‹ Remparts d'Arlon et de TongresChapitre 2 sur 6 · DEDICATI . PH . NON . DEC · texte numérisé non relu

DEDICATI . PH . NON . DEC

sur les autres. Il y a là une œuvre de patience et de calme qui prouve qu'on agissait en pleine sécurité, dans une période de paix et de Iranquillilé.

Une autre observation qui prouve l'absence de précipitation dans les travaux, est la minutie des détails compléraenlaires : à Périgueux, où le rempart dans tout son circuit est rempli de monuments antiques, la partie supérieure a été bàlie en petit appareil dont le revêtement tantôt alterne avec de longs cordons de briques, lanlôt est disposé en échiquier à l'aide d'épais carreaux en terre cuite; en d'autres endroits, certaines parties du parement extérieur présentent une espèce de mosaïque grossière, par la combioaison de pierres noires et blanches et de briques rouges ( i)- Tout cela indique qu'on avait bien le loisir de soigner l'œuvre et qu'on ne se pressait guère pour l'achever.

Laissons donc de côlé l'idée que les remparts des villes ont été bâtis en hâte; il a fallu beaucoup de temps et de soin pour exécuter de pareils travaux (s).

6° Les couches de pierres monumentales romaines qu'on trouve à la base des antiques remparts ne sont pas composées de matériaux » qu'on avait sous la main », comme on le dit souvent (s).

Beaucoup de monuments extraits aujourd'hui de ces remparts sont des pierres sépulcrales. Wiltheim avait remarqué cette prédominance des monuments funéraires dans le contenu des remparts : « Moles ista saxea aliud nihil fuit quam congesta sepulcralia monimeuta. »

(i) Première imtruciion du ComUdet aris, eic. (t) JJV'Consfrii, p. aoO.

(i) Voir le Duméro précédent.

Or les tombeaux élaient en dehors de la ville ancienne, qui s'élalait bien au delà de la Cité. Pour aller les chercher et revenir les placer à la base des remparts à construire, il fallait faire un long trajet; quelquefois il a fallu même les hisser laborieusement à des hauteurs considérables, comme à Auxerre, à Besançon, au sommet de monticules rocheux où la pierre abonde ; à Namur, on a pu juger de celle difficulté par la peine qu'on a eue à descendre de la, pour les déposer au musée, les pierres à inscriptions qu'on y avait transportées jadis pour servir de base aux remparts.

T Les monuments relrouvés à la base des murs avaient été récemment démolis,

Ce fait a élé remarqué en maint et maint endroit; on admire partout la fraîcheur des sculptures, il s'est même trouvé des inscriptions dont les lettres élaient encore rouges du minium qu'employaient parfois les Romains à cet usage (i).

Pareille observation, aussi bien que l'absence de tout objet postérieur aux Romains dans les fouilles des remparts en question, réfute l'idée que la construction de ces remparts daterait seulement du moyen âge, ou même de la Renaissance, comme d'aucuns l'ont prétendu.

Mais si des pierres monumentales — autres bien entendu que des inscriptions relatives aux remparis eux-mêmes — se trouvent encastrées à l'exlérieur des murailles, ce sera là un fait évidemment moderne : le cas s'est présenté pour Narbonne. Des excavations ayant été faites dans les remparts

(i) Vnir ei-(Jessus, Bull, det Cotnm. roy. d'arl et d'archiol., XVI, |i. 463, et H. Smith, CoH. ani., V, p. 168.

sous François I"; on inséra les pierres monumenlales extraites dans les parois extérieures des murs (i); cela a été mal à propos pris pour un travail des anciens (s).

8" En rassemblant avec un soin pareil les pierres monumentales à la base des remparts â construire, on ne se souciait pourtant pas du tout de placer ensemble les parties d'un même édiSce.

Certes, on oe peut pas supposer que l'éparpillemeut de ces membra disjecla ail été fait avec inlenlion; mais si l'on n'a pas eu l'intention de maintenir réunis les débris d'un même monument, c'est bien certainement qu'on n'enterrait pas, dans les remparts des villes, les débris des monuments romains pour les utiliser (s) ou au moins pour les utiliser ultérieurement en des reconstructions d'édifices pareils : leur enfouissement sous des remparts d'une durée indéfinie (d'après la pensée de leurs fondateurs) démontre bien que les démolisseurs avaient abandonné toute idée de rétablis* sèment des monuments eux-mêmes.

Il s'agît donc de traiter de chimère l'explication laborieuse du fait présentée par les auteurs, qui ne savent comment concilier le renversement des monuments et la préservatioii des débris.

- < Les constructeurs des remparts pensaient-ils qu'on remettrait un jour en lumière ces tombes, ces autels païens? Il est probable que la pensée chrétienne n'avait pas ôté de leurs cœurs l'amour de leurs ancêtres ni même le culte des

(i)R. Shite, Cd». an(., V[[, p. »0; Id., OnlherotaauwalitofChttter.

(») XXV' Congre», pp. 199 el 260.

(ijRtmtiet SeoUlit tavantu,y ièr'it, IV (18T2, 2*seni.), p SU.

Taux dieux, puisque partout on retrouve les autels tout entiers et bieu conservés. Les ouvriers s'imaginaieot-ils que l'ancienne mythologie pourrait renaître? Voulaient-ils conserver le souvenir du culte de leurs pères ? Ils avaient trop de soin de perpétuer leur mémoire dans les funérailles pour qu'on croie que ce sentiment fût anéanti par la loi nouvelle qu'ils venaient à peine d'embrasser et qui, du reste, n'y élail pas absolument contraire (i) ».

La main et la pensée étaient toutes deux païennes et dès lors tout s'explique naturellement.

9' Il ne peut s'agir de considérer l'introduction des pierres monumentales à la base des murs comme étant un fait de réparation de ces murs (s).

D'abord, si c'avait été a titre de matériaux de restauration que les pierres furent employées, on ne comprendrait pas l'absence de ciment.

Mais des remparts de villes ne sont pas des maisons qu'on peut ouvrir, vider, remplir, refermer. Pour y insérer, depuis la construction, des pierres à la place d'autres, il aurait fallu faire des brèches et ces brèches auraient du èlre considérables, vu l'espace qu'occupent les couches de pierre monumentales à la base des remparts ; autant vaudrait parler de reconstruclion complète, et alors réparait la thèse de la construclion contemporaine de tous les remparts analogues.

Le fait est trop général, trop constant, pour qu'on puisse le considérer comme simplement accidentel : dans le même rempart, c'est souvent tout autour de l'enceinte que se

(<) pBAt, Hiit. li'Arloit, l, p. 107.

(t) Cluiler couram du 34 août 188T.

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trooveQl les sculptures et iDScriplions; eoGo, Jamais on ne signale de brèches daas les paremsDts à l'endroit où l'on découvre des inscriptions, el bien certainement, si l'on avait réparé les niui-s en y introduisant des pierres de grandes dimensions, on en verrait des traces dans l'appareil extérieur des murs ; au contraire, un indice pour trouver des monuments à la base des remparts est l'intégriié de l'appareil des murs qui les renferment; lorsque les pierres de revêtement sont bouleversées, il y a grande chance de trouver aussi du bouleversement à l'intérieur.

Il faut donc abandonner l'idée de murs du premier siècle restaurés par les Romains du m* ou du iv' siècle ; des réparations ont certes pu être effectuées aux murs : mais les pierres monumentales y avaient été déposées auparavant.

A Arlon, on avait scrupuleusement observé la loi attribuée à Dioclétien et Maximien.

L'enceinte romaine, beaucoup plus petite que la ville actuelle, qui n'est pas bien grande, est tracée autour de la partie la plus élevée Je la colline. On peut, sur les cartes (i), suivre au milieu d'Arlon, sur la moitié du périmètre à peu près, deux lignes courbes parallèles dont l'interne est formée par le rempart antique et l'externe par la Grand'ftue et la rue de l'Athénée; c'est dans la première qu'ont été trouvés les monuments romains.

(0 Voir le plan d'Arlon en 1814, inséré dans VHitt. d'Arien de M. Prat ei dans les Annale* de Tlnstilul archéologique d'Arlon, Vil, atlas, 3* série.

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Le mur du rempart étftil fort épais etWiltheim a pu dire, sans exagération, qu'un char eût pu à l'aise en parcourir la crèle (i).

Voilà pour l'apparence exlérîeure; voici pour le contenu (trouvailles sur l'emplacement des anciens remparts encore en place cl ce, en négligeant une série de découvertes faites à proximité do ces remparts et provenant aussi, selon toute probabilité, de ceux-ci dans les parties où ils sont aujourd'hui complètement renversés) :

C'est probablement dans les remparts d'Arlon détruits en 1558, par les Français, que le comte de Mansfeld fit, en 1565, l'ample moisson de monuments sépulcraux el d'autels dont il orna ses jardins dé Clausen, près de Luxembourg,

Voici comment Wiltheim (a) décrit l'étal des murs détruits en 1671.

Après avoir parlé du rempart et de son mur intérieur, il ajoute : « on avait amoncelé comme fondements d'immenses blocs de pierre, les uns carrés, les autres triangulaires, d'autres de formes différentes, tous remarquables par des inscriptions ou des sculptures en relief et, outre cela, do nombreux et de grands fragments de corniches, de frises, de chapiteaux et de piliers ou colonnes; ces pierres étaient couchées les unes sur les autres, tellement pressées et justes, qu'elles présentaient l'apparence d'une autre muraille, mais sans chaux, rendue solide par leur immobilité c (incumbebanl haec cuncta sibi invicem, ila dense apteque, ut

(0 Annales d'Arlon, IV (1834-55), p. 26.

<,tj Luxemburgum romanum, p. 3*2; Prat, Hist, d'Arlon, l, p. 3B.

aiterius mûri speciem praeberent, sed absqae caice, qm'ppe sua mole immobililer cnbanlia) >.

El plus loin : i sur une coucbe de gravier, de grosses pierres longues et larges, ajustées en couches épaisses les unes au-dessus des autres, el le mur était construit au-dessus de ces pierres (supra stramentum glarc» magni lapides série longa et lata, sibi invicem densissime- incumbttntes; supra lapides murus erat) >.

