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aisons de Renan contre le surnaturel.
Ces raisons, qui ne sont pas prises dans la sphère des idées, mais qui résultent du contact des faits, la frappent, la gagnent, Jui paraissent justes. Les faits parlent contre la réalité du miracle. Ils parlent .
donc contre la cause possible du miracle. :
S'il n’y a pas de miracles en fait, ce qui, en droit, pourrait en produire, ne doit . pas exister. S'il n'arrive point dans la nature et spécialement dans le cercle :
d’existence de l’humanité, des phénomènes qui portent la marque d’une production surnaturelle, c’est qu’il n’y a pas . d'esprit surnaturel qui s'intéresse aux évé- . nements de la nature et de l’humanité. :
Jusqu'ici nous ne sommes point sortis sensiblement du terrain de Voltaire. Nous n'avons pas abordé les propres aspects :
| # sous lesquels Renan a fait envisager à ses À contemporains la question du surnaturel, 4 aspects nouveaux dans notre littérature, | jusque-là toute partagée, en ce qui a
RENAN ET NOUS ts trait à cette question, entre Voltaire et Bossuet. |
Voltaire n’a considéré dans le problème du surnaturel miraculeux que le côté intellectuel. L’affirmation du miracle répond-elle à des faits qui se sont matériellement passés, dont on peut raisonnable-
ment admettre qu'ils ont pu matériellement se passer ? [l n’est pas sorti de Îà,
. Persuadé que la croyance aux phénomènes
miraculeux est le point vital du christia-
… nisme, qu'elle joue dans l'institution de
la religion chrétienne le même rôle que ce point vital du cervelet qui ne peut être blessé sans que mort s’ensuive, c’est
« à qu'il a plongé sans trêve son dard
brillant. Ses moaueries contre les miracles
… chrétiens sont étincelantes et terribles.
« Pourtant, elles doivent avoir, même au
À regard d’un esprit qui répugne à croire
-;" Li ete RER SEE
que de l’eau ait jamais été changée en vin, ou un mort matériellement ressuscité, quelque chose qui, à sa manière, mécontente aussi la raison. Quand une opinion
tRENAN ET NOM
n’est ni légère ni passionnée, quand elle donne l'impression d’avoir été conçue avec une attention consciencieuse à toutes .
les parties de la vérité, 1l n’y a pas de.
motif pour qu’elle cesse d’obtenir, sinon l'adhésion, du moins la considération des :
honnêtes gens. Or, un siècle après Voi-
taire, les sarcasmes à l'égard des miracles | chrétiens et de ceux qui ycroient, étaient .
plus que passés de mode auprès de tous . les incroyants qui avaient la moindre « délicatesse d’esprit. Ils causaient une anti- . pathie générale. On ne les rencontrait plus sous aucune plume de valeur. Ils « étaient devenus l'aliment d’une basse presse. Ceux qui s’y livraient faisaient .
figure de fanatiques ou de goujats. Ce sentiment n’était pas lui-même une mode qui en supplante une autre. Il offiait un « caractère manifeste de sérieux. Il a duré. ® Il faut bien qu'il soit sorti d’un fond de
considérations sérieuses et durables.
Ce sont ces considérations dont Renan s'inspire quand, dans ses Etudes d'histoire «
nr De
AS Te
- religieuse, 11 juge Voltaire avec un sévère
dédain. Dédain outré, qui va jusqu'à
… dénier la valeur, souvent admirable, de . l’œuvre D bmdue de l’auteur du Siècle | de Louis XIV et du Siècle de Louis XV.
1 Retenons-en du moins l’irritation que . Renan éprouve contre une façon étroite . ct tout agressive de comprendre les faits - religieux. Il estime que Voltaire a fait œuvre utile. Il fallait, pour donner de … l'air à la pensée humaine, que la croyance … au miracle subît cette charge de mame- » Jucks. Si cette croyance regagnait l’im- - mense terrain qu'elle a perdu, il fau- - drait rééditer Voltaire pour la refouler.
… Mais, à cette besogne, « Voltaire suffit ».
» Le mot dit assez combien la besogne est k- jugée Heute,: et cé ‘quelle supposait |
- d’aveuglement relatif. Elle fut nécessaire. » Le résultat en est obtenu. Il n’en faut - point conserver l'esprit. Voilà, je crois, - la signification du jugement de Renan sur … Voltaire, jugement sur lequel on a tant - épilogué.
Et voici le sens général de ce qu'il oppose à Voltaire. La religion est un fait immense, qui a dans l’âme humaine les racines et les adhérences les plus profondes. Le développement en est mêlé de toutes | parts au développement intellectuel et .
moral du genre humain. La religion a .
plus contribué que toute autre influence .à nous faire ce que nous sommes, et ce.
que nous sommes de meilleur. Renan à irait jusqu’à diminuer à son profit la part « de la politique et de l'Etat. Le fond de 2 religion est vrai et soustrait à la cri- .
| tique de la raison. Caril n’est pas dogma- 1
| tisme, mais sentiment et volonté. Il est … aspiration à l'éternel et à l'infini, la foi . absolue au devoir, l'affirmation spont À tanée de la valeur de la vie, l'instinct du dévouement avec lequel nous devons la :
vivre pour réaliser le bien. Cet élan à intérieur, qui a toujours fait viser l'élite humaine plus haut que les intérêts maté- à riels et que la réalisation d’un bonheur. + vulgaire, est religieux. Il est l'essence de.
