans ce lieu pour construire la muraille antique, qui est bâtie avec de petites pierres, qu'il a été amené à grands frais dans cette muraille pour le culte d'Auguste... »
L'auteur continue et décrit l'état dans lequel se trouvent les inscriptions et autres pierres monumentales d'Auxerre :
« Ces grosses pierres étaient séparées de la maçonnerie de béton par un vide. On voyait sur le parement intérieur du béton les empreintes des faces non taillées, et il nous a paru constant qu'elles avaient été démolies et retournées dans la muraille antique pour cacher les figures... >
Plus loin encore, parlant d'un bloc de dimensions considérables (1"'40 sur O^TO et 0"'40) , il dit : < Ce bloc énorme n'a pas été apporté dans ce lieu pour y construire cette maçonnerie de béton, très-solide et forte, avec de petites pierres de la grosseur d'un poing, puisque le sol est une roche calcaire. «
El il pense qu'il s'agit simplement d'une sépulture de jeune fille, faisant partie d'un cimetière gallo-romain, où les morts étaient inhumés au pied des murs de la cité; cette sépulture aurait été adossée au rempart et aurait été retournée dans ce rempart à l'époque où le monument fut détruit.
L'explication est plus que contestable, en présence de ce double fait que les cimetières étaient généralement en dehors des lieux d'habitation, à une distance déterminée (i), et que les anciennes circonscriptions des villes ont été restreintes à l'époque où on les a fortifiées ; mais le fait dégagé de l'explication est certain. Auxerre possède, à la base intérieure de ses murs, des monuments antiques qu'on y a placés à dessein.
En lisant ces descriptions, il semble impossible de se rallier à la conclusion de l'auteur, qui distingue les raoDumenls antiques détruits avant la construction des murs de ceux qui auraient été détruits précisément pour être insérés dans ces murailles après leur construction (s).
En effet, on ne se représente pas comme possible l'opération décrite par l'auteur, étant donné un mur déjà construit.
Il est si vrai que les monuments sépulcraux et autels ont été placés avec intention là où on les retrouve aujourd'hui, qu'à Auxerre il était tout à fait superflu de recourir à ces pierres comme blocage des murs des remparts.
« Le déparlement de l'Yonne (s) est l'un des plus riches pour ses roches calcaires, pour ses carrières de pierres. Toutes les enceintes fortifiées, tous les grands édifices de ce département, sont construits avec des matériaux provenant de ces roches. On aurai/ augmenté considérablement tes dif^cultés et les dépenses de ces constructions, s'il avait faltu prendre les matériaux dans les édifices démolis. »
(0 Vo;. plus haut, p. 46B.
(i) Leblanc- Daviiu, p. US.
(i) iD., p. IIS.
Voilà, avec un simple changement (lu temps dans les verbes, l'aveu précieux qui échappe à un des adversaires de la thèse ici préconisée.
C'est, d'après ce passage, une intention bien déterminée qui a fait transporter les pierres monumentales en question dans les fondations des remparts des villes, puisque ce transport était inutile et qu'il a fallu le faire à grands frais.
D'ailleurs sur quoi M. Leblanc-Davau se fonde-t-il pour faire considérer les remparts romains d'Auxerre comme ayant été établis dès le temps de César?
Deux des tours des remparts d'Auxerre portaient, dit-il, les inscriptions suivantes : g. i . s . i vibio i cons, et cai vibio nos, et I . VIBIO . II, qu'il traduit très -arbitrairement par : gens impensis suis Julio Vibio imperalore primum (i) conslruœit; par : Caio Vibio consule, et par imperalore Vibio secundo (lire iterwn).
M. Leblanc-Davau, en attribuant ces inscriptions au consul Vibius.qui fut collègue d'Hirtius, oublie que leur consulat date de l'an 7i0 de Rome, c'est-à-dire de l'époque où César et ses successeurs avaient réuni tous les pouvoirs. Or quelle vraisemblance peiit-il y avoir à supposer que ces consuls, qui n'exercèrent aucun pouvoir spécial en Gaule, eussent osé inscrire leurs noms sur des édifices publics : la loi romaine, comme le constate formellement le Digeste (s), ne permet-
(t) Le primum ne s'exprime pas dans les inscriptions : dès que la dignité n'est pas accompagnée de la désignation ilerum, III, etc., c'est qu'elle est eiereée pour la première fois.
(■) Dig., L, \, fr. 3, § 9, et Tr. 4 : ■ Tnscribi aulem DOmeD operi publico allerius quam principis aut cjas cujus pecunia id opus faetum est, non licet. Nec praeiidii qaiilem namen tieebit tupericribere. >
DictizedbyGoOJ^IC
taif, «Il effet, de placer sur les éditices publics que le nom du prince ou de celui aux frais duquel la construction ou la réparation était faite, en défendant formellement aux fonctionnaires inférieurs de s'interposer et de se raetlre euxmêmes en évidence, règle constamment observée dans les monuments épigraphiqucs, depuis les temps les plus reculés.
Les inscriptions alléguées par M. Leblanc-Davau n'existent plus aujourd'hui, et si elles ont jamais existé, la lecture en est toutàfait arbitraire : ce sont, sans doute, des fragments que, par «ne fantaisie archéologique, on aura placés en évidence à l'époque de la Renaissance, sans qu'on soit autorisé à en induire une date précise pour la construction des remparts.