En 1805, dans l'encoignure de la place du Marché, on s'occupa de construire ou de réparer un bâtiment dans une cour de derrière. On dut démolir un ancien rempart. On y trouva, dans le bas, des pierres de taille dont plusieurs porlaienl des figures et des ornements (i).

En 1809 (î), une pierre antique a été retirée de la colline des Capucins, enfouie daos les fondements d'un ancien fort qui a été rasé.

En 1844 (3), on agrandit la cour d'une maison de la Grand'Rue, toujours dans la ligne des remparts de la cour du vieux château d'Arlon, et l'on rencontra plusieurs grosses pierres sculptées; deux de ces pierres furent extraites. Pour obtenir les autres, il aurait fallu fouiller un grand espace et creuser sous des maisons.

Pendant quelques années, avant 184.7, dans les jardins situés au pied des remparts de la ville qui font face aux Capucins, du côté de la campagne, on déblaya le terrain, on rencontra un très grand nombre de débris de construction.

(i) Annales d'Arlon. Vri, pp. S9, 63, etc.

{t)lbid.,\i.61.

(i) im., p. 6(.

— ride grosses pierres de taille brutes, ou bien ornementées, des chapiteaux, des fûls de pilastres cannelés, etc. Quelquesunes de Ces pierres étaient de forte dimension. On parla, dans ce temps, de la découverte des ruines d'un temple romain.

Ces mêmes déblais de terre ont été continués dans un terrain voisin et des masses de pierres furent encore mises au jour. C'étaient toujours des pierres brutes de toutes dimensions; plusieurs étaient couvertes de sculptures. L'un d'eux est un bloc énorme triangulaire avec une inscription bien conservée.

Des travaux de construction ont dû être opérés en 1854 dans la cour d'une autre maison Grand'Ruc (la maison Gérard, voir pi. 1). Pour exécuter ces travaux, on a dû abattre une partie des remparts que l'on croit avoir appartenu à la cour de l'ancien château. Cette démolition a fait voir des pierres de taille posées sans ciment les unes sur les autres; l'une d'elles était en forme de tombe et portail quelques caractères; on reconnut, par ce qui s'était déjà passé à Arlon, en 1 672, lors de la démolition des fortifications de cette place, que l'on était sur la trace de monuments romains (i).

On procéda à l'enlèvement d'une première assise de pierres de taille, ce qui exigea la démolition d'une partie du mur du rempart. Ce travail mit à jour, outre plusieurs pierres de taille brutes, le dessus d'une corniche avec entablement ornementé, quelques pierres avec figures et un tombeau d'une

(i) AuTtale* d'Arlon, 1854-1S55, IV, p. i

seule et grande pierre portant une inscription parfailement intacte de quatorze lignes (i).

Au-dessous de la première assise de pierres, il y avait d'autres pierres; il y en avait à droite et à gauche sous les propriétés voisines; plusieurs étaient sculptées; après quinze jours d'un travail assidu et lent, on avait enlevé un certain nombre de ces pierres, plusieurs brutes, plusieurs sculptées, et cependant d'autres pierres en grand nombre apparaissaient toujours sur le devant et sur les côtés. Les recherches ODt dû cesser parce qu'on ne pouvait plus, sans danger, opérer des recherches en dessous de la muraille du rempart et de maisons superposées à celle-ci.

En reconstruisant, en l'année 1856, le mur des remparts dans la cour de l'athénée d'Arlon, on a retrouvé au pied de ces remparts des blocs de pierres, celles-ci posées comme dans la découverte de 1856, les unes brutes, les autres couvertes d'inscriptions (a).

Si l'on avait continué la reconstruction de la muraille du côté gauche, on aurait encore extrait des pierres monumentales romaines : elles étaient visibles

En 1862, encore sur l'emplacement de l'ancienne enceinte, on découvrit trois pierres sculptées; où elles ont été détachées, il y en a d'autres, comme il s'en est rencontré sur la même ligne dans le pourtour d'Arlon ; elles servent d'assises et de fondement aux habitations et il est impossible de les extraire.

(i) C'est la pierre qui porie au revers les lettres v.q. d ou k c l d (pi. i); l'inscriplion en quatorze lignes est à Finlérieur : Bull, des Comm. roy. d'art et d-archÉol. , •Vll,p.a6,a' U.

(î) Anaales d'Arlon, VU, p. 68.

En 1869, en retournant une pierre de taille provenant du dessous des remparts d'Arlon, vis-à-vis de la caserne Léopold, on reconnut qu'elle était sculptée.

Enfin, au mois de mai 1870, dans la rue des Capucins, les travaux de déblai ont fait découvrir de nouveaux débris romains, pierres sculptées et inscriptions, toujours à peu près dans la direction des murailles de l'enceinte antique.

Ces diverses découvertes et d'autres qui se feront plus lard, ont été annoncées par Alex. Wiltheim, à propos de la destruction de la forteresse, en 1G71 : « Déjà il me tombait dans l'esprit que des pierres du même genre étaient encore enfouies... et qu'on pourrait, dès à présent, prévoir un temps à venir où elles seront mises au jour, x

Les découvertes de 1834, de 18SC, de I8()2, de 1869 et de 1870 ont présenté les mêmes faits, les mêmes circonstances que la démolition de 1671 : les pierr<'s provenant des monuments de VOrolaunum romain étaient placées les unes à côté des autres par lits égaux et en plusieurs lits les uns sur les autres.

ï II semble même, dit-on (i), qu'on ait pris quelques précautions dans l'arrangement de ces blocs, afin de ne pas endommager, autant que possible, les figures et les ornements : on ne détruisait que ce qui était indispensable pour que les pierres fussent bien assises. >

En un mot (s) : a Dans les murailles anciennes conservées de la ville d'Arlon, dans les jardins en dehors des murs et touchant les remparts, soit détruits, soit debout, n'importe

(i) Annales d'Arlon, Vit, p, ' (!) M., p. 95.

OÙ l'on fouille, on découvre des monumenls des Romains, des monnaies des consuls et des empereurs. Ces débris sont nombreux. Les vieilles fortifications arlonaises en renferment d'autres peut-être plus nombreux encore ; quand verront-ils le jour? »

De même qu'en 1671 , on ne possède rien d'entier en ce qui concerne les monuments de quelque dimension, aucuu n'est complet; il n'y a pas eu possibilité d'en rétablir un. Il parait donc évident que, lors de la destruction des monuments romains, on ne plaça point les débris provenant d'un même édifice les uns à côte des autres; on les dispersa çà et là, sans aucun ordre.

Rassemblons encore quelques renseignements nouveaux au sujet des villes de la Gaule dont les remparts ont été trouvés remplis de pierres monumentales romaines :

Angers. Les murs de celle ville correspondent parfaitement à la description des remparts de Dijon (voir ce nom), par Grégoire de Tours : grand appareil à la base, petit appareil au-dessus (i).

En 1813 et en 1838, on a découvert dans le mur même de l'enceinle gallo-romaine d'Angers, et lui servant de fondement, plusieurs pierres sépulcrales; une inscription intéressante (de M. Elius Gervinus Nervinus) fut trouvée par M. Puységur en creusant une cave sous le rempart. On y a également trouvé des fragments de colonnes, de frises, de

(i) XXIX' ConQris, pp. 58, 66; XXXYIW, p. 30; XXXIX', p. 108.

chapileaux, de statues proTeaanl d'édifices anciens, sans doute du cirque, des bains, de l'amphithéâtre, qui avaient été laissés en dehors de l'enceinte rétrécie. .

Seulement, à Angers on signale les pierres monumentales comme ayant été «jetées dans Yempledon des murs», un fragment de frise romaine et un morceau de colonne ont été yus, dit-on, < empalés dans les fondations de l'ancien mur en emplecton très caractérisé. »

Le fait a-t-il été bien observé?

Les remparts d'Angers sont signalés comme ayant resserré l'ancienne ville précédemment ouverte ; on fait remarquer la ressemblance qu'il y a entre ses remparts et ceux du Mans et d'autres villes de la Gaule...

II serait étrange qu'Angers fût la seule ville où l'on eût rencontré les débris romains maçonnés et cimentés; mais n'aurait'On pas confondu là des réparations modernes avec la construction primitive?

En y regardant de plus près, on constate (i) que les remparts d'Angers ont été remaniés au xii' siècle; or, comme on a découvert en certaines parties des remparts des pierres de grande dimension * qui n'étaient pas bloquées dans du mortier ■, c'est sans doute aux remaniements susdits qu'il faut rapporter et restreindre Vemplecton en question.

Aulun. Edme Thomas, ancien historien de cette ville, attribue à Constance Chlore l'érection des masses prodigieuses par leur grandeur qui composent les portes d'Arrotix et de Saint-André, construites à !a romaine; il aurait employé ses soldats à celle construction.

(t) XX/X- CoagrÈi, p. 38.

Dans les fouilles inodenoes des murs d'Aulun, parmi de nombreux morceaux de marbres de différenles couleurs, on a Irouvi: plusieurs fragments d'inscriptions en beaux caractères romains (i).

A uxerre. On se rappelle (î) que lorsque S. Pèlerin arriva à Auxerre en l'an 2S9, celle ville n'était pas encore fortifiée, tandis qu'elle l'clail au siècle suivant, époque où vivait son biographe. . Il a été trouvé récemment une médaille de Teiricus dans le milieu de la maçonnerie d'une des tours de t'enccinte gallo-romaine. C'est une confirmation de l'époque indiquée. On ne peut démolir des murs à une partie quelconque de l'enceinte sans y trouver des débris romains et des sculptures; celte enceinte qui s'est établie sur la hauteur, n'est qu'une petite partie de l'espace occupé par la ville ancienne qui s'éfendail du côté dn sud.

D'après les historiens de la localité, Auxerre aurait été plus étendue avant l'époque où les remparts l'ont resserrée; depuis, elle se serait de nouveau dilatée en excédant ces remparts (a).

lieauvais. (Voir Dijon).

Béziers. Andoque nous apprend qu'avant 1650,- « force grosses pierres sur lesquelles esloient sculptés des disques, plats de sacrifices, tètes de bœuf sèches, rosaces, festons de fleurs cl dos aigles tenant des rubans >, furent trouvées en démolissant les remparts.

(i) Edme Thomas, Histoire de raniique ciU d'Aulaii, éd. moderne, p, 101, et

notes, p. 1 19.

