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a le pouvoir de faire des prodiges terrestres, comme on le voit dans les Evangiles.
Quand :il en fait, c’est assurément pour procurer notre perte, en mettant à notre portée le moyen de commettre des pé- .chés inouis. Mais, comme il n’en peut faire qu'avec la permission de Dieu, ces prodiges diaboliques sont, en définitive, des épreuves que Dieu envoie au juste pour exercer sa fidélité. Les théologiens, afin d'éviter l’équivoque, conviennent, je crois, d'appeler miracles religieux, les faits merveilleux qui, par leur utilité pour notre amélioration et notre salut, attestent leur origine divine. Aïnsi quand un thaumaturge, que Dieu a délégué parmi les peuples, pour leur enseigner la vraie religion, leur rend sensible l’autorité surhumaine dont il est investi, en guérissant des malades incurables. Renan “n'est pas, il est vrai, entré dans ces distinctions. [l a nié le miracle en général, tous les miracles. Mais je devais bien préciser l’objet de la controverse.
Renan est revenu à vingt reprises, ; depuis sa sortie de Saint-Sulpice jusqu’à | la fin de sa vie, sur cette pierre angulaire ! de sa philosophie. Poursuivi (ce qui honore | son âme) par l’impression de l'acte grave .
qu'il avait accompli en rompant avec la ;
foi de l'Eglise, il a tenu à remettre sous ; Les yeux du public et sous ses propres yeux, la raison nette, tranchante et sans .
appel qui justifiait cet acte. La foi et la doctrine sont fondées sur le miracle. Il « n'y a pas de miracle. | Cependant, il n’a jamais fait de démons- ; tration en forme contre le miracle. Une 1 telle démonstration n’eût pu être que __ d'ordre métaphysique. Dire qu’il n’y a.
jamais eu de miracles en des temps historiques ou préhistoriques, sur lesquels nous sommes entièrement dépourvus d'informations, dire qu’il n’y en aura.
jamais dans l’avenir, c’est beaucoup plus.
qu’une affirmation de fait, c’est l’affirma- M tion intellectuelle d’une impossibilité.
L’impossibilité absolue d’une chose ne à
| RENAN ET NOUS Tr
. saurait résulter que de la nature des choses - en général, ou de la nature de leur auteur. Et cette nature des choses ou de leur auteur ne saurait être connue par voie expérimentale, puisqu'elle déborde toute expérience possible, mais seulement par des données de pure raison. Ainsi certains métaphysiciens déclarent-ils le miracle bimpossible en vertu de l’immutabilité de l'intelligence divine. L'œuvre de Dieu best nécessairement du premier coup tout … ce qu’il.a voulu qu’elle fût. Des retouches sont inconcevables de la part de ce parfait Louvrier. Pareillement, si l’on a des motifs : d'admettre (et ce ne peut être que des motifs “a priori) que le déterminisme mathématique le plus rigoureux est la condition d'être de tous les phénomènes de la nature, il ne peut pas y avoir de phénomènes miraculeux. Descartes, Malebranche n'avaient pas logiquement le droit d'admettre le miracle. Mais ce sont là, dis-je, des raisonnements métaphysiques.
Renan n'avait aucun goût pour les raison-
ne)
nements de cette sorte, « pliables à tout sens », prétendait-il. re
Pour: lui, la négation du surnaturel est une suprême vraisemblance, confirmée | par toutes les données de fait dont disposons, sans qu'aucune se soit jamais | élevée contre, et qui, par là, équivaut pra- tiquement à la certitude à plus décisive.
Dans l'antiquité, alors que l’inexistence.
de la science expérimentale laissait l’esprit des hommes sans défense contre le merveilleux, les têtes fortes le LEpOUSA ENS dl de tout l'instinct de leur bon sens et des leur raison. Aristote ne fait aucune place au miracle parmi les choses qui sont sus-.
ceptibles d’arriver. Dans l’époque mo: + derne, les succès incessants et toujours:
accrus du raisonnement inductif, rames nant à des lois naturelles déterminées tant de faits qui avaient passé jusque-là pouf | d’inexplicables prodiges et permettant. souvent à l’homme de reproduire ces faits, à son bon plaisit, ont rendu la position du miracle vraiment intenable.
| Une irrésistible induction, tirée de la … somme de toutes ces inductions, nous Le utorise à admettre que tous les Dhénae mêenes qui peuvent tomber sous les sens de l’homme seront un jour physiquement | expliqués, et qu’en tout cas, ils sont de À nature à l'être. Dira-t-on que la science expérimentale ne doit pas tant faire la f ère, et que la germination d’un grain de Dé, même réduite à une série de formules chimiques où s ‘exprimeraient toutes Ê es phases, n’en constituerait pas moins un muracle ? Renan y souscrira volontiers, mais en faisant observer qu’en ce cas tout est miracle, et que, si tout est miracle, il n'y a plus de miracles. Le point sur lequel il insiste le plus, c’est que les faits allégués comme muiraculeux ne soutiennent pas ce caractère au regard d’une critique historique exacte et d’une clairvoyante psychologie. Jamais un miracle a été constaté dans les conditions d’ob- Servation méthodique dont la science s’est fait une règle et p° un cercle d’observa- ÿ
teurs froids, qui échappassent à tout soup- 4 çon de crédulité et de passion. Le miracle, qui passe pour la cause de la foi, est, dirait. Renan avec Gœæthe, « Pentant chéri de
la foi ». Si Renan a opposé quelque « réfu-.
tation » au miracle, c’est. celle, indirecte, .
mais puissante, qui peut se tirer de la.