Mais si ces inscriptions n'ont pas de signification, en voici une autre qu'invoque M. Leblanc-Davau et qui aurait, d'après lui, été trouvée dans les fondations mêmes d'une tour des remparts en fouillant au pied do celte lour : avlvs
HIRTIVS ET CAIVS VIBIVS COSS.
Évidemment si les Romains avaient eu l'habitude de placer, comme on en voit des exemples chez nous (i), des in-
(i) A Ctiarlerai, lors de la pose de la première pierre des foilififations eoDstniites sous le régime hollandais, on a songé t> graver sur celte première pierre l'inscription : prëtiosa posteritat[ hohvmenta cordit, remplacée au dernier moment par ta suivante, plus lacouique et duc à quelque savant du temps ; nepotibvs || s(acnim); cette inscription, gravée sur la pierre, â l'intérieur de laquelle on avait déposé des mMailles commératives. Tut retrouvée, en 1R75, dans les roniialions des remparts démolis {Bmamenls de la Société paléonlologigue et archéologique de ClwTkroi, VI, pp. 38 elil).
Mais les Romains, Irès-pratrques en cela comme en beaucoup d'aulres choses, faisaient les inscriptions ii l'usage immédiat du public; ils les exhibaient et ne
scriplions dans les fondations des édifices pour en dater !a construction, celte inscription aurait une haute portée ; mais il ne peut y avoir de doute à ce sujet, les Romains ne procédaient pas ainsi, et, par conséquent, les remparts ont été établis postérieurement à l'inscription des consuls en question, et cette inscription,' à réiat de débris, fait partie des matériaux qui ont servi à les construire.
M. Leblanc-Davau (i) fait encore grand état de l'inscription suivante :
a . H . Il ET . MEHORtAË . AVRELI [| DEHETRI . ADIVTORES || PHO . G , GIVITATia SENONVM . || TRICASSINORVH . HËLDORVH . PARISIORVM . ET . Cl II VITATIS AEDVORVM . IMGE | NVINIA . AVRELIA . COKIVGI . ET . AVRELIO . DE || METRtANA . ET . AVRE- L1VS II DEHETRIVS . FIL . PATRI || GARISSIHO . FACIYNDVM . {{ CVRAVERVNT
— Auxerre (a).
M. Leblanc-Davau estime que celte inscription est antérieure il Auguste.
11 se fonde à cet effet sur les sigles pro . c (on procc), qui, d'après lui, veulent dire pro consute, et il invoque
les enterraient pas, — snur bieo entcDdu pour les ïëpultures deslinéea li ^Ire vUlIÉes à des époques prévues, comme l«s columbaria, etc.
Ils n'auraient pas, du reste, mfme dans ce cas, songé ï éluder la loi citée plus liant en gravant le nom non du princepi, mais du praenet.
EnBn celte insi-ription est suspecte en ce que, contrairement i un usage presque général, les deux prénoms des consuls sont indiqués en toutes lettres, et pas seulement par des initiales, qu'ils ne sont pas à l'ablatir, mais au nominatif, etc.
(i) /I'/d.,pp. ieliO.
(t) D'après Pithoel's, Opéra ùmnia sacra juridica, p. 108; Gbuteb, 371, 6, d'après Aide Mamice, écrit prof.c i la 4* ligne. Autre variante : procc.
l'opinion de Visconli et de Clarac, déclarant que procuralor ne s'abrège jamais que par les sigles pr.
Celte opinion, si elle a jamais été émise par les auteurs invoqués, ne se jnsliHe pas, car il sufSt d'ouvrir les tables d'Orelli pour y voir que proc se rapporte aussi bien à procuralor qu'à pro consule.
Or, bien que d'autres inscriptions ne nous montrent pas plus des procuratores que des pro consute civitatis, il est certain que les proconsuls avaient toujours une province entière dans leur ressort.
Mais ce qui détermine parfaitemenl la signification des sigles PROC dans l'inscription invoquée, c'est la qualité du fonctionnaire nommé adjulor, lequel jamais, que l'on sache, n'est attaché à un proconsul, tandis, au contraire, qu'on a plusieurs exemples d'adjuiores des procuratores (i).
S'il ne s'agit pas d'un proconsul, il ne peut non plus être question de l'époque où la Gaule n'était pas encore province impériale (s) gouvernée par un legatus Augusti, et où le procuralor (ou trésorier général) des Gaules résidait à Lyon; l'inscription, si elle est authentique, appartient vraisemblablement au moins au n' siècle, comme l'indique le gentiticiumAxirelms, qui désigne le plus souvent l'époque des Antonins (î).
De cet ensemble de considérations, résultent, semble-t-il, les conclusions que voici :
1° Les pierres monumentales qui reposent à la base des
(0 Ohelli, n" UiT, 3309, SI8I, 6S33.
(i) SuETOH., inAag., il; Dio Cassids, un, 3.