(*) Bull. àMComm.roy. d'art et d'areliiol., XVr, p. 481, {») XXV' Congrès, pp. 692 el suiv. \'oj. aussi Bull, de la Soc. des Sdencei

hisl. et nalar. de l'Yonne, 1883, pp. 167 et suiv.; Duho, Bibliolh. bisl. de

VYQUite, l,pp. 26,27,29.

Même découverle en 1857; nombre de pierres sculptées el portant des inscriptions Turent exhumées des fondations des murailles comme à Tours, à Orléans, à Saintes, à Bordeaux et dans presque toutes les villes de la Gaule (i).

Bordeaux. Les murs de Bordeaux sont particulièrement caractéristiques pour la question. Les restes des monuments découverts en 1616 et 1827 et jusqu'à nos jours, dans les murs de Bordeaux, se font remarquer par leurs dimensions et la richesse de leur ornementation.

Les murs de Bordeaux dont Ausone, au iv" siècle, a constaté l'existence, se sont signalés par la révélation d'une inscription de l'an 258, ce qui indique d'une manière très précise l'époque où ils ont été construits.

C'est surtout à Bordeaux qu'on a pu remarquer le soin religieux avec lequel les pierres monumentales ont été disposées par couches pour ne pas les détériorer : la base des cippes funéraires contenait encore les urnes avec les ossements des défunts; les inscriptions et les reliefs des sculptures avaient été placés en dedans pour être à l'abri des accidents (î).

Boulogne. Les remparts de celte ville sont comme ceux des autres villes de la Gaule. L'enceinte qui est carrée, n'est pas celle de la ville romaine primitive, beaucoup plus étendue; c'est celle de la partie fortifiée contre les barbares; elle repond à ce qu'on voit à présent autour de la partie escarpée de la vieille ville; en dehors doivent s'être trouvés

(i) Revue det Société! tavaaies, 6* s^rie, 1 V (1S73), âcsemesti-e, pp. S9 el suiv.

(i) Sociéli archéologique de Bordeaux, V[i (mars 1880), pp. 26, *0, 63; Bévue iet Sociétés laeantet, 6> série, V (iSTT), p. 76. P. -Charles Kobekt, Let iirangert à Bordeaux, p.S;R. Smfth, Coll. ani., V,p, 163; VII, p. SO.

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les thermes et le théâtre. Quaad on a détruit le rempart de l'enceinte, on l'a trouvé rempli à sa hase de pierres sculptées provenant soit de tombeaux, soil de colonnes ())•

Die. Les murs romains de Die forment encore aujourd'hui une enceinte entière très remarquable; ils renfermaient un grand nombre de fragments d'édifices antérieurs (s).

Dijon. Cette ville est signalée comme ayant eu, ainsi que Beauvais, Ëvreux, Toulouse, ses murs bâtis en partie à l'aide de monuments religieux et funéraires, enlevés à leur destination et arrangés les uns sur les autres sans mortier, tandis que le mortier avait été franchement employé dans le surplus de la structure (s).

Grégoire de Tours (vi* siècle) décrit les mûrs de Dijon et en fixe la date dans le passage suivant, dont on n'a pas suffisamment apprécié l'Importance : ( Locus Divionum est castrum firmissimum mûris. Quatuor portae a quatuor plagis mundi sont positae; totumque aedilicium xxxiu turres exornat. Mûri vero illius de quadris iapidibus usque in viginti pedes ; desuper de minute lapide aedificatus habetur, hahens in altum pedes triginla, in latum pedes quiodecim. Veteres feniat ab Aureliano hoc imperalore fuisse aedificatum. >

La fin du m" siècle, où vivait Aurélien, peu avant le règne de Dioclétien avec ses associés, était donc bien assignée par la tradition à l'organisation de la défense des villes romaines.

(I) XXYlf Congru, p. 281.

(i) XXIV Congrès, p. 2*5.

(t) R. Shitd, On Ihe roaan wUl* ofChnter, p. <0; Id., Coll. aal., VII,

Êvreux. En 1833, on découvrit dans les remparts romains d'Ëvreux une quantité considérable de sculptures et de débris d'architecture de bon travail : fragments de corniches, frises, pilastres et colonnes de constructions grandes et importantes, des tombeaux, etc. MM. Bonnin et Raymond Bordeaux, d'après certaines observations qu'on a pu faire dans les démolitions successives de diverses parties de l'enceinte, alBrment que, dans les murs encore conservés, on trouvera aussi des senlplures, chapiteaux, inscriptions, etc. (i).

Grenoble. (Voir $ V.)

Lillebonne. Dus monuments romains, chapiteaux et colonnes, ont été employés comme matériaux de construction dans certaines parties des remparts de Lillebonne, ce qui prouve que la ville est antérieure à la forteresse, puisque des débris de construction venant de la première ont été employés à rétablissement de la seconde (a).

Luxeuit. Les remparts de cette ville ont été construits à l'aide de monuments romains, sans mélange avec des débris plus récents.

Mans (le). On signale sur les remparts de celte localité un travail récent de l'abbé R. Charles, publié dans la Revue historique du Mans, IV, 1" livraison (s).

Les blocs de pierre qui forment les fondations du mur appartiennent à d'anciens édifices détruits lorsqu'on a en-

(i) XXXVII- Congrèt, p. 326.

(i) B. SviTa, CD», onr., IH, p. 103.

(t) Voir sur ce travail que l'auteur D'à pu se procurer, FI. Vjillentiii, Bulletin éjiigraphiqai de ta Gaule, i" aanée, p. 149.

DictzedbyGoOglC

tourti la Cilé de murs, donl le parement en pierres élail enirecoiipé de lignes de luiles(i).

Melun. £n 1683, eo 1866, des fouilles ont fait reconnaître en celle ville les traces d'une enceinte forlilioe; à l'intérieur des remparts, on a découvert des groupes sculptés représentant des divinités, des inscriptions en l'honneur de Mercure et de l'empereur Néron ; au-dessus, blocage composé de pierres brutes et de tuileaux, noyés dans un bain de mortier où il entre de ta chaux, du sable et de la tuile pulvérisée; à l'extérieur, parement en petit appareil, avec cordons de briques.

Le compte rendu des dernières fouilles (s) mentionnait la trouvaille, faite en même temps, de deux monnaies de Constantin et de Constant, ce qui renversait toute la thèse ci-dessus, en rapprochant de nous d'un demi-siècle et en plaçant en plein temps de christianisme l'édification de ces

remparts Renseignements pris auprès de M. G. Leroy,

archiviste et bibliothécaire de Melun, qui avait présidé aux fouilles, les deux monnaies ont été trouvées non pas dans les murs, mais à proximité, ce qui est tout autre chose.

Meiz. Les monuments antiques, entiers et retaillés, étaient si nombreux dans les fondations des murs de Metz, que les démolitions opérées en 1S6J par le génie militaire en mirent plusieurs centaines au jour; les habitants furent autorises à choisir ce qui leur plairait, et le reste fut noyé dans les fondations du nouveau rempart (s).

(i) HitcHEH, Catalogue du Musée arcMologique du Maa», p. 57. (i) Revue de» Sociélis savantes des dépariemenlt, JV* série, iV (2' p. 202.

(>) P. -CI). RosEKT, Lei élrengers, de, p. 5.

Namur. En 1386, M. A. Mahieu, garde du génie à la ciladelle de Namur, découvril dans les fondations de bàtimenls du donjon, à la ciladelle de Namur, de grandes pierres à inscriplions funéraires du temps des Romains; l'auleur du présent article, donU'altention fut attirée sur la présence, à celte altitude, de pierres sépulcrales, se dit qu'il y avait là une preuve de l'occupalion de la montagne tout entière par les habitants de la ville antique, et il recommanda de rechercher les autres pierres du même genre qui « ne pouvaient manquer de se retrouver aux environs de la découverte. ■ L'altenle ne fut pas trompée : six tombeaux à inscriptions romaines, la plupart en pierres de grande dimension et de pesanteur considérable, furent successivement trouvés au donjon ,.011 les pierres avaient été remployées, après avoirété, sans doute, déposées avec d'autres monumenis romains dans les remparts établis lors de la concentration de Namur sur la hauteur (i).

Nantes. Les fragments de sculpture el d'architeclure qu'on a recueillis au musée de Nanles proviennent en grande partie de fouilles faites pour construire de nouvelles maisons près de l'enceinte de la cilé gallo-romaine. « Si l'on avait pu étendre le travail à droite et à gauche, on aurait probablement découvert unplus grand nombre de pierres • (a).

Narbonne. Les remparts de cette ville sont bâtis avec les pierres provenant de ses anciens monumenis, attestant l'anlique splendeur de ia cité; beaucoup de ces pierres sont à

{i) Ann.de la Soc. aretiM.de Namur, XVIt,p. 18; WesldeiUKcliet Zeilschrifl rûr Geschiclile und Kumt, 1836, p. 351.

(i) XXIW Congrès, p. 100.

bas-reliefs; on y a (rouvé également une cenlatne d'inscriptions ())■

Nîmes. Au palais de justice de Nîmes, disait un ancien écrivain (i), on n'a jamais creusé la terre qu'on n'y ait trouvé des restes d'anciens fondements d'une épaisseur prodigieuse et bâtis avec de grosses pierres carrées, sans mortier ni ciment; on en a tiré des aigles de marbre d'une beauté achevée, des pièces d'une frise superbement sculptée, des colonnes, des corniches, des chapiteaux de grande beauté el quantité d'inscriptions.

Sur pareil énoncé, on n'a pas besoin de vérifier le fait, on peut dire a priori que remplacement du palais de justice de Nîmes était traversé (s) par les anciens remparts : ce n'est que dans ces conditions qu'on trouve pareille variété de débris antiques.

Périgueux. L'enceinte de Périgueux établie aulour de la partie la plus élevée de la cité avait seulement 930 mètres de circonférence. Elle a été bàlie sur des entassements de frises, tambours de colonnes, chapiteaux, autels, tombeaux, « en un mot, les débris d'une ville entière » . Les assises sont mal réglées, on a voulu tout utiliser; on a fait chevaucher les pierres les unes sur les autres, à l'aide d'entailles ou de coupes à angle droit. Lorsque la forme quadrilatère des matériaux l'a permis, on les a promenés les uns sur les autres

(i) XXXV Congrès, p. 27* ; XXXVII' id., p. 67.

