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LE PROCÈS DE LA RHÉTORIQUE

Voyez comme, dès ses tendres débuts, les luttes de sa pensée ont de significa- 1 tion ! Lui-même serait porté à les attribuer aux complexités de sa nature per- .

sonnelle, En réalité, elles enveloppent des problèmes qui ne dépendent pas de sa À manière de voir et que la force irrésistible | des faits ou des choses pose, ou va poser, :

bon gré mal gré, aux hommes de son 1

temps. Celui qui les soulève peut bien :

passer pour un perturbateur. Ceux qui se .

refusent à les voir venir, parce que leurs :

opinions en sont inquiétées, sont parfois .

de bien plus grands perturbateurs encore. :

Car leur inertie ménage à leurs opinions | un excès de défaite qui aurait pu être évité |

de français. À la tête de sa classe dans Îles autres parties, il se laissa, en celle-ci,

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et qui balaiera indistinctement ce que ces

opinions gardaient de juste et de néces- … saire et ce qu’elles avaient d’intenable. .

Il nous conte, parmi ses souvenirs du .

petit séminaire, qu'il fut, en rhétorique,

un médiocre élève pour les compositions …

tomber au plus bas. Il était en dissenti- + ment avec son maître, qu'il désolait par

la lourdeur et la sécheresse de ses devoirs et que parfois il scandalisait par d’auda- … cieux essais dans le style romantique.

Tout ce qu'il faisait était manqué, parce

que les matières de convention qu'il fal-

lait traiter le rebutaient et tuaient sa

verve. Il explique ainsi son dégoût :

« Ecrire sans avoir à dire quelque chose

de pensé personnellement me paraissait

dès lors l’exercice d’esprit le plus fasti-

dieux. » Cette explication est un raccourci dont nous devons déployer tout le sens, qui va fort loin.

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Les compositions de rhétorique en.

ï usage à Saint-Nicolas, étaient les mêmes qui se pratiquaient sous l’ancien régime,

dans les collèges de Jésuites et dans .

l'Université. Elles consistaient en lieux

communs à développer dans le cadre d’un

discours fictif prêté à quelque personnage

historique ; lieux communs de morale, d’histoire, de politique, de patriotisme,

de civisme, de religion, de goût, de poli- N tesse ou de mœurs. On ne voit pas qu’au … xvIIe siècle et dans la première moitié | du xvIII®, ces exercices aient suscité au- .

cune opposition ni qu'aucun homme supé-

rieur se soit plaint d’y avoir été soumis.

Ce fut chez les Encyclopédistes, que la |

valeur du système d'éducation littéraire auquel ils appartenaient commença d’être discutée. Et les vues que les Encyclopédistes n'avaient qu'ébauchées à cet égaid, trouvèrent leur plein épanouissement dans

4 |les commissions révolutionnaires chargées |

d'élaborer des plans nouveaux d’instruc- | tion publique. Ces plans, donnant tout .

aux sciences exactes et à ce qu’on appelait

alors « idéologie » (analyse philosophique

de la formation de nos idées, selon Locke

et Condillac) ne laissaient à la rhétorique qu'une maigre place. Mais ils ne se réalisèrent guère que sur le papier. Quand . Napoléon eut reconstitué l’Université, elle n’en tint pas beaucoup de compte. Elle .

revint à l’ancienne éducation littéraire.

Le discours latin, le discours français à l’ancienne mode refleurirent, Ces com-

positions redevinrent, à de bien légères

nuances près, ce qu’elles étaient au temps de Rollin et de Lebeau. Les sujets religieux d’un caractère confessionnel trop

prononcé disparurent, il est vrai, des éta-

blissements de l'Etat. Ils se conservaient

naturellement dans les maisons religieuses.

Ces vénérables maîtres de l’ancienne Uni-

versité de Paris, entrant dans la classe du

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jeune Renan, n’eussent presque rien

trouvé de changé.

Ce maintien de la tradition n’était-il

pas tout à fait raisonnable ? La tradition

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ne répond-elle pas ici à la nature et à la nécessité même des choses ? Sur quoidonc exercerait-on la plume des écoliers, sinon sur des lieux communs ? Et quels travaux .

| « personnels » notre rhétoricien réfractaire eût-il voulu qu’on lui demandât à seize

ans ? Le lieu commun est l'aliment obligé :

de l’éducation intellectuelle et de l’éducation morale. Pour faire travailler de jeunes ‘à esprits encore dépourvus d’ observation et d'invention propres, ne faut-il pas leur

fournir des thèmes tout préparés, em-

pruntés sans doute aux données réelles de la vie humaine et de l’histoire, mais les simplifiant à dessein (ce qui ne veut

pas dire les falsifiant) afin de ne pas excéder les facultés de réflexion et d’ana-

lyse de cet âge tendre ? Une certaine « élévation, une certaine noblesse morale

sont assurément à exiger de ces thèmes. .