psychologie de ceux qui y croient, de la} mise en évidence de leurs dispositions” intellectuelles anti- philosophiques. Une tête, prête à croire à des miracles, peut :
observer, dans l’examen d’autres questions, une excellente discipline. Mais, quant à cette question, sa discipline n'est assurément pas la même que celle d’une.
tête qui, ne parlant pas elle-même légè-.
rement et n’obéissant à aucun fanatisme ou contre-fanatisme, refuse d’y croire. a croyance au miracle répond au moins à un point faible de la pensée, à un point 4 de creux et comme de déficience dans“ la contexture de la pensée. Enfin, le pro, | blème du miracle présente un caractères très singulier. C’est qu'il ne se pose véri-\
- tablement que depuis que les raisons de
- nier le miracle sont devenues le plus mani-
… festes. Dans l'antiquité et au moyen-âge,
alors que les travaux et les résultats de la science expérimentale n’avaient pas - fait encore entrer dans l’esprit des hommes la notion de loi naturelle, la plupart des esprits ne se formaient pas une idée bien distincte de ce qui, parmi les apparences - ct phénomènes de la nature, doit être - qualifié de naturel ou de surnaturel. Les « dieux, les démons étaient partout. Il n’y avait pas de principe sûr pour discerner, Lentre les manifestations des choses, celles “qui tiennent à leurs interventions cachées et celles qui tiennent au jeu spontané des “choses elles-mêmes. Il à fallu que la Science en vint à nous représenter la nature comme un cycle de relations et corrélations où tout se tient (et cette notion est incluse dans celle de loi natu- …elle), pour que la notion du fait mira- “culeux prit un sens bien déterminé et que la différence de manière d’être entre le | 10
FA Fa |
fait miraculeux et le fait non miraculeux se définit clairement. On pourrait dire que le miracle n'existe, comme miracle, | | que depuis qu'il est rejeté. He secs Cet ensemble de raisons n'a rien de.
nouveau. Les développements qu'il a reçus de Renan, dans un tour d’ailleurs très personnel, n’ajoutent pour le fond rien d’essentiel à ce qu’un Bayle, un Voltair un Auguste Comte, un Sainte-Beuve, un.
| Taine et tant d’autres ont élevé contre les. fondements miraculeux de la foi chrétienne. La question du muracle est épuisée.
de la part de ses négateurs. Tout est dit.
Elle ne l’est pas moins du côté de ses.
défenseurs. Le P. de Tonquédec, de la.
Compagnie de Jésus, souple et savant philosophe, profond critique littéraire, | qui a écrit un livre assez récent pour prouver, non la réalité de tels et tels faits. miraculeux, mais la possibilité du miracle en général, la recevabilité de l’idée du miracle, n’a pu apporter d'arguments nou“ |
veaux, 0
Il part de l'existence de Dieu et de l’affirmation de la Providence divine. C’est une affirmation à distinguer de celle de la bonté métaphysique de Dieu, admise par Aristote, qui rejetait l’idée de Providence, ét par Leibniz à qui l’on peut, en dépit de ses formules conciliatrices, supposer la même pensée. En tant que métaphysiquement bon, Dieu a dû créer ou amener à l'être le monde le meilleur possible. Mais le monde le meilleur possible n'est pas absolument bon, puisque, s’il l'était, il ne se distinguerait pas de Dieu, Il est même un assez mauvais monde, au gré de certaines de ses parties, qui, dans le coin de l’univers qu’elles occupent, éprouvent d’une manière très désagréable pour elles, le frottement de ces lois dont l'harmonie générale est merveilleuse. J’ai des maladies que je n’ai pas méritées.
… J'éprouve mille malheurs et injustices “ qui ne sont que la conséquence du fait que J'existe. Ce sont là des effets naturels que je dois admirer comme rouages néces-
a NE
saires d’une machine sublime. Is n’en sont pas moins incommodes. J'aurais aimé être plus heureux dans un monde moins bon. Voyez Candide ! |
La Providence, c’est l'intention de bonté de Dieu, non seulement à l'égard du
monde en général, mais à l'égard des .
créatures en particulier, et spécialement
de la créature qu’il a faite à sa ressem-
blance, en lui donnant la raison. La Toute-
Puissance divine pouvait faire que lei monde fût le meilleur possible, sans ex- clusion du bonheur de l’homme. Cela
n’était pas au-dessus d’elle, puisque rien
nest au-dessus d’elle. Et c’est ce qu’elle 1 a fait. Mais l’homme, en tant que rai- 4 sonnable, est libre. Les effets de sa liberté
mal employée ont pu abaisser sa condi-
tion et gâter, en ce qui le concernait, M l’œuvre de Dieu. Dès lors la bonté divine # a pu vouloir, sans diminution toutefois «
de la liberté, qui est la noblesse de 3 l’homme, réparer ce mal qu’elle n'avait pas causé. Et comment réaliserait-elle
ce dessein réparateur, sinon par des interventions spéciales, adaptées ou propor- | tionnées au mal qui s’est fait, contre son . désir, ou à celui qui menace de se faire ? 4 Ces interventions sont les miracles. Le P. de Tonquédec raisonne irréprochable | ment. La Providence rend admissible, e même vraisemblable, le miracle. Le mira cle implique la Providence. La position de ceux qui croient à la Providence, et . non pas au miracle, comme J.-]. Rois } ou Jules Simon, est très faible. On ne voit ni pourquoi, à Providence reçue, ils n us pas recevoir le miracle, ni dk Eee manière, le miracle rejeté, ils s F représentent que la Providence puise agir pour notre bien.
Seulement, l'argumentation du P. d Done est sans prise sur les négateurs Dour du miracle. Toute contro- Vérse suppose un point de départ com mun. Ici c’est la Providence. Imaginons une intelligence qui professât la Provi | dence divine avant d’ avoir examiné les :