(i) Cité par Pelet, Catalogue du musée de yimes. (Notice histariqire sur la Maison carrée), p. 145.

(i) La vériScation a néanmoins été Taite el elle a produit le résultat prévu : pEitRDT, Hittoire des antiquité* de la ville de Nimes, présente un plan où le n° 3S (palaii dejustice) coupe la ligne n* 3 {man anliquet) ; p. 138, il cite d'ailleurs des pierres munumenlales découTertes si

DictizedbyGoOJ^IC

et, les usant ainsi par le frottement, on a obtenu des joints à peine sensibles, linéaires. Pour que les joints perpendiculaires de côté fussent imperceptibles, on a évidé les pierres en biseau, formant ainsi comme un V dont la pointe efQeure le parement extérieur. Il est arrivé qu'usées ou éclatées, ces lignes entrebâillent démesurément aujourd'hui et permettent à la vue de plonger à l'intérieur du mur (i).

Après celte première enveloppe, vient un massif formé de ruines des temples et des palais de Vésone et ayant en moyenne 5 à i mètres d'épaisseur. Le terre-plein de la grande salle du château est formé d'un lit de colonnes cannelées de 3 mètres d'épaisseur.

L'auteur de la description voyant le complément du mur terminé en petit appareil, — les minutae lapides de Grégoire de Tours, — suppose très naïvement que l'on y a eu recours parce qu'où avait épuisé les grands matériaux....'

Mais il termine par une réflexion sensée : « Il a fallu un temps assez long et beaucoup de soin pour exécuter tous ces travaux, qui cependant annoncent une époque de décadence. • Celte époque est, pour l'auteur, celle de l'invasion des barbares, où les habitants, secourus par Probus, rassemblèrent les débris de leurs édifices. Les mains qui construisirent le mur avaient déposé à sa base tout ce qu'ils avaient pu recueillir en sculptures et en inscriptions, et c'est de ce mur que proviennent les colonnes, chapiteaux, frises, architraves, pilastres, métopes, caissons, autels, tombeaux, statues, bustes, inscriptions qui sont rassemblés au musée.

La meilleure preuve que l'ancienne ville de Périgueux a

{i) XXV Coagrti, pp. t99, 380. R. Smith, CoU. ani., Vir, p. 47.

étéréduitepour la construction des remparts, est la déviation du tracé de ceux-ci lorsqu'ils ont rencontré l'amphithéâtre, dont on a dû prendre l'hémicycle sud pour servir de bastion (i).

Poitiers. Les remparts de celte ville avaient 2,500 mètres de circuit. On y a trouvé des membres d'architecture sculptés, et notamment des claveaux d'archivolte d'une porte triomphale du i" siècle ou du commencement du ii' ; on y a découvert également des blocs rectangulaires juxtaposés sans ciment, des cippes couchés la face en bas (s).

Rouen. Celte ville, quand il s'agit de se prémunir contre les invasions des barbares, fut entourée d'une enceinte de murailles; cette enceinte peu développée embrassa la partie de la ville la plus facile à défendre, en laissant en dehors une partie considérable de l'ancienne ville. Dans les fondations de la muraille, on avait employé des pierres sculptées et des débris de divers monuments (s).

Saintes. Le renversement tout récent des murs romains de cette ville a révélé l'existence, à la partie inférieure, de restes de constructions publiques et des inscriptions (destinées à paraître dans le Bulletin épigraphiquè de la Gaule).

On y a fait des fouilles en un mur de soutènement de 100 mètres de long, 7 à 8 mètres de haut, épais de 4 à 5 mètres, entièrement formé de débris gallo-romains. Ces fragments de toute espèce sont rangés 1^ presque symétriquement, sans mortier, sans ciment, sans crampons. Ces

{i)It. Sitim, Coll. attt.,\ll. p. «.

(i) Revue des Sociétés lavtmtes. S' série, VIII (187*); p. Î64; 6' série, VIII (1878), p. 449.

Ci) XXVI' Congrès, p. H18.

blocs, souvent énormes, se tiennent par lenr propre poids. Le mur évenfré laisse voir des fûts de colonnes, des chapiteaux, des enlablemenls. On forlifia ainsi une partie de la villft, celle qui se dressait sur un mamelon abrupte de trois côtés ; on restreignit le périmètre de la Cité pour la proléger plus elHcaccmenl, et on éleva à l'est une forte muraille qui, soutenant les terres du mamelon, est demeurée debout... Temples, palais, théâtres, monuments funéraires fournirent d'excellents matériaux tout prèls. On commença par le haut des édifices, et à mesure qu'on les démolissait on en iransporlait les pierres au rempart. Ainsi s'explique ce fait bizarre qu'il y a seize fort beaux chapiteaux et seulement deux ou trois bases ; les bases ont été placées les dernières au sommet du mur, par conséquent, et le mur écrélé n'en a gardé que fort peu. On mettait à l'extérieur la partie lisse de la pierre, de telle façon que rien ne révèle les richesses du dedans.

» Les blocs sont placés les uns sur les autres; on dirait des livres rangés dans une bibliothèque, les m-12 à côté des in-folio : le désordre dans la régularité (i)... »

Saverne. Dès le siècle dernier, de nombreux fragments romains ont été découverts à Saveme, principalement dans la ville haute qu'entoure une muraille posée sur des fondations romaines (i).

Sens. Ou a trouvé depuis 1847 dans les fondations de l'enceinte romaine de Sens, à la partie inférieure des murs, plusieurs centaines de fragments provenant de monuments

(i) La Nature, Revue de» science$ et de leur» application*, XI, :94inars1888), p, 237.

(ï) XXVI' CongTés,9.m.

plus ou moins considérables : bas-reliefs, cippes runéraires, inscriptions; ces débris ont servi à former le musée de la ville. Une dédicace à Sévère cl Caracalia démontre que les . murs de Sens d'où on l'a extraile, ont été construits après le commencement du iii° (<).

Strasbourg. L'enceinte romaine parfaitement constatée par des documents du vni* siècle, était fort restreinte, n'ayant environ que 540 mèlres de long sur 420 mètres de large, ce qui a été calculé comme donnant une superficie de 2,570 mèlres carrés seulement. Le mur est établi sur une épaisseur de Z"60 ; dans les fondations d'une tour restée intacte, ou a retrouvé trois pierres provenant de monuments romains; lune d'elles était ornée de sculptures bien conservées; les deux autres présentaient des fragments d'inscriptions en lettres romaines, dont la forme appartient au premier siècle . de l'ère chrétienne (a).

Vermand. La Société académique de Saint-Quentin fît opérer, il y a quelque temps, des fouilles à l'emplacement d'une des portes du castrum. On mit alors au jour sept grandes pierres sculptées provenant de la ruine d'édifices absolument différents; elles étaient comprises dans un massif assez long, ayant 16 pieds de largeur, et toutes étaient si artistemenl jointes qu'on n'aurait pu, entre elles, passer la lame d'un couteau. Ces pierres étaient posées sans mortier, la face sculptée tournée en bas.

Vermand, comme Sens, le Mans, Bourges, Dijon, Poitiers,

(i) XlVCongrèi, p. iO et suiv.; -rj- id.,p. 171; R. Suitej, On the roman wallsofCheiler,pf.Q etiO; l».. Coll. ont,, V, pi, xix et xx; P.-Ch. Robïbi, LcÊ étrangers, etc., p. S; nunu, Bibl. hislor. de l'Yonne, I, pp. 51, 3J, M.

(t) jr^r/'CoBffrfe, pp. 6r eisuiï,

Bordeaux, Périgueux, Dax, etc., a donc démoli ses lemples, ses lombeaux, peut-élre ses édifices privés, pour en bourrer ses remparts (i).

Vienne {en Dauphiné). Aux extrémités opposées de celle ville, des travaux récents ont exhibé des débris importants qui ont révélé l'existence de deux anciennes porles ayant eu la forme d'arcs de triomphe. Ces porles Taisaient partie de remparts, sur l'emplacement desquels on a trouvé des pierres sculptées, un bas-relief représentant des soldats prétoriens prêts à sacrifier sur un autel, des colonnes de marbre, des pierres de grand appareil où se voient en bas-reliefs des griffons et des Irophêes d'armes romaines (a).

Grenoble mérite ici une place distincte et distinguée, à raison non seulement de ses murs complètement analogues à ceux de toutes les villes dont il a été fait mention ci-dessus, mais surtout de la date qu'indiquent deux inscriptions monumentales placées sur les remparts après leur achèvement.

Grenoble était d'abord un simple poste militaire sur l'Isère, nommé Cularo. Lorsque la porte Viennoise ou Herculéenne de Cularo fut démolie, en 1802, on trouva dans le massif des deux tours romaines qui en dépendaient un grand nombre d'inscriptions; il en futdé même aux siècles passés, lorsqu'on vertu d'une décision royale la porte opposée portant le nom de Romaine ou Jovienne fut renversée.

(0 Emm. l.E M*iRE, Essai sur l'histoire de la ville de Saint-Quenlin, p 4Ï; DE Cauhont, Aliécidaire d'archéologie, I, pp. 633 à 6oa,

(i) Allheh ei DE Tehbebasse, Inscripiioas antiqaet et du moyen âge de Vienne ea Dauphiné, II, pp. 113, 415, 509.

Chaque fois qu'on mit la pioche dans quelque autre partie des remparts, des débris de monuments romains sortirent des bases de ceux-ci (i).

On saisit donc sur le fait à Grenoble le même procédé que pour les autres villes de la Gaule.

Or, les remparts ainsi construits autour de la ville de Cularo réduite, étaient traversés par deux portes qui complélèrent l'œuvre, alors que celle-ci recelait déjà dans ses flancs les monuments romains qui venaient d'y être déposés.

On a décrit ainsi (2) les remparts de Grenoble : » Cularo fut rorlifîéed'une enceinte de murailles, percée de deux portes par les empereurs Dioclétien et Maximien, vers l'an 288. »

Gomme si l'enceinte avait été établie tout autour de la ville sous quelque règne antérieur et si les deux empereurs associés étaient intervenus seulement à l'effet de faire ouvrir dans les remparts deux baies pour servir de portes

Il y a là une équivoque.