AN ET Au
“va qui poursuit sans mr souvent
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u prix des plus rudes peines et des moins
de la vérité, au héros qui éccher- be ns P or, füût-elle sans gloire, pour le service
: Lu Fa est ce coup de folie ons qui, aux lointaines origines de notre espèce, en a traversé comme un éclair les individus les plus généreusement vivants, cette folie de monter, d’être plus, de se.
donner, de se renoncer, de se prodiguer pour embrasser toujours plus d’être et de réalité en son sein, pour s'épanouir, toujours plus réceptif et plus riche, aux rayons de ce qui existe ou de ce qui est
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. ii RENAN ET NOUS 4
rêvé (qu' importe ? dès lors que l'idée À autant d’aimantation que la chose ; et la chose n'est-elle pas d’ailleurs essentielle.
ment une idée ?) sous le nom de Dieu ?
Toute aspiration par où nous nous dépas- 4 sons est religieuse. Religieuse, toute négation active et passionnée du bas, de l'intéressé, du vulgaire et du médiocre.
Le tee est l’expression la plus.
haute et la plus pure de ces tendances Mais, chez lui, comme dans les autres religions, à un bien moindre degré cependant que dans les religions anciennes, elles se’ sont amalgamées aux données spontanées:
d’une imagination encore naïve, que n’éclaire pas la raison. Ces données, ces:
créations imaginaires, se sont, par un!
mécanisme psychologique naturel, interposées entre l'idéal de nos aspiration à religieuses et ces aspirations mêmes. Cet:
idéal a paru s’y incorporer ; mais, par las même, 1l y versait ses reflets épurateurs les ist les transformait, en relevait.
le sens. C’est un jeu naturel, de la part
de limagination primitive, que de se 1 “représenter, comme existant sous le voile des phénomènes, un monde d’esprits ou d’agents, maîtres de modifer les phéno- .mènes à leur gré. Ce jeu a des commence- 4 ments, des points de départ misérables, sur lesquels Michel Bréal, en son Ad rable thèse sur le mythe de Hercule et “ Cacus, projette un jour pénétrant. Ce sont des métaphores mal interprétées,
des sens figurés, pris pour des sens pro-
pres, des efforts vers l’abstraction, encore -impuissants, et n ‘aboutissant qu’à des
-personnifications grossières. Les premières
idées de merveilleux formées de la sorte, “en ont engendré d’autres en se combinant.
La très humble forme, et comme bé- “gayante encore, d'activité intellectuelle, - d’où elles étaient sorties, s’est continuée.
. De là, le développement de ces mytholo-
- gies, aujourd’hui explorées et recensées … par l’histoire, dont les inventions réflé- * chissent les dons et la tournure d’es- « prit des races ou communautés humaines
qui lès ont produites. Chez les races infé- rieures, des rudiments mornes et amor+ phes, de bas fétichismes, incapables d’au- cun perfectionnement. Dans l'élite de l’humanité, de claires images où s’esquisse |
une représentation ingénieuse de l'univers,
ee dégagent, précisent les traits de ce tableau ;
proche des génies, déjà affinés, qui ont
ainsi que des origines du genre humain. |
Les poètes, les prophètes, les sages, que le progrès de la civilisation fait paraître,
ils y répandent, y incorporent leurs inspirations poétiques, leurs vues morales. Ils.
y versent un sens religieux. La mythologie grecque d’Homère et d’Hésiode, cette.
mythologie qui est entrée pour une si.
large et brillante part, dans la substance « de nos lettres et de nos arts occidentaux, est la fille lointaine de ces imaginations . | mythiques primitives, formées avec le« langage et nées, pour ainsi dire, du jeu … même du langage ; elle est la fille plus
. brodé sur ce premier fond. On en peut dire «
autant de la mythologie juive, d’une Va-
tiété moindre, d’une couleur plus sombre et plus forte, d’une inspiration plus tendue, où il y a beaucoup moins de fantaisie et beaucoup plus d’applications morales.
…. Les progrès de la raison ont dissipé … lé mirage du merveilleux religieux. Par là, il s’est créé au sein de la religion une sorte de contradiction, d’antinomie. La raison, manifestation supérieure d’une vie qui s'élève, s’épanouit et étend son domaine, est elle-même un fait religieux.
