Aut tacalor obsciEne loquulus sit
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pour voir et écouter les gestes des deux promeneurs. Après une de ces promenades, où le rot s'était entretenu pendant une demi-heure avec Morus, le bras familièrement passé autour de son cou, son gendre Roper le félicitait d'une marque (l'amitié que Henri VIII n'accordait pas même à Wolsey, Morus lui dit tristement : t Je trouve en effet, mon fils, que le roi est bien bon pour moi, et qu'il me témoigne plus de faveur qu'à aucun autre de ses sujets. Mais je puis bien vous le dire, à vous, il n'y a guère lieu de nous en vanter; car, si ma tête pouvait lui faire gagner un seul château en France, il n'hésiterait pas à la faire tomber. »C'était la première fois que Morus laissait voir sa pensée secrète sur cette amitié mortelle, dans laquelle il s'engageait de plus en plus par les efforts mêmes qu'il faisait pour s'y dérober. Mais il n'avait plus ni la volonté de reculer, ni le pouvoir de ne pas aller plus avant. Le chrétien ardent devenait aussi nécessaire à Henri que le diseur de bons mots. C'est d'ailleurs pour un autre office qu'on allait avoir besoin de lui.
Quelque temps après la scène de Chelsea, Morus était nommé lord chancelier d'Angleterre.
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THOMAS MOBUS.
rtisgrâcedeWolsej. — DiscourBd'intialUtiondunouvcaucbancelier.
— Le père dô Tliomas Morus préside à qualre-vingl-dix ant la cour du banc du roi. — Henri demande IThomai Morug un avi} ^vorable au divorce. — Rerus d: Morus. — Son applicationi ses dcvoin judiciaires. — Caraclëre de sa justice. -~ La RequéU du pauvret. — Morus y répond. — Sa polémique contre Tyndall. — Il reruse un présent d'ar^nt des érâques. — Sa démissioa de la cliarge de ctiancclier, — 11 licencie sa maison. — Il ùit son épitaplie.
Je n'ai point à raconter la disgi'âce du cardinal Wolsey, ni les circonstances, assez compliquées, qui l'accompagnèrent. Il suffira de dire que l'administration qui remplaça le cardinal fut l'ouvrage d'Anne de Boleyn ; ce fut proprement le ministère du divorce et du nouveau mariage. Wolsey, d'abord opposé à l'un et à l'autre, puis, par amour de sa place, par crainte du danger qu'il courait en la perdant, réconcilié faiblement avec cette double inirigue, Wolsey avait succombé pour ne l'avoir pas toujours voulue et pour n'y avoir pas réussi après s'y être entremis. On cherchait qui pouvait le remplacer dans le titre et les fonctions de chancelier, le seul poste dont le roi n'eût pas disposé dès Vabord en formant la nouvelle administration. On
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ne voulait plus d'an homme li'éjïlise; Wolsey avait dégoûte de ces ministres, sujets de deux maîtres, qui presque toujours vendaient l'un à l'autre. « Jo crois bien, disftit l'évêque de Bayonne, ambassadeur de France à Londres, que les prèlres ne toucheront plus aux sceaux. > Henri en était las ; outre qu'un haut dignitaire ecclésiastique eùl été déplacé dans une administration nommée contre le pape, et dont le chef réel, dit. malignement le même évèque, « était par-dessus tout mademoiselle Anne. »
Le roi jeta les yeux sur Thomas Morus. Celui-ci fit la faute d'accepter, en homme habitué à se laisser pousser où l'on avait besoin de lui, et à devenir ambitieux par la suggestion d'autrui. On l'avait choisi à deux fins : d'abord pour conjurer le parlement, avec qui l'on allait avoir de grands démêlés, ensuite pour attaquer sa conscience par sa reconnaissance. Il entra dans le ministère, avec une opinion arrêtée contre le divorce qui devait en être l'unique affaire, espérant peut-être que le roi serait guéri de sa fatale passion par l'impossibilité d'y convertir son royaume. Aussi bien, une première fois, Henri avait cessé un moment de voir Anne de Boleyn, et témoigné le désir de revenir à la reine.
Morus apportait aux affaires un esprit fatigué et une âme attristée. Au dehors, les guerres entre la France et l'Empire, les progrès de la réforme, les déchirements de l'Allemagne; au dedans, cette malheureuse question du divorce, le remplissaient de
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THOMAS HOnUS. 81
soucis et de pressentimenls. Un jour (ju'élant i Chelsea, il se promenait avec Roper sur les hovàs de la Tamise, il prit tout à coup te bras de son gendre, et, lui montrant ie fleuve : f 11 y a trois choses que je voudrais voir arriver, lils Roper, dussé-je à ce prix être mis dans un sac et jeté dans cette rivière. — Quelles sont donc ces choses, dit Roper, pour lesquelles vous donneriez votre vie ? — Écoutez-moi, fils : en premier lieu, je voudrais qu'au lieu de la guerre qui divise en ce moment tous les princes chrétiens, nous eussions la paix universelle; en second lieu, que l'Église du Chiist en ce moment déchirée par les hérésies, rentrât dans l'unité de la foi catholique; en troisième lieu, que l'afTaire du mariage, qui cause tant de discussions, fût, pour la gloire de Diuu et la tranquillité de tout le monde, menée à bonne fin '. » Sur celte question du divorce et du mariage il s'était toujours abstenu de donner une opinion formelle, encore plus par charité chrétienne que par prudence ; mais, comme il avait une conscience où chacun pouvait lire sans qu'il parlAl, Roper comprit ce que signifiait ce vœu discret d'une bonne fi,n.