Non* Grenoble fut établie sur le plan des camps romains avec leur porte prétorienne et leur porte décumane ; l'une regardant l'Italie, l'autre donnant du côté de Vienne, ces portes furent bâties en même temps que les remparts, dont elles étaient les seules issues.

Chacune des deux portes portail un frontispice constatant l'unité de la construction ; car on y lisait l'inscription suivante :

DD . NN . IHP . CAES . GAIVS AVREL . VALERIVS DIOCLETIATfVS

(i) XXIV Congrès, p. ZÙ\ al iah.;liiLLis, Magasin encBcIopidique, i* iÉrie, III, pp. 341, 384,256, 3S7; ALLDEnetPETEHREBASSE, loc.crf., Il, pp. 174, 176, 36â, 265; III, pp. [3S, 137, 440, 145, 147, etc., DOtammeol 333.

l») XXIVCongrii,p.Z6i.

P.P . INVJCTVS AVGVSTVS || ET IKP . CAESAR MARGVS AVREL . VALEftIVS MAXIHIANVS PIVS FELIX IHVICTVS AVG \\ MVRIS CVI.ARONEHSIBVS CVM IMTERIORIBVS AEDIFICIIS PROVIDENTIA SVA [| IKSTITVTIS ADQVE PERFECTIS.

Ce à quoi il élail ajouté pour la porle de Rome :

PORTAM ROMANAH lOVIAH VOCARI IVSSERVNT,

Et pour la porte de Vienne :

PORTAM VIEHNENSEB HERCVLEAM VOCARI IVSSERVNT (t)-

Ces textes mentionnent formellement l'achèvement de la construction des murs « mûris instilulis a(/)que perfectis >, avant la gravure des inscriptions sur les portes qui complétaient l'enceinte et faisaient corps avec elle.

Bien que Dioclélien figure en tête de ces textes. Maximien est l'auteur de la construction, puisqu'elle eut lieu dans la partie occidentale de l'Empire qui lui avait été dévolue en partage : ce qui était fait par l'un des empereurs dans ses états particuliers était censé fait de commun accord entre les deux (s).

Mais ici il y eut sans doute mieux qu'un simple concert entre les chefs de l'empire; il existe expression formelle de la double volonté des empereurs régnants. L'inscription dit que Dioclélien et Maximien jusserunt, qu'ils ont donné un ordre formel pour ce qui regardait ta forteresse de Grenoble.

Or, si les deux empereurs se sont mis d'accord à propos d'une forteresse située dans le gouvernement de l'un d'eux, c'est que sans doute elle était portée sur une liste de toutes les localités qu'il s'agissait de fortifier : des mesures géné-

(<) ALLUcit «t DK Terrebasse, toc Cit., il, pp. 584 et 386; Jll, p. 131. (1) Je, II, p. 387.

rales concernant tout l'empire furent donc arrêtées par les deux empereurs en commun.

Dloclétien et Maximien étaient collègues depuis le com-. mencement de l'an 286, lorsque, en 292, ils s'associèrent les deux Césars, Constance Chlore et Galère, dont à partir de cette dernière date les noms sont, dans les inscriptions, mentionnés à côté de ceux des deux empereurs.

L'achèvement des murs de Grenoble est donc antérieur et date probablement d'environ l'an a9fl; comme ce Iravaila duré au moins deux ans (i), c'est â l'an 288 qu'il faut rapporter la loi supposée dont le texte a été présenté ci-dessus, et le commeucemenl des travaux.

Tel est aussi l'avis de Millin (a) : « Dans l'année 288 de l'ère vulgaire, la ville de Cularo (ayant souffert de l'invasion des Bagaudes qui désolèrent plusieurs provinces), l'empereur Maximien, chargé du gouvernement des Gaules, fil construire (a) les murs de la ville et rétablir les édifices intérieurs qui avaient été ruinés; il lui (donna) deux portes principales; chacune d'elles fut flanquée de deux tours très élevées et décorée d'une inscription ■

Jusqu'ici la Gaule seule a fait l'objet de cette étude ; cependant les expressions déjà relevées : Dioclelianus et Maximianus jusserunl de l'inscription de Grenoble

(i) D'après h durée indiquée ci-dessus pour la bSlisse des remparts de Vérone.

(i) Loc. mt.,f. 3S6. C'est à peu près l'avis d'ALLUER et de de Teerebasse, ioc. «■(.. Il,p. 587.

(s) MiLLiH dit TtconUruire; il lisait reilitutli, aii lieu à'institutis, parce qu'il dlait imbu de l'idée que Cularo était déjà Torlisee aoléricurement.

soulèvent ia question de savoir si la mesure générale prise par eux n'aurait pas été étendue à tout l'empire.

GoEte question n'est pas résolue encore d'une manière bien pertinente; mais il y a quelque apparence qu'elle le sera un jour.

En efTet, voilà qu'en Suisse une inscription murale nous apprend que les remparts de Vilodurum (Ober-Winlerthur) ont été élevés en 294, sous Dioclélien et Maximien, depuis leur association avec Constance Chlore et Galère, cités en même temps qu'eux : mvrvm vitvdvressem a solo msTAVRA-

RVKT (l).

A Mayence, en 1877, on a trouvé dans les remparts romains des blocs de pierre Juxtaposés av«c soin, avec des sculptures et des inscriptions tournées vers le bas ou vers le côté, de manière à être protégées contre les ébouiements de la partie supérieure (2).

D'abord, on croyait pouvoir attribuer ces fondations à une époque postérieure à Constantin; mais la comparaison des murs, où les monuments avaient été découverts, engagea les archéologues de Mayence, et notamment le chanoine Schneider, à se demander s'il ne fallait pas rapporter l'ouvrage à une époque antérieure, et la fin du m' siècle fut spécialement fixée comme l'un des moments les plus probables (5).

Mieux que cela : transportons-nous en Turquie (4). Le

(i) ORELLr, lascriplienei Helveliae, u" 37S, Bens. de M. Zjikgeiiecstkr. (1) Corrtipmtdenzblatt des Gesammtvereim der deatschen Gesdtichig und Alterthutnsvereine, n' 13, 23' année (1817).

(i) Mainftr-Jottrnal du 8 février, p. 3.

(t) V.-Cii. RoBEBT, Let franger», etc., p. 5, note 4.

même Tait s'y est produit; à l'approche des barbares, des marbres grecs de l'époque romaine ont élé employés à Andrinople comme assises d'une muraille de Torlificalions de la même époque.

Mais si la loi a été générale, elle doit avoir été observée

en Italie même Ëh bien! oui, elle l'a êlé à Rome : un

rempart de l'Esquilin, à Rome, a élé consiruit au-dessus d'une série de pierres portant des inscriptions des cohortes prétoriennes (i), dont la plus récente est de l'an 265 : toujours une date aniérieure à la fin du m* siècle

On a donc quelque chance de ne pas se tromper en cherchant aussi en Angleterre l'application de la loi présumée.

Les Romains, en Angleterre, quand un danger paraissait imminent el inévitable, cachaient les aulcls qu'ils avaient consacrés aux dieux par gratitude; à ce soin pieux est due, sans aucun doute, la conservation de plusieurs d'entre eux.

A proximité du grané poste militaire de Maryport Turent découverts, en 1870, ni plus ni moins que dix-sept autels enterrés avec soin, mais en hâte. Cela eut lieu en présence d'un danger imminent.

Pour quelque motif stratégique, il est probable que les

(<) Vuy. ci-dc«strs, Bail, de* Comm. roy. (Tari et d'archéoL, XVI, p. 181.

Reste l'entrpijon de Vérone, dont tes remparts ont élé élevés par Gallien et bourrés de monuments romains : J'étudie en ce moment la queslion de savoir si d'aulres mu» romains de vllks italiennes ont été construits avant le temps de Uioclélien dans les mêmes condltinns ; Jusqu'il présent mes rccherclies sont restées non contredites, etj'aboulirai probablement, dans mon IroisiËitie article, !i indiquer les molirs particuliers qui ont engagé les Romains à fartifier l'importante position de Vérone, en l'an 365. Vérone a une telle imporlance stratégique, témoin le fameix quadrilalire dont elle était partie inlégranle, que l'attention a dl) être appelée tout spécialement sur la nécessité de la protéger.

troupes câDlobnées dans ce quartier furent déplacées; dans ]e doule de ce qui pouvait arriver, les soldats cachèrent ces témoignages de gralilude envers leurs divins prolecteurs, et ayant été répartis plus lard dans d'autres postes, ils ne furent pas en étal de les rendre à la lumière, tandis que leurs successeurs à Maryport, ou ne connurent pas ou n'eurent pas souci de connaître ce qui concernait ces monumenls (i).

Pareil fait doit s'être produit pour le dépôt d'autels et de fontaines à Procolitia, aussi située sur ia ligne du grand rempart romain (2),

Ces observations ont une certaine relation avec celles qui concernent la trouvaille de pierres monumentales ou sépulcrales dans les remparts des villes '. ou les cacher mieux que dans les murailles défendues par les armées romaines et protégées par une idée religieuse?

Mais l'Anglelerro offre aussi des exemples décela même.

A Londres, les remparts avaient de huit à dix pieds d'épaisseur; ils contenaient de larges pierres sculptées et ornées de moulures, ayant servi de frises ou d'entablements à des édifices d'une période antérieure à la construction des remparts, même des débris de tombes ou d'au tels en marbre; à cet égard, dit Roach Smith (3), le rempart ressemble à celui de maintes villes du continent qui furent bâties en partie à l'aide de ruines d'édifices publics, d'autels renversés, de monuments sépulcraux, etc., prouvant leur origine antique.

(1) R, Sans, Coll. ant., VU, p. 31.

(*) im.

(t) R. Smith, Itlutlralioits ef roman Lenâen, pp. 18 et suiv.

Ces découvertes datent de 1852.

Il y a mieux aujourd'hui ; une lettre de l'illustre Roach Smith m'apprend que les pierres figurant aux n" 1148 à 1132 du Corpus inscriplionum lalinaruin, VK (pierres non pas milliaires (i), maisdédicatoires), ontété découvertes dans les fondements d'un bastion des remparts romains de Bittern (Glaiisentum); celte circonstance, qui n'avait pas encore clé mise en relief, est d'autant plus importante que ces pierres portent les noms des empereurs Gordien (258 à 244), Gallus et Volusianus (231 à 2S3), Tetricus (267 à 273), Aurélien (270 à 27S). Nous nous rapprochons de plus en plus de Diocictien, et jusqu'ici aucune inscription de ce prince ou de ses successeurs n'a été trouvée en de pareilles conditions...

