‹ Renaissance et Réforme: Érasmus, Thomas Morus-MélanchthonChapitre 52 sur 77 · I. So toU und masti er hieraa. {LtUrti de Luther · texte numérisé non relu

I. So toU und masti er hieraa. {LtUrti de Luther

D,mi,.=db,Gooy[c

338 RENAISSANCE ET RÉPOKHE.

Mélanchthon, ne pouvant obteair un congé régulier, cessa, de son propre mouvement, ses leçons. « Onm'a pris mes heures, écrivit-il à Spalatin. J'ai dû, de nécessité, quitter ma chaire. > C'était sq manière de résister.

Ni du côté de la théologie, ni du côté des lettres, la perspective n'était riante. L'électeur négligeait l'académie de WiUemberg, et Mélanchthon osait s'en plaindre jusqu'à s'attirer des reproches de Spalatin. Il n'abondait dans la réforme que sur un point où les protestants se montrèrent toujours fort pressants, je veux dii'e l'application aux besoins des académies des revenus ecclésiastiques, restés vacants par suite des extinctions- t Les récompenses de la vertu et des études, écrit-il à Spalatin, sont toutes aux mains des marchands de messe. > t C'est le devoir des princes, dit-il ailleurs, d'éveiller et d'entretenir l'élude des lettres : mais ils continuent à être desMidas. > 11 ne pensait guère mieux de son siècle que des cours, et il déplorait cette indifférence qui laissait enfouis daiis la poussière tant de monuments de l'antiquité. « Souvent, écrit-il à Spalatin, quand je jette les yeux sur mes écrils, qui ne me sont guère moins chers que mes enfants, je gémis et je pense en moi-même : Les marcliands de poisson en envelopperont leur denrée. >

Le traitement qu'il recevait, quoique supérieur à celui de ses collègues, suffisait à peine h tous ses besoins, et le payement n'en était pas assuré; mais,

D,mi,.=db,Gooylc

MÉLAKCHTHON. 3311

à force d'ordre, il trouvait moyen de se tenir dans ce milieu dont il partait à ses amis, entre les dettes et l'avarice. Un aveu touchant à Spalalin nous fait voir à quel prix : « Tu peux, lui dit-il, apprécier par un fait quelle a été mon économie ; depuis mon mariage, ma femme n'a pas acheté une nouvelle robe '. i Je n'en admire que plus l'insouciance dont la loue Camérariusdu côté de la toilette; elle avait fait de nécessité vertu.

Toutefois, en père prévoyant, Mélanchlhoneùt été heureux de laisser à ses enfants quelque peu de patrimoine honnêtement acquis. « Mais je vais, * ajoule-t-il, que, dansées temps si durs, je ne leur laisserai que le misérable et vain bruit de mon nom, et la petite réputation d'érudit qui s'y attachera. » En quittant les lettres pour la théologie, il eût pu s'enrichir, f Je pourrais èlre tout doré, dit-il dans la même lettre, si je voulais tirer profit de la théologie; mais je ne le ferai à aucun prix, i

C'est ainsi qu'un des plus grands théologiens de la réforme commença par se débattre contre ta théologie et par la tenir pour suspecte, quoique tout l'y appelât, et qu'il y eût pu trouver dès te commencement faveur et argent, L'histoire de la résistance de Iflélanchthon n'a d'ailleurs rien de particulier; c'est l'histoire de tous les hommes

...Gooyic

supérieurs qui veulent garder leur indépendance au milieu d'une révolulion reconnue par eux comme nécessaire, el qu'ils approuvent. Ils se recommandent et se rendent inévitables par leurs efforts mêmes pour n'y pas prendre partie. Vainement ils veulent rester à l'écart, sous le noble prétexte qu'ils renoncent à tout proilt dans les conquêtes de l'esprit nouveau sur l'esprit ancien, à toute part dans les dépouilles opimes du passé. Dieu ne permet à personne cette adhésion timide et spéculative. Il veut que tout le monde combatte, n'importe dans , quels rmigs ; car, vainqueurs ou vaincus, il aime tous ceux qui ont été sincères et qui ont agi ; les indifférents seuls ne trouveront pas grâce à ses yeux. Mais il doit avoir en dilection particulière ceux auxquels il a donné à la fois un cœur qui pousse au sacrifice et des yeux qui en voienl toute l'étendue : ceux-là sont les vrais martyrs.

Dans le temps même que Mélanchthon se défendait contre toutes les inlluences liguées pour l'attirer dans les luttes théologiques, Érasme fortifiait sa répugnance par des lettres pleines de sens et de grâce, lui montrant, sous les traits les plus aimables, l'image même de cette modération où il mettait tant de prix à le retenir. Ce grand homme offi-ait à Mélanclithon l'exemple tenlant d'une vieillesse glorieuse s'achevant au sein des lettres divines et humaines, en partie restaurées pal" lui, à égale distance de la routine scolastique et des nouveautés

D,<iz=<i„Gooylc

MËLANCHTHON. 3il

violentes. On lui avait insinué de Rome qu'il essayât de tirer son jeune ami de ces querelles. < Je me suis contenté, écrit-il à Mélanchtlion, de témoigner l'espoir que tu es demeuré libre. » Et ailleurs : « J'aurais aimé que ton esprit, qui est né pour les belleslettres, s'y consacrât sans réserve; il n'eût pas manqué d'acteurs à cette tragédie qui finira on ne sait comment*, u Rien de plus délicat ni de mieux mené que cette négociation, qui fut d'ailleurs inutile, Érasme n'y pouvait mettre l'ardeur d'un catho* lique, puisqu'il pensait comme Mélanchtlion sur la plupart des choses attaquées par Luther. Il ne sut que lui vanter les douceurs des lettres, la part qu'il avait déjà prise à leur renaissance, et lui exprimer combien il était regrettable qu'il ne s'y pût donner tout entier.

Je m'explique très-bien pourquoi Erasme écrivit en faveur du libre arbitre, et pourquoi, aux emportements près, Mélanchtlion se rangea à l'avis de Luther, qui le rejetait. Toutes les opinions humaines, même celles des théologiens, ont des motifs secrets dans la conduite et le caractère de ceux qui les professent. Il convenait à Érasme, qui avait su défendre toute sa vie son libre arbitre contre les autres et contre lui-même, de revendiquer ce dogme pour tous les hommes, et de le concilier avec celui de la toute-puissance et de la toute-pres-

Page 1