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PHILOSOPHIE DE SÉMINAIRE

Les Souvenirs d'enfance et de jeunesse insistent beaucoup sur le changement d’atmosphère dont le jeune clerc fut frappé, quand il passa du petit séminaire de Saint-Nicolas au grand séminaire de Saint-Sulpice. Le sérieux intellectuel que les directions, moralement si élevées, de M. Dupanloup, laissaient à désirer, selon lui, il le retrouvait à souhait dans cette austère et illustre maison. Ici, plus de rhétorique ! plus d’éloquence ! un parfait dédain, ou mieux, une candide ignorance du talent ; l’exposition simple et nue de ce qu'on croyait être la vérité ; le culte de la forme logique ; l’analyse froide et mé-

thodique des idées ; le pur raisonnement,

* sans appel au sentiment ni à l’imagina-

tion; tout cela, il est vrai, à partir des .

données indiscutées de la foi catholique,

«telle qu’elle résulte du Concile de Trente» . et subordonnément à elles. Un tel régime .

était celui que désirait l’abbé Renan, las

des compositions d’académie et des vers à

. latins. Il le trouva très à son goût, au prix.

toutefois d’une assez forte retouche con- :

cernant l'étendue des investigations permises au raisonnement et à l'analyse. Si | analyser et raisonner sont choses bonnes .

par nature, ils sont choses bonnes sans . limite ; quelles légitimes barrières opposer . à leur exercice ? D'ailleurs, quand on a .

commencé de raisonner réellement, s’arrête-t-on comme on veut ? À peine entré à Issy, il se jette avec une extraordinaire à

fièvre d'esprit sur le fond des problèmes :

dont il y appoitait l'inquiétude.

Les deux premières années d’études du :

grand séminaire sont consacrées à la phi- .

losophie. Les traités de philosophie en

‘usage à nn. sont la Philosophie, dite de Lyon, de l’oratorien Vallat, publiée à la fin du xvirre siècle, mais corrigée depuis, à cause des restes de jansénisme qui l'infectaient, et la Philosophie, dite de Bayeux, par M. Noget-Lacoudre, chanoine en cette ville, de composition toute récente. Ces livres se complètent de l’en- seignement personnel du professeur, : M. Manier, dont nous connaissons la substance par le Compendium philosophiæ à qu il donna peu après la sortie de Renan, … . qui supplanta Vallat et Noget- Lacoudre, À et fut employé, à son tour, jusque voré.

- 1870. La doctrine qui a cours au grand . séminaire, au moment où nous y péné- trons avec Renan, est un amalgame de à ces trois auteurs, sensiblement inspirés aux mêmes sources. C’est, quant au fond, la doctrine qui règne à cette époque, dans . tous les grands séminaires français. Nous - y trouvons la fidèle image de ce qu'était . devenue la philosophie catholique au milieu du xix° siècle,

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En même temps que la classe commune, .

notre séminariste en suit une autre, où il.

est seul, et qui a pour siège habituel les

charmilles et les retraites du parc d'Issy.

Lä, ses maîtres sont Descartes, Pascal,

Malebranche, Locke, Leibniz, Euler, Clarke, Reid, Dugald-Stewart, certains.

ouvrages de Victor Cousin. Il les dévore avidement. Il voudrait bien dévorer, je pense, tous les philosophes modernes et :

jusqu’à ceux-là, tels Hume, Kant, Comte.

ou Hegel, que la prudence du gouverne-.

ment de la maison n’y a pas laissé entrer .

ou ne laisse pas du moins circuler en per-.

sonne parmi les jeunes clercs. Mais il n’en.

est pas tout à fait sevré. Les appendices .

des manuels scolaires dont 1l dispose en.

contiennent l'exposition et la réfutation. Il est vrai que la pensée de ces philosophes,

enroulée dans le linceul durci d’un latin barbare, affaiblie par les timidités d’une

analyse lourde, sommaire, de seconde main, perd beaucoup de sa chaleur communicative et de sa puissante attraction.