L'exemple signalé plus haut de colonnes sciées dans leur longueur et déposées l'une à côté de l'autre, de la même manière, à la base des remparts de Larçay et de Londres, serait à lui seul un indice de la relation intime de temps et d'intention qui existe entre les remparts d'Angleterre et ceux du continent ; est-il vraisemblable que de pareils travaux n'aient pas été effectués en même temps et sous l'empire d'une même pensée, par des agents employant les mêmes procédés?

Les murs d'Isurium (Aldborough), d'Ebchester, de Ganlerbury, sont absolument construits dans les mêmes

(i) Si la tbèSR ici présenlée esl fondée, on pourra certes trouver des pierres iniUîiiires dans tes Tondalions des remparts; mais ce seront des exceptions : on n'en rencontrera Jamais plusieurs enscmlile, d'abord parce q<ie ce n'étaient pas la des monutneais ï préserver comme des autels et des tombraun ; ensajie parce qu'il aurait fallu aller les chercher bien loin et les rapporter de distances inégales. La trouvaille de six inscriptions de Gordien ï Aurélien ï un même endroit aurait donc dû écarter a priori l'idée qu'elles étaient milliaires.

condilioDs que ceux de Ghesler (i), c'est-à-dire qu'indépendammenl des pierres monumenlales qu'ils recèleni, ils ii'onl pas, à leur partie externe, ces rangées de tuiles ou briques qui coupent parallèlement un grand nombre de murs romains. .

C'est là un point à élaguer du débat : tantôt les murs romains ont ces lignes de briques ou tuiles, tantôt ils ne les possèdent pas.

Nous savons que les murs de Dijon son! romains et qu'ils contenaient à leur base des couches de pierres sculptées et de monuments funéraires.

Or, la description des murs de Dijon, faite il y a plus de douze cents ans par Grégoire de Tours, est celle des murs de Chester; à part les dimensions, ce sont les mêmes remparts épais, constitués à leur base de blocs bien équarris, et il la partie supérieure de petites pierres : les dessins des murs de Ghesler que présente Roach Smith (3), en tenant compte du remplacement de la partie supérieure par le parapet actuel, qui en est l'équivalent, répondent tout à fait, encore aujourd'hui, à la description de l'historien du VI' siècle.

Le doute, d'ailleurs, n'est pas possible quand on trouve dans les remparts de Chester, à la partie inférieure, des blocs de pierre provenant de monuments dont quelques-uns se rapportent à des soldats de la legio XX Valeria Victriœ, qui s'est trouvée depuis l'an 45 dans la Britannia, lors de l'expédition de Claude, et qui y est bien certainement resiée

(i) R. SmTH, Cliesler Courant du 24 août 1887; 1d., Coll. anl., IV, p. 143; Vil, p. 206. etc.

(i) Coll. anl., VI, pp. tz et suiv.

DictizedbyGoOJ^IC

jusqu'au delà de l'époque où elle a pu élever les moQuments qui ont, par hypothèse, été reoversés vers l'an 270, pour être placés à la base des remparts, donl la création serait due à la loi de l'an 288.

D'après la description que nous donnentles auteurs anglais, Ghester aurait été une très ancienne ville romaine, un emporium favorisé par le bras de mer qui longe la ville ; elle était occupée par le lejio XX citée et s'étalait sur une assez grande étendue.

Les remparts qu'on a récemmeni scrutés sont venus restreindre l'espace qu'il s'agissait de défendre et, plus lard, la ville déborda de nouveau au delà de ses remparts.

Constance Chlore, qui, en l'an 296, réduisit la Britannia, d'où, au témoignage d'Eumène, il fit venir des ouvriers pour fortifier et reconstruire Aulun, enfin qui mourut à York en l'an 306, est probablement le créateur des murs romains de Ghester.

Le détail le plus caractéristique de la loi supposée de Dioclélien et Maximien, est le resserrement des villes par l'enceinte des nouveaux remparts. Si ce détail se retrouve à Ghester, la question est jugée.

Un chroniqueur, Gérald de Barri, qui vivait au xn' siècle (1147-1220), a rendu compte de l'élat où se trouvait Ghester de son temps : < Urbs Legionum haec authentica, ac per Romanos mûris... circumdata, ubi multa adhuc pristinae nobililalis apparent vestigia; palalia scilicet, immensa turris gigantea, Ihermae insignes, (emplorum reliquiae et loca theatralia, egregiù mûris parlim exlantibus pêne clausa; et tain inira quam eœlra murorum ambitum, aodificia subterranea, aquarum duclus, hypogaeique meatus,. stuphas quoque

videas ibidem uiiro artifîcio couserlas, lateralibus quibusdam angusliis spiraculis occulte calorem exhalantibus (i) >.

Celle description est frappante :

On y voit d'abord, dans la ville même, à l'intérieur des murs élevés par les Romains, palais, tour, thermes, ruines de temples, théâtres.

Mais, à l'extérieur des murs, plus rien au-dessus du sol, tout est souterrain; on ne remarque plus que des substructions d'aqueducs, d'hypogées, de fournaises, d'hypocaustcs. . .

Les édifices laissés eœtra muros avaient été anéantis, il n'en restait plus que les fondations : ■ aedlAcia subterranea extra murorumambitum... >

La ville, avant sa nouvelle enceinte, était donc bien plus vaste qu'auparavant, puisqu'il y avait là des restes d'anciennes constructions assez importantes pour être signalées et pour être, à raison de « l'art merveilleux » qui avait présidé à leur édification, mises en comparaison avec les palais, les temples, les thermes, les théâtres restés debout à l'inlérieur de la cité.

On a, dit-on, trouvé en un endroit des murs de Ghester, avec une trentaine de pierres romaines, une sculpture du moyen âge représentant une femme et un personnage ecclésiastique...

Mais n'est-ce pas avec trop d'empressement qu'on a attribué ce monument au moyen âge; n'est-ce pas le caractère apparent de la tombe d'un couple d'époux, comme on en voit souvent représentés sur les tombes romaines? Sir Piclon ne croit pas que le caractère même • ecclé-

(i) Passage rapporté par sir Picton, loe. cit., p. 10.

siaslique • des sculptures soil exclusif du caraclère romain. Terlullien, qui écrivait en l'an 209, dit que, même dans les contrées de la Brilannia, inaccessibles aux armées romaines, avait pénétré l'Évangile.

Mais à la Tour du Phénix, où la découverte a eu lieu, il y avait eu une brèche lors dusiègedeChester, en 1644 (i), et cette brèche avait du être réparée; en supposant que la pierre soit réellement du moyen âge, elle a pu être employée à réparer la brèche.

Toutes ces hypothèses sont purement gratuites.

Le savant Roach Smith, avec son expérience et son esprit de comparaison, n'hésite pas à se prononcer; il a vu les dessins des sculptures et il déclare : * Loin que ces figures soient du moyen âge, elles sont bien décidément romanobrelonnes et le costume est entièrement conforme à celui de plusieurs spécimens que nous possédons du costume provincial du temps des Romains >.

Quant à l'enfouissement des monuments païens dans les remparts, il ne peut plus être question de l'attribuer à l'idée que t tout ce qui rappelait le culte païen fut démoli pour être employé à l'usage et à la défense des cités » (a) : Chester debout au moyen âge, montrait encore à l'intérieur de ses murs les nombreux monuments cités par les chroniqueurs, tandis que, extra muros, et là seulement, les monuments romains avaient été rasés et qu'il n'en restait plus que les subslructions. Pourquoi les chrétiens auraient-iis assouvi leur soif de destruction sur les monuments extérieurs seulement?

(i) Sir PicTOH, toe. tdt., p. 17.

(!) C'est cï qu'on lit, par esempte, dans le Bulletin monnmenial, 1839, p. 05,

Le roi Agrippa, voulant détourner les Juifs de l'insurrection contre les Romains, exagérait assurément en aISrraant que les 305 peuples de la Gaule et leurs 1,200 villes obéissaient à moins de i,200 soldais romains... (i).

Mais il n'en est pas moins vrai que, au i" siècle, Rome élait tellement puissante qu'elle n'avait guère à assurer sa domination par l'établissement de nouvelles forteresses dans les pays conquis.

De ce qu'on a parfois, comme à Strasbourg, trouvé des pierres monumenlalesdui"'siècle dans les remparts antiques, il ne résulte nullement que ces remparts datent eux-mêmes du i" siècle et qu'on puisse les attribuer, ainsi qu'on l'a fait, à l'époque « où Auguste et Drusus combattaient les Germains sur le Rhin, vers l'an de Rome 745 n . Tout ce que prouvent ces monuments, c'est qu'au i" siècle l'endroit élait occupé par les Romains, mais non pas qu'il y a eu destruction et reconstruction à cette époque même.

Au surplus, on a remarqué que les fortifications établies pendant le règne des premiers empereurs étaient invariablement bâties de matériaux neufs (a), ce qui n'est pas le cas pour les remparts ici étudiés.

Il s'agit même d'avancer assez bien dans l'histoire de l'empire romain pour trouver la date de l'érection des remparts à base d'autels et de tombeaux ; car, si l'on admet que tous ces murs sont contemporains les uns des autres, il est

(i) Flav. JosÈPHE, Bell.jmiak., (i) XXVI'Consrèi,p.96.

JOO —

impossible de les faire remonter avant le milieu du m' siècle, vu les inscriptions de celte époque qu'on y a trouvées : à Sens une inscription de l'an 2bO, à Bordeaux une de l'an 253, à Rome une de l'an 26S, en Angleterre plusieurs de 25S à 275, etc.

Le nom d'Aurélien, comme fondateur des remparts de Dijon — d'où l'on a tiré des sculptures et inscriptions — a été prononcé par Grégoire de Tours. Cet empereur, ayant régné de 270 à 27Ei, conviendrait très bien pour la date, sauf l'observation importante de Roach Smith qu'une inscription de ce prince lui-même a été trouvée dans tes remparts romains de Glausentum....