()) Paulï, Real-Eneselopadie, Vl*, p. 2370, note 9.
remparts d'Auxerre, comme àa toutes les villes en question, n'y ont pas été placées pour les réparer. Cette opération eût exigé qu'on battit ceux-ci en brèche au préalable, afin d'y introduire les pierres monumentales qui régnent dans tout leur contour; ce n'aurait pas été là une opération qui fût de nature à rendre ces remparts plus solides ;
2* Comme les remparts massifs des villes ne sont pas des maisons qu'on peut ouvrir et refermer, on n'a pu songer non plus à y introduire, après coup, des monuments antiques, et l'opération eut, du reste, été trop difficile et trop coûteuse;
Z" Le vide qui sépare de la voûte le soubassement de pierres monumentales s'explique, non par un tassement particulier, mais par des charpentes ou cintrages en planches, aujourd'hui anéantis, et qui avaient été établis au-dessus de celte couche de pierres monumentales ;
4° Enfin, les remparts étant placés autour de l'enceinte réduite des villes ou sur des hauteurs d'un accès difScile, on n'a pu songer à y apporter des pierres uniquement pour les cacher à l'intérieur des murs à construire , si ce n'est dans une intention pieuse et pour obéir à une prescription de loi.
D'où il résulte, à toute évidence, ^ et un seul auteur l'a méconnu, — ^que le dépôt de la première assise des remparts des villes romaines est contemporain de ces remparts eux-mêmes. Or, ce dépôt date comme eux de la fin du 111° siècle.
Si les conclusions à tirer de ce qui précède sont fondées, l'histoire de nos contrées a conquis une date nouvelle. Déjà nous savons que dès les premiers mouvements des
Barbares, à la fin da règne de Marc-Aurèie, les habilaals de noire pays avaient abandonné le mode de sépulture dans les lumulus : pas un seul lumulas Toaillé. jusqu'à présent en Belgique n'a fourni une monnaie postérieure au règne des deux premiers Antonins.
De plus, et ce devait être la conséquence du trouble apporté par ces premières invasions, toutes les villas belgoromaines de la route de Cologne à Bavay jusqu'au delà de Tongres, route suivie notamment par les Chauques (i), ont été rasées à la même époque, et la plupart n'ont pas été rebâties. Si, aux abords de celte route, on en trouve de réédifiées après une première destruction, c'est déjà à une distance assez grande de Tongres vers Bavay (a). Les villas ravagées lors de ta première destruction, fournissent la date de celle-ci, puisqu'elles n'onl, pas plus que les tumulus, révélé jusqu'à présent une seule monnaie postérieure au règne de Marc-Aurèle.
Le fait parait même pouvoir être généralisé jusqu'à un certain point. En France, M. de Caumont en a fait la remarque (a), jamais on n'a trouvé de débris chrétiens dans les villas romaines en ruines, qui ont été observées et fouillées dans les campagnes en beaucoup de contrées de l'ancienne Gaule. Il est donc probable, ajoute cet illustre savant, qu'elles ont été détruites toutes au m' siècle au plus tard, et ce fait aura eu lieu lors des invasions qui ont suivi lapre-
(i) Bult. des Comm. roy. d'art et à'arehèol., V, p. S13; VI, p. 300. (i) Tel est fecas pour les villas il'ArqueDnes,d'Elouges, dedans le Hainaul, décrites par HM. le D' Cloquet, de Bove, elc. (»} XXX" Congrès ardiéol, de France (Rodez, AIbi, Le Mans), 1863, p. 80.
mière irruption des Cbauques, dont une partie de notre pays seule s'était ressentie. Alors les campagnes furent abandonnées et les villas désertées pour les villes, qui elles-mêmes furent bientôt attaquées.
Ce sont ces invasions plus dangereuses qui auront appelé l'attention de l'autorité impériale; c'est alors qu"on aura prescrit aux habitants réfugiés dans les villes dévastées de diminuer l'étendue de celles-ci, de les fortifier et derenfermer les débris des monuments et des tombeaux dans le corps des remparts à construire. Buhol de Kersers (0, tout en attribuant au mépris des chrétiens pour les monuments du paganisme l'emploi dans les assises de ces remparts, de débris de monuments, conséquence d'une destruction ou tout au moins d'un abandon antérieur, dépeint en excellents termes ce qui se passa alors : « Les habitants décimés, rentrant dans les villes ravagées, ont consommé la destruction de leurs monuments et ont reconstruit, à la hâte, des fortifications restreinlfis, proportionnées à la condition misérable que leur faisaient ces malheurs. ■
Willheim (a), quoiqu'il rapporte seulement à l'année 408 le fait dont il donne les motifs, déduit parfaitement ceux-ci : < Il n'est pas douteux que de ce côté du Rhin on n'ait apporté le même soin à forlifier les lieux qui s'y prêtaient le mieux, surtout ceux qui, placés sur les voies consulaires, offraient un passage sûr pour le transport des armements militaires, des vivres el des bagages. Sur ces voies, Arlou occupait un des premiers rangs. En efTet, il y avait une
(i) Bullelin monanienlol, l. cil., p, 615.