Jais nous pouvons nous fier à l’imagina-

L le aux faiblesses de cette préntation.

…. Le voici donc, pleinement livré à luiiœurs alternés des scolastiques et des

riln y a de combats qu’entre les vivants. .

Le chant des modernes, quelles qu’en soient les discordances et les confusions, est vivant. Celui des scolastiques est une rhapsodie morte, faite de paroles qui ont perdu leur sens et que les choristes annonent sans les entendre et les sentir.

ÉL. “esprit vivant et actif d’Ernest Renan n’hésite pas. Il se jette du côté de la vie par un mouvement irrésistible. Il ferme, pu ne plus les ouvrir, la Philosophie .

l Les et la Pulosophie de Bayeux.

DEN en juge-t-l pas d’une façon bien

tion intellectuelle d’Ernest Renan de ré- :

ême, entre le pour et le contre. Le voici “qui, chaque jour, prête l’oreille aux deux

odernes. Peut-on dire qu'ils luttent dans ni esprit pour s’en emparer ? Non:

: LS avec Dé sou d’ outrance et de parti- pris juvénile ? C’est ce qu'il y aurait lieu de se demander, si la scolastique . sulpicienne était l’héritière et la continuatrice de la grande et illustre scolastique | du xrrre siècle. Il pourrait, en ce cas, la.

juger attardée, mais non lui opposer, en .

bloc, cette méprisante fin de non-recevoir.

Il y a longtemps que la scolastique du

xIr1e siècle, immobilisée par le dogm ; n’est plus en harmonie avec les nou-.

velles acquisitions. de l'esprit humain, qui ne trouvent pas à se caser dans se compartiments. C'est cependant une belle construction, fruit d’un art savant, aux lignes amples et pures, aux flèches Mncécs: un beau poème métaphysiqu

apparenté à la Divine Comédie de Dante. :

L'artiste, qu'il y a chez Renan, un peu.

étouffé, il est vrai, à l'heure de sa vie | où nous sommes, par le dialecticien, lui.

devrait son hommage. Il y a mieux. S xl | la connaissait et qu’il fût un vrai philosophe, il se devrait de rechercher si cette.

TER SE Tes ù LES

RENAN ET NOUS Re

construction est devenue, au point de vue |

philosophique, tout à fait vaine, si elle

. ne porte pas quelque leçon dont nous puissions profiter encore, si, à défaut de .

Son aménagement intérieur et de ses divisions, peu utilisables pour nous, elle ne

| décèle pas dans son ensemble et da. son

Jet, une part d’inspirations immortelles dont la philosophie moderne, fondée sur une connaissance infiniment plus étendue, …

| exacte et précise de la nature, mais appesantie, je le crains, et maintenue à terre par la masse même de ce qu’elle sait, . pourrait peut-être, au prix d’un travail de réflexion et de critique fort délicat, se . pénétrer à son tour. C avait été l'idée de Leibniz. Il est permis de l’évoquer, au moins comme un rêve. La question ne se

pose pas à propos de la Philosophie de

Bayeux. La noble figure de la scolastique .thomiste est entièrement absente de cette

philosophie de séminaire. On ne l’y trouve qu’à l’état de fragments mutilés et d’in-

formes débris. Ces débris se juxtaposent

Ps

. ils font partie et des principes les plus généraux d’où ils procèdent, y perdent

- confusément à des éléments de philoso- phie moderne qui ne peuvent s’y raccorder …

et qui, détachés eux-mêmes du tout dont :

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toute la force de leur sens. L

Quand, avec Copernic, Galilée, Da ki.

cartes, la philosophie moderne armée des instruments de l'observation et du calcul, .

fut montée à l’assaut du vieil édifice sco- | lastique, construit par le jeu logique des idées, mais aussi, ce qu’on ne doit point .

perdre de vue pour en apprécier la qua-.

lité, sous le souffle de l’enthousiasme .

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