Mais il n'en serait pas de même pour l'ordre des évéoemenls, quoique Aurélien ait bien fortitié Rome.-.

Si la tradition rapportée par Grégoire de Tours était fondée, elle devrait s'appliquer à toutes les villes de la Gaule. Mais le règne d'Aurélien ne fut pas pour l'empire une période de paix et de confiance : durait encore l'époque des Trente tyrans, dont les Posthume, les Laelien, les Tétricus, qui occupèrent la Gaule jusque vers la fin du règne d'Aurélien.

La période qui s'étend depuis le règne de Gallien jusqu'à celui de Dioclétien et Maximien, est toute marquée par une foule de vicissitudes dans la fortune des Gaules, avec troubles à l'intérieur et invasions de l'extérieur, successivement réprimées par l'élite des commandants de l'armée romaine.

Probus, qui régna jusqu'en 282 seulement, n'eut pas le temps de s'occuper du soin de fortifier les villes de l'empire; on peut même dire que cet empereur n'en conçut pas le plan : il était imbu de l'idée qu'il lui suQirait de réunir le Danube et le Rhin par une muraille de pierre d'une grande

hauteur, fortiflée par des tours placées à des distances con- , venables. Il a cra, sans doute, que ce mur cojisUtuerait une défense sulïisanle.

Quant aux successeurs de Probus, qui furent Carus, Carinus et Numérien, les quelques années de leur passage au pouvoir se signalèrent encore par des troubles dans les Gaules, auxquels le second de ces empereurs, alors César, dut porler remède : son amour des plaisirs, les neuf femmes qu'il épousa et répudia en quelques mois à Rome, les jeux extravagants qu'il fit célébrer dans la capitale, ne lui laissèrent pas le temps de songer à fortifier cette partie de l'empire, tandis que l'attention était du reste attirée par la guerre Iransporlée en Orient.

Et c'est ainsi que nous arrivons en l'an 285, au règne de Dioclétien, comme l'époque où l'on put enfin songera fortifier les villes de la Gaule, après les dernières victoires que Maximien eut encore à remporter sur les Bagaudes (i)-

Après avoir conduit le lecteur jusqu'à l'époque où, pour la première fois, on a pu s'occuper de fortifier les villes, faisons le travail inverse en parlant de l'époque moderne, en remontant en arrière et eu éliminant successivement les temps oii l'on n'a pu construire de remparts dans les conditions ici étudiées.

Inutile de parler des trois derniers siècles, puisque nous savons qu'à Ârlon, à Metz, etc., dès le xvi* siècle, on avait trouvé dans les remparts anciens des sculptures et des inscriptions romaines pures de tout mélange avec des monuments post-romains.

(i) Esquisse de la période depuis l'aa 3TS jnsqn'eD Van 3B5, d'après Gibbon.

A la vérité, comme on l'a fait remarquer (i), le caractère des sculptures et les dates des inscriptions ne donnent pas par eux-mêmes l'âge de l'enfouissement, qui est nécessairement postérieur et qui peut l'être de beaucoup; mais quelle apparence y a-l-il que, dans cinquante villes de la Gaule, on ait attendu un millier d'années pour placer à la base des remparts des monuments restés au jour depuis tant de siècles? Ces monuments seraient-ils aussi bien conservés?

La plupart des inscriptions figurant dans les remparts de Narbonne provenaient de monuments funèbres; or, il est impossible d'admettre, ainsi que le dit très bien M. Tournai (a), que les tombeaux édifiés de chaque côté des voies romaines fussent encore debout pendant le xvi* siècle; ces monuments avaient été détruits à une époque très reculée et les matériaux durent être remployés dans les remparts peu après la démolition des "tombeaux.

Mais s'il est impossible de r^ounaltre que les remparts en question ont été établis depuis le xvi' siècle, il serait plus admissible de les dater du moyen âge; on l'a soutenu chez nous pour Arlon, en Fraiice pour Luxeuil (s), en Angleterre pour Chester.

L'illustre de Caumoni, que le problème a toujours préoccupé, avait cru un instant (*) que les chefs-heux romains, devenus par la suite le siège des évèchés, furent fortifiés par les évéques successeurs, des magistrats romains, afin de

(0 XXXIX- Congrh.ç.tnS.

(0 XXXVII' id., p. 1±

(s) XIII* W., p. 197.

(() Bullelin menamnlat, 1 8B9, p. 62 ; XXIX* Congrès, p. 4i.

DictizedbyGoOJ^IC

inelire par ce moyen leur troupeau à l'abri des attaques du dehors.

Les mêmes raisons que pour la Renaissance s'appliquent au moyen âge; il est impossible que, dans tant de localités, on rencontre des pierres monumentales romaines sans mélange même avec le moindre objet chrétien, et que cependant l'enfouissement lui-même ne date pas des Romains ; on s'accorde aujourd'hu i à ne pas sortir de la période romaine pour rechercher la date de la construction des remparts susdits.

Pour certains archéologues (i), les remparts antiques bourrés de monuments romains auraient été construits au V* siècle ; on va jusqu'à dire que cette époque < ne peut faire aucun doute»; on ajoute que jusqu'au v' siècle, les villes gauloises étaient « ouvertes comme aujourd'hui » ; c'est ainsi qu'on vieillit les remparts d'Angers juste autant qu'il le faut pour que le comte Paul, maître des milices romaines, et son auxiliaire le roi frank Ghildéric trouvent la ville à l'état de forteresse et l'enlèventaux pirates saxons vers l'an 470... La conclusion est étendue au Mans, dont les remparts sont de construction pareille...

Les partisans de cette opinion (s) invoquent et cousent ensemble deux lois romaines du code- Théodosien, Deoperibus publicis, livre XV, titre I, dont l'une prescrit : « muros vel novos facere, ve! veteres firmius renovare » (loi 34), et dont l'autre autorise les entrepreneurs de travaux publics à se servir des édifices antérieurs : < diruta penitusque destructa et quae parum sunt in usu civilatum » (loi 40') (i).

(i) XXXVIlf Congrès, p. SI .

W XXlX'id.,v.Z^.

(i) Voy., entre autres, ibid., p. «,

G'esl aussi à cette époque que cerlaiDS auteurs font remonter la fondation des remparts d'Arlon (i) ; on se serait déterminé à détruire les aulels, les monuments funéraires, pour les fondations des nouvelles murailles, d'autant plus facilement qu'alors ■ le christianisme commençait à fleurir à Arlon et que le respect n'existait plus aussi grand pour des tombes païennes... »

Cette opinion était celle d'Expilly, en son dictionnaire géographique, à propos de Laogres : ayant lu que les barbares, au commencement du \' siècle, s'étaient emparés de la ville et l'avaient détruite, il dit que les Romains reconstruisirent certains quartiers dé la ville et « les fermèrent d'une enceinte de grosses pierres tirées des masures des maisons que les barbares avaient ruinées > .

Or, les remparts de Langres sont de ceux qu'on a trouvés pleins d'inscriptions et de sculptures romaines...

Les lois citées du code Théodosien, pas plus que d'autres des mêmes temps (a), ne peuvent jouer un rôle dans la question ; les princes qui les promulguèrent, les fils de Théodose étaient chrétiens et, ou l'a déjà fait remarquer, les païens seuls ont pu, en tant d'endroits à la fois, placer aussi respectueusement leurs monuments pieux à la base des remparts des villes.

Il faut donc remonter au moins au iv* siècle, époque que

(0 Annale* d'Arlon, IV ()8S4-SS), pp. 23, Î6.

(t) Butl. iet Comm, roy. d'art et d'arcbéol., XVI, p. 461. Dans mon troisième article, je monlrerai le sens de ces lois, et je prouverai que ai les empereurs cbrétieus ordonnaient la desiructloc des aulels des paUeiia, ils avaient bien soin de prescrire la c

le plus grand oombre considèrent comme ayant été celle de rétablissement des remparts en question (i).

Hais peat-il même s'agir du iv' siècle?

Il existe une lettre de l'empereur Julien, adressée au Sénat et au peuple d'Athènes (s), oii il parle, en l'an 356, de quarante-cinq villes de la Gaule dont les barbares ont ravagé les fortifications; ces fortifications existaient donc auparavant.

Vienne (en Dauphiné) était bien certainement fortifiée en l'an 560 (s), époque oii Julien l'occupa mililairemenl ; ce serait à tort qu'on tirerait argument de ce que Maximien et Magnence ont, en 308 et 355, choisi pour refuges Arles, Marseille et Lyon, pour en conclure que Vienne était encore ville ouverte au commencement du iv* siècle ; des nécessités stratégiques ont pu imposer le choix de telle localité plutôt que de telle autre, sans qu'on puisse conclure, de la préférence, que les localités négligées n'étaient pas fortifiées. Toutes ces localités sont entourées de remparts remplis à leur base de monuments antiques; il est impossible d'admettre qu'ils n'aient pas été construits, sinon en même temps, au moins à des époques très rapprochées.

De plus, les remparts de Sens qui sont aussi remplis de pierres monumentales romaines, doivent être antérieurs à l'an 555, puisque Julien, qui avait alors le commandement

(<) Vcrmand (Enim. Le H*ire, Etsai lurt'hûloire de la ville de SaiiU-Qaenlin, p. 42), Houen (XXVI' CotigrU, p. 518), Bourges (XXXV td., p. S9), elc Voy. tUis\XXXlX'id.,p. tOS.

(i) Dum. BoDQUET, Recueil det hiilerieru de la France, 1, p. 7!6.

(i}.AUMSiL et DE Teraebasse, loc. cit., It, p. 113.

des Gaules, ayant été assailli par les barbares sar le terriloire de Sens, où il avait pris ses quartiers d'hiver, se coolina dans la ville avec ses troupes, en ferma les portes, consolida la partie faible des remparls, d'après l'expression d'Anamien Marcellin, el y soutint un siège de trente jours contre une multitude d'ennemis (i).

Nous voilà ainsi reportés de nouveau à la fin du m* siècle et ici la solution commence à se préciser : on rencontre dans l'histoire un prince bâtisseur qui fortifia le port de Bologne, fit venir des ouvriers de la Britannia pour reconstruire et fortifier Autun, Constance Chlore, dont l'histoire dit que, pendant les quatorze années de son gouvernement, il rétablit un grand nombre de cités détruites parles hommes du nord et repeupla leurs territoires (s).

