‹ Renaissance et Réforme: Érasmus, Thomas Morus-MélanchthonChapitre 19 sur 77 · RopEH's Life of»T Th. More · texte numérisé non relu

RopEH's Life of»T Th. More

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libertés des Communes. « Quant à moi, conclut-il, à moins qu'on ne piélende que j'ai tous les esprits (le mes collègues dans ma iète,jesuis incapable, en matière si grave, de donner à moi seul satisfaction ù Votre Grâce. > Wolsey se leva brusquement et sortit.

Quelque temps après, rencontrant Morus dans la galerie de Whiteliall : « Par Dieu, lui dit-il, que n'ctiez-vous à Rome quand je vous ai ïnit orateur ! — Je l'aurais voulu comme vous, milord, me le pardonne Votre Grâce, car c'est une ville que j'ai depuis longtemps le désir de voir. » Le cardinal ayant fait quelques pas sans ajouter un mot : a Voilà une belle galerie, dit Morus; je la préfère à celle d'Hampton-Court. » Wolsey ne répondit riçn. lisse séparèrent mécontents l'un de l'autre, Wolsey avec le projet de se débarrasser de Moi'us à la première occasion. En effet, peu de temps après, lesaffaires ayant nécessité l'envoi d'une ambassade en Espagne, Wolsey persuada au roi d'en charger Morus. Celuici déjoua l'intrigue, et obtint de Henri de rester à Londres.

fl alléguait au roi, pour motifs de sa répugnance à quitter l'Angleterre, sa santé plus délicate que forte, que la sobriété seule avait soutenue contre les fatigues du travail, el ses enfants qu'il voyait déjà si peu, qu'Une verraitplus du tout. Toutes .ses pensées s'étaient lournées depuis longtemps au soin de leur éducation. De ses trois fUles, deux étaient déjà

mariées, et les gendres demeuraient à Chelsea, avec toute la famille. Tous prenaient part â l'éducation commune, laquelle se composait de bien plus de choses que l'éducation moderne, et se prolongeait bien au delà du temps qu'on y consacre. Quand Morus était à Chelsea, il dirigeait lui-même les travaux et aidait les maîtres particuliers de ses enfants. Si les affaires le retenaientà Londres, il se faisait envoyer de Chelsea les deroiVs et écrire des lettres sur des sujets littéraires ; il y répondait par des jugements détaillés, et, selon le cas, par des critiquesou par des louanges.

Dans une de ses lettres, il félicite galment ses, enfants d'avoir appris de maître Nicolas, qui leur enseignait 1 astronomie, à connaître non-seulement l'étoile polaire et l'étoile caniculaire, et toutes les autres constellations duciel, mais, « ce qui prouve un astronome accompli, comment on distingue le soleil de la lune, n Puis, tii'ant de l'époque de l'année un sujet d'exhorlations pieuses : i Ne manquez pas, leur dit-il, quand vos yeux s'élèvent vers lOb étoiles, de vous ressouvenir du saint temps de Pâques, et de chanter cet hymne pieux où Boëce nous enseigne qu'il faut pénétrer dans les cieux par notre esprit, de peur que, tandis que le coi-ps s'élève en haut, l'âme ne se ravale à terre avec les brutes. »

Une autre fois, il leur conseille d'examiner avec grand soin ce qu'ils viennent d'écrire, avant àfi le mettre au net, de lire la phrase entière, puis

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THOMAS HOnUS. li?

chaque membre à part ; — l'avis était bon i une époque où les phrases avaient la longueur de pages ; — de corriger les fautes, de recopier la lettre et, après l'avoir recopiée, de la relire encore; car les fautes qu'on a effacées sur le brouillon, dit-il, se glissent quelquefois dans la copie. Et il ajoute : ï Par votre application, vous gagnerez cet avantage que des riens Uniront par vous paraître des choses sérieuses; car, comme il n'y a rien do si charmant qui ne puisse devenir déplaisant par le bavardage, de même il n'y a rien de si déplaisant de sa nature à quoi le travail ne puisse donner de la grâce el de l'agrément. »

Une autre fois, il loue ses filles de leurs éloquentes lettres ; mais il regrette qu'on ne lui parle pas assez des entretiens qu'elles ont avec leur frère, de leurs lectures, de leurs thèmes, de l'emploi de leurs journées, « au milieu des doux fruits de la science. » Un jour, c'est Jean, le plus jeune de la famille et son seul fils, qu'il félicite de sa dernière lettre, parce qu'elle est plus longue et plus soignée que celle de ses sœurs. Non-seulement Jean traite son sujet avec goût et élégance : il sait de plus plaisanter avec son père discrètement, lui rendant bons mots pour bons mots, mais sans sortir de la retenue, et sans jamais oublier avec qui il fait assaut d'esprit.

L'enfent de prédilection de Morus, l'enfant de son cœur, c'était sa fille aînée, Marguerite, mariée à

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Roper, et déjà mère de plusieurs enTants. Marguerite pouvait passer pour un savant ; elle écrivait également bien en anglais et en latin, et traduisait ellemême ses propres ouvrages de l'anglais en latin, ou du latin en anglais. Elle répondit à la déclamation de Qulntilien, où un pauvre accuse un riche d'avoir empoisonné sesabeilles parles fleurs vénéneuses de son jardin, el elle plaida la cause du riche. Elle traduisait Eusébc du grec en lalin. Habile commentateur, dans le sacré comme dans le profane, elle expliquait un passlige de saint Gyprien qui avait mis à la torture tous les savants de son temps'. Son goût pour l'astronomie était très-vif; son yière la plaint de passer tant de nuits froides à contempler les merveilles « du tout-puissant et éternel ouvrier s. Toute cetle science ne l'empêchait pas d'être bonne femme d'intérieur, mère soigneuse, épouse dévouée.