(i) Luxaub. roman., p. 368.
grande route qui, presque au centre de ia Gaule, allait d'Arles, ville impériale, aux métropoles de Reims et de Trêves, dans la Belgique seconde et première. De Trêves, l'accès était admirablement et facilenient ouvert, par eau et par terre, vers le Rhin et les principales villes de ce fleuve. En effet, par la Moselle, on gagnait à la fois Coblence, le Rhin supérieur et le Rhin inférieur, tandis que, par terre, des voies consulaires communiquaient à gauche à Cologne et à droite à Mayence, A, cette époque, pour gagner le Rhin moyen, à peine restait-il une autre roule sûre que celle qui passait à Arlon. Si de cette route on voulait, pour conduire des troupes, se détourner d'un côté ou de l'autre, ici, sur le Rhin inférieur et dans la seconde Germanie, on tombait sur les Franks comme ennemis; là, sur le Rhin supérieur et dans la première Germanie, on rencontrait les Roui^uignons comme maîtres du pays. C'est pourquoi je pense que Constantin (i), frappé de tant d'avantages et dans Tinlention de fortifier le Rhin, et plutôt forcé qu'invité par les circonstances, entoura de fortes murailles le vicus Orolaunum, ancienne station sur la voie impériale, l'endroit le plus élevé de la contrée et le plus propre à recevoir des fortifications. « Que dans ce passage on substitue à Constantin, ou Constance-Chlore, ou si l'on veut Probus (2), et l'on aura la vérité historique : c'est de ta reprise des villes de la Gaule sur les Barbares, c'est tout au moins de la restauration de
(<) WiLTHEiH.vaincuparrévidence.neparlepIusiclâ'HonoriusetdeThéodDSe, mais de Conslantin (306-337). Voy. sur ce poinl Phjit, Histoire i'Arton, l, p. 173.
(1) On p«ul admettre que Probus et ses successeurs immédiats avaient déjà mis la main !i l'ceuvre depuis l'an 37T.
ces villes par Constaoce-Chtore , qui évidemment n'a pas appliqué les myriades d'ouvriers venus de l'île de Bretagne à la réédification des ouvrages publics d'Autun seul; c'est en un mot depuis l'année 277 jusqu'en 306 que les villes de la Gaule — dont Arton — ont vu leurs remparts s'élever au-dessus des débris de monuments antiques qui y avaient été établis comme soubassement. On peut, semble-t-il, considérer aujourd'hui ce point comme certain.
Certain savant disait naguère ; t Dans l'intervalle entre le iv' siècle et le ix' siècle, ont dû être élevées les fortifications d'Arlon, dans lesquelles on fit entrer des débris de monuments romains, détruits à celte fin ou renversés longtemps auparavant; mais on ne possède aucun document qui permette de préciser l'époque de la construction de ces remparts. *
Il y a décidément mieux à faire que de s'arrêter à celte conclusion non garnie d'études suffisantes.
Dans un précédent travail (i), l'auteur du présent article, alors imbu de l'idée dont il vient d'être parlé, attribuait la confection des remparts d'Arlon au moyen âge, comme celle des remparts de Tongres, et il avait insisté sur la grande utilité qu'il y aurait de scruter soigneusement une faible partie des remparts de la petite enceinte de Tongres, alors menacée de destruction.
Les autorités de la ville de Tongres ou leurs agents ont,
(<) Bail, de* Comm. roy. d'art el d'archéol, XI, pp. 37Î el suiï.
DictizedbyGoOJ^IC
— boo —
par suite d'un malentendu regrettable (i), renversé nonseulement la porte de Saint- Trond, dont il s'agissait uniquement alors, mais encore toute la partie des murailles qui sépare cette porte de celle de Liège.
Absolument aucune inscription, aucun débris monumental de l'époiiue romaine n'a été trouvé à la base de ces murailles.
Les murs de la petite enceinte de Tongres n'ont donc pas été établis de la même manière que ceux d'Arlon et ne datent pas de la même époque que ceux-ci, car sinon ils auraient été construits absolument dans les mêmes conditions que ceux des cinquante villes de la Gaule citées plus haut.
Ainsi se contrôle, de la manière la plus péremptoire, la thèse qui avait élé alors présentée, que les murs en question datent seulement du moyen âge (2).
Il est certain désormais que les réclamations élevées contre la démolition des murs de la petite enceinte de Tongres (3), n'ont absolument rien de fondé, en tant qu'elles considèrent ces murs comme datant de l'époque romaine : ' les seuls murs de Tongres de cette époque qui subsistent encore sont ceux de l'enceinte extérieure du côté de Coninxheim, et ceux-là, l'autorité supérieure n'a cessé d'en recommander instamment la conservation.
(0 Aussi dans la dernière séance ,ilu Contilé des. monuments du Limbaui'g, 'a laquelle le soussigné, depuis attaché au Comité de Liège, a assisté, l'avis n-l-il été émis qu'il n'y avait pas lieu d'efTectuer le paiement du subside promis, pour inaccom plissement des coud liions,
{*) Bail, cité, pp. Zli el 576.
(a) Voir, outre les réclamations mentionnées ibiH.. p. 376, Biilleiin île la Sociélé àcimlifique. el lilUraireûii Limbourg, XII, p, 116.
Enfin une reclificalion (t) pour terminer.
L'auteur du présent article, suivant une fausse piste, avait cherché parmi les écrivains luxemboui^eois et n'y avait pas trouvé certain Braimius dont parle G. de Wiltheim dans ses DisquisilioTiPs (a).