C'était la première fois qu'on voyait les sceaux d'Angleterre donnés à un homme qui n'était ni noble ni prélat. Il fallut justifier cette nouveauté. On en chargea le duc de Norfolk, chef nominal du nou-
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Si HEWAISSANCE ET RÉFORME.
venu conseil, qui devait en cette qualité installer Morus. Aux éloges que Ht le duc des vertus et du savoir qui compensaient dans le nouveau chancelier le désavantage de son peu de naissance, Morus répondit par d'humbles remerciments. t II avait été forcé, comme Sa Majesié se plaisait à l'avouer, d'entrer à son service et de devenir courtisan. De toutes les dignités dont on l'avait comblé, la dernière et la plus haute était elle qu'il avait le moins désirée et qu'il acceptait avec le plus de répugnance. Mais telle était la bonté du roi, qu'il tenait compte du dévouement dti moindre de ses sujets, et qu'il récompensait avec magnificence, non-seulement ceux qui en étaient dignes, mais ceux mêmes qui n'avaient pour tout mérite que le désir de l'être. » Ces paroles, semblables en apparence à celles de tous les ambitieux qui semblent se résigner à ce qu'ils ont le plus envié, étaient sincères dans la bouche de Morus. Peut-être même y avail-il, dans cette phrase où il prenait le roi en témoignage de sa résistance à sa propre fortune, une vague prière de ne pas. trop lui demander pour des fonctions acceptées par obéissance.
Son langage fut admirable de convenance et de courage, lorsque, se retournant vers le siégo où il allait s'asseoir, et d'où Wolsey était tombé, il dit avec une émotion qui passa dans toute l'assemblée :
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( Mais, quand je regarde ce siège et que je considère quels grands personnages s'y sont assis avunt moi; quand surtout je me rappelle l'homme qui l'a occupé le dernier, son étonnante sugacité, son cspérience consommée, quelle fut sa haute fortune pendant quelques années, et comment il finit par une chute si triste, mourant sans honneur et sans gloire, j'ai quelque raison de regarder les dignités humaines comme chose de peu de durée, et la place de chancelier comme beaucoup moins désirable que ne le pensent ceux qui m'en voient honoré. C'est pour cela que j'y vais monter comme à un poste plein de travail et de dangers, dépourvu de tout honneur véritable et solide, et d'où il faut d'autant plus craindre de tomber que l'on tombe de plus haut. Et, en vérité, je trébucherais dès le premier pas, si je n'étais soutenu par la bonté du roi et rassuré par les marques d'estime que je reçois de vous. Sans quoi ce siège ne me sourirait pas plus qu'à Damoclès l'épée suspendue sur sa tête par un crin de cheval, lorsque, assis sur le trône de Dcnys, tyran de Syracuse, il s'oubliait dans la bonne clière d'un festin royal. Au reste, il est deux choses que j'aurai toujours devant les yeux : d'une pail, que ce siège seta pour moi honorable et glorieux, si je remplis mes devoire avec lèlc, diligence et fidélité ; d'autre part, qu'il peut arriver que la jouissance en soit courte et incertaine : or mon travail et ma bonne volonté devront m' assurer la première chose ;
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l'exemple de mon prédécesseur m'édifiera sur la seconde. Qu'on juge maintenant combien doivent me plaire et la dignité de chancelier et les éloges du noble duc ' . »
Ce fut un spectacle touchant de voir, dans le palais de Westminster, les deux plus grandes chambres du royaume, celle de la justice du banc du roi, el celle des lords, présidées, l'une par le père, et l'autre par le fils. Le père de Morus était alors âgé de quatre-vingt-dix ans. Tous les jours, avantd'aller remplir sa charge, le chancelier demandait à genoux la bénédiction du vieillard, lequel eut le bonheur de mourir, son fils étant encore en charge, sans que ses derniers moments fussent troublés par la crainte de cette chute à laquelle le successeur de Wolsey se tenait prêt.
A peine Morus fut-il en possession de sa chaire que le roi vint lui en demander le prix. 11 s'agissait de se prononcer pour le divorce. Henri usa d'adresse. Au lieu d'exiger une adhésion immédiate, il se contenta de recommander la matière à ses méditations, comme s'il se fût agi, non d'ouvrir à la maîtresse le lit de la femme légitime, mais de mettre d'accord le LévUigue avec saint Paul. Morus, qui comprit où en voulait venir le roi, se jetant à ses genoux, le pria de lui continuer ses bonnes grâces d'autrefois, ajoutant que rien au monde n'avait été