Corpus Teformatorum, I. I, n" 30Î
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tu RENAISSANCE ET RÊFOriME.
cience divines. Un esprit si prudent et si maître de lui, qui, pour rester plus libre, s'était fuil une patrie nomade sur les frontières de l'Allemagne, de la France et de l'Espagne, loin des villes où la dispute pouvait être périlleuse; ne devait pas être ingrat envers le principe même de sa conduite et la sauvegarde de son indépendance. Mais quel intérêt pouvaient prendre au libre arbitre, soit Luther, si souvent esclave de sa propre fougue, qu'il confondait avec la grâce, soit Mélanchthon, qui ne s'était presque rien réservé du sien, et qui, dans le temps même de la dispute sur cette matière, s'était successivement laissé marier, sans y avoii' de goût, et charger de l'enseignement tliéologique, oii il ne ■ se sentait ni propre ni utile?
Ah reste, Erasme poavaït demeurer indépendant et s'abstenir; Mélanchthon ne le pouvait pas. Le premier n'eût été approuvé de personne, s'il eût commis son savoir, son expérience, sa gloire, dans des luttes dont les principaux acteurs étaient des jeunes gens, et dont l'Achille, pour me servir de son expression, était à peine dans l'âge mûr. Aussi bien sa sagesse était-elle méprisée dans le parti. On se rappelle la manière superbe dont Luther l'exhorle à se retirer de démêlés qui ne le concernent pas '. Le chef de la réforme suisse, Zwingle, ne le traitait pas avec moins de dédain. Érasme lui avait donné
. Voir Ertume, VII, ,
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HËLANCHTRON. M3
quelques avci'lîsscmcnts, du droit qu'il tenait de sa grande renommée. Zwingle loi répond : i Les choses que lu sais nous sont inutiles, les choses que nous savons ne te conviennent pas '. «Gomment Érasme pouvait-il être tenté de se joindre à un parti « qui n'a, disait-il, que ceci d'évangélique, c'est que beaucoup y manquent du nécessaire » î Le plus beau rôle et le seul qu'il pût prendre, c'était, après avoir fourni à la réforme ses meilleures armes, de combattre ses escès et de lui marquer ses limites.
Mélanchtlion était venu, à peine ûgé de vingt ans, dans le foyer même de la réforme allemande. Il s'était vu le collègue et l'égal de Luther, et n'avait pas été libre do n'être point de ses amis. Les jeunes gens se mettent toujours du côté du plus fort, mais seulement quand ce qui est le plus fort est une idée, Mélanclithon avait suivi tous ceux de son âge, sauf quelques incertitudes secrètes, et un certain étonnement intérieur qui suspendait quelquefois en lui le mouvement des espérances, et qui était l'effet de grandes lumières dans l'âge de l'enthousiasme.
Ajoutez que la réforme avait besoin de lui, que sans lui Luther eût plutôt secoué les esprits qu'il n'y eût pénétré et pris racine, et se fût plus élevé que propagé. La réforme, telle qu'elle se montre dans les écrits de Luther, passionnée, puissante,