Voici, grâce à une indication du savant vicaire Habets, président de la Société archéologique de Maestricht, de qui il s'agit : Georgius Braun et Franciscus Hohenbergius ont publié, en 1372 (privilège daté de 1576), une cosmographie Irès-connue, où se trouvent des observations sur un grand nombre de localités. Dans le II' volume, au dos d'une carie représentant une vue de Luxembourg, de la colonne d'Igel et des jardins du comte de Mansfeld, à Clausen (s), se trouvent les mentions suivantes :
a Porticus amplae conspiciuntur quae ab illustrissinio comité Mansfeldio deslinalae ut in eis reponeret quaecunque nancisci posset antiquilatis monumenla , quorum magnam jam habet copiam ex diversis locts, et Arlunio inprimis pelilam, quod Arelunum ab ara deae Lunae, ut Luxemlïurgum à Solis lumine, nomcn sumpsisse vulgi opinio est, prout etiam reliquos planetas peculiares suas
(i) Ed son lien fl place viendra une autre recliflcatioD sur une inscriplinii de Rome concernant la Dea Ardaina ou Arûoinna ï lort contestée, el dont le vol. V[ du Corpus iiiscripiionem laiinarum, rfoemmenl publiii, vient de constater renislencc Jusqu'au xvi* siècle, époque oji ou l'a malcncontreusemeiil Tait disparaître.
(t) Butl. ci- dessus, XV, p. »S.
(a) Avec la rubrique : < Itluslrissimi et gencrassissinii Domini D. Pcth Ernesli Uansfelpigi comitis, ad Luxemburguni palalium horti el domus magnifica admlranda praestantissimarum picturarum et Dioimntentorum antiquorum colonia. >
sectes habuisse in hoc Ducalu, ex historia Ëgdberli archiepiscopi Trevirensis constat Itaque velut antjquitatis coloniam hue deduxisse videtur, nec ullo alio in loco Arlunium illam antiquam quaerendam esse, Sunt autem maxima ex parte simulachra deorum gentilium et epitaphia, quae in crepidine fontis illius pulcherrimi ac claritudinis eximiae, que dileclae quondam conjugis Mariae de MontmoreDci niemoriam sancte conservât, crebro ad Mariae Tontem (sic enim nuncunpavil) aventando, sic sunl pari intervalle disposita, ut liber sit ab omni parte ad singnios lapides accèssus, et inscriptiones quibus temporum injuria minus nocuerat, commode legi possint... i
On remarquera que ce passage est presque textuellement le même que celui de Vliinerarium de Vivianus et Orlelius, imprimé seulement en 1584; mais comme ce voyage est daté de 157S (voir in fine), il a probablement circulé en manuscrit dans les mains des savants, car au verso du plan de Luxembourg, Braun et Hohenbei^ius citent formellement Xhinerarium belgicum d'Orlelius.
Ce n'est pas, du reste, dans la première édition du Theatrum orbis terrarum, publié par Ortelius en 1570, que Braun et Hohenbergius auraient pu trouver les mentions répétées par eux, attendu qu'elles ne s'y trouvent pas et que la 2* édition dudit Tkeairum est elle-même fort laconique à ce sujet.
Arlon, 9 avril 1877.
H. SCHUERUANS.
D,i.,.db,Googlc
(2* article)
En 1887, une discussion très vive (i) s'est élevée en Angleterre au sujet des anciens remparts de Chester (s) : les uns prétendant que ces remparts datent seulement du moyen âge; les autres soutenant, au contraire, que ces remparts étaient primitivement ceux de la ville romaine de Deva ou Caslrum legionum {Karlegton, au moyen âge), et que ces remparts sont encore en place, insiiu...
On verra plus loin que les remparts de Chester, par la disposition interne de leurs assises de pierres monumentales et funéraires, sont absolument semblables aux remparts
(0 On y accuse un archéologue émineni(i'Angl«teiTe(do(it les conclusious sont absolument conformes !i celles du présent travail) d'agir par pure méchanceté {sheerperverally)!...
[«) Voy., entre autres, le Cftetf«r Cauronf du 34 aaiï.l et du T septembre 18S7, oii est intervenu le célèbre Roach Shith pour contredire H. Thompsod Watein; The Aeadems du 30 août 18S7, The Ule of Wight Adiiertiier du .1 seplanbre suivant; le Cbesbire Observer; Tlie Suilder du commencement du même mois ; sir ias.'A. PicTOM, Hôtes en Ihe Citg V/altt of Chester (British archaeological AssociatioD, winter session, in London, 16 novembre 1887}; Roach Suite, 0» the roman WalU of Chester (même publication); 1d., On the roman Wall» of Chater and ou the Ditcoveries maie in them (The aniiquart/ de février 1ES8). Cfr. Id., Colleotanea antique, VI, p. 28, etc.
romains de toutes les villes de la Gaule... et même de celles de l'empire romain tout entier, La conclusion viendra en temps el lieu.
Voici le texte absolument inédit d'une loi romaine de l'an 288 de l'ère chrétienne :
« L'empereur Caesar Gaius Aurelius Valerius Dioclétien Pieux Heureux Invaincu Auguste, et l'empereur Caesar Marcus Aurelius Valerius Maximien Pieux Heureux Invaiacu Auguste, à tous les fonctionnaires que la chose concerne :
» Noire prédécesseur, l'empereur Gallien, a pris, pour Vérone, à raison des barbares qui avaient pénétré jusqu'à Ravenne, des mesures qu'il convient d'appliquer à tout l'empire.
» Par suite des invasions des peuples barbares qui, depuis quelques années, ont franchi les limites du Rhin, du Danube el de l'Ëuphrate, il y a lieu d'assurer la sécurité du territoire romain. A cet efTel, sur tous tes points menacés et même à l'intérieur, partout où l'invasion a passé et pourrait se présenter, non seulement de nouvelles fortifications seront établies, mais, de plus, les villes exposées serontentourées de remparts.