Ses droits sont religieux. Ils doivent être - défendus. Ils veulent que soit détruite l'illusion de la réalité matérielle du merveilleux, cette illusion qui prête aux choses merveilleuses une existence susceptible d’être expérimentée ou d’être logiquement déduite. Ce qui peut blesser le plus ces droits et obliger leurs défenseurs à une certaine âpreté, pénible peut-être pour leurs sentiments, c’est quand le surnaturel, utilisant à son profit l'appareil même d’une raison avancée, conçoit la prétention d'établir sa réalité objective par des
surnaturelles se glace et meurt dans l’appareil d’explication dogmatique où le
| versent les théologiens de l’école. Les théologiens prennent des textes bibliques
où s'expriment, dans un mouvement ly- rique frémissant, de sublimes visions : et ils les écrasent sous le rouleau d’un commentaire logique et scolaire qui les laisse tout aplatis. Mais, si l'intelligence supporte difficilement cela, quelles répugnances ne doivent pas lui inspirer ces médiocres esprits qui ne sentent pas le prix du merveilleux religieux, comme création et expression vivante de l’âme humaine, historiquement liée aux éléments supérieurs de sa vie et à ses plus hauts essors !
Plus que la grande ville moderne, le Celte qu'était Renan aimait le bocage breton et, dans une claïière du bocage,
la vieille fontaine des fées. Il ne voulait « pas qu'on Ja lui gâtât ; mi les théologiens,
d. arguments rationnels et de s’attribuer des . significations métaphysiques rationnelle- ment définies. Le jet brûlant des créations :
en élevant autour d’ elle, sous prétexte de la protéger, une maçonnerie dure et pesante qui la séparait du paysage et mettait en fuite les esprits ; ni les rationalistes de café, en en faisant un lavoir.
1 Ce sont là pensées du xix® siècle.
Contrairement à la critique du xvine, © ui a considéré, avant tout, la religion comme système intellectuel, afin de l’hu- L ilier par comparaison avec le système intellectuel de la science expérimentale et de la philosophie rationnelle, la critique du xIX® en a embrassé le contenu dans sa totalité, dont les données intellectuelles ou dogmatiques ne sont qu’une partie, et non la plus essentielle; car elles ex-.
priment ce qu’on croit qui est, alors que ke religion, dans son essence, exprime ce qu on croit et sent qui doit être et qui mérite d’être réalisé. La critique du xIx° siècle a reconnu dans la religion une Organisation individuelle et sociale de outes les forces de l’âme en vue d’un but déal que les progrès de la science ration-
De
lé RENAN ET NOM
nelle, moyen d’action aux mains de.
l’homme, ne sauraient atteindre ; organi- sation procédant d’un principe mystique,
qui excède la raison et qui se confond sans doute avec ce qu’il y a de finalité immanente dans la vie. Cette organisation s’est pro- duite sous les formes les plus variées, et les plus inégales en valeur. Mais elle apparaît universellement dans lhis- :
| Loire.
Ces perspectives furent ouvertes par les philosophes allemands qui acceptaient,.
comme Kant, les résultats négatifs de la.
critique voltairienne, mais dont l'instinct | conservateur s ’efforçait de définir et de constituer, à l’aide d’interprétations sym- ;
boliques, un christianisme libéré des for- | mules étroites, et par conséquent, des difficultés du dogme. L'école écossaise ; prenait, avec un conservatisme plus PIC noncé, une position semblable. Chez nous ensuite et dans toute l’Europe, la Révolution et les guerres napoléoniennes eurent” l'effet ordinaire des grandes secousses, qui
à RENAN ET NOUS 163
… est de mettre à nu les fondements de la … civilisation et, parmi eux, la religion. De à une réaction religieuse générale contre - l'esprit du xvirre siècle, réaction qui n’a - pas été, pour autant, un regain des croyances dogmatiques, et à laquelle ont … coopété les écoles les plus diverses. Ce quil y a de positif dans les idées de . Renan sur la religion se rattache à ce.
… mouvement. Et c’est ce qui rend surpre- … nant le degré de haine manifesté contre
1 lui dans certains milieux. Eût-on aimé - mieux avoir toujours affaire à Voltaire «ct au voltairianisme ? Il faut remarquer,
pour être équitable, que la bêtise de cette
“partie de la population qui croyait bien “interpréter le succès de la Vie de Jésus eñ
“disant aux croyants : « Vous voyez bien
“que vous n'êtes que des imbéciles ! » jus- “tifiait une certaine violence et un certain
“aveuglement dans les représailles.
… Cependant, ces considérations sur le
—0le du surnaturel dans la religion auraient
beau contenter un philosophe, et même
confirmer en lui l'esprit religieux, en le :
libérant des gênes intellectuelles d’une théologie doctrinale. Elles laissent intacte une question émouvante, à laquelle Renan a beaucoup rêvé, avec le sens des réalités . qui était le sien, mais aussi avec un | | grand va et vient de pensées et desenti- .
ments. Tr.
__ Dans le peuple (entendons par là toutes :
les personnes qui n’ont point de part à .
| la haute éducation intellectuelle) dans le | peuple, quand il est religieux, la foi en la 1
réalité du surnaturel, la foi à la Vierge, :
aux Saints et aux miracles qu'ils peuvent | faire, se mêle intimement aux bons sen- # timents de la religion. Elle n’en est pas.
précisément la cause. Ce n'est point parce qu’elle croit à la Vierge, qu’une 1 mère est vertueuse. Il faudrait plutôt dire | que c’est parce qu’elle est vertueuse, qu'ayant été élevée dans cette croyance, « lelle la conserve et y demeure tendrement"