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106 KENAISSANCE ET REFORME.
écrites, soit par lui, soit par ses amis. La vraie critique n'a rien changé ans jugements que Mélanch- Ihon y porte sur les auteurs. Le xvii' siècle les a adoptés; le xviir siècle s'y est rangé, malgré la légèreté de ses opinions et de son savoir, en ce qui regarde les anciens; et, de nos jours, la seule nouveauté solide à laquelle on puisse prétendre, c'est d'y revenir.
Cette vie ouverte à tous et donnée à tous, celte source de lumières et de sentiments honnôles où ctiacun pouvait puiser, cette plume universelle, font de Mélanchthon un génie très-original par tout ce qu'il fit pour ne point s'appartenir. Il servit tout le monde jusqu'à la fin, et il fut d'autant plus grand, qu'à l'âge où les hommes commencent à s'imposer, il continua toujours à se prodiguer. Il fut puissant à force de refuser le pouvoir. Comme recteur ou comme professeur, il gouverna l'académie qui gouvernait elle-même la ville, et plus d'une fois la seule vue de cette figure douce et souffrante, que lui prêtent les gravures du temps, animée par le courage du devoir, suffit pour dissiper une sédition. Qu'on imagine maintenant ce qui put se former d'élèves et de maîtres distingués, pendant un enseignement de quarante années, à la vois si persuasive et par les écrits si naturels et si pratiques de ce grand homme; qu'on songe à ces Académies qu'il fut 'chargé d'oi^aniser sur le modèle de celle de Wiltemhcrg; à tant de professeurs choisis par lui,
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HÉLANCHTHOH. lOT
sur la demande de toutes les villes de l'Allemagne, lesquels y répandirent sa méthode; à l'immense multitude d'étudiants qui, à divers degrés, furent touchés par cet esprit supérieur; on s'expliquera qu'il ait reçu de sa nation le titre glorieux de précepteur commun de l'Allemagne.
Il fut aussi, à certains égards, le précepteur de la France, quoiqu'il n'y ait jamais enseigné de sa personne. Calvin, par qui se formaient nos meilleurs esprits de ce temps-là, s'était formé lui-même par la méthode de Mélanchthon. Nos étudiants apprenaient le latin dans ses grammaires. J'ai sous les yeux un exemplaire de ses Institutions de rhétorique, « bien autrement traitées qu'auparavant, » dit le libraire François Regnault, et qui porte la date de 1529. Dès 1526, cette rhétorique était populaire dans nos écoles*. Ses écrits de théologie, tvès-lus et très-admirés, formaient le goût de ceux mêmes dont ils ne changeaient pas la foi. Je n'y trouve rien d'essentiel qui ne fasse partie du fonds même de l'esprit français, ni aucune qualité de composition et de style qui nesoit obligatoire pournos écrivains. Si l'influence de Mélanchthon fut si directe, quelle reconnaissance ne devons-nous pas à ce grand homme? Si, ce qui ne le diminuerait point, l'esprit ■ français n'a fait que suivre la môme voie que Mé-
Germaniœ praeepiorij
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408 RENAISSANCE ET RËFORHB.
lanchlhon, non toutefois sans le connaître, je le vénérerais encore pour ce trait de confraternité avec nos,grands écrivains, et comme me contirmant dans l'excellence de leur art et dans la vérité de leurs doctrines.
Qui peut apprécier tout ce que cet esprit si admirablement tempéré, vif sans témérité, facile sans relÂchetnent étoquen* sans déclamation, toujours et en toutes matières solide et vrai, dut enseigoer de choses sensées, nobles, fructueuses? Qui peut connaître, si ce n'est Dieu, tout ce que produisit, <lans les esprits élevés sous sa discipline, cette semence choisie, tout ce qui partit de ce foyer pour se répandre autour de lui et dans toute l'Europe?!! reste un curieux témoignage de ce qu'était son enseignement A Wittemberg : c'est le partage qu'en firent ses collègues après sa mort. Il n'en fallut pas moins de quatre pour suffire à cet héritage, « en attendant, dit l'Académie, qu'on trouve un homme, s'il en existe, qui puisse prendre le fardeau tout entier*. » Vitus Ortelius, docteur en médecine, qui professait depuis quarante ans l'éloquence et la langue grecque, se chargea des cours de dialectique, et d'expliquer Euripide à la place de Mélanchthon. C'étaient, quatre leçons par semaine. Il promit en outre aux élèves qui commençaient l'étude du grec de leur
1. Scriptum publice proposil bliciinim conslitulo, poat pium lanchthonl».
HËLINCHTHÛN. 109
enseigner une Tois par sennaine la grammaire de Mélanchthon. Paul Eberus, pasteur, quoique chai^ du gouvernement de l'Eglise de Witlembci^, cod- Ecntit à remplacer Mélanchthon, deux jours par semaine, pourla leçon de théologie, et, le dimanche, dans la leçon du matin que Mélanchthon avait coutume d'approprier  la solennité du jour. Pierre Vincent eut k expliquer les Éthiques d'Aristote, tous les mercredis. Enfin Peucer, le gendre de Mélanchthon, fut chargé de continuer à dicter la chronique, ou histoire universelle, que Mélanchthon avait menée jusqu'à Cliarlemagne.