» Partout où la surface des villes est devenue trop grande pour le nombre de ses habitants, elle sera réduite pour faciliter la défense et tous les monuments religieux, funéraires ou autres, détruits par les invasions ou même restés debout à l'extérieur, dans le voisinage où ils pourraient servir à abriter des assiégeants, seront renversés et transportés sur le (racé des i-emparts à établir.
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- ss —
" Là, sons la protection des divinités auxquelles les remparts, choses saintes, sont consacrés, tes pierres des auleis et des tombeaux, choses religieuses, seront placées soigneusement a la base du mur à construire, les unes sur les autres, sans ciment, de manière à ne pas endommager les parties saillanles et à préserver les dédicaces aux dieux et aux mânes.
> La maçonnerie massive ne commencera qu'au dessus des assises de pierres monumentales, qui seront cachées aux regards par les pierres de revétemenl... »
Le texte de celle loi sera peut-être retrouvé un jour; mais, de même qu'on peut déduire un principe de la constatation de ses conséquences, de même le texte cité est prouvé par l'exécution qui y a été donnée.
Commençons par contrôler l'application de cette loi à la Gaule.
Quand on voit partout des murs épais de quatre à cinq mèlrcs, contenant à leur base des monuments romains bien conservés, tous antérieurs à la fin du m* siècle, sans le moindre mélange avec des monuments postérieurs; quand les enceintes déterminées par ces murs entourent des villes beaucoup plus petites qu'avant ou depuis; quand, outre les textes des auteurs du iv* siècle qui parient de ces remparts, on lit sur certaines de ces enceintes des inscriptions de la fin du m' siècle constatant l'édification récente des remparts bâtis dans dépareilles conditions; quand, enfin, on sali que l'an 285 est celui du dernier effort des insurgés gaulois, réprimés pour longtemps, on ne peut pas douter de l'existence de cette loi, au moins pour la Gaule.
Mais n'anticipons pas.
II s'agit d'abord de présenter quelques observalïons
*• Voici déjà une série de villes de la Gaule doiil les murs ont été trouvés, « bourrés, farcis » de monuments romains dans les conditions de la loi supposée-: Angers, Angoulème, Ârlon, Âulun, Âuxerre, Bayeux, Beauvais, Besançon, Béziers, Bordeaux, Boulogne, Bourges, Chàlons, Dax, Die, Dijon, Évreus, Grenoble, Langres, Lillebonne, Limoges, Luxeuil, Lyon, Mans (le), Marseille, Melun, Metz, Namur, Narbonne, Nantes, Nimes, Orléans, Périgueux, Poitiers, Reims, Rouen, Saintes, Savernc, Senlis, Sens, Boissons, Strasbourg, Toulouse, Tours, Trêves, Troyes, Vermand, Vienne.
Et l'on peut ajouter à ces quaranle-huit villes où le fait a été constaté, des postes secondaires dont les remparts ont été construits dans des conditions semblables,, comme Jublains, près de Mayenne, Larcay, près de Tours (i), plus un certain nombre de villes romaines importantes, dont Paris, qui n'ont pas encore été étudiées au point de vue de leurs anciennes enceintes.
On verra plus loin si la Gaule a fait exception au restant de l'empire.
2o Partout les villes ainsi fortifiées ont été resserrées et les enceintes se sont restreintes d'autant.
« Il est à remarquer, disait M. de Caumont (ï), que
(<) Roacli Shitr, CoUectanea aaliqaa, lit, p. 103; IV, p. i 10. {t) Bulletin monumental, <8S9, p. ii;t; w^. iaw Htvue iei StKiiîit lavanlet ilei déparlements, 5* série, VIII (1871, S" semestre), p. iU.
tontes DOS cilés, environnées de muraittes romaines, furent rétrécies dans leurs proportions pour être d'une déreose plus facile. >
Gela a été observé pour la plupart des villes romaines de la Gaule : > Les habitants ne cherchaient pas à protéger la ville entière à cause de sa grande étendue; mais ils choisissaient la partie la plus facile à défendre, renversaient les monuments qui gênaient la défense, en employaient les matériaux à la construction des murailles el laissaient intacts ceux qui se trouvaient en dehors de l'enceinte nouvelle. C'est ainsi qu'ont été conservés les amphithéâtres de Bordeaux, Saintes et Angers, tandis que ceux de Périgueux el de Tours ontété convertis en bastions (i) ».
Il faut cependant s'entendre : il était inutile de s'enfermer en des remparts, lorsque à proximité on laissait subsister de grands édifices comme des amphithéâtres d'où les assiégeants auraient commandé l'intérieur de l'enceinte. Si, par exemple, l'amphithéâtre deBordeaux (dit palais de Gallien) n'a pas été abattu lors de l'élablissemenl des remparts, c'est à cause de la distance très grande (1,000 mètres) qui le séparait de ceux-ci (î) ; quant à Périgueux et à Tours, le tracé
(i)XXXIX' Congris arcltéolugigiiede France, p. iOS; \ti^. aas&\ XXXVIII' id., p. 31..
(i) On peut s'en faire une idée en jetant les veux sur \» prcmiÈre planche inlitulée < Plan Ae Borileau::, b3li par les Romains, l'an 360 n, de l'Hitloire complète de Bordeaux d'O'REiLLY.