Dans ce lemps-là, la vie était bien remplie. Des occupations, qui aujourd'hui s'excluent, se conciliaient à merveille; on faisait entrer deux fois plus de choses dans le même temps, et il y avait peu d'heures oisives. I-a contemplation même avait un but d'activité. Une femme trouvait letemps d'être à son mari, à ses enfants, à son père, à ses frères et à ' ses sœurs, et d'étudier l'astronomie, de déchiffrer les Pères, de réfuter Quintilien, de traduire les

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auleui's grecs, d'être savante sans être précieuse, occupée des choses de l'esprit sans avoir de distractions, auteur sans cesser d'être femme. C'est que l'instruction chez les Temmes n'était ni une mode, ni une rai'été, ni une profession; il s'y mêlait une idée de devoir chrétien, d'obligation religieuse envers soi etenversDieu. La religion préservait les femmes de la corruption de la science.

Aux conseils littéraires, Morus ajoutait le plus trouvent des exhortations à l'humilité chrétienne. Il faisait la guerre à toutes les petites vanités, soit des gendres, soit de leurs femmes, soit de madame Alice, soit de son fils Jean. Il raillait les vêlements trop serrés, tes prélentions à une taille fîne, « les cheveux relevés en l'air pour se donner un grand front >, ridicule qui ne date pas d'aujourd'hui; les chaussures étroites pour faire ressortir la petitesse du pied. Ildisait que Dieu leiirferaitinjustice s'il ne les envoyait pas en enfer, car ils mettaient bien plus de soin à plaire au monde et au diable que les personnes vraiment pieuses n'en mettent à se rendre agréables ;i Dieu, Craignant que sa haute position dans l'État, ses places, ses honneurs, n'étourdissent ses enfants, il leur prêchait sans cesse le mépris de l'or et de l'argent, de ne pas se croire meilleurs que ceux qui en avaient moins qu'eux, ni moins bons queceux qui en avaient plus; f d'éviter tous les gouffres et tous les abîmes de l'orgueil, mais de passer par les douces' prairies de la modestie »,

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enfin de regarder la vertu comme le principal bonheur.

La maison était réglée sur ce pied. La religion se mêlait à tous les travaux et à tous les plaisirs. Après le souper, pendant lequel on lisait quelque livre édifiant, et avant qu'on ne fit de la musique, ce qui était l'amusement de la veillée, il partait au!ï siens de choses de piété, et leur recommandait le soin de leurs âmes. Dans la journée, chacun était occupé à quelque chose d'utile. Jamais on ne jouait, contre la coutume de l'époque. Pour les maîtres comme pour les domestiques, séparation des hommes et des femmes. On ne se mêlait qu'aux heures de repas, pour la prière, pour la lecture de piété, sous l'œil du chef de famille, les jours qu'il était à Chelsea. La maison de .Horus avait pris peu à peu l'air d'un couvent,

A mesure qu'il s'élevait dans les honneurs, son esprit revenait à la religion austère de sa jeunesse. L'humilité augmentait de jour en jour, comme un correctif croissant de la fortune. Sa prospérité lui faisait peur; les faveurs l'épouvantaient comme autant de tentations et de pièges, et il n'engageait dans les affaires que ses talents, réservant sa conscience i Dieu. Soit qu'il doutât de sa santé, soit qu'il eût vu sa mort dans le regard sec et Qatteur de Henri Vlll, de plus en plus il s'accablait de scrupules, multipliait et exagérait ses devoirs, redoublait d'austérités, comme s'il se fût cru à la veille de combat-

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tre le dernier combat. Et poiirlant le ciel était encore serein, et rien n'annonçait l'orage. Mais pour le chrétien l'orage est dans le ciel le plus pur, et la disgrâce au fond de toutes les faveui's. Morus se tenait donc prêt à tout événement'. Il s'arrangeait pour que les habitudes ne devinssent pas des besoins, et pour que, la fortune changeant, les perles ne fussent pas des privations. Il savait par l'histoire de son pays qu'd avait étudiée dés sa jeunesse ', comment les rois reprennent ce qu'ils ont donné, et il gardait au sein de la richesse les mœurs de la pauvreté, afin que, dans les mauvais jours, n'y ayant d'ôté que l'appareil de sa vie, le fond en demeurât le même.

.D'ailleurs, ainsi que je l'ai déjà dit, les écrits de Luther avaient réveillé sa foi distraite par les affaires, attiédie par la tolérance, et quelque peu inclinée vers le déisme de l'Utopie. Il fui secoué profondément par cette parole qui remuait toute la chrétienté, et contre laquelle les empereurs provoquaient des assemblées et les papes lançaient des bulles. Une circonstance l'engagea de sa personne dans la lutte.

On sait que Luther compta parmi ses antagonistes Henri YIII, à qui Wolsey laissait tout le temps de jouter contre les hérétiques. Luther répondit à

1. Ego antmum mihi in omnem eventum compoêul. Lettre à tname. CorrespondtBut d'Érame, 570, A.

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