Il faut qu’ils aient l’approbation géné- « rale des honnêtes gens et viennent à | l’appui des maximes de bon sens, de vertu, d'honneur, de civilité, de respect,

de devoir public, qui soutiennent l’ordre

d’une société. Ainsi les adolescents qui - les embrassent avec candeur et qui les : développent dans les formes d’une élo- quence scolaire, imitée des bons modèles, y profitent-ils de toute façon. Ainsi la

rhétorique forme-t-elle à la fois, et par .

le même instrument, selon le vœu de Rollin, « l'esprit et le cœur ».

Rier de plus sage que cette doctrine.

Les plus belles civilisations de l'humanité

l'ont mise en pratique. Mais, pas plus . qu'aucune autre doctrine humaine, elle | ne règne dans l’absolu. Il lui faut une . base historique d’application. Cette base . ressort de ce qui précède : c’est l’unanime accord de l'élite sociale au sujet des institutions légitimes et nécessaires de la

société, et, comme fruit (on pourrait dire

aussi : comme cause) de cet accord, la prospérité, la vigueur, l'éclat de ces institutions mêmes. La force et la richesse des moyens d'éducation sont proportionnées à la solidité de cette entente et à la

puissance de ce fait. Lu vicntalh à se rompre ou à s’affaibhir, l’autre à Ho + voilà l’éducation publique troublée dans sa direction, diminuée dans l'efficacité de ses moyens. Comment conquérir la vive et heureuse confiance des adolescents en des maximes qu’ils voient devenues l’objet de grandes disputes entre les hommes ? Comment les façonner, jusqu’à l'âme, à un ensemble d'institutions religieuses, sociales, politiques ou esthétiques qui porté des signes de ruine ou de pro- .

chaine transformation, ou qui est même déjà tombé en partie ? Cependant, faute d’un modèle nouveau qui ne saurait d’ail- :

leurs se former et prévaloir au sein d’une société trop divisée et trop changeante, “4 il faudra bien que l’éducation continue !

de se régler sur le modèle d’autrefois ; :

et il y aura, dès lors, lieu de craindre que le sens de ce que celui-ci avait d’illustre | et de beau en lui-même ne se heurte, chez … les jeunes gens de l'esprit le plus curieux et le plus actif, à l’instinctif sentiment de :

ce qu'il a pris d’anachronique. N'est-ce point là l'effet que devaient faire, sous la

- Monarchie de Juillet, certaines applica-

tions (je ne dirai pas les plus substantielles,

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mais, du moins, et c’est un peu le con- ; ? 2

traire, les plus décoratives) d’un idéal … pédagogique qui avait été florissant sous le règne de Louis XIV ? Et, surtout, de ces applications la plus caractéristique :

la rhétorique traditionnelle, avec les

vieilles matières oratoires qu’elle continuait de proposer, au milieu d’un monde nouveau qui en avait détruit où dégradé

les objets réels.

Je comprends qu’elle ait gêné un jeune esprit, déja trop sensible pour se laisser fermer par la claustration relative du séminaire, à toute impression du dehors.

Les lieux communs qu’elle lui donnait

à traiter consacraient, glorifiaient des 1nstitutions et des sentiments qui venaient

justement de prouver leur caducité et … qui remplissaient le siècle de leurs mélan-

déchues, après la courte tragédie de leur

dées d’un sort réclemente et médiocre.

qu'à sa gloire) ; mais il était devenu constitutionnel, malheur bien pire au point de vue littéraire que les dramatiques

‘éloquence monarchique. La majesté de l'autel n’était pas un sujet beaucoup plus échauffant, depuis qu’elle avait cessé de

place étroitement mesurée en son sein et se mettre à la terne enseigne du droit

ton splendide, et comme s’il en était illuminé directement, la puissance, la ma- gnificence enable. de « Celui qui

Quoi de plus réfrigérant pour l'inspiration ? S’agissait-il d’un développement .

oliques débris. Bien pis, ces grandeurs

renversement violent, s'étaient accommo- 1

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