Cour Véi'onc, sur laquelle je reviendrai dans un troisième article et dont l'ampliittiifttre célèbre lut laissé en dehors de la ville réduite, PjItivinius cbercbe il prouver que les amphi théâtres étalent le plus souvent exlra mura»; Haffei, de son cCiié, a déoiontré que des pierres de l'amphillicâtre de Vérooe ont été retrouvées dans les remparts du m' siècle.
DictizedbyGoOJ^IC
des nouveaux remparts passait précisément par l'amphithéâlre, et pour pouvoir se servir d'un des hémicycles de ceux-ci comme bastion, on a fait dévier ledit tracé.
Dans plusieurs villes de la Gaule, l'espace entouré de nouveaux remparts s'est appelé la Cité, et ce nom y est resté attaché à Périgueux et à Bordeaux (t)-
Acceptons cette expression, qui est juste, pour désigner en général les enceintes réduites : dans la plupart des cas, la Cité avait une superficie très médiocre, quelquefois à peine cinq hectares; le périmètre des remparts nouveaux varie de 900 à 2,500 mètres au plus; dans tel cas, la Cité n'occupe pas plus de la neuvième partie de la ville d'aujourd'hui (s).
En Angleterre, on semble n'être pas de cet avis, et l'on croit que les remparts à couches de monuments romains ont clé établis pour agrandir les villes : un fait mal observé ne serait-il pas la source de celte opinion?
Ce fait est la trouvaille de sépultures, en dehors de l'enceinte de la Cité, mais à l'intérieur de celle de la ville : d'oii l'on a conclu qu'en agrandissant on a compris le cimetière placé en dehors de la Cité.
Mais n'est-ce pas le contraire qui a eu lieu? les entei^ remenis des morts de la Cité n'ont-ils pas été faits dans le sol de l'ancienne ville alors inoccupé, et redevenu ville lorsque des remparts ultérieurs du moyen âge ou des temps modernes auront de nouveau permis aux habitants de la Cité de s'étendre autour de celle-ci?
(i) R. Smith, Coll. on/., VII, p. SI ; Sociéli archéologique de Bordeaux, IV, p. IS3.
(i) XXV' Congrès, ff.iZ, 199; XXIX' a., p. 41.
— sali se pourrail bien qu'il en fût ainsi : certaine monnaie de Domilien, il est vrai, mais trouvée dans la bouche d'un squeletle en une de ces sépultures, serublerail indiquer qu'on n'est plus au temps où les morts étaient brûlés, et il s'agit peut-être d'une sépulture du temps de Constantin.
Si les fortitications avec ceinture de monuments romains ont, en Angleterre, agrandi les villes au lieu de les rétrécir, il échappe à la thèse ici présentée un appui important : c'est surtout par la similitude des procédés employés qu'on obtient plus facilement la conviclion de l'unité de cause.
Mais enfin cela serait encore explicable à raison des événements qui avaient eu lieu dans la Gaule, où, à cause de la guerre des Bagaudes, des invasions des Barbares, il y avait eu un tel dépeuplement, que défendre les villes sans les diminuer aurait été impossible; en Angleterre, si les sépultures découvertes à l'intérieur des murs sont réellement un fait bien étudié et correspondent à une incorporation d'un territoire anciennement situé extra muros, c'est que la population commerçante de Londres et de Chester était très nombreuse et que, pour la proléger en vue d'attaques futures contre lesquelles il fallait des précautions, on a voulu donner de vastes proportions à l'enceinte.
Une assez plaisante interversion de faits a été faite à propos de Bordeaux : il est certain que la ville était plus grande avant la construction de ses remparts à base de monuments antiques (remparts où l'on a trouvé notamment une inscription de l'an 238, évidemment antérieure); ces murs ont donc été construits sans doute après l'amphithéâtre de Gallien (253-268). Or, voici ce qu'a imaginé un
auteur, pour expliquer ta présence eœira muros de cet amphithéâtre et d'autres oioaumenls encore :
1 Si l'on lient à pénétrer les motifs qui engagèrent les Romains à n'élever aucun vaste édifice dans l'intérieur du Bordeaux primitif, l'on en trouvera sans doute les raisons dans cette circonstance que la ville, circonscrite par des murs d'enveloppe, ne présentait alors qu'un espace fort exigu. Les piliers de tutelle, l'amphithéâtre e( d'autres grands monuments furent obligatoirement érigés en dehors de l'enceinte; car lorsqu'on forma celle-ei, le rapide succèsqu'oblint la ville, ainsi que les établissements splendides qui sont la conséquence nécessaire el le résultat de la richesse et de la prospérité, ne purent être prévus, tant se trouva prodigieux le développement de Bordeaux (i). »
Or, entre ce que l'on appelle ici la Cité et l'amphitbéàlre de Gallien se trouve un cimetière romain, donc sur le territoire ancien de la ville : c'est le cimetière de la Cité qui fut englobé depuis dans le territoire actuel de Bordeaux.
3° Les murs antiques contenant des assises de monuments avaient partout des diinensions analogues.
Constamment on nous parle de murs de dix, douze, même quinze pieds d'épaisseur; en général, quatre à cinq mètres (i).
La différence dans le plus ou moins d'épaisseur tenait sans doute aux circonstances locales, à la solidité du terrain;-
(<) Aug. BoHDBS, Histoire dei monumenU anciew el modernes de la ville de Bordeaux, donl la I" planche est la mâma carie <le la silualion antique qne dans l'ouvrage d'O'RHLLï.
