‹ Renan et nous 1923Chapitre 27 sur 46 · FRS · texte numérisé non relu

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philosophie native, à cette philosophie | grecque des « idées » ou de l’idéal, dont les facilités d’accomodation avec le dogme n'avaient rien de surprenant, car elle .

avait été, pour sa grande part, la génératrice des formules dogmatiques. Le désir … de préserver l’'orthodoxie des croyances !

a inspiré cette réforme. Celle-ci n’en :

constitue pas moins un événement intel- .

lectuel intéressant, au regard des hommes que les intérêts de l’orthodoxie ne .

touchent pas en personne et qui ne :.

considèrent, dans les questions de ce .

genre, que es intérêts généraux de l’in- .

telligence humaine. | : à La philosophie grecque et la philosophie scolastique pour autant qu’elle en est l’héritière, n’ont plus guère de valeur | | pour nous comme corps de doctrine. Mais :

elles nous ont légué d’impérissables exem- ples d’art logique souple, de finesse intel- : lectuelle aïlée, à l’école desquels l'esprit . humain gagnera toujours à se remettre, .

si d’ailleurs il ne perd pas le contact des 4

données d’expérience sur lesquelles il doit raisonner aujourd’hui. De plus, ces philosophies étaient animées d’une inspiration esthétique, qui ne paraîtra condamnable à un philosophe, que s’il tient la considération du beau pour indifférente à la connaissance du vrai. Ce philosophe aura raison quand il s’agit de la recherche des vérités expérimentales. Mais, quand il s’agit des vues que notre esprit désire naturellement se former sur l’ensemble de l'univers et sur la direction la plus générale dela vie, se peut-il quela lumière de la beauté soit aussi étrangère que cela à la lumière de la vérité ? En ce cas, il conviendrait qu’on changeât de métaphore et qu'on parlât de la pâleur de la vérité plutôt que de sa lumière. Et comment expliquer l'enthousiasme des grands poêtes ? Ce ne serait qu’une manie sans portée et une agitation presque ridicule aux yeux d’une intelligence de métaphysicien averti.

Ceux qui ne souscrivent pas à cette con-

clusion triste et arbitraire, ceux qui ne croient pas qu'il y ait lieu, même après

trois siècles de science expérimentale accu-

mulée, de tourner à ce point le dos à

Platon, envisagent avec sympathié toute influence intellectuelle susceptible de faire : passer sur la philosophie moderne un certain souffle grec. La philosophie moderne, fruit d’un admirable labeur et. témoignant d’un degré de franchise intel- . lectuelle que les anciens âges ne connurent pas, est un puissant monument, assis sur

le plus imposant amas de connaissances positives et d'analyses ineffaçables des

monument manque de hauteur et d’élan

énorme. Il est permis à l'esprit le plus libre, et j'entends par là le plus incapable

de fausser au gré de ses désirs la moindre nuance du vrai, d’avouer, sans se contre-

ses voûtes trop près du sol. Ne pourraiton rendre un peu d’air à cette encyclo- | D

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réalités. Il est permis de trouver que ce

et qu’il semble écraser la terre de son poids

dire, qu'il se sent un peu oppressé sous

| RENAN ET NOUS pédie massive et serrée, un peu de feu et de grâce à l’honnête esprit qui l’embrasse consciencieusement ? Il doit y avoir des choses à penser, en dehors de | ce qui se compte, se mesure, se constate et s’expérimente, même après que les . données acquises par ces moyens ont in- firmé la légitimité de beaucoup de pensées

dieux. Toutes les passes ne doivent pas être fermées au vol platonicien.

Ce vol sera d’ailleurs vain et tout illu- soire, il tournera dans le vide des entités verbales, si l'esprit, sous prétexte de s’y mieux livrer, commence par se délester de tout le poids des acquisitions et des méthodes intellectuelles modernes, en ce qu'elles ont d’éprouvé. Un certain retour à Platon et Aristote, un certain retour à saint Thomas, c’est, pour nous, un retour

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