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phie moderne, non comme un reniement
général dès positions de cette philosophie.
La renaissance gréco-scolastique dont nous
espérons du bien, n’est pas celle qui s’affir-
me en opposition globale avec la philosophie
moderne, au lieu de chercher son accord
avec ce que celle-ci a d’irrécusable. En plaant la doctrine thomiste sous le drapeau d’un « antimodernisme » déclaré. On l’annule. On lui dénie implicitement toute puissance d’assimilation et de .mouvement. On en fait un instrument de défi général contre notre époque, ce qui neme paraît pas conforme au bon sens et au calme caractéristique de saint Thomas.
Je n’aime pas beaucoup qu’on aime saint Thomas dans l’esprit de Léon Bloy et de Barbey d’Aurevilly. Condamner en bloc les positions et tendances intellectuelles de trois siècles de philosophie, déclarer , en bloc qu'un siècle, ou deux siècles ou trois siècles se sont trompés, cela peut avoir sa raison au point de vue de l’éter- nité. Mais les hommes de grand talent à qui
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nous devons cette doctrine tendue, n’ysont point, grâce à Dieu, placés encore. Nous avons le bonheur de les posséder parmi nous.
Augurer avec plus de précision les possibles destins, les possibles services d’une philosophie gréco-scolastique renouvelée, serait en dehors du cadre de ce travail, où j'ai surtout voulu poser, et non résoudre des questions, les grandes questions su: lesquelles ont roulé la pensée et la vie même d’Ernest Renan.
En ce qui le concerne, Mer d’Hulst, dans un article mémorable, publié à l’occasion de sa mort et qui rompait sensiblement avec le fanatisme habituel, a exprimé le regret qu’il n’eût pas étudié au séminaire la philosophie thomiste. Il y eût gagné bien des avantages. Et, tout d’abord, celui de connaître saint T'homas.
La connaissance qu’il en a acquise pour écrire son très remarquable Averroës a été trop rapide et superficielle. Il le qualifie d’aride. Mais ce mot ne s’applique
- qu’ ‘a l'écorce et à l'apparence. Le fond
est d’un mystique et d’un poëte: il est .
fâcheux que Renan ne l’ait pas reconnu.
D'une manière générale, il se fût formé, à pénétrer plus profondément dans la floraison des doctrines médiévales, une notion plus riche et plus nourrie de la:
grande poésie métaphysique du catholi- cisme. Sa propre pensée en eût été enrichie et y eût trouvé comme un adoucissement.
| Quelle que fût sa vigueur naturelle, lini- tiation méthodique à une philosophie de !
: Doi de tenue que ce pauvre éclectisme
scolastico-cartésien aurait pu le consoli- der sans l’alourdir. Il n y aurait pas puisé . ce dédain pour les formes dialectiques de | a pensée, qui a été une de ses grâces,
. \maïs aussi » Je le crois, une de ses faiblesses.
: Un certain impressionnisme naturel a-t-il cté pour ueique chose dans cette répul- sion exagérée ? C’est possible. La misère de cette philosophie de séminaire y a eu sa grande part. C’est un fait qui n’a pas été sans influence sur les idées de Renan,
que sa Jeunesse ait rencontré la philosophie catholique au plus bas point de dépression où elle soit descendue dans les | temps modernes. | Quant à croire, comme Mgr d’'Hulst en exprime l'espoir rétrospectif, que le thomisme l’aurait maintenu dans la foi, c’est une tout autre question. L'hypothèse ne préjuge rien à cet égard. On ne voit pas a cette doctrine de vertu spéciale pour infirmer les motifs qu'il a cru avoir de rejeter le miracle. Or la négation du miracle est le point précis et irréductible sur lequel il a rompu avec la foi.