Or, Dîoclétien et Maximien étaient eux-mêmes grands bâtisseurs {%), et ces derniers nous les avons vus à l'œuvre à Grenoble, avant la cooptation à l'empire de Constance Chlore, en l'an 292 Ils avaient sans doute fortifié de même Bologne et Langres; car, dès son avènement, Constance se trouve en présence des remparts de la première, Gessoriacenses mûri (*) ; et, quant à la seconde, il est peu probable qu'il fit venir seulement des ouvriers de la Britannia en l'an 293, et que ceux-ci auraient achevé la restauration d'Aulun, et en outre celle de Langres, lorsque, en 296, Constance trouva cette dernière ville si bien fortifiée — et même si bien

(i) XIV Congrès, ç.ii.

(ï) Xlll'id., p. l&i; XXVII' id., p. 357.

(t) Dans moQ troisième article, je citerai i ce sujet des passages décislfs.de Lactance et d'AcftELius Victoii.

{*) Edmen., Paneg. ConstanHo Cxiari, 1V,6.

DictzedbyGoOglC

fermée — que, pour l'y faire eolrer, on dull'y hisser à l'aide de cordages (i).

Si l'on trouve une époque précise pour un fail appartenant à une série nombreuse de faits absolument pareils les uns aux autres et présentant des particularités exceptionnelles, il semble qu'il n'est pas léméraire de considérer les autres faits de la série comme appartenant à la même époque.

Est-il naturel d'admettre que, à de longs intervalles, tel empereur, puis telaulre et tel autre encore, aient ordonné de placer des débris de monuments anciens à la base de nouveaux murs à construire, avec défense de rendre les remparts plus solides, en y incorporant les pierres à l'aide de mortier,

Ces ordres se comprennent au contraire très bien, s'ils ont été appliqués à un grand nombre de villes se trouvant à la fois ruinées; tel avait été le cas pour les 60 (ou 70) villes des Gaules reprises sur les barbares par Probus.

Ces villes, il a fallu songer à les mettre toutes en même temps en état de se défendre contre des agressions futures.

Telle est la juste observation de M. Caumont (s) : L'établissement des fortifications et des enceintes qui les entourent a diî être l'objet d'une mesure générale due au même prince....

Les mesures de Dioclétien et Maximien furent continuées par Constance Chlore, leur collègue, à qui est dû, entre autres, l'établissement des remparts d'Autun.

(0 Edtrof., EpU. IX, 33; tte la Bàvne, cita FI. CotulaHlii ChlaH {Paaeg. vtteret, édit. de 1779, 1, p. 263).

Poar confirmer celle délerminalion d'époque, faisons attention aux témoignages des contemporains.

Au iv' siècle et au V*, Ausone, Telradius(t), AmmienMarcellin, Sidoine Apollinaire, mentionnent les fortifications de Narbonne, Bordeaux, Trêves, Saintes, Saverne, Aulun et Auxerre (ï); Grégoire de Tours, qui écrivait au vi' siècle, concorde avec eux en attribuant au in* siècle l'érection des remparts de Dijon.

Ammien Marcellin, il est vrai, n'a pas parlé des murs de Strasboui^, et on en tire argument (s) pour dire que ces murs, analogues de construction à ceux de Saverne, sont postérieurs à ceux-ci. Mais qui ignore que cet auieur est parvenu incomplet jusqu'à nous? On nepeut donc argumenter de son silence.

Nous savons que S. Pèlerin, évèque du m' siècle, arriva dans Auxerre, sa métropole, alors qu'elle n'était pas encore entourée de murs; mais son biographe (du siècle suivant) constate que la ville est fortifiée.

On ajoute à cela que, quand l'évèque Talasius, très peu plus tard, parle de sa ville d'Angers, celle-ci avait été tellement réduite par rétablissement d'une enceinte fortifiée, qu'il appelle sa métropole civiiatula mea.

L'empereur Julien, au iv siècle, rappelons-le, mentionne 4S villes fortifiées de la Gaule, ce que les panégyristes répètent en disant que Diuclétien avait rétabb la limite du

(0 Ou plutôt Adsode dans une lellre adressée ï ce personnage, (ï) Bail, des Cmnm. rog. d'art el d'arcbiol., XV[, pp. 4TS et si (s) XXVI' Congrès, p. 6t.

Rhin, du Danube et de l'Euphrate, en plaçant partout des camps défendus par l'armée romaine (i).

Zosime dit formellement que Dioclélien ayant, par une sage prévoyance, mis des garnisons dans toutes les places frontières, empêcha les barbares de faire irruption d'aucun côté, trouvant partout des troupes pour les arrêter (a).

Ce n'est donc pas sans raison que Gibbon écrit : • Dioclélien prit des précautions contre la valeur si souvent éprouvée des barbares de l'Europe. De l'embouchnre du Rhin à celle du Danube, les anciens camps, les villes et les citadelles furent réparés avec soin et on construisit de nouvelles forteresses dans les lieux les plus exposés. La plus exacte vigilance fut introduite parmi les garnisons des frontières. Enfin, OD n'oublia rien pour assurer et pour mettre à l'abri de toute insulte cette longue chaîne de fortifications (s). »

Cette opinion est admise par plusieurs auteurs. M. Schweighauser rapporte à la même époque l'établissement de l'ancien refuge de Sainte-Odile, près de Strasbourg, et M. Levrault arrive à la même conclusion pour cette dernière ville : ■ N'oublions pas que, sous Maximien Hercule et au sortir (te la guerre terrible des Bagaudes, l'empire avait intérêt à établir ou rétablir des postes fortifiés b (*).

D'après MM. Allmer et de Terrebasse (s), au ui* siècle, les barbares devinrent menaçants pour la Gaule, et il y eut nécessité de protéger par des murailles un grand nombre de

(i) Trad., édit. Desrez, p. 981.

(t) Paneg. vet.,l\l, IS. de u Badhe, Ioc. cil., p, 363.

(i) Grandeur et décadence, etc., tdit. Desrez, I, p. 318.

(4) XXVI' Congrès, p. 38.

(i) Loc. cil.; HucHEH, Ioc. cil., parle aussi du tu* siècle.

villes qai, jusqu'alors, avaient pu sans danger rester dépourvues de remparts. C'est Dioclétieu qui fit fortifier en Gaule beaucoup de villes, soit voisines, soit même éloiguées des frontières.

C'est aussi ce qu'admet Roach Smith (i) : s'il n'a jamais remarqué dans les murs des villes do monument plus récent que la fin du ii* siècle; s'il prononce à peine le nom d'Alexandre Sévère à propos des remparts de Londres, les monnaies trouvées lors des fouilles de ces remparts et leur étal à fleur de coin, indiquant peu de circulation, conduisent l'illaslre savant anglais à assigner le milieu du in' siècle comme date à l'érection des fortifications des villes anglaises.

Arrivant ainsi à l'époque de Probus, il estime qu'il ne doit pas s'être écoulé un grand intervalle de temps avant que les Romains n'aient songé ii assurer la sécurité des villes dont les barbares s'étaient emparés.

Un de nos savants belges, M. Schayes (s), se rend très exactement compte de la situation. La destruction par les Franks des places fortes qui défendaient les rives du Rhin et de la Meuse eurent lieu principalement sous le règne de Dioclétien.

« A l'époque oiî les ligues frankes et allemandes passaient sans cesse le Rhin pour piller et dévaster les parties de la Gaule' voisines de ce fleuve et pénétraient partout presqu'au centre de cette vaste contrée, les Romains forlifièrenl les villes restées oavertes jusqu'alors, relevèrent les murs de celles qui avaient été fortifiées antérieurement et établirent

(i) Coll. ant., V[l, p. 48; Itlutt. of roman London, p. 15. (t) HUtoire de l'arehiueiure en Belgique, I, pp. tSl et 303,

des camps ei des châteaux sur les poiats les plus menacés ; les simples slatioQS de poste même furent entourées d'enceinles murales.... »

Voici comment s'exprime à cet égard M. Ch. Robert (i) : « Les villes de la Gaule, pendant la longue paix extérieure dont elles avaient joui sous la domination romaine, n'avaient pas eu à se préoccuper de leurs moyens de défense; aussi, lorsque commencèrent les invasions barbares, dul-on réparer les anciennes murailles là où il y en avait, ou bien, et ce fut, croit~on, le cas le plus fréquent, en élever de nouvelles plus étroites et plus faciles à défendre. - Ces citadelles, qui furent pour la plupart impuissantes, sont désignées aujourd'hui par les archéologues; dans diverses villes gallo-romaines, sous le nom de • dernière enceinte > . On ne se fit pas faute de jeter dans les fondations des murailles les autels, les cippes cOmmémoratifs et les pierres funéraires de diverses époques, qui couvraient le sol. C'étaient des matériaux tout débités et à pied-d'œuvre dont il sufBsait d'abattre les corniches pour y trouver des joints tout prêts, et qui, par leurs dimensions relativement considérables, formaient d'excellents libages. En affectant aux travaux publics les matériaux provenant des temples païens, on ne faisait d'ailleurs que se conformer aux ordres venus de Rome et de Constahlinople.... >

A part le mot;e(er, appliqué à des monuments qui furent respectueusement placés dans les fondations ; à part aussi la citation de Gonstantinople, qui doit être supprimée parce

(i) Le* itrfagers, elc, p. S.

qa'il s'agit de Dioclélien et de HaximieD, voilà presque une reconnaissaDce de la loi de ces deax derniers princes dont le texte présaraé a été produit ci-dessos.

vni

La conclosion de ce travail, concordant avec le débat, est qu'il a existé une loi romaine ordonnant par tout l'empire l'érection de remparts où les autels et les tombeaux deyaieni être enfouis à la base.

H. de Caumont croyait à l'existence de pareille décision de l'autorité permettant de détruire tous les monuments dont la conservation n'était pas indispensable, pour les employer à la défense des cités.

On a cru trouver des traces ou des preuves de cette décision dans la combinaison de deux lois des fils de Théodose.

Si les prémisses du présent travail sont admises, la loi cherchée existe; seulement, elle est antérieure de plus d'un siècle, et le texte ne peut avoir sensiblement diO'éré de celai qui a été présenté ci-dessus.

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