( Nousavons distribué de telle sorte, dit ce dernier, dans son discours d'ouverture, les travaux interrompus par sa mort, que le lardeau qu'il a porté sur ses épaules et soutenu avec les forces d'Atlas, nous nous le sommes partagé entre plusieurs, réunissant nos efforts et nos conseils, pour prévenir la chute de cette école qui a subsisté et prospéré par lui. * Et il ajoute : t C'est pour empêcher que, dans ce malheur public, vous ne perdiez courage, et ne désespériez du sort des études, que nous avons résolu de poui'suivre et de presser les Iravaus abandonnés par lui, et de donner tous nos soins pour assurer par la diligence, ra.ssiduité, la fidélité au devoir, ce que nous ne pourrions obtenir par le talent, l'expérience, l'abondance et la variété des connaissances. > Dans cet écrit sur les changements qui vont avoir lieu dans les cours,
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410 UEHAISSANCE ET ItÉKORME.
l'académie de Witteraberg est comparée au navire Argo et Métanchthon au pilote Typhis. Mais la douleur y est si vraie, qu'elle perce à travers ces souvenirs de la mythologie antique, d'ailleurs particuliers à ce temps, où les sentiments les plus profonds ne pouvaient s'exprimer qu'avec des images et des tours empruntés à derlangues mortes.
Le même professeur, dont il fallait partager l'héritage entre quatre de ses collègues, écrivit pendant le même espace de temps, outre tant de traités, de pièces diplomatiques, d'ouvrages de théologie, de préfaces, un nombre immense de lettres, quelquefois jusqu'à douze en un jour, dont quelques-unes ont l'étendue d'un traité. Cette modération admirable attirait à lui, de tous les points de l'Europe, tous ceux qui voulaient se recueillir avant de se décider, se connaître avant de disposer d'eux. Tous les yeux qu'éblouissait l'éclat de Luther se tournaient vers cette lumière douce ef égale qui pénétrait les consciences sans les troubler. Les hommes passionnés, pour qui les idées nouvelles n'étaient qu'une occasion de se déchaîner avec impunité, attendaient le signal de Luther, et souvent le devançaient. Mélanchthon avait autour de lui tous ceux qui cherchaient la vérité pour elle-même, ou pour régler sur ses enseignements leur vie intérieure; tous ceux qui voulaient moins un maître qu'un directeur de conscience, et aimaient mieux se donner librement que se laisser conquérir ; tous ceux qui avaient besoin
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MËLANCHTHON, iH
de conseils, soil pour la conduitede leur conscience dans les choses de la foi, soit pour celle de leur esprit dans les choses de l'intelligence. Et ce n'est pas une médiocre gloire pour la modération, d'avoir donné plus de travail à Mélanchlhon, que n'en donnait à Luther Je gouvernement de tant de passions qui offraient d'être ses auxiliaires, sans lui dire et peut-être sans savoir elles-mêmes jusqu'où elles comptaient le suivre.
Tel fut Mélanchthon dans sa double tâche de réformateur de la religion et des lettres. Une vie si laborieuse, un si rude passage sur la terre, tant d'oubli de soi-même et de dévouement à tous, ont réconcilié tout le monde à cette grande mémoire. Les catholiques ne lui sont pas sévères, car Bossuet lui-même l'a aimé, et n'a pas pu voir impunément tant de douceur et de lumières. Les protestants, loin de le haïr, ne le suspectent même plus. Quant à ceux qui cultivent ce qu'il appelait la philosophie, comment ne seraient-ils pas justes pour lui? 11 a défriché pour eux le champ de la science et de l'art, et nul, parmi les héroïques ouvriers de la renaissance, n'a fait plus d'efforts et dépensé plus de sa vie pour nous rendre faciles et doux les plaisirs les plus relevés de l'esprit.
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THOMAS MOHUS
I. Mort de Henri VII. — Henri Vlll ton fils lui luccèdo. — Mariage de Henri VIll avoc Calherine d'Aragon. — L'ëpilha-
II. Naiisance de Tliomas Morus, — Lci présages, — Morus esl prol^gé par le cardinal Morlun. — Ses succès i Oxford.
— Caractère de eei première! poésies. — Ses aiislériléi. — Les pieux entretiens chez ie dojen de Saint-l'aul. C^let. — Morus le marie deux rois. — H est nomma à la Chambre des communes. — Sa (Uit« en France. — Il revient en Angleterre à l'avènement de Henri VIU Il
III. Noms présenté à Henri VIIl par le cardinal Wolsey. ~~ Il est chargé de diverses missions à l'ùtranger. — Sa lettre i Ërasme à ce sujet. — Ses mœurs domestiques. — Comment il trouve du temps pour écrire, — Première idéedo l'Vtopie.
— Admiration que cet ouvrage excite en Europe S5