(») Voir, par exemple, XXIX' Coogrèt, p. 34, XXXYII' id., p. 3i6.
DictizedbyGoOJ^IC
mais partout il s'agit de murs de plusieurs. mètres d'épaisseur.
Or, les murs de Dijon que Grégoire de Tours (i) dépeint comme construits au m' siècle, précisément à l'époque où l'on rapporte ici la construction des murs des autres villes de la Gaule, sont décrils par lui comme ayant une épaisseur de quinze pieds.
4° Partout les monuments romains des remparts des villes se sont présentés dans les mêmes conditions : ils étaient placés à sec, en couches superposées, sans liaison de mortier et adaptés le plus exactement possible (comme le montre la planche placée en tète de cet article, elle représente l'aspect du Tond de la cour de l'habitation Gérard, à Arlon; les blocs étaient tout façonnés, il avait suffi de les masser, de les monter, et on avait achevé d'établir la muraille au-dessus (2) ; c'est là qu'un approfondissement avait lieu en f8S4 aux dépens du rempart).
Partout les monuments ainsi entassés, ^uf quelques écornures des reliefs indispensables pour assurer la régularité des assises, ont été traités avec des ménagements que signalent les observateurs (s).
Gela indique, à n'en pas douter, du respect et même de la vénération, sentiments qui ne peuvent avoir été ceux des chrétiens. D'où la conclusion que ce travail a été fait en plein paganisme.
(i)/fù(., in,i8.
I*) l'MT, HUtoire li'Arlon, 1, p. 38.
(i) Voy. noUminent pour Bordeaux eiBéziers.R.SiiiTii, Call. ani Revue tU»Soeiélé4iavanle», etc., &'»itk, IV(1S7i), 9<seineslre, i
L'idée que les monuments gisant à la base des remparts, onl élé renversés par des chrétiens a longtemps été dominante. La Première instruction du comité des arts et monuments (institué en France par M. de Salvandy) s'exprimait ainsi (i) : « Les murailles (des remparts élevés dans la décadence de l'empire). sont bâties sur les restes de grands édifices, comme si on les avait sacrifiés pour en tirer des matériaux à l'approche du danger. Les progrès de la religion chrétienne expliquent encore comment un grand nombre de temples furent démolis et leurs matériaux employés à ces fortifications. >
Aujourd'hui on admet que le sentiment chrétien est incompatible avec la vénération dont les pierres monumentales sont restées entourées dans leur enfouissement (a).
On ne doit pas oublier, d'ailleurs, que si les pierres enfouies sous les remparts des villes montrent des dégradations, rien n'oblige à les attribuer aux constructeurs des remparts ; ces pierres proviennent de monuments qui avaient subi les attaques des Barbares et que ceux-ci n'avaient pas ménagés.
Le fait du placement de monuments romains à la partie inférieure des remparts se présentant partout le même, suffit pour autoriser la conclusion que tous les remparts établis dans ces conditions exceptionnelles, sont contemporains; mais voilà que parfois, jusque dans les plus petits détails, ce placement s'est fait uniformément en des localités bien
(0 César Dalï, Revae générale de Varehileciure et dti travaux publia, V (181*), cul. 133.
(i) Tel étail déjà l'avis de H*FFEr dans sa Veram illuslra'a; j'y reviendrai àaai mon iroisièmc article.
éloigDées l'une de l'autre. Le castrum de Larçay, près de Tonrs, el la Cité romaine de Londres ont tous les deux présenté la particularité de colonnes sciées dans leur longueur dont les fùls, reposant allernalivement sur la partie ronde el la partie plate, sont soigneusement jux(aposés à la base des remparts (i).
A Périgueux même, les assises de colonnes atteignent jusque deux à trois mètres d'épaisseur sous la grande salle du château de Barrière, qui faisait partie des fortifications anciennes (ï).
b° C'est donc par suite d'une observation mal faite ou en vertu d'une idée préconçue que certains auteurs dépeignent les remparts en question comme construits à la hâte, avec précipitation, avec fièvre (s).
Pour se convaincre de la fausseté de l'idée, il faut d'abord se représenter le temps qu'a du coûter l'éreelion de 1,000, 2,000 mètres de remparts épais et élevés (i); il faut ensuite vérifier partout avec quel soin les pierres monumentales ont été justa- et superposées, pour ainsi dire calées les unes
(0 R Shitb, Celt. ant., [V, p. 10 (dessin), et V[, p. 283; Id., Chaier CotiroRt, aoùlISST.
a) XXV Congrès, f. SOO.
(s) Getle iilée, comme celle qui est réfutée au numéro suivant, se rencontre sou- Tent exprimée; TOir notamment Première iasiriiciion da Comité det arlt et tBonumenli. citéeci-dessus; XXIV Congrès, p. lin ; X XXIX' id., p. im\Bevus dtsSodéli* savantet, etc., 5> série, VIII (â* liemesire 4874}, p. 3S4; Phat, HUt. d'Arlon, I, p. 38; Schaves, Histoire de t'arehitecture eu Belgique, I, p. 203, etc.
(t) Nous savons que les quelques cents mètres des remparts de Vérone, qui setwrnent Ji rejoindre les deux rives ds l'Adige, ^n coupant la presqu'île, ont exigé huit mois, d'avril â décembre, d'après l'inscription placée sur la porte dei Borsari, en cette ville : hyhi verohens